Cendres végétales
On se sert de quatre espèces de cendres végétales pour fumer les terres dans le département du Nord ; ce sont les cendres de bois, les cendres de tourbe, les cendres de houille et les cendres de mer, connues aussi sous le nom de cendres de Hollande.
Rarement dans le Nord on emploie, comme engrais, la cendre de bois à l'état pur, c'està-dire non lessivée; cette matière est trop précieuse, et Ton n'en possède jamais qu'une quantité trop faible pour l'appliquer à l'éco^ nomie rurale ; on la réserve, en général, pour la lessive. Celle qui a subi cette opération , bien que très-inférieure à la première, produit encore d'excellents résultats sur les prairies ; une de ses propriétés les plus marquées est de faire disparaître la mousse qui, bientôt après, se trouve remplacée par des vesces, des trèfles et du lotier (lotus comiculatus); sur les sols argileux, elle corrige le principe acide et elle agit encore mécaniquement en rendant la terre meuble. On répand la cendre lessivée à la volée dans la proportion de 40 à 50 hectol. par hectare ; on regarde comme essentiel de la conserver bien sèche, car, sans cela, elle perd
la plupart de ses propriétés. Beaucoup de cultivateurs pensent que les effets de la cendre se font sentir pendant plusieurs années^ notamment sur les sols argileux et humides. En général^ on la répand à la main ou avec une pelle, au printemps, sur les récoltes déjà levées, etVonattend^ pour cela, que les premières chaleurs se soient fait sentir : cette condition parait même tellement importante à plusieurs cultivateurs, qu'ils tiennent l'action de la cendre pour nulle si l'on devance cette époque. On aime qu'elle reçoive une pluie peu de temps après avoir été semée ; si la sécheresse se prolonge , la cendre n'agit point ; on l'enfouit par un hersage très-léger, ou, plus ordinairement encore, on la laisse à nu sur le sol.
La cendre d'oeillette est regardée, par les cultivateurs du Nord, comme la première de toutes en qualité ; et, en effet, c'est celle qui contient le plus de potasse : son traitement et son emploi sont les mêmes que ceux des cendres lessivées; on l'applique souvent aux récoltes de lin et de tabac.
Les opinions sont très-partagées à l'égard des cendres de tourbe : les uns les considèrent comme aussi bonnes que les cendres lessivées , les autres, au contraire, les estiment de peu
de valeur : cette divergence s'expliquerait peut* être par U nature des différentes espèces de tourbe qu'on emploie. Les cendres de tourbe réputées les meilleures sont d'un blanc d'argent et irès-légères ; on a remarqué que leurs qualités étaient en raison inverse de leur pesanteur. P après plusieurs cultivateurs^ elles ne produisent de bons effets sur les prairies qu'autant que celles-ci ne sont ni trop sèches ni trop humides, celles qui sont infestées de mousse {hypnum)^ de laiches {care^) et de joncs Qunçus) profitent peu de cette fumure; en revanche ^ les pois ^ les trèfles , le lin , la navette s'en trouvent bien. Dans certaines localités du nord, voisines de la Belgique, l'utilitô des cendres de tourbe, par rapport au trèfle, est si bien reconnue, qu'on dit proverbialement que celui qui achète des cendres pour sa pièce de trèfle fait un bon marché, et que celui qui s'en dispense en paye deux fois le prix ; on les répand au printemps dans la proportion de 30 hectolitres par hectare. Dans l'arrondissement de Dunkerque, on en met 6000 kilog, par mesure de 44 ares 4 centiares; à Haubourdin, près de Lille, on croit qu'elles n'agissent que lorsqu'il survient une pluie peu de temps après la semaille^ parce que,
uns cela^ les rosée» finissent à la longue par tes altérer : leur action est nulle par la sécheresse. Dans l'arrondissement de Douay^ plo^ sieurs cultivateurs sont dans Tusage de fumer, chaque année, leurs luzernes avec des cendres de tourbe ; ils en mettent environ 7^500 kilog. par hectare.
Les cendres de houille s'emploient tantôt en couverture, tantôt comme engrais à enfouir.
Dans ce dernier cas, on remarque qu'elles ameublissent d'une manière surprenante les sols argileux, même les plus tenaces ; leur action se fait surtout sentir sur les pâturages; on les applique encore avec succès aux pommes de terre, au seigle et au trèfle. On fume dans la proportion de /iO hectolitres par hectare. Les cendres de houille se répandent à la volée, soit à la main, Soit à l'aide d'une pelle ; leur effet ne dure qu'un an.