‹ Agathe et Cécile (volume 2)Chapitre 60 sur 82 · LA VIE ÉLÉGANTE · texte numérisé non relu

LA VIE ÉLÉGANTE

Figurez-vous une bonbonnière, une maison toute de mousseline et de soie, brodée, plissée, coquette comme une petite-maîtresse. Tout en elle est soigné... les tentures sont fraîches et parsemées de fleurs ; les tapis sont blancs avec des dessins légers; les meubles sont frêles et charmants, ils sont ornés de bouffettesde rubans; les fenêtres Ont des stores de soie ; les portes ont des rideaux de soie ; les escaliers ont des tapis; des étagères en bois de palissandre sont couvertes de porcelaines et de riens délicieux; il y a des fleurs dans tous les vases; il y a même de jolis meubles faits exprès pour recevoir des fleurs.

Des tableaux, pas un; mais des chinois, beaucoup; des vieilleries en grand nombre ; — mais des souvenirs, pas un... Ces gens-là n'ont point voyagé. — N'importe, c'est joli, c'est coquet, c'est élégant. L'étoffe qui recouvre les murs ressemble à une robe de femme; on a peur de les chiffonner en les regardant, tant leurs vêtements ont de fraîcheur; on a peur de s'asseoir, peur de marcher... On ne cause pas, on regarde ; tout est pour les yeux, et les

— Comment, ce n'est pas chez vous ?.é.

— Non, c'est une surprise que je voulais vous faire; mais le mot est lâché, nous vous recevrons chez vous, mon gendre, et j'espère que vous vous y trouverez bien,

Lionel bégaya quelques phrases de remerciments, puis '11 ajouta, en essayant de sourire :

— Puis-je savoir au moins où demeure ma femme ?

— L'adresse est sur le billet, étourdi!

M. Bélin prit alors la lettre d'invitation et lut : 39, rue de la Bruyère.

— Mais vous n'avez pas besoin de vous tourmenter ; je viendrai vous chercher moi-même, Je me charge de vous présenter à la maltresse de la maison, madame Clémentine de Marny. Vqus n'avez donc pas lu le billet ?

— Si; mais j'ai pris tout cela pour une mauvaise plaisanterie.

— C'est une plaisanterie, en effet, mon gendre, mais quand vous verrez votre maisonnette, vous la trouverez bonne, la plaisanterie. Je ne suis pas un mauvais plaisant, moi. Mais parlons sérieusement, cette affaire qui vous tourmente s'arrange-t-eile? Puis-je vous être utile?

— Elle est complètement terminée, dit Lionel, tout s'est arrangé.

— Ah bon! votre père ne perdra donc rien dans cette faillite ?

Lionel ne comprenait pas. Mais il se rappela les contes que Ferdinand avait faits pour expliquer sa fuite, et il ait la présence d'esprit de continuer le mensonge*

— Rien. Ce n'était qu'une alerte, dit-il. M. Bélin s'éloigna satisfait.

— A six heures I cria-t-il encore sur l'escalier.

DE PONÎANGES 215

— A six heures, pensa Lionel, j'ai quelque temps encore à moi...

Il aurait dû dire à elle, car le souvenir de madame de Pontanges fut encore ce jour-là le seul aliment de sa pensée»

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