S. I>. Q. R. VINDICATA REBELLIONS ET
AFRICAK RESTITUTIONE I.AETVS. FL. STI-
LICHONI AFRICA CONSILIIS EIVS ET TRO-
VISiOWE I.IBERATA, etC.
(*) Postérieurement même à la chute de Stilichon en 408, puisque celui-ci était maure de la cavalerie et de l'infanterie de l'empire d'Occident, charges distinctes dans la Notice. Ce, titre de maître répond assez bien à ce qu'on appelait autrefois chez nous grand maure, mestre de camp général, et enfin colonel général de l'arme placée tout entière sous le commandement de l'officier ainsi désigné.
AFRIQUE ANCIENNE
la police patente OU secrète, les postes, les fabriques d'armes, tout ce qui concernait en un mot la sûreté de l'empereur et de l'empire, au maître des offices; les affaires législatives au questeur; le maniement des finances ae l'état au comte des largesses impériales; l'intendance de la liste civile au comte des affaires privées de la maison de l'empereur. Nous ne disons rien des dignitaires dont les attributions avaient exclusivement pour objet le service personnel du souverain.
Et maintenant voyons quellesétaient; quant à l'Afrique, les diverses hiérarchies de fonctionnaires placées dans les attributions de ces illustres dépositaires des pouvoirs publics et des volontés impériales.
Gouvernement civil. — Quant au gouvernement, tout le territoire de l'empire était partagé en deux préfectures prétoriales renfermant six diocèses et cinquante -huit provinces. Le préfet du prétoire des Gaules avait dans sa circonscription le diocèse de Bretagne, celui des Gaules, et celui d'Hispanie où la province de Mauritanie Tingitane se trouvait comprise ; le préfet du prétoire d'Italie gouvernait les trois diocèses d'Illyrie, d'Italie, et d'Afrique. Chaque diocèse était régi par un officier qualifié de respectable ou considérable (spectabilis) , avec la dénomination de vicaire ou vice-préfet , et ayant sous ses ordres les gouverneurs particuliers des provinces, auxquels était en général accordée la qualification de très-distingués {clarissimi) , bien que les uns eussent le titre de consulaires et les autres celui de présidents : par exception, quelques gouverneurs de provinces étaient d'un rang plus modeste et ne recevaient que le nom de correcteurs, avec la simple qualification de très-parfaits; d'autres au contraire , ou plutôt un autre seulement dans tout l'empire d'Occident , était d'un rang plus élevé, et, revêtu du titre de proconsul , marchait l'égal des vicaires, recevant comme eux la qualification de respectable. Cest en Afrique précisément que se montrait
cette anomalie. Ce diocèse avait six provinces ; mais le proconsul qui gouvernait celle d'Afrique , avec deux lieutenants sous ses ordres , échappait par son rang à l'autorité du vicaire ou gouverneur général , qui n'avait ainsi réellement sous sa dépendance que les cinq autres gouverneurs, savoir, les deux consulaires de la Numidie et de la Byzacène, et les trois présidents de la Mauritanie Sitifienne , de la Mauritanie Césarienne, et de la Tripolitaine.
Outre le proconsul et le vicaire, il y avait encore en Afrique deux fonctionnaires supérieurs obéissant directement au préfet du prétoire, savoir, le préfet ou intendant des vivres d'Afrique, et le préfet ou intendant des domaines patrimoniaux : nous n'avons pas d'autres lumières à leur égard.
Commandement militaire. — En ce qui concerne le pouvoir militaire, le commandement des armées était dévolu fondamentalement à un maître de l'infanterie et un maître de la cavalerie , tous deux présents à la cour : des circonstances exceptionnelles pouvaient motiver la création d'un emploi semblable hors de la résidence impériale; c'est ce qui avait eu lieu précédemment en Afrique pour Gildon ; c'est ce qui existait encore dans les Gaules au moment de la rédaction de la Notice. A cette dernière époque, l'autorité militaire était exercée en Afrique, sous les ordres directs du grand maître de l'infanterie , par un comte militaire, qualifié de respectable , aussi bien que deux ducs ou commandants de frontières qui lui étaient adjoints , l'un pour la Mauritanie Césarienne, l'autre pour la Tripolitaine. Un comte militaire était pareillement établi dans la Tingitane. Sous le commandement de ces comtes étaient placées un certain nombre de troupes d'infanterie et de cavalerie tirées de l'armée, et organisées en légions et escadrons. Douze légions et dix-neuf escadrons se trouvaient ainsi à la disposition du comte d'Afrique; le comte de la Tingitane n'avait que quatre légions et cinq escadrons. C'étaient les troupes de ligne et de combat , en
L'UNIVERS
garnison dans les villes , mobiles suivant les exigences de la guerre, et exclusivement attribuées aux comtes militaires. Il y avait en outre des troupes spécialement affectées à la garde des frontières, établies à demeure dans des cantonnements fixes , sous le commandement de préposés ou prévôts respectivement placés sous les ordres du comte ou des ducs des frontières, d'après les circonscriptions territoriales assignées à ceux-ci. Le comte d'Afrique avait ainsi dans sa circonscription particulière seize prévôts ; le duc de la Mauritanie Césarienne en avait huit, et le duc de la Tripolitaine quatorze. Malgré les défectuosités de la Notice et l'insuffisance des documents contemporains où peuvent être puisés les éléments de comparaison et d'éclaircissement, on reconnaît, au milieu de la triple liste des cantonnements qui y sonténumérés, que si la circonscription respective des ducs de la Césarienne et de la Tripolitaine était la même que celle de chacune de ces deux provinces, la division territoriale du comte d'Afrique était beaucoup plus étendue que la province proconsulaire, car il est facile de retrouver la ligne de ses limites particulières , jalonnée entre Tacape et Saldes par les cantonnements de Tamallenum, Nepte (*) , Badiae, Gemellœ, Tubuna , Zabi et ïubusuptus, qui embrassent à la fois la Byzacène, la Proconsulaire et la Sitifienne; et l'on voit de plus qu'il avait aussi des prévôts sous ses ordres , même concurremment avec ceux des ducs, dans certains cantonnements de la circonscription de ceux-ci, comme à Bida, au Caput Cillani, et ailleurs dans la Césarienne, à Tillibari et ailleurs dans la Tripolitaine; d'où il nous paraît résulter, contre l'opinion
(*) Les éditions de la Notice portent : Prœpositus Urnitis Montensis in caslris Leptitanis ; sans entrer dans une discussion dont ce n'est point ici la place, nous croyons cependant nécessaire d'avertir que la véritable leçon nous paraît devoir être : Prœpositus militwnMontensium in castris Nepttianis.
commune, que le comte militaire avait au-dessus des ducs de frontière une supériorité, non-seulement de titre et de rang, mais encore d'autorité réelle, et peut-être de commandement hiérarchique. N'oublions pas de remarquer ici, qu'à la date de la Notice , la commission de duc de la Césarienne avait été donnée au président ou gouverneur civil de cette province, qui cumulait ainsi deux emplois regardés généralement comme incompatibles.
Dans la Tingitane, outre les troupes de ligne mises à la disposition du comte , il avait sous ses ordres une aile et six cohortes de troupes sédentaires dans sept cantonnements échelonnés sur la côte depuis Pariétina à l'est jusqu'à Frigula à l'ouest (*).
FlNA-NCES DE L'EMPIRE ET DE
l'empereur ; offices. — Pour l'administration des finances, YiUustre comte des largesses avait eu sous ses ordres dans chaque diocèse, et avait encore dans celui d'Afrique un trèsparfait comte des largesses chargé de pourvoir au double service des recettes et des dépenses du trrâor pu»
blic dans l'étendue du diocèse. Après celui-ci venaient les comptables du trésor (rationales summarum) , au nombre de deux , l'un d'Afrique, l'autre de Numidie, ce qui indique suffisamment que le premier avait dans son ressort, avec l'Afrique proconsulaire, la Byzacène et la Tripolitaine, tandis que le ressort de l'autre devait comprendre, avec la Numidie, la Sitifienne et la Césarienne. Il y avait en outre trois procurateurs des ateliers publics, savoir, le procurateur du gynécée de Carthage , atelier de femmes pour la fabrication des étoffes, et deux procurateurs des teintureries, l'un pour le seul atelier de l'île de Girba dans la Tripolitaine , et son collègue pour tous les' autres ateliers de teinture disséminés en Afrique.
Quant au domaine particulier de
(*) Tous ces noms sont défigurés dans la Notice; et l'Itinéraire, qui pourrait aider à les rétablir, a besoin lui-même d'une sévère épuration.
l'empereur, Villustre comte des affaires privées avuit sous son autorité quatre agents principaux dans le diocèse d'Afrique : en premier lieu , le comte du patrimoineGildonien, chargé de l'administration de tous les biens confisqués naguère sur le rebelle Gildon et ses adhérents; administration assez importante pour que ce fonctionnaire eût lui-même sous ses ordres des procurateurs, des préposés et des comptables dans les diverses provinces où ces biens étaient situés. Il y avait en outre un comptable particulier des immeubles de la maison impériale en Afrique (*) , pins un comptable et un procurateur du domaine privé, l'un pour l'Afrique, l'autre pour la Mauritanie Sitifienne.
Le maître des offices n'avait en Afrique aucun subordonné à résidence fixe; mais les agents impériaux attachés à son département y faisaient des tournées d'inspection, et nous savons, par l'exemple du comte Romanus , qu'on pouvait quelquefois acheter leur silence, et obtenir des rapports mensongers, alors surtout que le maître des offices lui-même était complice des méfaits à dénoncer au prince.