SCENE XII LES MÊMES. Roméo
Roméo (enthousiaste) (?. part) — C’est elle! (regardant de nouveau le portrait et le confrontant. Il aperçoit Elmire et reste abasourdi. Montrant Elmire) C’est elle! (examinant les deux femmes, les comparant aux portraits) Ce sont elles... Mais laquelle ? celle-ci, celle-là ou toutes les deux ?.. C’est un peu fort, (montrant Elvire) Je crois aimer une femme et c'est peut-être l'an tre (montrant Elmire). Enfin, à tout hasard. Attaquors celle-ci d’abord... (il tousse).
L’AGENT (l’apercevant) — Bonjour, monsieur Roméo.
EvviRE (à part) — Roméo !... que j'aime ce nom:-là !
RoMÉoO — (s’approchant et avec délicatesse) — Pardon, mademoiselle, (à part) Quelle est belle !.….
L'AGENT — Vous paraissez heureux, auriez-vous placé votre dernier tableau dans la galerie de Vanderbilt ?
ELVIRE — J'ai toujours rêvé d’un artiste!
Roméo — Peut-être, mais pour le moment, laissez-là la peinture ; si vous saviez comme je suis affairé (à Elvire, avec galanterie). Pardon, ma belle demoiselle !..
FLviRe — Comment donc ! mais j'aime beaucoup à Vous entendre...
Roméo — }4 moi... et moi. à vous voir ! (déclamant follement) :
J'aime la fleur parfumée, L'étoile d'or qui scintiJle ; (L'agent sort avec un régistre sous Je bras.) L'oiseau qui, sous la ramée Brûle d’un feu qui pétille….
(Ici le philosophe rentre ec rente en arrière de la scène.) J'aime plus, mademoiselle, À vous je n’ose le dire Je l'aime et je suis fou d'elle, Dans mon œil elle se mire.
(Présentant ses yeux.) ELVIRE — Comme vous êtes gentil !.… Dites-vous cela à toutes les jeunes filles ?
Roméo — Vous êtes cruelle |... (montrant le portrait) Voyez done Comme je cours après elle.
ELVIRE — Ah} Mon portrait. Roméo — Oui, votre Portrait, car c'est bien vous ? ELvire — Oui, c'est moi... Dites-moi, Monsieur Roméo, car c’est votre nom, êtes-vous sentoncieux, vous ? Roméo — Comment, sentencieux ?
ELviRE — Oui, quand Vous parlez de Ja vie, prenez.
RoMÉo — Pour l'avenir ?.. l'avenir n’est à personne, l'avenir est à Dieu!... Le nrésent est à nous et profi. tons-en ; vive la jeunesse, les plaisirs et la santé...
ELVIRE — Voilà mon idéal !
RoMÉo — Allons, ma belle Elvire ! à tes côtés je ne ferai plus que des chef-d'œuvre... (bras-dessous et sautant, ils sortent).
LE PHiLosoPHE (au passage) — Jeunes gens ! ne courez donc pas si vite à votre perte.
SLVIRE — Votre esprit n’est pas moderne, monsieur.
RoMéo (ironique) — Quand le diable se fit vieux, ilse fit philosophe !... (Tls sont sortis.)
(Le philosophe élève désespérément les bras.) SCENE XIII
ELMIRE, Paus, Le PniLosopne [en arrière, sans être vu].
PauL (à Elmire, en revenant à l’avant de la scène) — La richesse n’est rien, Elmire, comparée à une vie par. tagée avec une femme simple, aimante, courageuse ! sachant que la vie ne se passe pas dans une salle de ::l et que le bonheur conjugal est la récompense de l’accomplissement réciproque de tous les devoirs.
ELMtRE — Vous êtes bon! je sa:1 que je serai heureuse parce que vous mettez l'affection au-dessus de la richesse, le devoir avant les droits, et que voue prisez plus la simplicité du cœur’ ques lès: Écrais, aitiñe tels de l'esprit. Je nê suis mi moflletre ni subérièure à une au-
tre, mais j 'appréaie l da vie différemtnért. ,* : Pauz — Cftèré “Ebüwe, ‘qui doné, au milieu dè ‘cette vie mondaine où vous avez été entraînée, a pu vous ins-
pirer des paroles si judicieuses et si consolantes ?
EE
ELMIRE — C'est ma mère...
Paur, — Alors, je ferai exception, j'aimerai ma belle. mère! Venez, adorable Elmire, venez me présenter la noble créature qui a fait de vous une femme (ils sortent).