S 1. — PAR PARTICIPATION DU NERF SYMPATHIQUE OCULAIRE
Il résulte des recherches de Pourfour du Petit, Biffi, et surtout de celles de Claude Bernard et Brown-Sequard que l'excitation dunerfsympathique du cou produitdes phénomènes vasculaires et moteurs dans l’appareil de la vision. Les recherches plus récentes de B. Wagner et H. Müller (33), ont établi que les phénomènes moteurs d'origine sympathique sont dus à
ee EE l’action des muscles lisses palpébraux et orbitaires de Müller et de Sappey. | na
En effet, l'excitation du sympathique oculaire produit, en dehors des phénomènes vasomoteurs et glandulaires (pâleur avec exagération de la sécrétion sudorale), la dilatation de la pupille réagissant à la lumière et à l’accommodation, un agrandissement de la fente pa'pébrale par contraction des muscles palpebraux de Müller et une propulsion du globe de l'œil, due à la contraction des muscles lisses de Porbite ; tandis que la paralysie de ce nerf donnera lieu à des phénomènes inverses. Donc, toute cause qui excite le nerf sympathique oculaire, amène un agrandissement de la fente palpébrale.
Or, comme le nerf sympathique participe souvent dans plusieurs affections nerveuses, on peut observer l’agrandissement de la fente pelpébrale dans ces diverses affections.
a). Goître exophtlalmique.
Ce sont les phénomènes oculaires qui dans le goître exophtalmique attirent le plus l'attention de l’observateur ; aussi ont-ils été observés dès le premier jour de l'existence clinique de cette affection et par tous les auteurs. |
L’aspect frappant des yeux en terreur esi dû à ce qu'us sont humides, brillants, immobiles et surtout projetés en avantetlargement ouverts; deux causes d’agrandissement de la fente palpébrale ; et pour compléter les symptômes oculaires, il faut dire qu’il y à un dyschronisme dans le mouvement des yeux et
0 ee des paupières(signe de de Graëfe). L’œil est grandement ouvert dans la maladie de Basedow, non seulement parce qu’il y a une exophtalmie, mais encore parce qu’il y à une rétraction des paupières, indépendante de l’exophtialmie, puisqu'elle a été observée même quand l’exophtalmie fait défaut.
Nous avons fait remarquer son existence dans l'hystèrie, et c’est White Cooper (55) qui le premier a constaté cette rétraction palpébrale sans qu’il y ait de l’exophtalmie ; de Graefe (15) surtout a particulièrement attiré l’attention sur ce symptôme.
Quelle est la cause de ces deux phénomènes ?
Nous n’entrerons pas dans des discussions sur la cause pathologique du goitre exophtalmique, question très discutée et loin d'être complètement tranchée, nous ne rechercherons pas si une lésion du sympathique amène les diverses manifestations de la maladie de Basedow, comme le voulaient Claude Bernard, Vulpian, Benedikt, Rosenthal, Friedreich, Eulenburg, etc. Qu'elle survienne à la suite d’une altération du cervelet amenant une hypotonie musculaire comme dans la chorée (théorie de l’hypotonie de Paul Londe (23); à la suite d’une altération du bulbe, d’une altération thyroïdienne ; sans recherche: enfin à faire de cette affection une névrose telle que l’hystérie, l’épilepsie, etc., comme le veulent Charcot, Rendu et tant d’autres; nous nous occuperons seulement de la rétraction des paupières et de l’exophtalmie, deux phénomènes qui produisent l’agrandissement de la fente palpébrale dans cette affection et des causes qui les produisent.
REP: nee
Comme pour la. maladie elle-même, la cause de l’exophtalmie, dansla maladie de Basedow, est assez discutée.
Cet auteur explique le phénomène des yeux à fleur de tête par une hypertrophie du tissu graisseux de l’orbite. En effet, on a constatè quelquefois une prolifération du tissu granulo-graisseux du fond de l’œil ; d'autre part, on a trouvé souvent le contenu de la cavité orbitaire toutà fait normal et, d’ailleurs, une prolifération du tissu granulo-graisseux a été constatée plusieurs fois chez des sujets qui n’ont jamais présenté d’exorbitisme.
On a très souvent remarqué à l’autopsie les signes d’une vive congestion des vaisseaux rétro-bulbaires, ainsi que ceux des muscles oculaires. Or, certains auteurs ont supposé que cette stase veineuse pouvait ‘provoquer une sorte d'œdème local, capable de repousser en avant le globe de l’œil (Souques) (45).
Mais plusieurs auteurs rejettent cette manière de voir et attribuent à la propulsion de l’œil en avant une contraction des muscles lisses de l’orbite, décrits par Müller et Sappey, contraction produite par une excitation du sympathique oculaire.
D’après Sattler (43), ces muscles lisses ne pourraient pas avoir une influence marquée sur la situation du bulbe oculaire, mais les expériences de Claude Bernard et surtout celleside Wagner et Müller (33) ont toujours confirmé qu’une excitation du Sympathique du cou produit, en dehors des autres phénomènes sympathiques, une propulsion du globe oculaire, par contractions des muscles lisses de l’orbite,
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À propos de l’action physiologique du sympathique dans le goître exophtalmique, l’épilepsie, etc. M. François Franck (10) arrive à la conclusion suivante : «le cordon cervical du sympathique agit. comme nerf propulseur du globe oculaire, grâce à son action sur les muscles de Müller (et non par une action vaso-dilatatrice rétro-oculaire non démontrée). Sa section supprime l’exophtalmie. » Sur ce point, M. Paul Londe partage la manière de voir de M. François Franck. D’autre part, la résection du sympathique du cou, maintes fois répétée dans la maladie de Basedow, a toujours été suivie de disparition ou de forte atténuation de l’exophtalmie.
Mais l'excitation du sympathique produit, en dehors de l’exophtalmie, une rétraction des paupières, par contraction des muscles lisses palpébraux de Müller, et cette rétraction se rencontre aussi dans le goitre exophtalmique et est indépendante de l’exorbitisme, puisqu'elle a été observée sur des cas ou l’exophtalmie faisait défaut.
De même, la rétraction sympathique des paupières est indépendante aussi d’autres troubles moteurs, que l’on observe du côté de l’œil, au cours du goître exophtalmique,tels que le signe de de Graefe, le signe de Stellwag, le signe de Joffroy. On sait que le signe de de Graefe consiste dans la perte de synergie physiologique du mouvement des paupières et des globes oculaires. Le signe de Stellwag consiste dans l’allongement de la fente palpébrale et l’occlusion incomplète des yeux, quand le malade croit les avoir fermés. Le signe de M. Joffroy consiste en l’absence de
contraction du frontal quand, les yeux regardant le sol, on les fait porter brusquement vers le plafond, phénomènes qui résultent peut-être d’une sorte d’incohérence morbide dans la distribution de la motilité ou bien, et c’est aussi l’opinion de M. Souques, ils sont l’effet de parésies locales si fréquentes dans cette affection.
Un cas typique, démontrant l’indépendance de la rétraction palpébrale par rapport aux troubles moteurs oculaires, nous est présenté par une observation recueillie par Jamés Hinshelwood (19).
Il s’agit d’une femme de 24 ans, entrée à Ja clininique opthalmologique de Glasgow le 11 février 1898, présentant une exophtalmie unilatérale gauche, une ouverture plus grande du même œil, une hypertrophie du corps thyroïde assez volumineuse, et un état nerveux trés marqué, mais sans tachycardie. En outre, la paupière supérieure gauche est fortement rétractée et s'abaisse peu et dischroniquement (signe de de Graefe), quand le malade porte les yeux de haut en bas. L’œil droit est complètement normal.
Sous l’influence de l’antipyrine, tous les symptômes observés s’'amendentet disparaissent rapidement à l’exception du symptôme de de Graefe, qui persiste longtemps après la guérison. Donc, ce dernier symptôme dépend d’une cause autre que la contraction spasmodique des muscles palpébraux de Müller qui, comme le croit également Sappey, ne pourraient pas constituer un obstacle marqué à l’action libre de l’orbiculaire, beaucoup plus puissant.
LE RASE b). Tabes.
On sait combien les troubles oculaires sont fréquents au cours du tabes surtout, les troubles portant sur la musculature externe et interne de l’appareil de la vision. Les paralysies de ces muscles, le plus souvent dissociées, partielles, fugaces, éphémères, pouvant récidiver (Fournier), serencontrent, selon Mœli et Berger, dans la proportion de 39 p. °/, des cas de tabes. :
C’estainsi que le ptosis, la paralysie d’un des droits de l’œil, ete., ont été fréquemment observés et à côté de ceux-ci, des phénomènes dépendant d’une affection du sympathique, tels que l’exophtalmie, le rétrécissement de la fente palpébrale, l’hypotonie oculaire, la mydriase (Jacobson, Berger), la glycosurie, le syndrome de Basedow, etc.
En effet, d’après P. Marie, les lésions du sympathique et par là, les phénomènes qui en ressortent, seraient assez fréquents, vu que les cordons du sympathique, comme His l’a démontré, prennent naissance sur le segment latéral de la plaque neurale (27).
C’est à cause de ces affections du sympathique, que l’on observe au début de l’ataxie locomotrice, simultanément ave la dégénérescence grise de l'optique, une mydriase très accusée et en même temps une rétraction spasmodique des paupières, qui donnent au malade, surtout lorsqu'il tàtonneen marchant, un aspect tout à fait particulier et caractéristique de la maladie. On observe, ici aussi, l'agrandissement de
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la fente paipébrale, dû à la contraction des muscles de Müller, par excitation du sympathique oculaire.
c). Paralysie générale.
Les troubles moteurs, dans la sphère de Pappareil visuel, si fréquents dans le tabes dorsal, ne manquent pas non plus dans la paralysie générale, maladie qui a quelques analogies avec les tabes. (Raymond.)lci aussi, les altérations du sympathique, ainsi que les troubles qui en résultent, ne sont pas étrangères à la maladie puisque naguère MM. Bonnet et Poincarré, ont fait jouer un rôle prépondérant à ces altérations; mais cette question est très peu éclairée.
Divers troubles oculaires dus au sympathique ont été observés au cours de la paralysie générale, mais on n’a pas signalé jusqu’à présent l'agrandissement de la fente palpébrale par contraction du muscle de Müller. Et pourtant, il nous semble que ce phénomène pourrait, comme dans ie tabes, être observé quelquefois dans la paralysie générale, surtout au début de la maladie, parce que cette dernière est assez analogue, à l’ataxie locomotrice, et enfin, parce que, comme .il résulte des recherches de A. Marie (26), sur 300 cas de paralysie générale, d'autres phénomèênes, dus à l’excitation du sympathique, tels que la mydriase, par exemple, se rencontrent plus souvent dans là paralysie gènérale que dans le tabes (35 pour 7.) si
Malgré tout, M. A. Marie, dans son travail, ne mentionne pas qu’il ait observé l’agrandissement de la fente palpébrale. Nous aussi, nous n’avons pas eu