‹ Agnès, ou, La petite joueuse de luth [microforme]Chapitre 13 sur 22 · LUE ER · texte numérisé non relu

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Agnès s'était agenouillée, et tenait ses regards et ses mains - : jointes élevés vers le ciel.

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Dis-moi d'où naissent ces alarmes, D'où vient la pâlenr de tes traits?

Dieu ne sèche-t-il pas les larmes De qui mérite ses bienfaits ?

Agnès, surprise, enchantée, dit à voix basse à sa mère : ‘* Entends-tu, maman ? écoutons, que c’est beau ! .

— Oui, dit Mathilde, on dirait que ces paroles de consolation descendent du ciel pour ranimer rtre . courage.”

Cependant la voix se rapproche et continue de chanter :

Vois l'éclat de ces fleurs brillantes Que fit naître le Créateur ;

Quand le soleil les rend souffrantes, Dieu sait leur rendre la fraicheur,

Écoute le joyeux ramage

De ces oiseaux qui, dans les airs, Rendent un éloquent hommage Au Dieu puissant de l'univer

“ Qui, disait Agnès, le bon Dieu dont la sollicitude s'étend jusqu'aux petits oiseaux, nous aime bien davantage ; n’est-ce pas, maman ?

— Qui, sans doute, # a chère fille. Celui qui donne aux oiseaux leur jâture pourvoira éertainement à notre subsistance et ne nous oubliera point.”

t La voix s'approche bien plus encore, et les deux infortunées eniendirent très distinctement le couplet suivant : :

Ne pleure plus, la Providence

À vos maïneu:s: compatira ;

En Dieu places votre espérance,

Jamais il ne vous oubliers..

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siasme en frappant des mains. C’est justement ce que je te disais. L'as-tu entendu ?. n'est-ce pas, chère maman,ajouta-t-elle en l'embrassant et en essuyant les

. larmes de sa mère, n'est-ce pas, tu ne pleureras plus ?

— Non, ma bonne Agnès, répondit la châtelaine, aon, non, je ne pleurerai plus. Je me reproche main tenant mon peu de foi, Dieu m’a fortifiée et consolée de la manière la plus touchante,”

Pendant que la mère et la fille s'eniretenaient encore de ce sujet, et qu’elles cherchaient à découvrir d'où pouvait venir cette voix mélodieuse, elle virent une jeune bergère descendre dans un ravin entre deux rochers ; elle furetait ave inquiétude dans tous les buissons, et disait : ‘ Où donc peut s'être caché mon agneau ? Pourvu qu'il ne soit Pas tombé dans quelque précipice. Voilà bien longtemps que je cherche

en vain partout, jamais encore je ne me suis avancée

aussi loin dans la montagne.” Elle regarda attentive. ment les rochers environnants Pour s'orienter; en découvrant le vallon, elle résolut d'y descendre pour regagner s0n troupeau par une route moins pénible. Quand elle aperçut Mathilde et Agnès : ‘ Ciel ! s’écria.

t-elle, voilà des inconnues : fuyons !

— Oh! non, ne vous éloignez pas, bonne bergère, lui dit Mathilde d’une voix douce ; soyez sans crainte, et venez à notre aide si vous le Pouvez : nous sommes de pauvres infortunées.

— 0 mon Dieu! dit la bergère, de pauvres infor. tunées ? Dites-moi bien viteen quoi je puis vous être utile.” :

Agauès s'empressa de lui dire que depuis la veille À midi sa mère n'avait encore rien mangé que quelques

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. # Bien, oh ! très bien! s'écria Agnès avec enthog.

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= “Ah! que je suis contente d’avoir encore mon déjeuner tout entier { s'écria la com patissante bergère en ouyrant aussitôt son panier à bras, dont elle tira | du pain, une cruche de grès et une écuelle de terre. ; Prenez, mangez, dit-elle ; ce pain est excellent ; voici Es du lait de brebis:” Et elle lui en versa dans l’écuelle. . * “ Buvez, il est doux et agréable. Voici encore quel- \ ques fruits, votre jeune demoiselle doit les aimer; tenez, ma chère pelite, prenez-les, et voici encore un

peu de pain.” | |

Mathilde et Agnès mangèrent avec délices le déjeuner qui leur venait d’une manière si inattendue ; puis Mathilde, serrant affectueusement la main de la jeune bergère, lui dit avec émotion : ‘‘ Je te remercie, ma bonne enfant; tu es pour moi un ange du ciel que Dieu m'a envoyé-au fort de ma détresse. Ta bonté m'a sauvé la vie; sans toi je serais morte de faim.”

La bergère interrompit ces témoignages de reconnaissance par celte question : 4 Mais comment vous trouvez-vous dans cette partie stérile et absolument déserte de la montagne? (Comment pouvez-vous vivre dans cette misérable hutte, si loin de toute société humaine ? Vous êtes pauvres et infortunées, venez avec moi, je vous conduirai dans une contrée habitée par de bonnes gens qui ne vous laisseront pas sans secours.

—Hélas ! ma bonne, répondit Mathilde, je suis trop faible pour pouvoir quitter ces lieux ; j'ai été malade Plusieurs semaines, et il ne m'est pas encore revenu assez de force pour entreprendre une longue course.

— C'est bien malheureux, dit la bergère ; comment faire alors ? Je voudrais vous apporter à manger tous

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les jours ; mafs fl Ya trop loin d'ici chez nous, et nous summes pauvres nous-mêmes.

— Sois tranquille, ma chère enfant, dit Mathilde, Dieu vient de me secourir pour le moment, il continuen à le faire. Déjà tes dons Charitebies m'ont

+ ranimée. Le Ciel, qui ne laisse Pas’sans récompense

un verre d'eau, te récompensera Pour le pain et le lait que tu m'as donnés.

— Oui, ajouta Agnès à son lour, je te remercie aussi, charitable bergäe, Mais maintenant lu auras faim toi-même, car tu t'es privée de ton déjeuner,

— Oh! ce n'est rien ; je voudrais avoir quelque chose de mieux à vous offrir, Ne parlez plus de cela,

—Je te dois une double reconnaissance, reprit encore Mathilde ; car, si ton lait et ton pain ont ranuimé mon corps, tes chant: doux et agréables ont raffermi mon âme souffrante. Ils semblaient descendre du ciel pour nous consoler, kr

— Vous aimez donc bien ce chant ? répliqua la bergère ; oh ! j'en connais encore une foule d’autres non moins beaux. Mon plus grand plaisir est de chanter et d‘entendre chanter; il m'est arrivé souvent de donner un jeune agneau pour une romance nouvelle.”

Mathilde, charmée d’avoir trouvé un moyen de témoigner sa reconnaissance à sa jeune bienfaitrice, ordonna à Agnès de prendre son luth et de lui chanter quelque air. Agnès, qui avait déjà fait des progrès notables sur cet instrument, s’empressa d'obéir, et, après un brillant prélude, elle se mit à chentér la romance suivante : ;

Dens 500 joli jardin, Blandine possédait Un petit arbrisseau que sa main arrosait,

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1e pauvre et jeune arbuste, ên sa première année, : N'avait qu'une cerise à sa branche attachée : Mais si ce fruit tout seul pendaît à son rameau C'était, sans le vanter, le plus frais, le plus beau,

Blandine, en sautillant de joie et de bonheur, Cueillit ce fruit unique, et dans sa vive ardeue Courut avec transport le porter à sa mère.

Prends-le, bonnemaman, à tout je le préfère.

La mère le refuse,… et, devant l'accepter, Laisse voir dans ses yeux une larme briller.

Cette cerise fat promptement oubliée 3

La saison se passa ; mais la suivante année

Dans son jardin, Blandine, en marchant au hasard, Vit un cerisier s'offrir à son regard ;

Jl était magnifique et d'un heureux présage ;

Mille fruits savoureux brillaient sous son feuillage,

La mère, dans ses bras enlaçant son enfant, De’baisers maternels la couvrit tendrement.

Vois, dit-elle, cet arbre, il cause ta surprise,

Il naquit du noyau de l'unique cerise.

Dans sa sagesse, Dieu récompense toujours

Le bien que l'enfant fait aux acteurs de ses jours.

‘“ Que c'est beau ! que c’est touchant 4 s’écria la jeune bergère, battant des mains et sautant de joie, et quels sons harmonieux ! Jamais je n’ai encore r'en - entendu de pareil. Les bergers de 108 montagnes ne connaissent d’autres instruments que le chalumeau, le cornet et la musette. Oh ! viens avec moi. Habile comme tu l'es, il te sera facile de gagner ta vie et de pourvoir à l'existence de ta mère. Quand même on n'aurait pas pitié de votre misère, on serait ravi de | ton chant; onte donnerait avec joie tout ce que Rous-avons dans nos montagnes : du pain et du lait, - du beurre et des œufs, du chauvre et de la laine Viens, viens avec moi. :

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— Mon enfant, dit Mathilde, tu me donnes une

‘Idée, qui vient, je crois, du ciel. Oui, chère Agnès,

pars à la garde de Dieu; va chanter aux portes des maisons, et tâche ainsi de nourrir toi et ta mère.

— Oui, ma bonne maman, répondit ‘Agnès, je l'obéirai ; et, s’il le fallait, pour te nourrir j'irais au bout du monde, marchant pieds nus sur des cailloux pointus et par des sentiers nérissés d’épines.”

11 fut donc résolu qu’Agnès se mettrait en route, guidée par la Jeune bergère, et qu'elle essayerait de gagner quelque chose par Le chant et la musique. La séparation fut pénible et douloureuse pour la mère et

la fille ; l'idée que cette absence ne durerait que deux

à trois jours fut seule capable de calmer leur douleur. Les regards de Mathilde suivirent les pas de sa fille

Chérie jusqu'à ce qu’enfin celle-ci, ayant atteint le

sommet de la montagne, disparut derrière le feuillage de sombres sapins.

RE Agnès demande l'aumône, | à

Plongée dans la tristesse et dans une profonde réverie, Agnès, son luth sous le bras, marchait à côté de la bergère. Son excessive timidité, suite naturelle de la solitude dans laquelle elle avait été élevée,

. l'embarressait beaucoup. Elle n'osait songer à la

nécessité de chanter devant tout le monde pour

recevoir l’aumône. Quelque grande que fut la tendresse qu'elle portait à sa mère, quelque disposée qu’elle se sentit à faire tout ce qui était en son pouvoir pour la soulager, elle comprenait néanmoins tout ce que l'exécution de la promesse qu’elle lui avait faite allait avoir de pénible et d'amer. Plus elle approchait du terme de son voyage, plus elle voyait faiblir son courage. La jeune bergère, qui chemin faisant venait de retrouver son agneau blotti dans les broussailles entre deux blocs de rocher, et qui l’emportait sous son bras, s’efforça de son mieux ‘de combattre les scrupules de sa craintive compague et de lui inspirer plus de hardiesse. Enfin la pieuse Agnès leva ses regards vers le- ciel, l’image de sa mère mourante de faim se présenta à son esprit ; alors elle pria intérieurement Dieu de fortifier son cœur et son âme dans ce moment de pénible épreuve. Dès ce moment ses yeux se dessillèrent, pour ainsi dire ; elle reconnut si distinctement son devoir,qu’elle parvint à vaincre sa timidité, et qu’elle prit la courageuse résolution de tout entreprendre avec f'aide de Dieu pour diminuer l’horrible détresse de sa mère chérie.

Pendant qu'elle se trouvait dans cette heureuse disposition d'esprit, nos deux jeunes personnes arrivèrent — dans un charmant vallon, de toutes parts entouré de collines verdoyantes. On y voyait éparses çà et à un grand nombre je cabanes de paysans ; cependant il y en avait aussi quelques-unes sur les collines. Ces ‘ maisons étaient très basses ; les toits, très aplatis, couverts en ardoises, étaient chargés de lourdes pierres pour empêcher la toiture d'être emportée par l'ou-.

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en rouge ôu e

religieuses (1) ornaient leurs blanches murailles. Parmi ces jolies habitatio

culièrement une ‘charmante

Va superbe tilleul, sous l'ombrage duq taire avait Construit un banc rusti

bergère à Agnès en la Jui Montrant, elle est habitée par les meilleures

‘abord commencer par chanter je te le conseille, et je suis sûr que le bon accueil que fu y recevras l'encouragera à

ne devant les autres habitations.

car nous Je croyions perdu. Quand!

ici, tu te dirigeras droit vers les de

et sa divine mère te protègent { ”

Lorsque la jeune bergère se fut éloignée,

it à accorder son luth. Cependant son cœur pal- Pitait de nouveau. «: Hélas ! s'écria-t-elle, je vais dance

* Chanter pour avoir du pain, Ah! j'ai plus envie de

» tant cela me paratt humi.

liant... Mais non, ne rougissons point de notre pau-

nle que si elle était aussi la plus grande richesse non mé.

(1) Cet nragi +: Sénéral dans les villages etles hameaux de là Suis ot dus Alpe 2: ;

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ritie, ne fait aucun honneur. Allons, du courage.” Et, s'étant placée devant la porte de la métairie, elle se m.\ à chanter, en s’accompagnant avec son luth, is re nance qui suit :

Un enfant s'amusait

Sur la verte prairie

Qui borde la forêt

Près de l'hôtellerie.

À travers les roseaux,

Au bord d’un lac tranquille, Bur les limpides eaux

Il voit rose qui brille.

: Ie téméraire enfant Pour la cueillir s'élance.

Volage, imprévoyaut,

. Vers le lac il s'avance.

Arrête, dit sa mère, Fuis un si grand danger ; Mon fils, reste en arrière! Garde-toi d'avancer.

L'enfant, sans écouter

Cet avis de sa mère,

Cueille sans hésiter

La rose printanière,

Mais bientôt sons ses pas Le sol s’affaisse. Il glisse

Et trouve le trépas

Dans l'affreux précipice.

Par ses cris déchirants, Sa mère désolée

Atiire les enfants

De toate ia contrée.

Écoutez vos parents, Dit-elle avec instance :

Vous voyez à quoi tend La désubéissauce.

Ë Fa RE et à de Fe , AGNÈS D |

sa satisfaction Par ses mines et sec Bestes. Et elle se disait après avoir allemivement regardé Agnès: Mon

qu'elle doit être de bonne famille, Peut-être même

üne demoiselle noble, | Après ces réflexions faites antérieurement, la pa

d’un ton bienveillant : « Dieu te bénisse, (4) ma chère -

petite! ta voix ressemble à celle d’un ange, et sans doute tu égales anssi les anges en vertu et €n douceur, Que Pourrais-je t’offrir en retour du plaisir que ta chanson m'a causé At Agoës, entièrement rassurée par l’affabilité de cette nne femme, lui répondit d'une voix timide: « Ah}

j'ai bien faim ; si vous vouliez me donner un peu de.

lait et de pain pour l'amour de Dieu!

— Oui, ma chère Petite ; je vais te Contenter sur. le-champ, attends-moi,” dit la Paysanne en rentrant dans la maison. Un moment après, ses trois enfants, Georges, Rose et Lisette, sortirent de la Métairie, et, entourant la jeune étrangère, ils lui criaient : “14 encore une petite chanson, encore : chante-nous.n une ; nous t’en prions, un petit air vif et gai.”

Agnès céûa volontiers au désir de ces aimables enfants ; après avoir Préludé, elle chanta le morceau suivant : |

(1) Salut habituel des MOutagnards de l'Helvétie et du Tyrol,

de é É

L'alouette contente S'élance au seia de l'air, Écoutez, elle chante.

Un sublime concert.

Dieu ! Dieu! Dieu ! Dieu !

Dieu ! Dieu ! Dieu ! Dieu !

Dieu ! Dieu suprême !

Dieu ! que je chante, Dieu !

Dieu ! Dieu que j'aime,

Soyez béni, mon Dieu. :

Dieu ! Dieu ! Dieu ! Dieu !

Dieu ! Dieu ! Dieu ! Dieu !

Te louer, Ô mon Père,

Est mon unique loi.

Exauce ma prière,

Qui s’é dve vers toi.

Dieu ! Dieu ! Dieu! Dieu !

Dieu ! Dieu ! Dieu ! Dieu !

* Bravo ! bravo { s’écrièrent les enfants transportés de joie ; nous te remercions, gentille étrangère,

— Mais ce n'est pas tout de remercier, s’écria le petit Georges ; je vais à mon tour te faire plaisir en te chantant la chanson de la caille, si tv veux bien in’accompagner sur ton luth, en imitant, au refräin de chacun des couplets, le cri de la caille. Com

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