‹ Agence matrimoniale, comédie en 1 acte et en proseChapitre 14 sur 21 · BAPTISTE, GASTON · texte numérisé non relu

BAPTISTE, GASTON

GASTON, du fond, regardant Baptiste qni danse.

Tu ne pleures donc plus?

BAPTISTE

Au contraire, monsieur, je chante : je chante, je ris, je saute. Ah ! si vous saviez ! quels cheveux ! quelles dents! quels yeux! quelle femme! Un ange tombé du ciel !

GASTON

Qu’est-ce donc? Parleras-tu?

* BAPTISTE

Une cliente! monsieur.

GASTON

Une cliente?

BAPTISTE

Une veuve de vingt ans qui veut le redevenir !

Redevenir... veuve?...

BAPTISTE

Non, monsieur, femme, femme! Elle veut se remarier!

GASTON

Et elle est venue ici pour cela? Je ne sais si elle est tombée du ciel, comme tu le dis, mais pour sûr elle est mal tombée.

BAPTISTE

Et pourquoi? Ne pouvez-vous la marier tout comme un autre ? Elle va revenir dans un instant.

GASTON

Bast ! elle ne reviendra point.

BAPTISTE

Elle reviendra, monsieur, elle me l’a promis.

GASTON, appuyant.

Elle te l’a promis ? . * : — •

AGBNCË MATRIMONIALE

• BAPTISTE

Oui, monsieur, vous allez la voir.

Mais avec qui veux-tu que je la marie ? puisque ce répertoire n’existait quô dans l’imagination de mon prédécesseur. ‘

BAPTISTE

Ah I je ne vous ai pas dit que j’avais trouvé le mari nécessaire...

GASTON. ;

Que me chantes-tu là ?

BAPTISTE, continuant.

C’est un M. Cabassol, que vous présenterez à la jeune veuve sous le titre de marquis de la Prévallée.

GASTO.X,

- * Ah ! hah ! /

BAPTISTE

' Oui, monsieur. Il faudra bien prendre garde à ne pas prononcer son véritable nom, elle n’en voudrait pas.

GASTON

Hein?... - , .

BAPTISTE

Elle a déjà refusé le Çabassol dix-neuf fois.

GASTON

Eh bien ! alora...

Oh! mais, vous saurez bien arranger l’affairo. Vous lui parlerez d’abord des avantages, des qualités, des vertus de ce maiû modèle, et, quand elle se sera laissé

séduire par votre éloqnence, alors seulement vous lui" , apprendrez le nom véritable-

n.\STON. Il s’uisied nu burenu.

Baptiste, tu es complètement fou! Je ne le connais pas, ce monsieur.

DAPTISTE.

Mais VOUS ferez connaissance. Il va revenir'! En tout cas, c’est une affaire que le ciel vous envoie pour vous prévenir qu’il ne veut pas encore de vous.

GASTON

Une affaire qui n’est pas faite, et que je ne réussirai certainement pas !

. DAPTISTE, vivement.

Vous réussirez, monsieur, il le faut ! Et quand même il faudrait évincer le Cabassol de Prévallée, une femme 'jeune, jolie et veuve, ça doit être d’un placement facile, et vous lui trouverez un autre mari. Vous verrez comme elle est douce, modeste et charmante, et blonde, et un pied, et une main !... Oh ! c’est la main qu’il faut admirer!... Surtout, monsieur, n’allez pas en devenir amoureux. !

GASTON

Tiens 1 à propos dé quoi cette sortie ?

BAPTISTE

Dam ! si vous vous mettiez à l’aimer, vous n’auriez plus le courage de la marier, et alors...

GASTON

Tu caresses toujours ton idée 1 Mais, je te le répète,^ mon bon Baptiste, tous mes préparatifs sont faits, et je n’ai plus qu’à partir.

BAPTISTE

Oh ! monsieur Gaston ! -

GASTON* Il le lève et paiee à ganche.

Et quand même, l’habitude me manque do ma profession insensée.

BAPTISTE

Insensée ?.. non, monsieur! et très-utile. Ne ponssonsnous pas à la multiplication.'de l’espèce humaine ? C'e&t upe grumle loi dç nature que noua observons! .

rr\

GASTON, louriant.

Oh ! jusqu’à présent la nature s’est bien passée de nous, elle s’en passera encore... Tu as rangé ces papiers ?

(il Ta au bureau.)

BAPTISTE

Non, monsieur.

GASTON

Ne te l’avais je pas recommandé ?

BAPTISTE

J’ai pensé que c’était inutile, maintenant que les affaires reprennent, ou du moins, iH'enncnt.

GASTON

Mais, je te le répète, cette dame ne reviendra pas. (On sonne.)

BAPTISTE

Monsieur, voici ma réponse ; je reconnais son coup de

sonnette, (ll va ouvrir et arnnco un fauteuil.) Le COeUl’ me bat ! ' ( ll sort.)

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