‹ Agathe et Cécile (volume 2)Chapitre 20 sur 82 · C.çtait nommer h .fleuries élégants · texte numérisé non relu

C.çtait nommer h .fleuries élégants

Madame tt'Auray avait' souvent entendu citer le bon goût ët^esprît'de^ce. jeune fàshiônable, qu'elle désirait connaître depu^longtemps^

Le prince veitéit de pak^éç-deux. ajis^en Italie. Gela explique comment* madame «d'Anray, si répandue dans le monde, ne l'asaît pas efncore rencontré.

— EtTaiftre jeune hom/né qur est avec lui, qui est-ce?

— Quoi! vojL&né te connaissez pas? Tapeur en vogue, tinadé nos plu* grandes célébrités î MU Dùlac.

— Perdma«d %î)ulac,, s'éfiriM-elle. encore, l'auteur de la Phpialôffiejîïs 2$oïste$ ri h est-il? que1 je le voie.

Et chacun se hâtpriïe^pmdre madame de Pantanges pour contfinîpto:'télégwit écrivain* Ôohties ouvrages obtenaient tant -de sjac<£s et causaient aux femmes tant d'émotkufe. :\ ." * .

Bà effet, c'était une espèce d.e^Uïiosité qVun homme

d'esprit dans une f$e de village. . /

Madame dô Pontaagej, parvenue en face de la grille du château, aperçut (lonel qui la regardait ; il ^vait fui loin

d'elle tout à l'heure, et maintenant il mettait tous ses efforts à attirer son attention. . '

Laurence n'était plus pour- lui la même femme; le cœur de Lionel Venait de se retourner.

Laurence — entre sa vieiUe tante, et cette petite fille hideuse — lui avait paru ridicule.

Madame de Pontanges — entre 'lç "prince de Loïgberg et le spirituel Ferdinand Dulac -r ku paraissait ravissante.

Je vous Tassure, en vérité; il était impossible de n'être pas amoureux d'une femme encadrée de. la sbrtç.

Lionel quitta le bras de mademoiselle Bélin. 11 vint saluer madame de Pontanges ■ et Pçrdinàn^ Dulac, qu'il connaissait. .**■•"••* . ' .

— Venez-vous voir danser, madame ?-4 lui. demandat-iL • . , •

— J'attends que ma^ tante^nous ait rejoints. .

— La voici, dit Lionel en allant au.dêvant de madanie Ermangard de l'Air le 'plus gracieux du monde.

— Qu'avez-vous fait <àe Clorinde ? demanda- Laurence.

— Je l'ai confiée , reprit .n^uîarae Ermangard, à quelqu'un qui se charge de' la ramener, chez vou% %

— Eh bien l dit jmadame de Pontanges /allons -voir le bal. ' ', . ' : " • * • . - s *; . *

Je vous donne en cent k devjne>ce que fit alors Lionel

pour avoir le droit de suivre madame de Pontanges. —

11 offrit son bras — à la ï&nte ! ! ! - * t

Ce qui fit rire aux éclats mesdemoiselles Bélin, .— Mais qu'importe; riez, petite. s folles, il n esl plus question de vous; vous n'êtes que des élégantes I. il lui laut des grandes dames maintenant. • *

Gomme madame de .Pontanges agi&it entrer dans la

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salle de bal, elle rencontra la dame de ces lieux, la duchesse de Ghampigny.

— Bonjour, chère belle, s'écria celle-ci; qu'il y a longtemps qu'on ne vous a vue ! Est-ce que vous voulez entrer là dedans? s'est un gouffre; n'y allez pas. Venez plutôt avec nous prendre des glaces dans le salon. Vous retournerez à Pontanges quand la lune sera levée. Il y a des siècles que vous n'êtes venue chez moi!

Voyant que Laurence hésitait :

— Madame Ermjtngard et monsieur voudront bien vous accompagner, je l'espère, ajouta la duchesse en regardant Lionel; — que je ne sépare personne! dit-elle en souriant.

Lionel obéit à cette invitation ; il suivit la duchesse et madame de Pontanges, et entra avec elles dans la 'cour du château.

Madame d'Auray, le voyant disparaître avec la duchesse de Champigny, qu'il ne connaissait pas, ne put cacher son étonnement, et l'on remarqua sa mauvaise humeur tout le reste de la soirée.

Pendant ce temps , Lionel faisait très-bien ses affaires au château. 11 avait prié M. Dulac de le présenter à madame de Ghampigny en entrant dans le salon; il resta plus d'une heure près d'elle, cherchant à lui plaire et àr prouver qu'il avait de l'esprit.

La duchesse le trouva fort aimable ; et, le croyant des amis de madame de Pontanges, elle l'engagea à venir dîner chez elle le jeudi suivant.

— Nous aurons un grand génie, diUelle, que vous serez charmée de connaître, Laurence.

— Qui donc ?

— Je ne veux pas vous le nommer ;, il est si capricieux

rf*

44 MONSIEUR LR MARQUIS

qu'on ne peut jamais compter sur ses promesses;- mais n'importe, venez toujours, ne fût-ce que pour moi.

On fit beaucoup de conjectures sur l'homme illustre que l'on annonçait avec tant de pompe et de mystère. La conversation se prolongea fort tard ; il était près d'une heure du matin lorsque madame de Pontanges se disposa à partir.

Alors M. de Marny se rappela qu'il . avait perdu sa société. Madame d'Auray devait avoir quitté la fête depuis longtemps. Il était venu à Champigpy dans sa voiture, et il -n'avait nulle envie de retourner chez elle à pied. On sait que cette façon de voyager ne lui plaisait guère.

— Si vous n'avez pitié de moi, dit-il à madame Ermangard, je ne.sais ce que je vais devenir; madame d'Auray m'a abandonné, et si vous ne me donnez l'hospitalité, je serai forcé de coucher dans les champs.

— Nousne'souffrirons pas cela, s'écria madame Ermangard; ma nièce et moi vous offrons une chambre à Pontanges et une place dans notre voiture. Aussi bien nous sommes seules, et il nous faut un défenseur.

Laurence, qui n'avait pas entendu ce colloque, lut trèsétonnée de voir M. de Marny monter familièrement dans •sa voiture et se placer en face d'elle.

Et Lionel, à son tour, fut très-étonné de se sentir si joyeux en s'asseyant dans ce singulier équipage dont il s'était tant moqué quelques heures auparavant. Certes, il ne croyait pas alors qu'il serait si tôt fier d'y monter.

• lt

DE ^pjSTAKpÊÇ* " . * . 45*

LA Vï&'SÉELLE . -»•-*

Madame de Poritahgèp réyint chevilla lrJBte,ef ctt&nchantée. Elle était mécontente "de Lionel , et' ne pouvait '•* savoir pouxquoi. Son mstiifct lui disait qu'elle avait à. sec. plaindre de lui; et cependant elle ne trouvait à lui .' adresser aucun reproche. '".."*•

Laurence Ignorait ces combats de vaaké $ri£Telfifet)C:'i le monde si piquant et souvent là maussade* Vanité «de* • naissance, vanité de fortune, vanité d'ataour, et queli quefois même vanité d'esprit :" ., i '* ;

EBé «entait que àk de Hfatny- avait agi ce sqfcl}. niai envers elle^ , let p^BtaptjiV semblait. lui avoir tout1 sa- .

crifié, .'..*. • ' • i 1 . ;. . ; '

EUe n'avait pa3 lejsecret misérable de sa conduite ; eHe, • ne se disait pas : tt m'a reniée parce que je ne suis pas t . une femme àégante . connue lest jolies femmes qui Fraceompagnaient; il & rougi dé naot> parce que Ton me trouvait ridicule: • "* •

Mais elle avait perdu -.tôute'jsa confiance* en lui. Les .] soupçons qui lui venaient à l'idée étaient ;f aux ; mats l'ira- . pression qu'elle ressentait était juste; et, sans s'expliqua sa tristesse., elle s'y abandonnait sincèrement) parce que • ses impressions tie l'avaient jamais trompée.

N'avez-vous pas éprouvé cda plus* d'une fois ? Une personne, que vous aimez, voitsconsacre toute sa- journée;.

ellft dit tout* ce* que vous désirez qu'elle dise, rien n'est

changé- en apparence; c'est la même affection qu'hier...

•çt cependant votre cœur se serre; vous n'avez aucune

raçoiijde craindre, et vous tremblez; on vous quitte la

' /vaille avec tendresse en disant:* A demain... et vous

pleurez... Et puis, quelque temps après, lorsque vous

apprenez un duel, un malheur, une infidélité, vous tous

« décriez, sans que l'on puisse vous comprendre :. ^

^r- C'était cefaltl •

Une autre circonstance avait aussi contribué à refroidir , Laurence, dans son amour naissant :

- Une comparaison.

. •* r Lionel était le premier homme aimable qui eût paru

dans le vieux donjon de Pontanges. Laurence n'avait pas

. vu le prince de Loïsberg depuis quatre ou cinq ans. Son

cousin était alors un jeune écolier insignifiant.

En le voyant auprès de M. de Harny, elle les compara

. malgré elle. ' ;. • : t . . /.

Et cette comparaison, au premier aspect, n'était pas à l'avantage de Lionel.

,11 avait sans doute plus d'esprit que le prince; mais il fallait les connaître longtemps tous deux pour le savoir, "

Je ne vous dis rien de l'illustre Ferdinand Dulac, qui

avait plus d'esprit encore que les deux autres. Celui-là • aussi ne laissait pas que de nuire à ceux qui voulaient plaire . auprès de lui.

Or, Laurence $vàit fait cette découverte :

Qu'il y avait deux hommes aussi aimables que celui qu'elle préférait. *

DE PONTANGES 47

Découverte, selon moi, fort dangereuse.

Eh bien ! M. de Marny , en homme qui a l'habitude de séduire, devina tout cela.

Et dès lors cette conquête, qui n'était encore qu'un projet vague, qu'un entraînement peut-être de son cœur, devint une gageure, un pari fait avec lui-même , qu'il se promit de gagner.

Arrivé à Pontanges, on le conduisit dans une chambre énorme, très-belle, très-historique, très-intéressante à visiter pour un antiquaire, amant du moyen âge, — mais très-incommode à habiter pour un élégant, accoutumé au confortable de la vie anglo-parisienne. Les murs étaient recouverts de riches tapisseries représentant des sujets tirés de la Bible : Rachel et Jacob, Ruth et Booz, Joseph vendu par ses frères ; mais le vent qui soufflait dans les fentes des portes et des fenêtres les agitait si violemment, que l'on» croyait à chaque instant voir l'échelle de Jacob et l'amphore de Rachel tomber sur votre tête.

Les rats et les souris, accoutumés à la solitude de ces lieux, venaient s'éfiattre joyeusement derrière ces mouvantes figuses; çt ce fut toute la nuit un tapage, une fête à empêcher de dormir un enfant.

Lionel, impatienté de son insomnie, maudissait les vieuju.châteaux, les souvenirs et l'histoire : il s'agitait dans son lit sans pouvoir dormir; de plus, les draps étaient humides, le couvre-pieds n'était pas assez lourd; il mourait de froid.

Quand M. de Marny se leva, il était brisé de fatigue; il était de mauvaise humeur,' et puis il n'avait pas sa robe de chambre, rapportée de Londres, si élégante et si commode.

En se regardant dans la glace, Lionel fat frappé de sa pâleur. L'idée lui vint de tourner ce changement à son avantage : il lui donnait un air de souffrance, de passion, dont il pouvait profiter. »

— Vous ajez bien mal dormi ? j'en ai peur, lui dit madame de Pontanges lorsqu'il entra dans le salon.

— Ah ! je savais bien que je ne dormirais pas, répondit Lionel avec une sorte d'émotion... si près de. vous!

Laurence rougit.

On vint avertir que le déjeuner était servi.

M. de Marny fut placé à côté de taadame dèPontanges; mais il avait en face de lui l'effroyable Clorinde, et la vue de cet enfant malsain lui était si désagréable, qu'il ne put rien manger.

D'ailleurs ce déjeuner était détestable. Le jambon était dur, le pain était humide, l'omelette sentait l'oignon, le café sentait la fumée, et le virf avait un pettt goût de bouchon très-prononcé.

A toutes les offres qu'on lui faisait, Lionel répondait d'une voix oppressée : — Je n'ai pas faim, merci.

Et ie dégoût que lui inspiraient* toutes ces choses, la fatigue d'une nuit passée sans dornû>* donnaient à sa physionomie un air de langueur et de mélancolie ravissante.

Tout à coup, au milieu du repas, on entenditdajîs une pièce assez éloignée de la salle J manger une espèce de cri sauvage. * •

— C'est M. le marquis qui appelle! dit 'un; des gens de la maison en ouvrant la porte.

Laurence aussitôt se leva de table, et courut vers l'appartement d'où le cri était parti.

Elle resta longtemps absente.

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— Paime jeune femme ! s'écria madame Ermangard. Que de bonté! quelle existence pitoyable! consacrer ainsi toute sa vie à un crétin ! C'est un dévouement qui va jusqu'à la duperie!... n'est-ce ipasî

— Comment, dit Lionel, n'employez-vous pas votre influence sur son esprit pour l'engager à mettre ce fou dans une maison de santé ?

— Hé! mon Dieu ! j'ai déjà fait tout ce que j'ai pu pour l'y décider; mais elle, s'indigne à la seule pensée de le quitter un jour. On n'obtiendra jamais rien d'elle sur ce point. ,

Laurence revint comme sa tante. achevait ces mots. Son visage était altéré, ses beaux cheveux étaient en dé' sordre; elle paraigsait de mauvaise humeur.

*Pour la première fois, son ^devoir l'avait ennuyée !

— Vous savez ce que ma tante a décidé dans sa sagesse, dit-elle; nous vous reconduisons chez madame d'Auray dans une heure, et je profite de cette occasion pour lui rendre sa visite de l'autre jour.

— C'est une excellente idée, répondit Lionel; je. redoutais fort de faire cette route seul... et à pied, se dit-il tout bas.

— » Cela me fait .penser que j'ai des. .ordres à donner à Joseph dit à Bon tour madame Ermangard; pardon si je vous quitte un instant.

R\pn n'est 'plus plaisant, à mon avis, qu'une personne importune" demandant pardon de s'en aller.

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