‹ Agnès, ou, La petite joueuse de luth [microforme]Chapitre 19 sur 22 · VE · texte numérisé non relu

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Mortels, reconnaissez l'auteur de la Dature ; L'homme est, ainsi que moi, sa faible créature.

F [] Dans nos bois, dans nos Champs votre main a seiné Cette moisson de fleurs dont l'air est embautné ; Leur parfum nous invite à la reconnaissance,

Et révèle partout votre loute-puissance,

L'éclat si varié de mille et mille fleurs

Qui répandent partout leurs suaves odeurs

Nous prouve évidemment, 6 mon Seigneur aimable, Combien à nos regards vous êtes adorable,

Et ce soleil si beau dans sa noble splendeur,

Cet astre si brillant, œuvre du Créateur,

En répandant sur nous sa chaleur bienfassnte, Élève vers les cieux l'âme reconnaissante,

Oni, Seigneur, plus ici le mortel vertueux Cherche à vous imiter, et plus il est heureux, Son exemple touchant bientôt nous détermine À célébrer partout Votre bonté divine

Enfin, impatienté de ne point voir revenir le père Benno, le chevalier était rentré dans la cellule avee

ces guirlandes, ces fleurs, que signifie cela ? est-ce bien pour moi ? Ah! oui, mes bons voisins, les habilants de la vallée, n'ont Pas oublié qu'il y a aujourd'hui vingt-cinq ans accomplis que je demeure sur celle montagne. Ils ont voulu fêter ce jouren décorant ais m2 demeure. Bvunes gens, que le Ciel vous rende au centuple {a juie que vous me Causez! Mais

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es décorations sont disposées avec un goût, une élégance que ne connaissent pas de simples campagnards. Adelbert, j'y reconnais ta main. Tu as voulu me ménager une surprise, je t'en prépare une plus grande encore. Ces fleurs, ces guirlandes, viennent bien à propos pour embellir le plus beau jour de ta vie. 11 fit signe alors à Adelina de s’avancer ; elle arriva avec son luth. ‘* Voyons, charmante enfant, lui dit-il en la prenant pas la main, cache-toi sous cette charmille; ta y chanteras le couplet de la Violette aussitôt que je t’en donnerai le signal. Tu te rappelleras bien encore toutes les leçons que je t'ai don nées en route. ;

--Oh1 oui, très bien, bon père Benno, répondit Adelina : je ne manquerai pas de les suivre de point en point ;” puis elle alla se cacher sous le berceau.

Dès que Benno se vit seul, il haussa la voix et appela: ‘* Chevalier Adelbert, où êtes-vous ? venez donc.” Le chevalier accourut ; on aurait dit qu'il avait des ailes.

Adelbert, s'étant approché, lui dit: ‘ Vous voilà enfin, père Benno; je me fatiguais de regarder du côté par où vous étiez descendu ce malin | Vous êtes donc revenu par une autre route ?

‘— Oui, des affaires pressantes m'ont obligé de m'écarter de mon sentier habituel, comme on aura dû vous le dire.

—Aht Benno, reprit le chevalier, si vous saviez combien j'ai trouvé long le temps de votre absénce ! Ces heures de friste solitude au milieu de ces rochèrs ‘et de ces arbres, dont l’ombre se prolonge dans la vallée, ont encore augmenté ma mélancolie. Ce silence profond, à peine interrompu par la chute d'une

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rapidement le soir de ma vie. Je reste isolé dans ce monde, plus isolé qu'un pauvre ermite... Mes amis ont été moissonnés par le fer des Sarrasins.… La mort m'a enlevé mon épouse au Printemps de sa vie. Ma fille même a péri comme ce tendre bouton de rose dont une main cruelle a brisé la tige... Enfin j'ai tout perdu, tout...”

Et le malheureux chevali-r s’assit, appuya sa tête sur sa main, et s’abandonna à ses sombres rêveries,

‘ Allons, allons, chevalier, lui dit Benno d’un ton affectueux, reprenez courage, j'ai peut-être un moyen de vous consoler.” ]] fit alors un signe, et Adelina, cachée dans la charmille, fit entendre un adagio sur son luth.

Le chevalier, tout surpris, leva la tête et s’écria : “ Ciel! qu'entends-je ! quels sons harmonieux !” Mais Benno), le doigt sur sa bouche, fit: « Chut! chut! silence !”

Un instant après, Adelina chauta :

La tendre et douce VIOLETTE

| Qui se cache sous le gazon, Humblement ouvre sa clochette Pour embaumer l'air du vallon,

Elle étale avec complaisance

Ses doux parfums, ses simples fleurs ; Emblème de le ufaisanre,

Elle sourit à tous les cœurs,

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Adelbert restait assis sur son bloc de rocher, comme pétrifié ; ses pieds semblaient enracinés dans le sol ; ses regards étaient immobiles et fixés sur la charmille d’cù partaient ces sons. Enfin le chant cessa, et le chevalier, se levant, s’écria avec force : 4 Grand Dieu! la romance de Théolinde, le même air, et jusqu’au son de sa voix, avec plus ae douceur encore ! Revient-elle de ces funestes contrées pour sécher mes larmes, ou bien votre demenre est-elle visitée par les anges ? Pieux ermite, avez-vous supplié le Seigneur de m'envoyer un de ses anges pour me consoler ? Oh ! montrez-moi cet être mystérieux qui fait vibrer toutes les fibres de mon cœur.”

En même temps il faisait un mouvement pour se précipiter vers la charmille, mais Benno le retint. ‘ Restez, chevalier; vous allez voir un miracle du Tout-Puissant qui vous procurera encore plus de consolation que s’il avait envoyé un ange.”

Sur un signe de l’ermite, Adelina sort de la charmille ; Benno la prenû par la main et la conduit auprès d’Adelbert: ‘“ Chevalier, lui dit-il, la jeune enfant que voilà, je l’ai rencontrée ce matin; elle venait de la partie la plus aride et la plus inabordable.de nos montagnes...” Benno voulut continuer ; mais à peine le chevalier eut-il jeté un regard attentif sur Ja jeune fille, qu'il s’écria : ‘‘ O prodige, c’est tout son portrait ; telle devait être ma Théolinde

lorsqu'elle était encore enfant.” Puis s’approchant :

d’Adelina : ‘* Ne tremble pas, mon enfant, ne crains rien. Dis-moi, qui es-tu? et quit’a enseigné cette romanc: ?

— Je l’ai apprise de la bouche de ma mère, et je suis votre fille,

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— Serait-il possible! Benno, je ne puis le croire: serait-ce un jeu barbare ! voudriez-vous me tromper! Dis-moi, chère petite, quel est ton nom ? comment s'appelle ta mère ?

— Je m'appelle Adelina, et ma mère, Théolinde.

— Dieu du ciel! Adelina est Je nom de ma fille chérie ; Théolinde, celui de ma tendre épouse. Benno! Benno ! je suis ivre de joie, je ne sais si je suis éveillé où si je rêve... Vaine illusion, hélas! les morts ne reviennent pas du tombeau.” EE

Adelina présenta alors le luth à son père : ‘ Tenez, papa, dit-elle, reconnaissez-vous ceci ? ”

À peine le chevalier l’eut-il examiné, qu'il s'écria : ‘* Instrument chéri, oui, je te reconnais. Ta vue me charme comme celle d'un ami d'enfance qu’on n'avait pas revu depuis nombre d'années. Oui, c’est un présent que je fis à Théolinde au temps de notre bonheur, lors de nos fiançailles. Nos deux noms sont gravés sur le bois : SOUVENIR 0FFERT PAR ADELBERT À SA BIEN-AIMÉE THÉOLINDE... ( Adelina, ovi tu es ma fille ! viens que je te presse contre mon cœur. Tu étais encore une faible enfant dans les bras de ta mère lorsque je partis pour les combats. Comme tu as grandi et embelli ! quel aspect ravissant pour un père !.. Mais où est ta mère ? vit-elle encore ?

— Oui, mon père, elle vit encore.

— Comment} elle vit! … s’écria Adelbert avec transport ; mais où est-elle ? Oh! partons bien vite, allons la trouver. Elle vit 1... Q Dieu de bonté ! que de grâces j'ai à vous rendre ! Adelina, fille chérie, dis-moi bie: vite où la trouver.

— Calmez-vous, chevalier, interrompit Benno ; pensez-vous la retrouver telle qu’elle était jadis, cette

compagne chérie de votre jeunesse, dans tout l'éclat de sa beauté ? L'élas! le chagrin a flétri les roses de ses joues. Voulant vous garder sa foi, elle s’est réfugiée dans ces contrées sauvages, vour y vivre dans la misère et dans la détresse. Elle vient d'échapper à une grande maladie. Vous aurez de a peine à la reconnaître.

— Q'importent la beauté du corps, la fraîcheur

des joues, s’écria Adelbert, charmes vains et fugüifs ! c'est elle, c’est ma Théolinde que je veux revoir. ” —Modérez vos transports, répondit Benno ; le cœur de votre épouse est également impatient de vous revoir. Mais épargnez la sensibilité de cette âme tendre et délicate. Ne gâtez pas le délicieux moment de votre réunion par une impétuosité qui pourrait lui devenir funeste. Elle vous croyait mort. Vous lui paraîtrezun esprit de l’autre monde, elle est épuisée de douleur et de joie.”

__ Adelbert ne voulait rien écouter. ‘‘‘ Dites-moi, je vous en prie, où elle est! Ne perdons pas n seul instant, partous, partons au plus vite.

— Pour l'amour de Dicu, modérez-vous, écoutezmoi, j'ai envoyé un de mes amis la chercher sur un cheval de selle.”

Pendant qu'il était encore à discuter, où entendit dans le lointain le son d’une musique champêtre composée de flûtes et de chalumeaux qui s’approchait de plus en plus. Au même instant, l'écu yer d’Adelbert vint dire à son maître qu’un nombreux cortège de gens de la campagre venait de derrière les rochers, et qu'il avait vu aussi une dame de distinction, vêtue de deuil, descend: c de cheval et gravir la montagne, appuyée sur le bras d’une paysanne, .

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