‹ Afrique. Tableau generalChapitre 100 sur 232 · VIII. DOMINATION DES VANDALES · texte numérisé non relu

VIII. DOMINATION DES VANDALES

Règne de Giséric.

Invasion de l'Afrique. — Le règne du troisième Valentinien , qui succéda à Honorius (**) , fut marqué en Afrique par un grand désastre , l'invasion des Vandales, appelés dans

(*) Un rescrit du 18 février 422, adressé par Honorius au comte du domaine privé, relativement à l'impôt dû sur les immeubles de la maison impériale dans la Proconsulaire et la Byzacène, peut nous faire apprécier l'étendue des terres ainsi possédées par le prince: deux commissaires avaient été envoyés sur les lieux pour en faire la vérification, et ils avaient trouvé, dans l'une et l'autre province, une mesure totale équivalente à près de quinze cent mille hectares, dont plus de huit cent mille en terres excellentes (optimorum fundorum).

(**) L'an 4*4.

un moment d'emportement par le comte militaire Bonifaee, que des intrigues de cour avaient fait disgracier; simple tribun, il avait défendu vigoureusement les frontières contre les incursions des Maures ; nommé comte d'Afrique en 423, il avait, au milieu des troubles politiques de cette époque, maintenu son diocèse dans le devoir.

Blessé de l'injustice dont on payait ses services , près d'être attaqué comme rebelle par une armée envoyée contre lui , il eut recours aux barbares de la Bétique, et pendant que les troupes impériales entraient à Carthage, quatre-vingt mille Vandales, mêlés d'Alains et. de Goths , passaient le détroit au mois de mai 429, et s'abattaient sur les Mauritames. La cour de Ravenne fit alors appel à la fidélité de Boniface, et il essaya d'arrêter le torrent dont lui-même avait rompu les digues; mais il fut battu, et refoulé dans Hippone-Royale, où les Vandales le tinrent assiégé pendant quatorze mois, tandis que leurs bandes, soumettant le plat pays, ne laissaient plus aux Romains que Carthage, Cirta, et Hippone elle-même; si bien qu'au concile général d'Éphèse, en 431, l'Église d'Afrique n'avait d'autre représentant que le diacre Bessula, envoyé par l'évêque de Carthage pour faire connaître l'impossibilité où le clergé africain se trouvait alors de se réunir, à cause de l'invasion des barbares qui avaientdévasté complètement les provinces et coupé toutes les communications. Cependant l'arrivée d'un secours considérable enhardit Boniface à tenter le sort d'une nouvelle bataille; mais il la perdit, et fut trop heureux que la modération ou la prudence de Giseric rendît possibles des négociations pour la paix. Le roi des Vandales offrit de payer un tribut annuel , et il donna en otage de ses bonnes dispositions son propre fils Hunéric. Une trêve au moins était conclue, si l'on s'en rapporte a la chronique de saint Prosper, lorsqu'en 432 Boniface quitta l'Afrique pour venir à Ravenne prendre possession de la charge de maître de la milice. Aspar, son compagnon d'ar-

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mes, était encore à Carthage, suivant le livre des Promesses de Dieu attribué à saint Prosper, quand il fut élevé au consulat en 434.

Une partie de l'Afrique est cédée aux Vandales par un traité. — Enfin, le 11 février 435 d'après la chronique que nous venons de citer, la paix fut faite à Hippone , moyennant la cession d'une partie de l'Afrique aux Vandales, à qui fut sans doute alors rendu le jeune Hunéric.

L'histoire de ces événements est fort obscure et à peine indiquée par quelques mentions vagues et inconnexes des chroniqueurs; aussi, comme de raison , les conjectures des critiques se sont-elles librement exercées sur l'arrangement des faits et la détermination des détails. La fixation des limites territoriales résultant du dernier traité offre surtout une question susceptible de solutions fort diverses, tant sont insuffisantes les données du problème; les uns supposent que Giséric ne garda que les;Mauritanies et restitua tout le reste, ce qui est contredit par l'exil qu'il prononça, en 437, contre deux éveques de la Numidie, entre autres Possidius , l'ami et le biographe de saint Augustin (*) ; d'autres, au contraire, ont pensé que Giséric carda ses conquêtes de Numidie, d'Afrique et de Byzacène, laissant aux Romains , avec Cirta , Carthage et la Tripolitaine, les provinces de l'ouest, dont il ne se souciait plus. Cette dernière opinion nous paraît la plus juste , pourvu qu'on ne comprenne point dans les provinces abandonnées par Giséric la Mauritanie Sitifienne, d'où il exila , en 437, Novatus évêque de Sitifis. Suivant toute apparence, la paix de 435 ne fut que provisoire, pour trois ans seulement, comme l'indiquent certaines éditions de la chronique de saint Prosper, et dut se borner dès lors à consacrer le statu quo jusqu'à un arrangement définitif.

(*) Giséric sévissait ainsi intrà liabitationis suas limites, suivant les termes dô saint Prosper.

Nouveau traité de partage des provinces d'Afrique entre les Vandales et les Romains. — Il était naturel de voir les Vandales reprendre les armes après l'expiration du terme convenu. Ils choisirent le moment opportun, et s'emparèrent de Carthage le 18 octobre 439. On songea bien à Ravenne et à Constantinople à armer contre eux; mais l'un et l'autre empire était en proie à la crainte d'invasions plus menaçantes encore de la part des barbares du Nord , et l'on traita; la paix fut conclue en 442 , et l'Afrique partagée entre Giséric et Valentinien d'une manière précise (*) : tout ce que nous en savons cependant se borne à cette indication de Victor de Vite, que Giséric disposa des provinces de la Zeugitane, la Byzacène, l'Abaritane, la Gétulie et une partie de la Numidie. Il restait à Valentinien le surplus de la Numidie, et les Mauritanies, ainsi que le témoignent diverses lois ajoutées par lui au Code Théodosien:

comme il ne rétablissait point pour ces provinces la charge de vicaire d'Afrique, il régla par une loi expresse du 21 juin 445, que l'on porterait désormais directement devant le préfet du prétoire l'appel des sentences rendues dans la Numidie et la Mauritanie, aux habitants desquelles il fit en même temps remise des sept huitièmes de l'impôt foncier; et par une autre loi, du 13 juillet 451, il assigna aux fonctionnaires de la Zeugitane et de la Byzacène, dépouillés et chassés par les Vandales, des secours en argent, et des terres à prendre tant sur les jachères de la Numidie que sur les domaines impériaux dans la Numidie, la Sitifienne et la Césarienne. Quant à la Tripolitaine ou Subventane , dont il n'est fait nulle mention , d'une ou d'autre part , nous serions porté à croire qu'elle est indiquée sous le nom , d'ailleurs inconnu, d'Abaritane(**), dans le lot de

(*) Certis spatiis , dit la chronique de saint Prosper.

(**) Il y avait bien dans la Proconsulairo une localité appelée Abaritane, où croissait une espèce particulière de roseau; mais

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Giséric, d'autant plus qu'il est certain qu'elle appartenait à ce prince, puisqu'il en exila plusieurs évêques , notamment ceux de Girba , de Sabrata et d'Ééa , du vivant même de Valentinien, et pendant la durée de leur bonne intelligence. Pour la Gétulie , l'anonyme de Ravenne nous en désigne l'emplacement d'une manière assurée, en y plaçant les villes de Thusurum, Tiges* Spéculum, Turres , Cerva, dont les deux premières sont bien connues sous leurs noms modernes de Touzer et Teqyous , à l'ouest de la grande Sebkhah el-'aoudyah.

Nous n'avons donc plus, pour nous rendre un compte exact des résultats du traité de 442 quant à la délimitation mutuelle du territoire romain et du territoire vandale en Afrique, qu'à tracer dans la Numidie la ligne qui divisait cette province en deux parties : à cet égard nous ne possédons que de faibles indices; nous savons d'un côté qu'Hippone- Royale était tombée, après la défaite dé Boniface et d'Aspar, aux mains des Vandales , qui l'avaient saccagée, et nous savons en même temps que Cirta leur avait résisté , sans que nous trouvions aucune trace de la prise de cette capitale par Giséric : c'est par conséquent entre Hippone et Cirta que devait passer la ligne de démarcation ; mais nous ne pouvons- rien dire de plus explicite sur ce point.

Les Vandales s'emparent de tout ce qui restait aux ro- MAINS en Afrique. — A la mort de Valentinien, Giséric, appelé par sa veuve pour le venger, alla punir Rome du forfait de Maxime, et se considéra désormais comme délié des engagements que les nouveaux empereurs d'Occident ne pouvaient plus le sommer d'exécuter; il reprit alors la Numidie et les Mauritanies : Ma-

cela n'a rien de commun avec la province dislincte de la Proconsulaire dont nous parle Victor de Vite. Peut-être, au lieu de Subventana dans Ethicus et à^Abarïlana dans Victor, faudrait-il lire uniformément partout Sabratana ou Sabaratana.

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jorien eut bien le projet d'aller en personne faire revivre les droits de l'empire sur ce point; mais la mort l'arrêta dans ses préparatifs. Les empereurs d'Orient voulurent à leur tour porter la guerre chez les Vandales pour réprimer et punir leurs pirateries; Léon l'Ancien envoya contre eux en Afrique (*) Héraclius, qui débarqua dans la Tripolitaine , battit les troupes qu'il y trouva, occupa les villes sans difficulté , et, laissant là sa flotte, conduisit par terre son armée vers Carthage pour y rejoindre Basilisque, beau-frère de l'empereur, qui devait y arriver avec une expédition formidable , et qui vint attérir en effet au cap d'Hermès , mais pour y voir bientôt sa flotte incendiée par les brûlots de Giséric; en sorte qu'il n'eut rien de mieux à faire que de s'en retourner à Constantinople , aussi bien qu'Héraclius ; et Giséric reprit de plus belle ses courses de piraterie; mais enfin Zenon conclut avec lui , en 476, une paix solennelle, qui dura jusqu'au

Règne des successeurs de Giséric.

Étendue des possessions vandales sous Hunéric. — L'étendue et la division territoriale du royaume des Vandales nous est particulièrement indiquée par un document précieux qui se rapporte au temps de la persécution exercée par Hunéric contre les catholiques de ses domaines : Victor de Vite raconte qu'il exila quatre mille neuf cent soixanteseize évêques , prêtres, diacres et autres clercs , lesquels furent réunis à Siccaet Lares, où ils furent livrés aux Maures qui venaient les y chercher pour les conduire au désert. La liste des évêques arrachés ainsi à leurs sièges en l'année 484, se trouve à la suite de l'histoire de cette persécution écrite en 487 par Victor de Vite; on y voit figurer les noms de quatre cent soixante et un évêques, y compris

(*) En l'année 468.

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ceux des îles, plus quatorze sièges va- rent toute la Mauritanie depuis Gades

cants , le tout ainsi réparti : jusqu'aux frontières de la Numidie, et

Province proconsulaire 54 une grande partie du reste de l'Afri-

Provime de Numidie 125 <lue- Evidemment leur émancipation

Province de Bvzacène 115 avait du commencer par la Tmgitane,

ProvincedeMàuritanieCésarienne 126 Plus éloignée du centre du gouverne- Province de Mauritanie Sitifienne. 42 ment, et se propager successivement

Province de Tripolitaine 5 vers ,,est i a la mort de Hunéric , elle

Province de Sardaigne 8 avait déjà atteint et envahi l'Aurasion.

Ttl ~~Â7^ Gondamond eut à soutenir contre eux

lolai 4 5 plusieurs combats , et Trasamond

Provinces successivement en- éprouva une sanglante défaite de la

levées aux Vandales par les Mau- part de ceux auxquels commandait

res.— Aucune indication ne se trouve Kabaon dans la Tripolitaine : Hildéric

làdelaprovinceTingitane.Lescritiques à son tour fut battu par Antalas chef

ont cru reconnaître, il est vrai, quel- des Maures de la Byzacène. ques sièges susceptibles d'être attri- Usurpation de Gélimer ; Béli-

bués à cette province dans la liste de saire lui enlève l'Afrique. —

ceux de la Mauritanie Césarienne; mais Gélimer se prévalut de ce honteux

cette, attribution paraît fort douteuse, revers pour arracher le sceptre à Hil-

On peut expliquer de diverses manié- déric, qu'il emprisonna : l'empereur

res l'absence du nom de la Tingitane; Justinien, allié et ami de Hildéric

ou bien elle n'avait point d'évêques, qui avait été élevé à Constantinople,

ou ses évêques avaient embrassé l'a- réclama sa mise en liberté; Gélimer la

rianisme, ou bien encore elle secouait refusa : de là la guerre qui substitua

déjà le joug des Vandales. La présence la domination des Byzantins à celle

des éveques catholiques de la Sardaigne des Vandales. Il y eut d'abord défec-

etdes Baléares ne permet pas decroire tion de la Tripolitaine, qu'un citoyen

queceuxde laTingitane, si elle enavait de cette province livra aux troupes

eu , se lussent soustraits à l'appel impériales. Puis Bélisaire vint débar-

d'Hunéric sous prétexte de leur union quer à Caput-Vada, à cinq journées

à l'Hispanie sous le rapport de l'obé- de Carthage, avec une armée de 15 000

dience ecclésiastique. Elle apparte- soldats ; laissant à Gélimer, qui était

nnit incontestablement aux Vandales àHermione, à quatre journées dans

sous le règne de Giséric; mais elle les terres, la faculté de le poursuivre,

dut être la première à échapper à ses il marcha sur Carthage en suivant le

successeurs. littoral , et passant par Syllecte, Lep-

Nous savons en effet que les indigè- tis et Adrumète , il atteignit Grasse, nés commencèrent, dès la mort àece résidence royale à trois cent cinquante prince, à s'insurger dans leurs monta- stades ou cinquante milles romains de gnes et à harceler les Vandales, tantôt Carthage; quatre jours après il arriva battants, tantôt battus; sous le règne à Décimum , c'est-à-dire, comme le même de Hunéric, ceux de l'Aura- nom l'indique, à dix milles de la capision avaient repris leur indépendance, taie, où l'on se rend en passant sur et nul effort des Vandales ne put les la droite contre une sebkhah (rceSiov réduire à la soumission: il est certain àXwv, une plaine de sel). C'est là que que Procope, dans une rapide esquisse Gélimer le joignit, fut battu, et se de leur histoire, dit que les Bomains sauva avec les restes de son armée les avaient repoussés aux derniers dans la plaine de Bulla, à quatre jourconfins de l'Afrique habitable, tandis nées vers les frontières de la Numiqu'ils avaient pris à leur solde les Car- die, pendant que Bélisaire entrait à thaginois et les autres Libyens ; mais Carthage. Ayant été rejoint à Bulla que les Maures, après de fréquents par les troupes que son frère lui raavantages sur les Vandales , occupé- menait de Sardaigne , Gélimer vint de

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nouveau se faire battre par Bélisaire à Tricamara, à vingt milles de Cartilage (*), et s'enfuit précipitamment en Numidie, où il se réfugia chez les Maures barbares des montagnes escarpées de Pappua , dans leur ville de Médéos , située à l'extrémité de ces montagnes ; mais il y fut rigoureusement bloqué, et forcé enfin de se rendre ; et Bélisaire , après avoir envoyé ses lieutenants prendre Césarée de Mauritanie qui est à trente journées de Carthage , le fort de Septon qui est près des Stèles Héracléennes, les Baléares, la Corse, la Sordaigne, et avoir pourvu à la sûreté de la ïripolitaine, mit à la voile pour Constantinople, emportant d'immenses trésors, Gélimer enchaîné, de nombreux captifs, et laissant à Carthage , pour commander à sa place , Salomon qui avait été son chef d'état-major.

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