‹ Agence matrimoniale, comédie en 1 acte et en proseChapitre 15 sur 21 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

BLANCHE, GASTON, s’obserfanl.

BLANCHE

Je suis venue tout à l’heure, monsieur ; vous connaissez sans doute le motif de ma visite, car votre domestique m’a assuré que vous me marieriez le mieux du , monde.

‘ , GASTON, souriant.

Je regrette infiniment, madame, et demande votre pardon de ne pas m’ètre trouvé là, car vous seriez déjà renseignée sur ce point.

BLANCHE, s’asseyant au'guéridon.

Vous souriez... votre domestique a donc menti.

GASTON, debout, à son bureau.

Du tout, il s’est trompé.

BLANCHE

En vérité, • monsieur, je iie comprends -pa«. L’idée

m’est venue de me remarier au moyen d’un intermédiaire patenté; idée qui peut sembler folle, je l’avoue. J’ouvre donc le Hottiii, et, au milieu d’une foule do noms, je m’arrête sur le vôtre, que je crois reconnaître dans mes souvenirs. Je viens à vous, et en place d’accueillir ma demande, vous me découragez dés le premier mot. Peutêtre me prenez-vous pour une de ces... aventurières, comme vous devez en voir tant ici.

GASTON, à part.

Oh ! tant ! (nnut.) Ces aventurières, comme vous dites» madame, ne s’expriment point comme vous le faites, et je vous tiens pour une femme du meilleur monde.

nLANGHE.

Vous êtes optimiste.

GASTON

Non, je vois clair, et c’est pour cela, madame, que j’ai souri.

BLANCHE

Alors, vous ne voulez pas me marier ? Ecoutez-moi : Je suis veuve, sans enfant, orpheline, je ne suis pas trop laide, et ne suis pas encore trop vieille, n’est-il pas vrai ?

GASTON, à part.

Elle est adorable !

BLANCHE

Je possède, comme prinoipale qualité, trente mille livres de rente ; on m’accuse d’être un peu originale, mais je ne suis ni trop méchante, ni trop bête. Je tiens le juste milieu. Ajoutez à tout cela que je ne joue pas du piano.

GASTON, à part.

La ravissante créature !

BLANCHE

Ne p6is-je donc avec ces quelques agréments trouver un mari comme il faut ? Répondez-moi ?

GASTON

Je vous écoute, madame, et je suis charmé ! avec votre jeunesse, vptre beauté, votre esprit I...

-AGÊNCpy MATRIMONIALE

BLANCHE, sonnant.

Et mes trente mille livres de rente.

GASTON

Il n’est pas un homme an monde qui ne soit jaluux d’obtenir votre main, et dame Nature vous a si bien dotée que votre fortune devient une superfétation.

BLANCHE

Vous ôtes fort galant, monsieur.

GASTON

Oh ! madame, n’oublions pas que je ne suis qu’un pauvre agent matrimonial, et si je m’étonne, c’est que vous ayez songé à avoir recours à mon office pour trouver.... ce que vous cherchez.

BIANCHB.

Mes relations assurément me permettaient de m'en passer, et mes bonnes petites amies ont fait pleuvoir dans ma maison une nuée de prétendants ! Comment faire évanouir cette nuée4nenaçante? Comment me débarrasser de ces amoureux sans amour? ... En me remariant; c’est i’uniquo moyen.... mais avec aucun d’eux. Oh I non ! ils sont trop laids et déplaisants. Il y a surtout, dans le groupe, un certain méridional (On sonne.) qui profite de mon état de veuvage pour m’obséder de ses poursuites, et ma seule ressource....

Page 1