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CHAPITRE V

CLIMATS NUISIBLES AUX TRAVAILLEURS, TERRES INSALUBRES. MALARIA DE LA CORSE ET DE l'aLGÉRIE.

Ce n*est pas tout de placer les plantes dans de bonnes conditions météorologiques, et d'ofifrir à chaque culture un climat conforme à son tempérament et à ses exigences spéciales, il faut encore que Tair respirable ne contienne rien qui soit nuisible à la santé des travailleurs. Il est constant que certaines contrées très fertiles, mais restées incultes ou mal cultivées, ne sont pas saines à habiter pendant toute Tannée. A l'époque de la saison chaude, les populations y sont atteintes de la fièvre, dont les effets sont d'autant plus redoutables, que l'on se rapproche davantage de l'équateur. Sous un climat tempéré on vit avec la fièvre; on en meurt au contraire dans les régions du midi où l'insalubrité est désignée communément sous le nom de malaria. Quel est le principe de cet élément morbide? Sont-ce des miasmes, des spores d'algues microscopiques ou bien des microbes paludéens? La science incline pour des microbes. On connaît bien les conditions topographiques favorables au développement de ce principe morbide, et les précautions à prendre pour échapper à ses terribles effets, mais on a longtemps ignoré sa nature et son mode de génération. Tout ce que nous savons, c'est que les terres parfaitement cultivées sont toujours exemptes de malaria, et que, dans les régions insalubres, le mal diminue d'intensité par les progrès et l'extension des cultures.

Sont réputés insalubres les terres marécageuses, les bords des étangs, des canaux, les landes, les maquis de la Corse, les broussailles de l'Algérie, les prairies mal assainies, les fosses et les pièces d'eau mal entretenues, et soumises à des alternatives de mise en eau et de dessèchement, les pays d'étangs, les watteringues et les polders conquis sur l'Océan, et les alluvions basses des deltas qui se forment aux embouchures des fleuves. La Sologne, la Brenne et la Dombes possèdent encore de nombreux étangs qui, en été, causent la fièvre aux travailleurs de ces localités. La Camargue, c'est-à-dire le delta du Rhône, est également soumis à une influence paludéenne qui s'étend sur les parties voisines du département du Gard et de l'Hérault.. La zone maritime de la Corse est infestée de malaria et devient inhabitable pendant toute la saison chaude. En Algérie, en Espagne et en Italie nombre de localités basses et humides occasionnent aux populations des fièvres pernicieuses qui déciment les familles et viennent apporter de sérieux obstacles aux travaux de la culture.

Dans les pays de montagnes, l'atmosphère, insalubre sur les terres basses, retrouve sa pureté et sa fraîcheur à certaines altitudes bien connues des populations. En Corse, la malaria disparaît des terrains qui sont à 200 ou 3oo mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est aux altitudes de 3oo et 400 mètres qu'on observe les villages réputés sains et habités sans déplacement pendant toute l'année. Les villages situés dans plaine ou dans les vallées basses sont évacués à l'approche des chaleurs. Les habitants ont double demeure : celle de la plaine, agréable, saine et chaude en hiver, et celle de la montagne, fraîche et salubre en été, quand la malaria rend la plaine dangereuse et inhabitable. L'obligation de deux résidences avec les déménagements qui en sont

la conséquence devient très onéreuse pour les populations, sans compter le trouble qui en résulte pour les travaux de la culture et l'entretien des animaux de la ferme.

Il est donc bien important, quand on veut coloniser un pays mal connu au point de vue de la salubrité, d'éviter, au début, les localités les plus insalubres. Les végétaux fournissent à ce sujet des indications précieuses dont on aurait grand tort de ne pas tenir compte. Les surfaces couvertes de Joncs, de carex, d'aulnes, de peupliers et de saules, dénotent un sol imperméable, humide et favorable au développement de la malaria. Les orangers , le myrthe, le lentisque et les cistes se plaisent sur les terres chaudes des régions insalubres. En Algérie, le ricin et le laurier-rose occupent les terres basses et humides en sous-sol. Ce sont toujours des localités qui inspirent peu de confiance au point de vue de la salubrité.

Quelques travailleurs peuvent impunément résider sur les terres insalubres en s' astreignant à certaines mesures de préservation. On ne doit pas se tenir dehors avant le lever ni après le coucher du soleil. Si la chose est possible, il est prudent de passer la nuit sur un endroit élevé et exempt de malaria. On évitera de sortir à jeun et de se mouiller à la pluie ou à la rosée. Un bon régime tonique; du café le matin, du vin de quinquina, l'eau d'Orezza servent aussi à combattre les effets de la malaria.

. Quant à l'assainissement des localités, on l'effectue par le développement des cultures. On doit donner la préférence aux cultures arbustives, àla vigne, aux mûriers et aux amandiers. Les végétaux à feuilles caduques passent pour être, plus assainissants que les essences résineuses à feuilles persistantes. L'eucalyptus, dont les

feuilles persistent toute l'année, paraît faire exception. Par la puissance et l'activité de sa végétation, il enlève au sol une forte dose d'humidité ; il assainit aussi les endroits marécageux et les rend moins propres au développement de la malaria. Que d'entreprises agricoles tentées dans les colonies ont échoué par suite de l'insalubrité de la contrée ! On ne saurait donc faire trop attention aux conditions de l'hygiène au milieu desquelles se trouveront les travailleurs agricoles. Il faut, avant tout, trouver un air pur, de bonnes eaux potables et un bon climat pour les hommes et pour les cultures.

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