‹ Agathe et Cécile (volume 2)Chapitre 62 sur 82 · JOHJN-BULL. — CHATAM. — YORK. — TRISTAN · texte numérisé non relu

JOHJN-BULL. — CHATAM. — YORK. — TRISTAN

— Quoi ! vous savez le nom de mes chevaux, dit Lionel, et vous avez déjà eu le temps de le faire écrire ?...

— Oui, reprit Clémentine heureuse du plaisir que cette attention causait à son mari... Il m'a fallu beaucoup d'intrigue pour cela... Mais votre cocher n'est pas discret.

— Quel est ce quatrième cheval, Tristan ? je ne le connais pas.

— C'est le mien, dit Clémentine; l'admettrez-vousen si bonne compagnie ?

— Vous montez à cheval! Ah! c'est charmant!... Quelles belles promenades nous ferons ensemble !...

— Ma fille est superbe à cheval, dit M. Bélin; c'est.une amazone!

On retourna dans le salon. Lionel était séduit. Une pensée l'inquiétait : il y avait un an que Clémentine faisait arranger cette maison. Peut-être le cousin aimait-il les chevaux? 11 lui vint à l'idée de faire babiller Valérie sur sa famille.

— Votre cousine est très-spirituelle, dit-il en désignant une des femmes qui étaient placées à table, près de lui.

— Oh ! vous ne connaissez pas encore toute notre tribu, reprit Valérie; nous sommes très-nombreux. J'ai des parents partout, en Normandie, en Picardie; j'ai un oncle qui est préfet à *¥\

— Vous avez aussi, dit Lionel, saisissant cette occasion d'avoir des renseignements sur son rival, vous avez aussi un cousin ea Espagne.

— Ah ! vous le connaissez ?

— Non... On le dit charmant

— Charmant! s'écria Valérie en partant d'un éclat de rire; charmant ! un gros joufflu qui ne dit que des bêtises. Ahl si Clémentine vous entendait, elle rirait bien !

Lionel ne revenait pas def sa surprise...

— Clémentine m'a donc trompé... Quelle ruse.- serait-il possible?... Je vous dis, moi, que votse sœur Je trouve charmant.

Valérie se mit de nouveau à rire.

— Si ma sœur vous a dit cela, elle s'«est jnoqtéede vous, mon cher beau-frère.

— Mais elle a pourtant dû l'épouser**.

— Elle, épouser Amédée ! elle serait plutôt morte, vjai-

DE PONTANGES 227

ment. Mais qui vous a donc fait tous ces contes?... Nous n'avons jamais pu prendre mon cousin au sérieux. Quand j'étais petite, c'était Croquemitaine pour moi ; on me disait, pour me faire peur : «Si vous u^tes pas rage, mademoiselle, on vous fera épouser votre cousin; » on faisait aussi cette menace à ma soeur. Clémentine... Clémentine... viens donc. Ton mari prétend que tu trouves Amédée charmant, et que tu as voulu l'épouser...

Lionel voulait empêcher Valérie d'attirer sa sœur ; mais elle était déjà venue.

— Amédée?... répéta Clémentine avec embarras.

— Oui, reprit Lionel | ng m'avgz-vous pas parlé de lui. . . avec éloge?... ,

— Sans doute...

— Moqueuse ! dit Valérie. Oh ! mais si vous le voyiez...

— Vous m'avez trompé, Clémentine, dit tout bas M. de M$rny.

— Hélas! reprit-elle en baissant les yeux, il le fallait bien 1

*— Pourquoi ?

— Pourquoi? Vous auriez dû le deviner...

— Ce n'est donc pas lui que vous aimez'?...

— Non...

Elle accompagna ce mot d'un regard qui disait si bien : C'est vous, que Lionel <ee sentit ému.

— Qu'elle est ravissante ! pensa-t-il; que de finesse !... Elle connaissait madame de Pontanges.,. elle savait que je l'aimais... elle esft dans le secret 4e tous mes chagrins... Elle a compris que je l'avais épousée par dépît... Pauvre jeune fille ! . . . comme elle a dû souffrir ! . . . Elle m'a trompé pour me laisser libre !... Ah ! cette ruse est noble et pleine de délicatesse... je l'aimerai toute ma vie pour cela...

Chère Clémentine... se voir si jolie... et se croire dédai gnée; cela est affreux.

Que vous dirai-je ! il était devenu tout à coup amoureux de sa femme.

C'était un montre que cet homme-là !

Page 1