SCÈNE III
GASTON , apercèrent le calendrier, assis au bureau.
Oui, c’est bien aujoui’d’hui... Il y a un an juste à pareil jour que j’ai acheté ce bureau, cette agence... matrimoniale ! Fameuse idée que j’ai eue là! (ii se lève.) Bast ! j’avais gaspillé ma fortune, je n’étais bon à rien. Il fallait vivre, ou du moins essayer. Employé. ..mes idées d’indépendance s’y refusaient; artiste ... et du talent? On m’offrait cette agence, le prix s’alliait avec les quelques louis qui restaient au fond de ma bourse, je l’acquis en conservant ce qu’il me fallait strictement poui^ vivre pen- .dant une année, et l’année est finie ou finira tantôt à minuit, c’est tout comme. Et pendant ces trois cent soixantecinq jours, qui m’ont paru cependant plus courts qu’aucun de ceux que j’aie jamais vécus, je n’ai pas vu entror par cette porte un malheureux client , pas même une cliente. Mais on ne se marie donc plus ? A quoi pense le monde ? Pas à moi, toujours ! Certes, je n’ignore pas que la profession que je me suis infligée manque de poésie; mais, parole d’honneur, je la croyais plus amusante que cela. Unir deux êtres qui ne se connaissent que par circulaires, échanger des photographies retouchées, où les cheveux gris du bonhomme deviennent de l’ébène le plus noir, où les rides de la fiancée se transforment en le plus agréable des sourires ; peser la dot de l’un et les vices de rautre, en former un tout et le jeter dans la circulation... mais c’est drôle cela I Hélas, ma résolution est bien arrêtée. Je me suis accordé un an à vivre, l’an finit avec mes ressources et je finirai avec elles. Ma foi ! le suicide est immoral, a-t-on dit, mais mourir de faim Test davantage.
Au reste, Jean-Jacques a écrit le contraire, et je vais relire Jean- Jacques, ça me donnera du... montant. Ce n’est pas ma faute, après tout, c’est celle des gens qui ne se marient point, ou qui se marient sans moi.