I. GEOGRAPHIE PHYSIQUE
Étendue et limites.
Bornes générales. — Ainsi que nous l'avons dit au début de ce livre , le nom d'Afrique fut d'abord restreint à la colonie pbénicienne concentrée sur l'emplacement de Carthage; puis il s'étendit avec elle dans les environs, et gagnant de proche en proche, il désigna successivement une petite province , puis une province plus grande, puis toutes les possessions puniques dans leur plus grand développement , puis enfin tout le continent où elles étaient assises.
De cette diversité d'étendue territoriale que représente tour à tour la dénomination d'Afrique, il résulte un certain embarras dans l'emploi que nous en voulons faire ici. Dans son acception la plus large au point de vue de l'antiquité classique, elle désigne le sujet de tout ce volume ; dans son acception étroite , au contraire , elle reste attachée au domaine politique de Carthage, auquel est consacrée une section importante dans la suite de ce travail. Paur le présent, il nous faut
cette acception intermédiaire, où il ne s'agit ni de toute l'Afrique connue des anciens, ni de la seule Afrique propre distincte de la Numidie et des Mauritanies, mais bien de la vaste région à laquelle ce même nom d'Afrique était donné par opposition à celui de Libye, c'est-à-dire de l'ensemble des contrées se succédant d'est en ouest depuis les Autels des Philènes jusqu'à l'extrême occident , et sur lesquelles l'évêque de Carthage étendait son bâton pastoral à titre de primat.
Limites a l'est et au nord. — Cette région avait pour limite orientale la Libye propre, et le désert ultérieur jusqu'à l'Ethiopie au-dessus de l'Egypte.
Au nord , elle étendait sur la Méditerranée de longs rivages onduleux, où le cap des Trières (Tpir,où)v) et celui qu'on appelait les Têtes (xecpaXoù) succédaient ensemble à l'enfoncement de la grande Syrte, tandis qu'un peu plus loin celui de Zitha et celui qui tirait son nom des bas-fonds adjacents (*),
(*) BpocxwÔY); àxpa chez les Grecs, Caput vacla chez les Romains.
«,,.,. quos nomine porta?
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enfermaient la petite Syrte; le cap d'Hermès ou de Mercure projetait ensuite sa longue saillie au nord, pour enccindre d'un côté le golfe de Carthage, que bornaient à la fois, de l'autre côté, le Beau promontoire (*) et celui d'Apollon, jumeaux mais distincts l'un de l'autre. Puis les golfes des deux Hippones, séparés entre eux par le cap Blanc (candidum promontorium), étaient suivis de la Pointe du Cheval (innov àxpa); plus loin le cap Trèton (tpïjtôv , percé) divisait le golfe Olcachitesdu golfe Numidique, lequel se prolongeait vers l'ouest jusqu'au promontoire Audon ; puis les dentelures de la côte s'amoindrissant , les géographes grecs et latins eurent peu de souci de constater la nomenclature de ces rentrées et de ces saillies si petites et si nombreuses , jusqu'à un autre promontoire d'Apollon, voisin de Cartenna. Ils nous ont pourtant conservé à leur insu , en transcrivant quelques noms puniques significatifs, l'indication de plusieurs de ces petits caps intermédiaires, tels que Rousazous , Rousoubbeser, Rousouccoron , Rousibbicar, Rousgonion , où la syllabe initiale vous n'est autre que la forme punique du mot que les Arabes prononcent râs, et qui nous est maintenant si familier. Plus loin dans l'ouest s'arrondissait le golfe Laturus.
Le Grand promontoire (fj-éyaàxpwTriptov), et ceux qui portaient les noms de Métagonite , Sestiaria et Oléastron , enfin
«c Alterna pro parle Caput dixêre vadorum « Antiqui naulae. »
CoRirpE, Johannldc, I, 368.
Les modernes en ont fait Capoudla, et même la Capoide.
(*) Ka).ôv àxpwcrjpiov de Polybe, Pidchri promontor'ium de Tite-Live ; les critiques qui le confondent avec le cap d'Hermès, comme Heyne et Heeren, ou avec le cap d'Apollon, comme Mannert, ne tiennent pas assez de compte, dans le premier cas, de la situation relative à l'égard de Carthage, et dans le second cas , de la distinction entre le râs Sydy 'Aly -el-Mekky (Koc).ôv àxpwTYjpiov) à l'est de Porto-Farina, et le râs Zebyb ('AtcoXawvoç àxpov) au nordouest de la même ville.
la pointe de Phébus, s'échelonnaient ensuite jusqu'au détroit des Colonnes, à la sortie duquel se projetait le cap Côtés, où la ligne des rivages, jusque-là dirigée d'est en ouest, tournait brusquement au sud pour tracer, dans cette direction nouvelle , les limites occidentales de la région d'Afrique.
Limites a l'ouest et au sud.
— Le cap Côtés ou Cota, que les Grecs nommaient Ampelousia , était placé justement à égale distance des Sy, tes et du terme des connaissances anciennes sur le littoral africain baigné par l'océan Atlantique. En suivant du nord au sud l'ondulation des rivages, on trouvait d'abord le golfe des Comptoirs puniques ( èu/jioptxèç xoXwoç ) portant également le nom de Côtés et celui de Saguti, puis la saillie du petit Allas ("AtXoç èXàTtwv) appelée aussi cap d'Hermès (*), et successivement celles de la montagne du Soleil , du cap d'Hercule, du cap Oussadion , du Grand Atlas ('AxXaç u-eiÇtov); la pointe Gannaria, la pointe Soloentia , le cap Arsinarion ou Surremtium (**), extrémité la plus occidentale de l'Afrique alors connue ; le cap Ryssadion , le cap Catharon , et enfin la Corne du couchant ('Zmtéçw xépaç), après laquelle s'enfonçait dans les terres le golfe He>périque \ terminé lui-même plus loin par la Corne du sud (N6tou xépaç).
La limite méridionale de cette vaste région demeurait indéterminée ; les connaissances positives s'arrêtaient à la chaîne de l'Atlas , dont on savait déjà que le nom indigène était Dyrin (***) ; au delà, sauf l'itinéraire de
(*) \Epu-ocia àxpa ; c'est là que les Romains eurent plus tard leur poste le plus avancé, sous le nom de Exploratio ad Mercurios.
(**) Ce promontoire, ainsi appelé par Polybe, était terminé par le mont Barce, nommé Brace et Praxe par l'anonyme Ravennate.
(***) Nous avons à cet égard l'affirmation expresse de Strabon, de Pline, de Solin , de Martianus Capella, qui écrivent tour à tour Aupiv, Dyrin , Dirin, Addirin ; c'est le même nom que les Arabes écrivent , , \
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quelques rares expéditions militaires, on n'avait que de vagues indications recueillies sur des ouï-dire sans garantie.
Montagnes.
Insuffisance et défectuosités
DE LA NOMENCLATURE DE PtOLEMÉE.
— Cette chaîne de l'Atlas, qu'Hérodote regardait comme un faîte sablonneux courant depuis Thèbes d'Egypte jusqu'aux Colonnes d'Hercule et même au delà, mais dont Strabon connaissait bien à la fois la nature montagneuse et la continuité depuis les Syrtes jusqu'à l'Océan, Ptolémée n'en donne qu'une description morcelée , ou plutôt une nomenclature multiple sans enchaînement certain.
Cependant , l'ordre successif et les rapports de position de toutes ces montagnes diverses, peuvent permettre d'en deviner la liaison mutuelle, en s'aidant des indications orographiques (souvent bien aventureuses il est vrai) de nos cartes modernes. Ce n'est ici le lieu ni l'occasion d'exposer les lois et de justifier les procédés de redressement de la carte de Ptolémée, dans le but de retrouver la place réelle des éléments topographiques qu'il y a si singulièrement éparpillés : qu'il nous suffise de faire remarquer d'une manière générale que la corrélation nécessaire des rivages et des cours d'eau avec les reliefs des terrains qui déterminent les versants, nous fournit un heureux secours pour le dépouillement de ce chaos : on peut bien appeler chaos , en effet , le tracé fantastique où des savants recommandables, tels que d'Anville, Rennell et Leake (*), ont pu se croire autori- Ztererc, et avec l'article El-Deren (qui se prononce Eddercn) : le mot berber Idràren signifie montagnes. Une observation à faire à cette occasion , c'est que le nom de Ryssad'ivon, Rusadiv ou Russader, et ses analogues plus ou moins corrects Ryssadion, et Oussadïon ou Risardir, paraissent répondre simplement à la locution punique Rds-he-Deren, ou, suivant la forme arabe, Rds-el-Deren , c'est-à-dire Cap de ï Atlas. (*) Voir le « Mémoire concernant les ri-
sés à reconnaître les grands fleuves de la Nigritie, là où il ne s'agit que de quelques torrents de l'Atlas.
Indications de Ptolémée qui servent a corriger les défauts de sa carte. — Le géographe alexandrin nous a donnélui-même la clef d'une partie de ses délinéations, quand il a rattaché au cours du Cynips ou Cyniphos, qui débouchait près de la Grande Leptis, les montagnes de Zouchabari où il coulait, et de Girgiris où il prenait sa source ; au cours du Triton , qui occupait le fond de la petite Syrte , le mont Ousaleton au pied duquel il s'étendait en triple marécage ; au cours du Bagradas , qui débouchait au nord de Carthage, les montagnes Mampsaron où il coulait, et Oursargala où il avait son origine; aux lacs d'Hippone Diarrhyte le mont Cirna ; au cours du Rubricatus qui se jetait à la mer près d'Hippone-Royale , le mont Thammès d'où il venait ; et au cours de l'Ampsagas , qui avait son embouchure entre Igilgilis et Collops , les montagnes Bouzara au milieu desquelles il prenait naissance ; indiquant en outre les monts ïizibi et Giglion entre le Cyniphos et le Triton, le mont de*Jupiter entre le Triton et le Bagradas, et le mont Audon entre le Rubricatus et l'Ampsagas.
Pareillement sur la côte occidentale Ptolémée lui-même nous met sur la voie des rectifications à lui appli-
vières de l'intérieur de l'Afrique, sur les notions tirées des anciens et des modernes», lu en 1755 à l'Académie royale des inscriptions et belles -lettres par d'Anville; l'ouvrage intitulé : « Le Système géographique d'Hérodote examiné et expliqué par une comparaison avec ceux des autres auteurs anciens et avec la géographie moderne » , publié à Londres en 1800 par Rennell ; et le mémoire sur cette question : « Le Kouâra, dont le cours a été récemment reconnu jusqu'à son embouchure dans la mer, est-il le même fleuve que le Nigir des anciens? » communiqué en i832 à la société royale géographique de Londres par M. W. Martin Leake, qui fait même coïncider la ville de Thamondocana de Ptolémée avec la fameuse Ten-Boktoue des modernes !...
11e Livraison. (Afrique ancienne.)
quer, en marquant expressément que le Soubos, dont l'embouchure était voisine, au sud , du promontoire du grand Atlas , prenait naissance aux monts Sagapola ; que le Darados , qui débouchait au sud de la pointe Soloentia, avait sa source au mont Caphas ; que le fleuve Stachir, dont l'entrée s'ouvrait au sud du promontoire Ryssadion, et le fleuve Nia, qui avait la sienne un peu plus loin vers le midi , provenaient l'un et l'autre des montagnes appelées aussi Ryssad ion comme le promontoire ; enfin que le Masitholos, dont l'embouchure était sous la Corne du couchant, avait sa source dans le Théôn-Ochéma. A quoi il faut ajouter encore l'indication du mont Mandron entre le fleuve Darados et les montagnes Sagapola.
De même à l'intérieur le géographe d'Alexandrie nous fournit un moyen d'appréciation de ses propres erreurs, en montrant d'un côté le fleuve Nigir liant entre elles , par son cours multiple, les montagnes Sagapola, Mandron, Caphas, Ousargala, Thala, et formant dans l'intervalle, à l'ouest le lac Nigrites , à l'est le lac Libya; et en montrant d'un autre côté le fleuve Gir liant aussi , de ses longs bras , les monts Ousargala à ceux du défilé Garamantique , et formant dans l'intervalle les paluds Chélonides , puis , après s'être caché quelque temps sous terre , reparaissant pour former le lac Nouba.
Les indications directes ne manquent donc que pour les montagnes répandues sur la contrée à l'ouest de l'Ampsagas et au nord du Soubos ; et encore avons-nous ici quelques moyens de repère, tels que le cours du fleuve Savos , dont l'embouchure se trouvait entre Icosion et Rusgonia , et dont un affluent supérieur, le Phémios, avait sa source dans l'intervalle des monts Garas et Phrouréson , le Savos lui-même, dans son cours inférieur, ayant à sa droite le mont Byryn et à sa gauche le mont Zalacon. D'un autre côté, la position du mont Valua entre les monts Bouzara et Phrouréson se trouve par là suffisamment in-
diquée ; celle des monts Phocra est assurée par leur double liaison au petit Atlas et au promontoire Ryssadion; et il ne reste plus à retrouver que les monts Garapha derrière le mont Zalacon, puis les monts Cinnaba et Madethoubadon derrière les monts Phrouréson et Garapha; plus à l'ouest le mont Dourdon sur la limite des deux Mauritanies, à la hauteur du promontoire Oussadion; enfin le mont Diour tirant vers la pointe nord-ouest de la Tingitane.
Synonymie moderne de la nomenclature DES MONTAGNES CON- NUES de Ptolémée.— Toute cette nomenclature inconnexe peut donc être rattachée avec assez de confiance, au moins d'une manière générale.et sauf quelque hésitation dans les détails, aux grands traits connus de la chaîne Atlantique et de ses contre-forts : le mont Girgiris se trouvera représenté par le Gharyân des modernes ; les monts Ousargala s'identifieront avec l'Auras le mont Phrouréson répondra' aux montagnes de Tithéry, le mont Zalacon à celles de Mélyânah , les monts Garapha au Ouanscherys , le mont Dourdon aux montagnes de Dédès, les monts Sagapola aux montagnes d'Aghmat; et sur ces bases principales il est aisé de compléter une restitution plausible, aux localités actuelles , des noms anciens recueillis par Ptolémée.
Mais ce n'est pas tout ; car d'autres noms encore sont fournis par les historiens : Tite-Live parle du mont Balbum non loin du territoire de Carthage; Ammien Marcellin nous fait connaître les monts Ferratus , ïranscellensis , Ancorarius et Caprariensis , répandus dans l'intérieur de la contrée qui s'étendait depuis le méridien d'Igilgilis jusqu'à celui de Césarée ; Procope mentionne à son tour les monts Bourgaon, Aurasion et Pappoua, le premier dans la Byzacène, les deux autres dans la Numidie, celui-là aisément reconnaissable à son nom , et le dernier voisin d'Hippone-Royale. Enfin Victor de Vite désigne sous "le nom de Ziquensis le mont Zaghouân des Arabes, jadis appelé montagne de Jupi-
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ter, et dont il paraît que les chrétiens avaient fait la montagne du Seigneur.
Fleuves.
De cette chaîne descendaient aux deux mers, ou vers des bassins intérieurs, des fleuves nombreux, dont nous avons déjà nommé les plus considérables ; ils se trouvent naturellement répartis entre le versant septentrional incliné vers la Méditerranée , le versant occidental incliné vers l'Océan, et le versant austral dont les pentes ne conduisent à aucuns rivages.
Fleuves débouchant dans le bassin oriental de la méditerra- NÉE.—Quant au versant septentrional, il a deux plages bien distinctes , séparées par le détroit de Sicile : l'une à l'est , basse et sablonneuse , à peine sillonnée de quelques rares torrents; l'autre à l'ouest, montueuse, et coupée de fleuves plus fréquents. Sur la première , la Table Peutingérienne seule montre d'abord un torrent sans nom, puis un fleuve Be, après lesquels venait le Cynips connu dès le temps d'Hérodote et que les Arabes appellent aujourd'hui Wêdy Qahan ; plus loin, débouchant près de Gaphara, était le fleuve Énoladon, mentionné uniquement par le Stadiasme de la Grande-Mer, et que l'on retrouve dans le Wêdy Lâdos des Arabes; puis on trouvait le fleuve Ausere, indiqué seulement par laTabie Peutingérienne, qui le fait aboutir derrière l'île de Girba. Le célèbre fleuve Triton, et le triple marécage, qu'il traversait pour venir déboucher auprès de Tacape , sont représentés par quelqu'un des cours d'eau qui se déchargent au fond du golfe de Qâbes, et par la chaîne de petits lacs que le voyageur Grenville Temple a signalés au voisinage de cette ville. C'est sans doute auprès de la colonie de Thènes qu'allait aboutir le fleuve Tana, où Salluste raconte que Marius, parti des frontières de la province romaine , vint faire provision d'eau le sixième jour de sa marche sur Capsa , où il arriva trois jours après.
Fleuves débouchant dans le bassin occidental de la méditer- RANÉE, A l'est d'Icosion. — Passons le détroit de Sicile, et nous rencontrerons, auprès de Carthage, le fleuve Catada, sans doute le Wêd Melyânah de nos jours ; puis , audessous du Beau promontoire, débouchait le Bagradas, appelé aussi Macar dans les récits de Polybe, et dont le nom s'est perpétué sous la forme Mégerdah , le plus important des fleuves africains , surtout au point de vue de l'histoire. La Table Peutingérienne nous apprend que l'un de ses affluents, sur la route d'Hippone-Royale à Carthage par Bulla-Regia, portait le nom d'Armascla ; et Orose appelle Àrdalion cet autre affluent près duquel fut battu Gildon, entre Théveste et Ammédéra.
Il faut peut-être chercher encore parmi les affluents du même fleuve ce fameux Muthul sur les bords duquel Métellus eut à soutenir une si vigoureuse attaque de la part de Jugurtha.
Le fleuve Tusca avait son embouchure près de Tabraca ; un peu plus loin vers l'ouest était le fleuve Armua ou Armom'acum ; et l'approche d'Hippone-Royale nous avertit ensuite que les noms d'Ubus et de Rubricatus doivent trouver ici leur place, soit qu'on les applique ensemble au même fleuve , le Wêd Seybous des Arabes , comme le veulent la plupart des géographes modernes , soit que l'on aime mieux , conformément aux conditions itinéraires, identifier à la petite rivière qui se décharge à cinq milles à l'est de Bone, le fleuve Ubus de la Table Peutingérienne, et réserver le Seybous pour représenter exclusivement le Rubricatus de Ptolémée. Le Wêd el- Safsaf près de Philippeville, répond exactement au fleuve Tapsus de Vibius Sequester, qui débouchait près de Rousiccade. Doublant alors le promontoire Trèton pour entrer dans le golfe Numidique , on arrivait au grand fleuve Ampsagas, le Wêd Kébyr des Arabes , important dans l'histoire des démarcations territoriales du pays.
En continuant d'avancer à l'ouest , on rencontrait encore, dans le golfe
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Numidique , d'abord le fleuve Goulos débouchant un peu en deçà d'Igilgilis, et qu'il semble naturel de reconnaître dans celui qui prend aujourd'hui son nom de la ville de Gygel ; puis le fleuve Audon , qui se déchargeait sous le promontoire appelé pareillement Audon , limite occidentale du golfe.
Quelle est la dénomination actuelle de ce fleuve? Après de grandes difficultés dans la fixation des synonymies géographiques applicables aux divers points de la côte à l'ouest de Gygel jusque vers Scherschel et même au delà, les critiques semblent s'accorder maintenant à adopter les déterminations jadis proposées par le docteur Shaw, et dont la plus importante dans la question en litige , est celle qui fait répondre l'ancienne Saldes à la moderne Bougie : le promontoire Audon se place alors forcément sur le cap Cavallo de nos cartes , et le fleuve Audon est représenté par la rivière anonyme qui coule un peu à l'est de ce cap. Le fleuve Sisar, que Pline appelle Usar, doit être cherché dans l'un des cours d'eau qui avoisinent Manssouryah, et le fleuve Nasabath s'identifie à la rivière même de Bougie; le fleuve Serbétès , au delà de Rousouccora , paraît repondre au Wêd Isser ; et le fleuve Savos, appelé Aves par Mêla et Pline , débouchant entre Rousgonia et Icosion, ne peut être autre que le Hharratch.
Fleuves débouchant dans le bassin occidental de la médi- TERRANÉE, A l'ouest d'Icosion.
— Le Chinalaph, qui débouchait à l'ouest et tout auprès de Césarée , dont l'emplacement est occupé par la moderne Scherschel, ne saurait être confondu avec le Schélif , à moins de sacrifier à une douteuse homonymie les conditions de distance et de position relative : c'est dans quelque petit fleuve côtier que doit être retrouvé le Chinalaph, tandis que le Schélif, qui ne vient qu'après ïénès, répondra tout au plus au fleuve Cartenna de Ptolémée. A partir de ce point , les difficultés géographiques sont considérablement accrues par le désaccord
frappant des autorités anciennes auxquelles il nous est possible de recourir : il y aurait matière à d'interminables dissertations s'il nous fallait traiter ici de telles questions, et discuter les indications contradictoires de Pline et Ptolémée d'une part , et du routier vulgairement appelé l'Itinéraire d'Antonin , d'autre part ; bornons-nous à supposer admise sans contradiction l'identité respective d'Oran et de Mersày-el-Kébyr avec la colonie de Kouiza et le Portus-Magnus des anciens ; et alors la rivière Chylimath de Ptolémée, la même que le Mulucha de Pline et de Salluste , indiquée entre Kouiza et le Grand-Port , n'aura de correspondance possible qu'avec la petite rivière d'Oran. Le Flumen Salsum de l'Itinéraire , le fleuve Asarath de Ptolémée, le Sardabal de Pline et de Mêla , soit qu'on les considère comme autant de fleuves distincts, soit qu'on n'y voie que des noms différents d'un même cours d'eau , se placent nécessairement entre Mersày-el-Kébyr et la Tafnày, près de laquelle se voient encore les ruines de Siga , et qui répond précisément à l'ancien fleuve de ce nom.
Après Siga, jusqu'au promontoire Métagonite où était la ville de Ryssadir, débouchaient plusieurs fleuves, à l'égard desquels se reproduisent des incertitude^ de synonymie que les critiques modernes ont, en général, tranchées plutôt que résolues : Strabon n'indique en cet endroit que le fleuve Molochath, et Pline désigne seulement le fleuve navigable Maluana ; mais Ptolémée énumere à la fois le Maloua et le Molochath , ce dernier plus occidental que l'autre; tandis que l'Itinéraire marque un fleuve Popletum à l'est du fleuve Malua. Il n'est point douteux, d'après les conditions odométriques, que le Malua de l'Itinéraire ne soit le Malouyah des modernes, le seul qui puisse représenter aussi le Maluana navigable de Pline, et que l'homophonie semble identifier encore au Maloua de Ptolémée; il resterait alors à chercher un peu plus loin le Molochath de Ptolémée et de Strabon.
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Entre Ryssadir et les colonnes d'Hercule , Pline mentionne deux fleuves navigables, le Laud et le Tamuda ; Ptolémée ne connaît que ce dernier, qu'il nomme Thalouda ; puis, dans le détroit même, entre la montagne des Sept frères ou de Sebthah, et Tingis ou Thafogeh , il inscrit le fleuve Oualon.
Fleuves débouchant dans l'Océan OU SE PERDANT DANS L'iNTÉ-
eieur. — Sur l'Océan se succédaient, entre le promontoire Côtés et celui du petit Atlas ou d'Hermès, les fleuves Zilias, Lix ou Lixos, Soubour, Sala, et Dyos, le même sans doute que Scylax appelle Anidieus(*)etPolybeAnatis: on y reconnaît sans difficulté les rivières d'Azylah, Séboue, de Salé, et Yetkem.
Entre le petit Atlas et la montagne du Soleil , Ptolémée nomme les fleuves Cousa, Asama et Diour (ces deux derniers appelés Asana et Vior par les indigènes, suivant Pline), qu'il faut
(*) Il y a de grandes difficultés à faire concorder d'une manière satisfaisante les descriptions que Hannon, Scylax et Polybe nous ont laissées de celte côte; mais quelques-unes de ces difficultés disparaissent quand on étudie les textes mêmes, au lieu des billevesées des traducteurs : ainsi , le fleuve Anidieus, que les versions latines et françaises de Scylax mettent au delà du promontoire d'Hermès, est bien placé en deçà dans le texte grec, où il est déjà expliqué clairement que l'on va jeter un coup d'œil rétrospectif sur la côte oltzo tt)? Aiêurjç i%\ tyjv 'Eupio7iY]v, quand l'auteur ajoute : àuô 6è xy}; cEpu.ouaç àxpaç 7TOTau.6ç sgtiv 'Aviôieuç ; et c'est dans la même direction que doivent probablement être rangées les indications qui suivent : u.età ôè Aviôteurà
x-t.X [XoràSè AiÇovx.t.X jusqu'à ce
que le retour à l'ordre inverse soit formellement signalé par cette autre indication expresse : àuo ©u(j.ia-r£p(aç elç £oX6sa-av dxpav -/.. t. X. Polybe agit de même lorsqu'il énonce d'abord que l'Atlas (le Grand-Atlas de Ptolémée , ainsi que le constate le voisinage de l'île de Cerné) est à 485 milles du fleuve Anatis, lequel est à 2o5 milles du Lixus, situé lui-même à 112 milles du détroit de Gadès ; après quoi les indications reprennent leur point de départ au Lixus pour se continuer dans la direction du sud.
retrouver dans trois des petites rivières qui précèdent Dâr-Baydhâ; puis, entre la montagne du Soleil et le promontoire Oussadion , était le fleuve Phthouth ou Fout, représenté aujourd'hui par l'Omm-Rabye'. Ensuite se présentaient , entre le promontoire Oussadion et le grand Atlas, les fleuves Ouna, Agna et Sala: nous ignorons le nom des cours d'eau qui leur peuvent correspondre sur cette côte mal explorée; mais nous savons du moins que les voyageurs Badia et Washington ont l'un et l'autre rencontré sur leur route, à quelque distance du littoral , des courants dirigés vers la mer et qui remplissent ici les conditions du problème.
Au delà du grand Atlas jusqu'à la pointe Gannaria, c'est-à-dire entre le cap Cantin et le cap Agulou, il nous est facile de retrouver 4e fleuve Soubos dans le Tensyft , le Salathos et le Chousaris dans les rivières qui débouchent à Aghadyr et à Mêsah. Puis, entre les pointes Gannaria et Soloentia où Ptolémée indique les fleuves Ophiodes et Nouïos, les relèvements nautiques nous offrent les rivières Assaka et Albuéda. Ensuite venaient, entre la pointe Soloentia et le cap Arsinarion, les fleuves Massas ou Masatat, et Darados ou Darat,dont le dernier, qu'on faisait venir de fort loin dans l'intérieur, paraît répondre au Wêd Dara'h de nos jours, qui débouche sous le cap Noun , et dont les indigènes disent pareillement que la source est très-éloignée. Enfin les fleuves Stachir et INias , les mêmes sans doute que Polybe appelait Salsum et Bambotum , se retrouvent dans les coupures ou les estuaires voisins du cap des Sables (*), et le Masitholos dans le fameux Rio de l'Or.
Pour ce qui est des deux grands fleuves intérieurs, le Gir et le Nigir, il semble que le premier ne puisse rai-
(*) Appelé sur les cartes italiennes du moyen âge, Capo délie Sabbie, d'où les cartographes anglais ont tiré le nom défiguré de Capo Jubj, qui a passé sur toutes les cartes modernes.
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sonnablement avoir d'autre représentant sur nos cartes , que le Wêd el Gédy des Arabes , et que l'autre doive être cherché dans une réunion confuse du Zyz et du Ghyr de nos jours.
Tel est le tableau général sinon complet des fleuves de la région d'Afrique : Artémidore , qui disait ces rivières nombreuses et considérables , avait raison du moins quant au nombre; et Possidonius , qui les trouvait rares et petites, avait peut-être raison de son coté quant à leur peu d'importance.
Pi'oductions naturelles.
Nature du sol; minéraux. —
Considérée dans son ensemble, toute cette région offrait, depuis le fond de la grande Syrte jusqu'au cap Côtés, une plage d'abord large, sableuse, basse et aride , puis graduellement rétrécie, arrosée et fertile, la chaîne de montagnes qui traversait le pays dans l'intérieur s'élevant successivement et s'étendant plus près du rivage à mesure qu'elle se continuait vers l'occident. On y trouvait des mines de cuivre, des pierres précieuses telles que l'escarboucle et le grenat; on y exploitait des marbres renommés; on y connaissait aussi une source d'asphalte.
Végétaux. — La végétation y était admirable : les arbres y acquéraient une grosseur prodigieuse, et fournissaient aux Romains ces larges tables d'une seule pièce dont les veines présentaient à l'œil les accidents les plus variés ; des ceps de vigne acquéraient un tel diamètre que deux hommes pouvaient à peine en embrasser le tronc , et les grappes qui pendaient à leurs rameaux étaient longues de près d'une coudée.
Les plantes herbacées et potagères y devenaient aussi monstrueuses : des tiges d'estragon, de panais, de fenouil, d'artichaut, avaient jusqu'à douze coudées de haut et quatre empans de tour.
Les blés, récoltés deux fois l'an et rapportant chaque fois plus de deux cents pour un , s'élevaient jusqu'à cinq coudées, et la paille en était grosse comme le petit doigt.
Animaux. — Mais les bêtes venimeuses étaient si abondantes, qu'en certains cantons les habitants renonçaient à la culture du sol, et que dans d'autres ils ne pouvaient faire leurs récoltes qu'en prenant des précautions particulières : c'étaient de grands scorpions avec ou sans ailes , des araignées énormes , des lézards longs de deux coudées, de gros serpents. Le pays nourrissait d'ailleurs abondance de gazelles , de bubales , et autres animaux de la même famille, outre des éléphants, des lions, des léopards, des chats sauvages, enfin une prodigieuse quantité de singes, dont les manières et la tournure amusèrent beaucoup Possidonius d'Apamée, quand il en vit, sur la côte, une troupe nombreuse , dans laquelle se trouvaient des nourrices aux grosses mamelles et à tête chauve donnant à téter à leurs petits de manière à offrir la caricature de vénérables matrones.
Les rivières étaient infestées de crocodiles et de lamproies ( les traducteurs de Strabon en ont fait des sangsues ! ) longues de sept coudées, ayant sur chaque flanc une rangée d'ouvertures branchiales.
Plus avant dans les terres, au dire d'Iphicrate, serencontraient,avec l'éléphant, des girafes, des rhinocéros, et des serpents d'une taille si extraordinaire qu'il leur croissait de l'herbe sur le dos. Là les roseaux étaient assez gros pour contenir huit chénices de froment dans l'intervalle d'un nœud à l'autre, et les asperges avaient une dimension non moins surprenante.