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CLASSIFICATION DES TERRES

La meilleure classification est celle qui est basée sur les propriétés physiques, chimiques et physiologiques du sol. Les sols dérivés d'une même roche possèdent évidemment les mêmes propriétés physiques et chimiques. Il y a entre la roche et le sol qui en dérive, des relations intimes faciles à constater sur place à l'aide des principes de la minéralogie et de la géologie. La même roche communique au sol des propriétés agricoles ou physiologiques qui ne changent pas tant qu'on demeure sous les mêmes circonstances climatériques. Ce n'est pas à dire que le sol et la roche sous-jacente offrent une composition chimique identique. Mais la roche altérée et modifiée sous l'influence des agents atmosphériques, produit des débris détritiques qui constituent un sol de même nature partout où la roche a été soumise aux mêmes influences météorologiques. On comprend dès lors l'importance de la détermination de la roche constitutive du sol. Pour arriver à cette détermination, il suffit d'avoir entre les mains une bonne carte géologique et de savoir distinguer les roches affleurantes d'après leurs caractères extérieurs. C'est la science des roches ou la pétrologie appliquée à l'étude du sol. Cette constatation n'offre pas de sérieuses difficultés. Les carrières ouvertes dans le pays, les matériaux de route et de construction , les tranchées des routes et des chemins de fer, et au besoin quelques son-

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dages fournissent à ce sujet toutes les indications dont on peut avoir besoin.

La géologie fait connaître la roche dont les débris ont constitué le sol, mais elle donne en outre des indications précieuses sur la série des roches qu'on peut trouver en allant à de plus grandes profondeurs. On peut aussi utiliser, pour l'amendement des terres et pour les approvi^onnements d'eau, des couches de terrain dont on n'aurait pas soupçonné la présence si on n'avait pas eu recours à la géologie.

La classification géologique communique à l'agrolo* gie des vues générales, des appréciations étendues qu'on ne saurait obtenir des autres systèmes de classification. Prenons pour exemple les terrains granitiques. Est-ce que les terres granitiques de la Bretagne ne ressemblent pas, sous les rapports physiques, chimiques et physiologiques, aux terres granitiques de la Creuse et de la Corrèze? A part les différences culturales qui sont dues au climat, on retrouve dans le sol la même composi-' tion minérale et chimique, et dans les landes et les bois les mêmes végétaux spontanés.

La classification géologique devient par le fait une classification basée sur la composition chimique et les caractères physiques du sol. Il est clair que la même roche produit panout des débris de même nature et doit par conséquent former partout le même sol, qu'on l'observe en Bretagne, dans le centre de la France, en Afrique, en Amérique, dans le nord ou le midi de l'Eu' rope. La même roche embrasse souvent des régions d'une étendue considérable ; d'autres fois dans le même champ surgissent à la surface 3 ou 4 roches différentes; cela se produit généralement sur les terres en pente, sur les coteaux des vallées d'érosion. Il suffit dans les deux cas de connaître l'analyse chimique des roches affleu*

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rantes pour deviner la composition chimique du sol, composition qui nécessairement variera avec celle des roches et dans le même sens. Il suffira par conséquent d'avoir une idée exacte de la composition des roches et des modifications qu'elles subissent par les agents atmosphériques et les plantes spontanées, pour connaître les propriétés physiques et chimiques du sol sans passer par des analyses coûteuses, difficiles, qui exigent l'intervention d'un chimiste habile. Le chimiste opé^ rant en dehors de toute préoccupation géologique, se croira obligé d'analyser tous les champs et même de faire plusieurs analyses dans le même champ. On comprend dès lors combien l'étude chimique du sol devient plus simple, quand elle prend pour base la composition des roches.

On ne resterait pas dans la vérité si on n'avait pas égard aux modifications que subissent les roches super«» ficielles par les agents atmosphériques et par les végétaux cultivés ou spontanés. Nous n'indiquerons ici que les modifications principales causées par les végétaux et les eaux pluviales, nous réservant d'exposer ultérieurement les autres causes d'altération. L'eau chargée d'acide carbonique décompose les silicates alcalins des roches primitives et éruptives. C'est par cette altération que les feldspath s se transforment en argiles. La kaolinisation des roches feldspathiques entraîne leur désagrégation; elle donne naissance à des argiles et à des grains ou cristaux quartzeux. Si les pentes sont rapides et les eaux abondantes, l'argile disparaît en suspension* dans les eaux courantes, et le sable siliceux restant en place produit un sol sablonneux-siliceux, autrement dit des arènes perméables, légères, et d'une médiocre ferti-» lité.

Si les surfaces ne se laissent pas raviner^ l'argile et

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les cristaux quartzeux restent en place, constituant un sol argilo-siliceux ou silicéo-argileux qu'on rencontre si communément dans les régions granitiques.

Le sol granitique ainsi constitué, s'il est abandonné à lui-même, se convertit en une lande où croissent spontanément les bruyères, l'ajonc, le genêt, la fougère, la molinie bleue et quelques autres graminées acides* Les débris de ces plantes se mêlent aux débris de la roche; ils forment un terreau acide qui dissout et fait disparaître du sol toute trace d'acide phosphorique, et qui, sur les silicates alcalins, continue l'oeuvre commencée par les eaux pluviales chargées d'acide carbonique. C'est ainsi que se forment les terres humiques, dites terres debruyères, sur les formations gneissiques et granitiques. Le sol, granitique à l'origine, se transforme, par le temps, en sol granito-humique, comprenant de l'argile avec plus ou moins de potasse, du sable quartzeux et des matières organiques plus ou moins riches en substances azotées. Il y manque de la chaux et de l'acide phosphorique pour donner une alimentation complète aux différentes familles des plantes cultivées.

Les corps simples forment les espèces minérales, les espèces minérales forment les roches, et les roches forment les sols.

Si nous savons discerner sur place les roches, il nous sera facile de déterminer les sols constitués par les débris de ces roches.

Les roches se divisent en 2 grandes classes basées sur leur mode de formation : les roches d'origine ignée, celles qui se sont produites par l'action du feu, et les roches d'origine aqueuse qui résultent des débris des premières déposés au sein des eaux. Ces deux classes de roches donnent lieu à deux grandes classes de terres : la première comprenant les terres plutoniennes, d'origine

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ignée, et, la seconde les terres neptuniennes ou sédi« mentaîres, d'origine aqueuse.

Étudions d'abord les terres d'origine ignée.

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