LE SURLENDEMAIN
Le jour de l'enterrement, il fut encore amèrement triste. L'aspect de ces deux cercueils, de ces deux morts si jeunes, lui déchira le cœur; et puis son enfant aussi I Il regrettait son enfant.
CE PONTANGES 303
11 passa le reste <3e ce jour chez son beau-père; il eut pour Valérie et son malheureux père les plus tendres soins.
Valérie était si touchante dans ses regrets !...
Lionel pleurait avec elle, et ses 'larmes le soulageaient; Valérie elle-même éprouvait une triste consolation à voir sa douleur ainsi comprise et partagée; à ^voir sa pauvre sœur ainsi regrettée par l'homme qu'elle aimait.
— Je n'aurais jamais cru, pensait-elle, que mon frère eût tant d'âme... Oh! comme il est bon!... que je l'aime de pleurer comme moi.
Lionel *vai.t un grand charme dans ses sentiments. D'abord il n'avait aucune fausseté; il était simple et naturel; mais,, ainsi que tous les gens passionnés, il était très-mobile dans ses sentiments, et comme ses passions se contredisaient souvent avec upe extrême rapidité, on les croyait jouées; parce qu'on ne les avait pas suivies dans leur changement, parce qu'on n'avait pas le secret de leur prompte métamorphose.
Ge jour-là il pleurait sa femme, parce que son imagination était à elle ce jour-là... 11 Ja Regrettait sans hypocrisie... Un jour plus tard il sera Ja proie d'une autre image... Il oubliera la peine de lf veille, mais sans légèreté... Son cœur ne se sera point tari... desséché de luimême... une autre passion l'aura dominé. Un sentiment ne s'éteint pas en lui; il cède à un plus puissant qui le remplace. Dans Ja solitude, la même idée l'eût fait vivre vingt ans... mais dans la vie compliquée qu'un jour de dépit lui avait faite, il s'était créé une chaîne d'événements qui le jetait dans des perplexités continuelles, qui l'exposait à des combats sans cesse renaissants, ,— une
vie de tourments, de remords, d'espérances et de crainte, qui devait tôt ou tard épuiser son cœur ou briser sa raison.