‹ Agglutination du Proteus dans le Typhus Exanthématique du CobayeChapitre 5 sur 55 · GÉNÉRALITÉS SUR LA RÉACTION DE WEIL ET FELIX · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS SUR LA RÉACTION DE WEIL ET FELIX

En 1915 (64, Weil et Felix isolaient, à Constantinople, de l'urine d'un typhique, un germe, appartenant au groupe des proteus et qui était agglutiné, non seulement par le sérum du malade, mais encore par le sérum de tous les autres typhiques: ils l’appelèrent X2. Continuant l'isolement de microbes à partir des urines et du sang des malades atteints de typhus, ils obtinrent une autre souche qui présentait la propriété d'être encore plus fortement agglutinée : ce fut le Proteus X19.

Ces données, établies par les auteurs, furent reprises de toutes parts et les résultats, obtenus par Weil et Felix, furent confirmés en Allemagne par Dietrich {40}, Epstein et Morawetz [18] Sachs [52), Viteeck {60, St. et K. Sterling [59], R. Hamburger et R. Bauch [19}, George Wolff [69], ainsi qu'en France, en Pologne, en Espagne, presque en même temps.

Actuellement, la réaction de Weil et Felix est considérée comme la méthode de choix pour donner sûrement et rapidement la preuve de l'infection typhique, pour déceler les cas atypiques bénins, se présentant quelquefois chez l'adulte et plus fréquemment chez l'enfant, et pour établir un diagnostic rétrospectif chez les convalescents.

On a reproché à la réaction Weil et Felix son manque de spécificité et la possibilité d’une polyagglutination, due à la présence, dans le sérum des malades, atteints d'affections autres que le typhus, d’agoelutinines hétérologues pouvant donner une réaction positive en dehors de toute infection typhique.

Felix a montré que le Proteus X 19 possède, en vérité, 2 anligènes, dont l’un, l’antigène H, est commun à la plupart des Proteus vulgaris,

landis que l'autre, l'antigène O0, propre et particulier aux Proteus X, est seul agglutiné par le sérum des typhiques.

Celle forme particulière 0, Félix l'a constatée dans les vieilles cultures des Proteus X; les colonies deviennent glaireuses, épaisses et n'envahissent pas la surface de la gélose, comme le font les colonies de Proteus vulgaris: il leur à donné le nom de colonies O de « OHNE », par opposition aux colonies H, de « HAUCH ». En outre, ce savant a remarqué que les bacilles proteus dans les formes O ne possèdent plus de cils ou n’en possèdent plus qu'un seul. Nous pouvons, en français, interpréter les expressions de Felix en disant que les bacilles de forme O0 donnent des colonies séparées « sans » envahir la gélose, tandis que les bacilles de la forme H donnent un enduit lisse, brillant et uniforme par suite de l’envahissement du milieu gélosé.

Braun [8 et 4], considère cette forme O0 comme une « Hungerform » ou forme de dégénérescence; Wolff 70} comme une « Daurform » ou forme àägée. En dehors de l'aspect particulier que prennent les formes 0 dans les cultures et la disparition des cils du Proteus X 19, la différence entre les deux antigènes H et O0 S'accroit par d'autres données expérimentales.

Schiff et Nathorff [55|, ont constaté que la forme H est très hémolytique, tandis que la forme 0 ne l’est pas ou du moins très peu.

Félix, d'autre part, a remarqué que les agglutinines anti O sont rapidement détruites entre 60 et 63°, tandis que les agglutinines anti IH sont beaucoup plus fhermostabiles; le même auteur affirme que l'agglutination, effectuée avec les formes 0, se présente en fins grumeaux, tandis qu'avec les formes H, l’agglutination est floconneuse. Enfin, les formes 0 s’agglutinent plus lentement, mais à un taux beaucoup plus élevé.

Il explique ainsi les causes d'erreur déterminant la positivité de sa réaction en dehors de toute autre infection.

«Le Proteus X 19, écrit-il [2], peut donner une agglutination avec son antigène H, si l'agglutinine correspondante H est présente dans les humeurs. Ces agglutinines, quelquefois rencontrées dans le sérum d'individus bien portants ou de malades souffrant d’une autre maladie que le {yphus, sont dues à l'existence du bacille proteus vulgaris ou à une infection antérieure avec le même bacille (otite, cystite, néphri-

res

te, elc.) el, comme un grand nombre de souches de Proteus vulgaris possède un antigène H commun avec la souche de Proteus X 19, il est évident qu'un taux élevé d’agglutination H avec le X19 constituera une importante source d'erreur dans la réaction de Weil et Felix ».

C'est pour obvier aux causes d'erreur, énoncées par Felix, que ce dernier recommande l'emploi exclusif des colonies O pour effectuer sa réaction.

La propriété particulière que possède le sérum des typhiques d'agglutiner le Proteus OX 19 se retrouve aussi bien chez les individus atteints de typhus historique que chez ceux atteints de typhus murin : la réaction apparaît entre le 5° et le 10° jour de fièvre et elle va s’accentuant pour atteindre parfois un taux extrêmement élevé et qui ne se rencontre guère que dans cette réaction. Elle diminue ensuite lentement au cours de la convalescence et persiste longtemps, quelquefois pendant un ou deux ans.

Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaitre que la réaction est positive dans presque la totalité des cas de typhus : l'absence totale d'agglutinines pendant la durée de la maladie est considérée comme un fait exceptionnel et se présente seulement dans des cas de sévérité extrême qui se terminent, en général, par la mort. C'est sur cette constatation que Zlocisti [74|, a été amené à proposer l’usage de la réaction de Weil et Felix comme un moyen auxiliaire de pronostic.

Le groupe des fièvres exanthématiques comprend un certain nombre de maladies humaines dont le {typhus de l'Ancien monde ou typhus historique, est le type le mieux connu. Nous savons que son diagnostic sérologique s'obtient par l'agglutination du Proteus X 19.

En Malaisie, il existe deux typhus : le {yphus des villes donnant une réaction positive avec le Proteus X 19 et le typhus rural à réaction positive avec le Proteus de Kingsbury ou Proteus XK. Ce proteus avait été fourni, en 1921, par la « National collection of type cultures », comme souche typique de X 19. Transporté, en 1923, par Kingsbury dans la Péninsule malaise, il a servi à Fletcher pour démontrer la nature typhique de la fièvre endémique de la campagne

inalaise. Plus lard, Flelcher a constaté que le Proteus XK se différenciait de la souche X 19 originelle par ses caractères de culture (absence d'indol, absence de fermentation du saccharose et du maltose); elle s'identifie au Proteus X par son comportement à l'égard des sérums; par contre, la souche Kingsbury, comparée aux autres souches non indologènes, a les mêmes caractères de culture, mais des réactions sérologiques toutes différentes.

La Fièvre fluviale du Japon ou Tsutsugamushi, maladie grave, mortelle pour l'européen, bénigne pour l'indigène, par suite d'une atteinte antérieure souvent inapparente chez les enfants, se range aussi dans le groupe des fièvres exanthématiques. Le sérum des malades agglutinerait, d’après A. Felix, le proteus de Kingsburv.

Une autre maladie grave de l'homme, la Fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, peut être sérologiquement diagnostiquée par la propriété que possède le sérum des malades d’'agglutiner le X19, le X 2 ou le Proteus XK.

La fièvre boutonneuse, découverte en Tunisie, retrouvée à Marseille et dans tout le bassin méditerranéen: le diagnostic sérologique s'obtient tantôt avec le Proteus X 19 tantôt avec le Proteus X 2.

Enfin le typhus de Sao Paolo (Brésil) qui est une maladie très grave voisine de la Fièvre pourprée: le sérum des malades agglutine tout particulièrement un proteus, récemment isolé par Carvalho Lima : le Proteus XL l16].

Les divers typhus [32], confèrent aux animaux guéris une immunilé, valable à la fois contre eux-mêmes et contre les autres virus {yphiques.

Ch. Nicolle et Jean Laigret [38| utilisant le virus africain, entretenu à l’Institut Pasteur de Tunis depuis 8 ans, et 2 virus murins, l’un de Mexico, l'autre de Toulon, ont vu que, d'une façon générale, les trois virus vaccinent contre eux-mêmes et les uns contre les autres. Poussant plus loin leur étude de l'immunité croisée entre les virus typhiques propres el le virus d’une autre maladie, rangée dans le groupe des Tièvres exanthémaliques, la Fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, ils ont constaté une grande différence dans l’activité du pou-

ete

voir préventif des virus [89]. Le virus mondial, de même que les virus murins n'immunisent pas le cobaye contre une infection ultérieure avec le virus de la fièvre pourprée et ces caractères séparent complètement les propriétés antigéniques des deux virus.

D'autre part, Et. Burnet, Paul Durand et D. Olmer [5] ont montré qu'une première atteinte par le virus boutonneux n'immunise pas le cobaye contre une seconde infection avec les virus typhiques, mondial ou murin, La fièvre boufonneuse est done, par son pouvoir antigénique préventif, différente des virus typhiques les mieux connus.

Si nous cherchons à établir une relation entre les épreuves d’immunité croisée et les réactions sérologiques, obtenues avec les différents tvpes de proteus X, utilisés pour le diagnostic des infections typhiques, nous voyons, dans ce tableau, emprunté à la remarquable étude de À, Felix (ouvrage cité), qu'il existe une relation étroite entre

les caractères antigéniques des virus et leurs propriétés immuni-

santes.

f. = [IMMUNITE NOM AGENT | AGGLUTINATION AVEC |PRINCIPAL CROISÉE LOCALITE | TRANSMET- ANTIGÈNE avec DE LA MALADIE < ee typh TEUR d 9 des virus Lypnus OX 19, OX 2] OXK historique Typhus historique Est poux HE ab) NSE (0) OX 19 positive européen Tunis Habardllo,...... Mexico poux +++l 7 O OX 19 positive et puces de rat Typhusendémique| Sud-Est [puces de rat! + + + ? O OX 19 positive EPS Re M. de l'Amérique Fièvre nautique... Toulon puces de ral! + + + ? O OX 19 positive Fièvre pourprée| Ouest E.U. tiques se à: se inconnu négative des Montagnes Rochenses Fièvre boutonneu-| Marseille tiques £ “2 % inconnu négative SO mere Tunis

Etre

Nous voyons, par exemple, qu'entre deux typhus, comme le typhus endémique des Etats-Unis et le lyphus historique, il existe des propriétés antigéniques communes — agglutination très nette avec 0 X19 et seulement avec O X19 — et qu'en même temps les épreuves d'immunité croisée sont positives dans les 2 sens, c’est-à-dire qu'un animal, ayant subi une première atteinte de typhus historique, sera immunisé contre la maladie de Brill et vice-versa: alors que la fièvre boutonneuse et le typhus mondial ne possèdent aucune similitude antigénique et que les épreuves d’immunité croisée sont nettement négatives.

Nous pouvons donc dire qu'à ce jour les épreuves d'immunité croisée n’ont été obtenues qu'avec des virus qui possèdent le même antigène que celui du virus mondial c’est-à-dire l’antigène O du type X19. Si, d'autre part, les épreuves d'immunité croisée sont négatives avec le virus de la fièvre pourprée et celui de la boutonneuse, c'est que leurs propriétés antigéniques sont entièrement différentes, comme le démontre l'absence d’un antigène propre, semblable à l'antigène O du Proteus X 19 dans le {yphus historique ou les typhus murins.

Si nous poussons plus loin l'examen de ce tableau, nous voyons, d’après Spencer et Maxcy [581 et Davis et Parker [8], que, dans la Fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses les réactions d’'agglutination, effectuées avec le sérum des malades, ressemblent quelque peu à celles obtenues dans la fièvre boutonneuse: ces auteurs ont vu, en outre, que le virus de la boutonneuse est capable, dans une certaine mesure, d’immuniser les animaux contre une atteinte secondaire par la Fièvre pourprée.

Aussi, dans l’état actuel de nos connaissances sur les rapports des lèvres exanthématiques entre elles, nous pouvons dire que les épreuves d'immunité croisée, entre les différentes variétés de virus typhique, S'accompagnent d’une identité des réactions sérologiques vis-àvis des Proteus X, alors qu'un échec dans l'obtention d'une immunisation coïncide avec une dissimilitude dans les réactions d'agglutination.

L'accord entre les épreuves d’immunité croisée et la sérologie des lièvres exanthématiques nous apparaît encore plus étroit si nous

en :

admettons la séduisante hypothèse de Ch. Nicolle [83], sur l'origine des typhus.

Ch. Nicolle pense qu'à l'origine de ce groupe d'infections il aurait existé un ancêtre commun, qu'il situe dans les terriers des petits rongeurs sauvages, un virus unique, pathogène d'abord pour les rongeurs, mais qui, élargissant son aire géographique et transmis accidentellement à l'homme par des parasites cuticoles auxquels il se serait adapté, aurait peu à peu évolué et se serait différencié au cours des siècles en des souches secondaires, dissemblables entre elles par certains caractères accessoires, mais demeurés cependant très proches les unes des autres, souches secondaires dont chacune est devenue la cause déterminante d’une des maladies humaines que nous groupons sous le nom de fièvres exanthématiques [23].

Nous voyons donc le rapport étroit qui existe entre l'expérimentation et la sérologie des typhus : d’une part, conception d’une origine commune des fièvres exanthématiques avec différencialion ultérieure en divers types et, d'autre part, à partir d’un même microble, le proteus, formation de variants correspondant aux diverses variétés de tvphus. Il est impossible qu'il y ait là une coincidence.

On ne peut expliquer que par des hypothêses l’agglutination des proteus au cours de l'infection typhique. Weil et Felix [65], ont émis l’idée que les souches X de proteus étaient la forme visible, non pathogène, des virus typhiques invisibles. Cette hypothèse était basée sur le fait que, d'abord, l’action antigénique du virus produisait des anticorps et des agglutinines pour la souche X 19 et, d'autre part, que les souches X avaient toujours été isolées à partir des organes, du sang ou de l'urine de malades atteints de typhus exanthématique [64, 62, 63].

L'hypothèse de Weil et Felix est séduisante, mais l'identité entre les virus typhiques et les Proteus X n’a pas encore été établie d'une manière probante. Le phénomène inconnu de l’agglutination du proteus n’enlève aucune valeur à la réaction de Weil et Felix qui reste la méthode de choix pour le diagnostic de linfection typhique; spécifique, sa constance se vérifie avec tous les typhus chez l'homme et chez les animaux.

Le singe répond, comme l'homme, à l'infection typhique; après une

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