‹ Agathe et Cécile (volume 2)Chapitre 59 sur 82 · DE SURPRISE EN SURPRISE · texte numérisé non relu

DE SURPRISE EN SURPRISE

Lionel avait la fièvre ; il était malade, réellement malade, lorsqu'on entra chez lui ce jour-là à huit heures. On lui remit un billet d'invitation conçu en ces termes :

DE PONTANGES 313

« Madame Clémentine de Marny prie M. de Marny de » lui faire l'honneur de venir dîner chez elle aujourd'hui, » ce il mai, à six heures.

» 39, rue de la Bruyère. »

L'écriture était contrefaite : c'était M. Bélin lui-même qui avait dicté le billet et qui avait exigé que Ton mît madame Clémentine ; c'était son style à lui.

— Qui est-ce qui vous a remis ce billet?

— C'est la femme de chambre de madame, répondit le domestique... Madame est arrivée hier soir avec monsieur son père.

— Ah !...

On entendit marcher dans l'antichambre.

— Vous ne nous attendiez pas, r»n gendre, crié? M. Bélin en entrant tout à coup sans être annoncé... cela vous surprend ; nous voilà tous de retour... nous ne pouvions plus y tenir; ma fille était inquiète, et moi je m'ennuyais. Mais qu'est-ce que vous avez donc, vous ?

— le suis un peu malade ; j'ai la fièvre... Ce n'est rien ; je me lève à l'instant, et je vais chez vous.

— Non pas, mon cher, vous êtes malade ; il faut vous soigner. Clémentine va venir...

— Mais je vais à merveille, reprit vivement Lionel; je n'ai qu'un peu de fatigue ; j'ai couru pour affaires tous ces jours-ci... J'irai dîner avec vous : ce n'est rien.

— Eh bien! mon cher, croyez-moi, gardez le lit ce matin, je viendrai à six heures vous chercher dans une bonne voiture ; vous n'aurez pas froid, et un bon dîner vous guérira tout à fait. Aussi bien, ma fille ne sera pas fâchée d'être seule chez elle ce matin. Elle a bien des choses encore à Jàirs arranger dans sa nouvelle maison.

— Comment, ce n'est pas chez vous ?...

— Non, c'est une surprise que je voulais vous faire; mais le mot est lâché, nous vous recevrons chez vous, mon gendre, et j'espère que vous vous y trouverez bien,

Lionel bégaya quelques phrases de remerckuents, puis il ajouta, en essayant de sourire :

— Puis-je savoir au moins où demeure ma femme ? — ■ L'adresse est sur le billet, étourdi!

M. Bélin prit alors la lettre d'invitation et lut : 39, rue de la Bruyère.

— Mais vous n'avez pas besoin de vous tourmenter; je viendrai vous chercher moi-même. Je me charge de vous présenter à la maîtresse de la maison, madame Clémentine de Marny. Vqus n'avez donc pas lu le billet ?

— Si; mais j'ai pris tout cela pour une mauvaise plaisanterie.

— C'est une plaisanterie, en effet, mon gendre, mais quand vous verrez votre maisonnette, vous la trouverez bonne, la plaisanterie. Je ne suis pas un mauvais plaisant, moi. Mais parlons sérieusement, cette affaire qui vous tourmente s'arrange-t-eile? Puis-je vous être utile?

— Elle est complètement terminée, dit Lionel, tout s'est arrangé.

— Ah boni votre père ne perdra donc rien, dans cette faillite ?

Lionel ne comprenait pas. Mais il se rappela les contes que Ferdinand avait faits pour expliquer sa fuite, et il ait la présence d'esprit de continuer le mensonge.

— Rien. Ce n'était qu'une alerte, dit-il. M. Bélin s'éloigna satisfait.

— À six heures I cria-t-il encore sur l'escalier.

DE PONÎANGES 215

— A six heures, pensa Lionel, j'ai quelque temps encore à moi...

Il aurait dû dire à elle, car le souvenir de madame de Pontanges fut encore ce jour-là le seul aliment de sa pensée.

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