‹ Agence matrimoniale; comédie en un acteChapitre 12 sur 20 · BAPTISTE, GASTON · texte numérisé non relu

BAPTISTE, GASTON

GASTON, du fond, regardant Baptiste qui danse.

Tu ne pleures donc plus ?

BAPTISTE

Au contraire, monsieur, je chante: je chante, je ris, je saute. Ah ! si vous saviez ! quels cheveux ! quelles dents ! quels yeux! quelle femme ! Un ange tombé du ciel !

GASTON

Qu'est-ce donc? Parleras-tu?

BAPTISTE

Une cliente I monsieur.

GASTON

Une cliente ?

BAPTISTE

Une veuve de vingt ans qui veut le redevenir I ;

GASTON

Redevenir... veuve?...

BAPTISTE

Non, monsieur, femme, femme I Elle veut se remarier t

GASTON

Et elle est venue ici pour cela? Je ne sais si elle est tombée du ciel, comme tu le dis, mais pour sûr elle est mal tombée.

BAPTISTE

Et pourquoi? Ne pouvez- vous la marier tout comme un autre ? Elle va revenir dans un instant.

GASTON

Bast 1 elle ne reviendra point.

Elle reviendra, monsieur, elle me l'a promis.

GASTON, appuyant.

Elle te l'a promis ?

BAPTISTE

Oui, monsieur, vous allez la voir.

GASTON

Mais avec qui veux-tu que je la marie ? puisque ce répertoire n'existait que dans l'imagination de mon prédécesseur.

BAPTISTE

Ah ! je ne vous ai pas dit que j'avais trouvé le mari nécessaire...

GASTON

Que me chantes-tu là ?

BAPTISTE, continuant.

C'est un M. Cabassol, que vous présenterez à la jeune veuve sous le titre de marquis de la Prévallée.

GASTON

Ah ! bah !

BAPTISTE

Oui, monsieur. Il faudra bien prendre garde à ne pas prononcer son véritable nom, elle n'en voudrait pas.

GASTON

Hein?...

BAPTISTE

Elle a déjà refusé le Gabassol dix-neuf fois.

GASTON

Eh bien ! alors...

BAPTISTE

Oh! mais, vous saurez bien arranger l'affaire. Vous lui parlerez d'abord des avantages, des qualités, des vertus de ce mari modèle, et, quand elle se sera laissé séduire par votre éloquence, alors seulement vous lui apprendrez le nom véritable.

GASTON, s'assied au bureau.

Baptiste, tues complètement fou ! Je ne le connais par, ce monsieur.

BAPTISTE

Mais vous ferez connaissance. Il va revenir ! En tout cas, c'est une affaire que le ciel vous envoie pour vous prévenir qu'il ne veut pas encore de vous.

GASTON

Une affaire qui n'est pas faite, et que je ne réussirai certainement pas !

BAPTISTE, vivement.

Vous réussirez, monsieur, il le faut ! Et quand même il faudrait évincer le Gabassol de Prévallée, une femme jeune, jolie et veuve, ça doit être d'un placement facile, et vous lui trouverez un autre mari. Vous verrez comme elle est douce, modeste et charmante, et blonde, et un pied, et une mainl... Oh I c'est la main qu'il faut admirer I... Surtout, monsieur, n'allez pas en devenir amoureux !

GASTON

Tiens! à propos de quoi cette sortie?

BAPTISTE

Dam ! si vous vous mettiez à l'aimer, vous n'auriez plus le courage de la marier, et alors...

GASTON

Tu carrosses toujours ton idée I Mais je te le répète, mon bon Baptiste, tous mes préparatifs sont faits, et je n'ai plus qu'à partir.

BAPTISTE

Oh ! monsieur Gaston I

GASTON, se lève et passe à gauche.

Et quand même, l'habitude me manque de ma profession insensée.

BAPTISTE

Insensée?... non, monsieur! et très-utile. Ne poussons-nous pas à la multiplication de l'espèce humaine ? C'est une grande loi de nature que nous observons I

GASTON, souriant.

Oh! jusqu'à présent la nature s'est bien passée de nous, elle s'en passera encore... Tu as rangé ces papiers ?

II va au bureau.

BAPTISTE

Non, monsieur.

GASTON

Ne te l'avais-je pas recommandé?

BAPTISTE

•l'ai pensé que c'était inutile, maintenant que les affaires reprennent, ou du moins, prennent.

GASTON

Mais, je te le répète, cette dame ne reviendra pas.

On sonne.

BAPTISTE

Monsieur, voici ma réponse ; je reconnais son coup

de sonnette. (ll va ouvrir et avance un fauteuil.) Le

coeur me bat!

Il sort.

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