‹ Agnès, ou, La petite joueuse de luth [microforme]Chapitre 20 sur 22 · CO] AGNÈS · texte numérisé non relu

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‘6 C'est elle! s'écria le chevalier, elle arrivef: Théolinde ! chère Théolinde !” Et il vola à sa rencontre, suivit de son écuyer.

. Adelina voulut accompagner son père ; mais Benno l'en empécha. ‘* Reste, ma chère enfant ; les sentiers de la campagne sont trop difficiles et trop dangereux : tu pourrais glisser et tomber dans un precipice. Tes chers parents ne tarderont pas à venir. Quelle joie ! quel bonheur! ajouta encore le pieux ermite avec émotion en suivant des regards le chevalier; 6 mon Dieu, si c’est déjà un si grand plaisir de se revoir icibas quand on s’est cru mort de part et d’autre, si la

nature humaine peut à peine supporter cet excès de

joie, quelle ne sera pas notre félicité lorsque nou nous reverrons tous au ciel ! Cette seule pensée est un baume qui adoucit toutes les blessures que la mort et l'absence peuvent nous faire.”

Cependant le chevalier, suivi de son fidèle écuyer, s'étant précipité à la rencontre de son épouse. D'un pas rapide il gravit la montagne, et à peine eut-il fait une centaine de pas pour descendre le versant, qu'il rencontra Théolinde, marchant appuyée sur le bras de la fermière. Le bonheur de ces deux époux fut inexprimable ; des larmes délicieuses inondèrent leurs visages ; ils restèrent longtemps muets de joie et d'émotion. Enfin Adelbert rompit le premier ce long silence. Il prit la main de Théolinde, et la pressa contre ses lèvres.

Apercevant son anneau nuptial au doigt de Théolinde, il lui raconta en peu de mots comment on lui avait volé cette bague, probablement à l'instigation de Grimmo, qui depuis avait péri dans un duel,

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Puis, levant au ciel des yeux pleins de reconnaissance, il s’écria: ‘ Grâces éternelles vous soient rendues, Père céleste, Dieu de bonté et de misé- . ricorde! Vous m’aviez donné cette douce amie, vous me l'aviez reprise, et vous me la rendez aujourd’hui! Que votre saint nom soit béni et glorifié en toute l'éternité !”

Les deux époux, au comble du bonheur, reprirent alors le chemin de l’ermitage pour rejoindre leur fille Adelina.

X1 Le jubilé à l'ermitage.

Dürant cet intervalle, les cultivateurs et les bergers de tc: te la contrée environnante s'étaient réunis au cortège, et, précédés d’une musique champêtre, s’éfaient rendus à l’ermitage, pour y fêter l’anniversaire du jubilé de ving-cinq ans depuis l’arrivée du vénérable père Benno au milieu d'eux. Les campagnards avaient leurs habits de fêtes. Les enfants et les jeunes filles étaient vêtus de blanc et couronnés de fleurs. L'un de ces enfants tenait un bouquet noué avec un beau ruban, un autre une corbeille de fleurs, d’autres des couronnes de chêne suspendues à de longs rameaux avec de flottantes banderoles en rubans de divers couleurs. La jeune bergère que nous connais.

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sons déjà conduisait en tête un petit agneau blant comme ls neige et couronné de fleurs ; une autre jeune fille enfin avait deux jolies tourterelles dans une cage. On voyait aussi la fermière de la grande mélairie, portant sur sa tête une vaste corbeille recouverte d’une servielte, tandis que son mari tenait sous le bras un baril orné de guirlandes de lierre’ Un grand nombre de personnes de tout âge et de tout sexe formaient le cortège. Tous se rangèrent sur deux files à l'entrée de l’ermitage, de manière à laisser de la place pour Benno, Adelbert, Théolinde et Adelina. |

Sur un signe du gros ‘:rmier, la musique cessa, le paysan Ôta son bonnet, et, s'adressant à l'ermite, il lui dit:

“ Cher .t vénérable père Benno, les bergers et les campagnards de la contrée viennent vous complimenter à l’occasion de votre jubilé. Nous vous remercions de tout le bien que vous nous avez fait durant le cours de ces vingt-cinq années, et, pour vous témoigner notre reconnaissance, nous vous apportons quelques présents champêtres ; c’est tout ce que nous avons de mieux à vous offrir. Nous ne savons pas tourner un compliment, nous autres ; Mais vous n'y regarderez pas de si près. C’est nos cœurs qu'il faut voir; comme ils vous chérissent! Le bon Dieu, qui 1:! dans le fond de nos âmes, tout comme on lit dans un livre, y voit les souhaits sincères que nous formons pour vous. Lui seul peut les exaucer, et nous espérons qu'il le fera.”

Penno, vivement touché des témoignages d'amitié de ces bons campaguards, les en remercia en termes qui peignaient toute l'émotion qu'il éprouvait. Un cri général, trois fois répété de ‘ Vive notre vénérable père Benno ! ” retentit dans les airs.

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Ce fut au milieu de cette scène d’aflégresse qu'arriva le chevalier Adelbert, conduisant son épouse Théolinde appuyée sur son bras. Aussitôt qu'Adelina les aperçut, el.e coueut au-devant d'eux en pleurant de joie: ‘ Mon père! maman! ...” Voilà tout ce qu'elle put dire. Ses parents la comblèrent de tendres caresses, et Théolinde lui répondit : ‘ O ma chère fille, quel jour de bonheur le Ciel nous a préparé après tant de souffrances ! ” Adelbert disait à sontour: ‘* Oui, quel bonheur que tu me sois rendue, ma chère fille, et que tu m’aies fait retrouver ta boune mère |

— Dieu de bonté, dit alors le pieux ermite, je vous rends grâces d’avoir embelli le jour de mon jubilé par le borheur de ces nobles époux. Jetez un regard favorable sur ces cœurs généreux que vous avez réunis d’une manière si miraculeuse ; bénissezles Ce nouveau, et faites qu'ils puissent compter er nble plus d'un jubilé. Faites que cette chère enrant, par laquelle vous les avez réunis aujourd’hui, soit encore par la suite une source intarissable de joie pour les cœurs aimants. Bénissez tous les braves geus qui sont rassemblés ici. Répandez l’union et la paix, le bonheur et le contentement dans tous les ménages, “et que tous les enfants, par l: moyen de votre grâce, deviennent la joie et la consolation de leurs parents.”

Cette pieuse inr »cation terminée, l’un des cultivateurs, respectable vieillard aux cheveux blancs, adressa ensuite, au nom de tous les assistants, les plus cordiales félicitations à la noble famille, et il termina sa courte allocution par ces mots : ‘‘ Nous ne cesserons de prier le bon Dieu pour qu'il daigne vous

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accorder tout ce que le père Benno vient de souhaiter pour vous.”

Adelbert serra affectueusement la main du digne vieillard, et lui répondit d’un ton pénétré :

“Mon bon ami, je suis très sensible à l'intérêt que que vous prenez à mon bonheur, et je vous en remercie du fond de mon âme, vous et tous ces braves pères de famille. Puisse l'Éternel accomplir les vœux que vous formez pour nous, et accorder à vos femmes et à vos enfants tous les biens que vous nous souhaitez |"

Alors c: eri joyeux : “ Vivent le noble chevalier Adelbert et sa famille ! ” retentit de toutes parts et fut répété par les échos d’alentour.

Puis la bonne fermière s’avança d’un air modeste vers Adelbert, et, après une profonde révérence, elle dit :

‘“ Seigneur chevalier, j'ai une grâce à vous demander; mais excusez-moi, j'ose à peine vous le dire. Nous avons apprêté sujourd’hui, en l’honneur du père Benno, une petite collation ; elle nous attend l4bas sur la pelouse ronde entourée d'arbres: veuilles nous faire l'honneur d’être des aôtres.”

L'invitation fut acceptée ; en conséquence Adelbert et Théolinde, Adelina et R- :0, ainsi que tous les assistants, jeunes et vieux, prirent place auprès du banquet champêtre. La fermière seule et son mari restèrent debout pour être à même de servir les nombreux convives. Le vin que ce dernier avait apporté dans son baril fut libéralement distribué.

À ia fin de ce repas joyeux, qui se termina à la . satisfaction de tout le monde, tandis que déjà Ja nuit approchait, que les astres commençaient à briller et que la lune montait dans un ciel serein et sans nuages,

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