DD. PP
« A Victor, centurion légionnaire , ex- « chevalier romain , à raison de sa munifi- « cence; le corps municipal des Siccéens à « leur concitoyen et co-décurion; par dé- « cretdes déçu rions, des deniers publics. »
On traversait ensuite Naraggara , sous les murs de laquelle, et près de Killa, fut livrée cette bataille fameuse où Scipion vainquit Annibal, et que les modernes appellent invariablement bataille de Zama, par une de ces confusions si communes dans les désignations de ce genre; une communication directe était établie de Naraggara à Hippone-Royale par Tagaste, patrie de saint Augustin. Plus loin on trouvait Tipasa , représentée par la moderne Tvfêsch, d'où se détachait un embranchement sur Hippone-Royale; à Tipasa on avait à choisir, pour gagner Cirta, entre la route de droite par Tibilis, ou la route de gauche par Sigus. Il existait en outre , pour aller de Musti à Cirta, une troisième route tracée entre les deux premières et communiquant avec l'une et l'autre par quelques traverses; elle passait à Vatarum ou CellasVatari qui a trouvé place dans les vers de Corippe (*), à Tigisis qui a laissé son nom a la moderne Teghzeh, et enfin à Sigus, d'où l'on arrivait à Cirta; mais on pouvait, à volonté , poursuivre son chemin en droiture de Sigus à Sitifis, et continuer même au delà vers quelques points, dont le seul connu est Tubuna, qui se retrouve dans la ville arabe de Thobnah, et qui était le quartier-général du prœpositus limitis Tubuniensis.
— Route par Hippone. — Il existait encore une autre route de Cirta à Carthage : par Hippone-Royale. On arrivait d'abord de Cirta à Hippone soit par Rusicade, soit un peu plus directement par
(*) Voir ci-après, page 25o, note (*), ce que noua disons de ce lieu.
AFRIQUE ANCIENNE
les Aquœ Tibilitanse, que l'on croit correspondre aux Hhammâm el-Berda' de nos jours. D'Hippone à Carthage, les premières étapes nous montrent en premier lieu des Aquœ désignant ici , comme dans tous les cas semblables , un établissement thermal public; puis la colonie de Simittu, qui paraît avoir laissé son nom à l'emplacement où le roi de Tunis, au commencement du seizième siècle, bâtit la ville de 'Ayn- Sammit, bientôt après ruinée par les Bédouins ; ensuite Bulla, qui dans le premier siècle avait été la ville royale du numide Hiarbas le compétiteur de Hiemsal, et qui était bâtie au milieu d'une campagne fertile vantée par saint Augustin et Procope, et connue des Arabes sous le nom de Fahhss Boll. Le reste de la route n'offre plus qu'une série de stations obscures échelonnées à des distances assez rapprochées, le long du Bagradas.
Routes deTacape.— DeVatarum à Tacape. — De Vatarum une route conduisait parThéveste et Télepte jusqu'à Tacape. Elle n'offrait, dans sa première partie, aucun nom à mettre en saillie; dans la seconde se rencontrait, comme unique station intermédiaire, le château d'Ubaza, où aboutissait aussi l'une des branches de la route de Badias. La troisième partie seule offre de l'intérêt. D'abord c'était Télepte même, que la Table Peutingérienne décore du titre de colonie ; puis Capsa, dont les traditions héroïques attribuaient la fondation à Hercule, fameuse par l'expédition de Marius, ville libre à l'époque de Pline, colonie au temps de la rédaction de la Table Peutingérienne, et décorée de monuments dont il reste à peine quelques inscriptions* et quelques débris enchâssés dans les constructions ultérieures des Arabes , qui lui conservent le nomdeQafssah; puis les Jquœ Tacapitanœ, que l'on retrouve à Hammam près de Qâbes. De Télepte et de Capsa, deux routes jumelles bientôt réunies en une seule se détachaient au sud pour regagner Tacape après avoir contourné au midi la grande lagune salée qu'on appelle aujourd'hui El-Sebkhàh-el-'Aoudyeh, et
dont nous supposons que Ptolémée avait fait son marais Libija : les noms de Praesidium, de Prœtorium, de Turres, de Spéculum, indiquent assez que la frontière était peu sûre , et qu'on avait pris ses précautions pour communiquer de ce côté avec Thiges, Tusuros , Nepte, que représentent aujourd'hui Téqyous , Touzer et Nefthah.
— De Tacape à Leptis. — De Tacape une route intérieure se rendait à Leptis la Grande le long des frontières tripolitaines ; elle passait par les Jquœ que nous avons déjà signalées, et s'enfonçait ensuite dans les terres en traversant des lieux aujourd'hui inconnus, à une profondeur indéterminée; des géographes ont pensé que la ville reculée de Cydamus , la moderne Ghadâmes, mentionnée seulement par Pline et Procope, pourrait se trouver cachée sous quelqu'un de ces noms barbares; nous n'osons le croire. Peut-être le village actuel de Télémin conserve-t-il quelque vestige du nom de la Turris Tamalleni et an Limes Thamallensis ; Bézéréos, Thabalati , Thémélami, Tillabari que Corippe a enchâssé dans ses vers (*), Talalati, paraissent désigner les quartiers où résidaient les commandants ou prévôts de frontières que la Notice des dignités de l'Empire énumère sous les noms de Bizereutani, Tablatensis, Thamallomensis, Tillibarensis, Secundanorum in castris Tillibarensibus, et Talalatensis, les uns sous les ordres du comte d'Afrique, les autres sous les ordres du duc de la Tripolitaine. Entre cette route et celle du littoral, une route intermédiaire partant de Tacape en tirant vers Sabrata et traversant le fleuve Ausere , est indiquée en partie dans la Table peutingérienne.
— De Musti à Tacape. — On arrivait encore à Tacape par une autre route intérieure, se séparant à Musti de la grande voie de Carthage à Cé-
(*) « Nec cessant populos infausti mittere campi « Quos Talantaeis nutrix suscepil ab arvis « Tillibaris, junctisque maris distendit arenis « Martaanali genitrix. »
CoiurPE s Jokannidcs II, 78,
L'UNIVERS
sarée par Théveste et Cirta; on venait d'abord à Assura, dont l'emplacement est déterminé par les ruines qui portent aujourd'hui le nom de Zanfour et au milieu desquelles se lit, sur une porte triomphale, l'inscription suivante :
DIVO OPTIMO SEVERO PIO AVG. ARAB. PART. ADIAB. MAX. ET IMP. CAESARI AYRELIO ANTO- NINO PIO AVG. FELICI PART. MAX. BRIT. MAX. GERM. MAX. PONT. MAX. FIL. TRIB. POT. XVIII. IMP. III. COS IIII. PP. PROCOS. OPTIMO MAXI* MOQVE P&INGIPI. ET IVLIAE DOMNAE PIAE PI.R- TINACI AVG. MATRI AVG. ET CASTRORVM ET SENATVS ET PATRIAE. CONIVGI DIVI SEVERI AVG. PII COL. IVL. ASSVRA DEVOTA NVMIM EORVM DDD. P.
« Au dieu bienfaisant Severus Pius, Au- « guste, l'Arabique, le Partbique, le grand « Adiabénique ; et à l'empereur et césar « Aurélius A.ntoninus Pius Augustus Félix, « le grand Partbique, le grand Britannique, « le grand Germanique, grand pontife, son « (ils , revêtu de la puissance tribunitienne « pour la xvme fois, généralissime pour la « 111e fois, consul pour la ive fois (*) , père « de la patrie, le meilleur et le plus grand « des princes ; et à Julia Domna Pia Perti- « nax Augusta, mère de l'empereur, des « armées , du sénat et de la patrie , épouse « du bienheureux Sévère Auguste Pius, la « colonie Julia Assura, dévouée à leur divi- « nité, a élevé ce monument, dédié par « décret des décurions. »
Les ruines de Mahhdher Aoulêd 'Ayâr sont moins explicites pour la détermination de la correspondance de ce lieu avec l'ancienne Tucca Térébenthina , qui venait après Assura ; Sufes, qui suivait, est représentée par la moderne Esbybah. Bientôt on atteignait Suffétula, et l'on arrivait à Tacape à travers quelques stations moins connues.
Diverses routes passant par Aquas Regias. — La route ci-dessus était coupée à angle droit par celle de Tysdrus à Théveste, sur laquelle se trouvaient Jquœ Regix, d'où l'on gagnait ensuite Suffétula. Les Aquœ Regiœ se rencontraient également sur la route d'Adrumète à Suffétula, de même que sur celle de Sufes à Adrumète, et enfin
(*) Ces chiffres se rapportent à l'an 21 3 de notre ère.
sur une autre route encore de Tysdrus à Théveste parZoma Regia, Assura, et Ammédéra : celle-ci , tracée uniquement sur la Table Peutingérienne, est importante en ce qu'elle sert à déterminer avec assurance la position de Zama , plus célèbre par l'application erronée de son nom à la fameuse bataille oùScipion vainquit Annibal, que par les faits réels de son histoire; le titre de colonie lui fut probablement accordé par l'empereur Adrien, ainsi qu'on en peut juger par le fragment d'inscription que voici:
COLONI COLONIAE AELIAE HABRIANAE AVG.
ZAMAE REGIAE
Q. ARADIVM VALERIVM PROCVLVM IPSVM
LIBEROS POSTEROSQVE EIVS S1BI LIBERIS POSTE
RISQVE SVIS PATRONVM COOPTAVEKCINT.
« Les colons de la colonie Élia Adrienne « Auguste Zama Regia , tant pour eux que « pour leurs enfants et descendants , ont « choisi pour leur patron Quintus Aradius « Valerius Proculus, ses enfants et descen- « dants. »
Multiplicité des villes et autres établissements.
On vient de voir quel était dans son ensemble le système de communications itinéraires établi dans la région d'Afrique. Sur ces routes étaient semés, en grand nombre, les villes romaines, les châteaux, les camps, les postes occupés par des soldats , les thermes où ils allaient guérir leurs blessures et leurs maladies, les greniers oùdes provisions de vivres étaient accumulées pour leur subsistance.
Aussi, tranquilles possesseurs du sol, ils bâtissaient, même hors du passage de ces routes, des cités florissantes telles que Calama notre moderne Ghelmah, Madaurus la patrie d'Apulée; ils disséminaient sans crainte dans les campagnes ou les vallées des villas de plaisance , comme au sein de la belle Italie.
Les indigènes de leur côté avaient des cités et des bourgades multipliées répandues dans le plat pays, et l'histoire nous a transmis le. nom d'un certain nombre de ces places; nous ne chercherons point à en faire ici le fas-
tidieux inventaire: nous aimons mieux ies signaler avec précision dans une esquisse rapide, au point de vue topographique, des faits historiques dans le récit desquels elles se trouvent encadrées, et qu'il nous faut maintement
passer en revue pour y saisir les éléments d'une détermination des limites dans lesquelles se trouvèrent successivement renfermés les états et les provinces entre lesquels fut morcelé le territoire de l'Afrique.