TERRES PERMIENNES ET TRIASIQUES
Aux terrains de transition succèdent les terrains houil- 1ers. En France, ils n^apparaissent nulle part à la surface. Ils n'ont d'importance, en agriculture, que par la houille qu'on utilise comme combustible, dans la ferme, pour le chauffage des machines à vapeur et des fourneaux des ménages, ainsi que pour la fabrication de la chaux. Après les terrains houillers, viennent les terrains permiens et triasiques. Nous les réunissons dans le même groupe, parce que leurs roches offrent une grande analogie. Le tableau suivant indique la nature et Tordre de superposition de ces diverses roches.
/ Marnes irisées.
rr . , . . \ Dolomie.
Terrain tnas.que . j M^^^^elkalk.
[ Grès bigarré.
( Grès et schistes.
Terrain permien.. < Grès des Vosges.
( Grès rouge.
Ces terrains n'occupent à la surface du territoire français qu^une étendue d'environ 2,700,000 hectares.
Les roches du terrain permien se réduisent au grès rouge qu'on rencontre, par lambeaux, dans les Vosges,
enclavé au milieu du grès vosgien et du gré bigarré. Ces trois grès sont tellement ressemblants que souvent les géologues les ont confondus dans une même espèce minéralogique. Ils offrent à peu près la même constitution minérale et la même composition chimique.
Au point de vue agrologique, les roches permiennes et triasiques se réduisent à quatre, savoir :
Les marnes, dont les détritus forment les terres marneuses. Les calcaires du Muschelkalk, formant les terres calcaires. La dolomie, formant les terres dolomitiques. Les grès, formant les terres siliceuses sablonneuses.
Le vieux grès rouge et le grès vosgien s'étendent sur une partie deParrondissement d'Épinal et de Saint-Dié, le premier prenant moins d'espace que le second. Leur désagrégation donne lieu à des terres pauvres, les plus stériles du département. Au défaut d'être très mouvementées, elles joignent celui du manque d'acide phosphorique, de potasse et de chaux. Le seigle et la pomme de terre sont les seules cultures qui conviennent au climat et à ce sol siliceux. La prairie naturelle, convenablement irriguée avec des eaux abondantes pendant l'hiver, y est d'une grande ressource pour l'alimentation des animaux; la prairie, les bois et les landes se partagent la plus grande partie de ces terrains naturellement maigres et difficiles à cultiver. Les pâturages et l'herbe des prairies sont loin d'être substantiels; ils suffisent néanmoins à l'alimentation des vaches vosgiennes, race petite, précoce, rappelant par sa robe et sa taille la vache bretonne qui vit dans les landes du Morbihan.
Les roches triasiques occupent d'assez grandes étendues dans TEst de la France, notamment dans les départements de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, de la
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Haute-Saône et du Jura. Le Cotentin et la Provence en offrent encore quelques lambeaux.
Le grès bigarré occupe, dans les Vosges, autant d'étendue que le grès rouge et le grès vosgîen réunis. Ces trois grès prennent près de la moitié du département. Ils donnent partout, par leur désagrégation, des terres siliceuses, couvertes de forêts de sapin dans les plus fortes altitudes, et propres au seigle, à la pomme de terre et à la prairie naturelle dans les vallées et les coteaux. La prairie, fortement et intelligemment arrosée par des irrigateurs d'une habileté remarquable , est la culture la plus productive dans la vallée de la Moselle et des autres rivières pourvues d'eaux de bonne qualité. Les surfaces non irrigables et non submersibles conviennent à la pomme de terre qui, grâce au climat, à la nature sablonneuse du terrain et aux soins dont elle est l'objet, y atteint des rendements très élevés. Cette culture alimente les petites féculeries annexées à la ferme et mues par les cours d'eau très nombreux dans ce pays de montagnes où les pluies sont abondantes et bien réparties dans l'année.
Le muschelkalkestune roche calcaire d'une altérabilité très variable. Quand la pierre se désagrège facilement, elle produit un sol calcaire, meuble, plus ou moins pierreux, qui n'est pas de mauvaise qualité. D'autrefois la roche est dure, ferrugineuse et sensiblement siliceuse. Dans ce cas, elle forme un sol rocheux incultivable. On y ouvre des carrières, d'où l'on tire, dans le département des Alpes-Maritimes, de la pierre à chaux, des moellons pour les constructions et du macadam pour l'entretien des routes. Le muschelkalck rocheux et inculte se couvre, en Provence, d'une misérable végétation de pin d'Alep et de chêne vert.
Sur d'autres points, la roche se désagrège et constitue
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un sol moitié meuble, moitié pierreux, de couleur rouge, et propre, aux environs de Cannes, aux cultures de la vigne, de Tolivier et du rosier.
Les marnes irisées, ainsi nommées à cause des diverses teintes qu'on observe dans cette roche , apparaissent en affleurements dans les départements de Meurthe et Moselle, des Vosges, de la Haute-Saône et du Jura. On les retrouve encore dans le Var et les Alpes-Maritimes. Elles constituent des terres argileuses, très fortes et difficiles à ameublir. D'après M. Braconnier, elles contiennent i5 à 33 p. looo de chaux, o,3 ù 4 p. 1000 d'acide phosphorique, I- à 8 p. loooo de magnésie. A Técole pratique d'agriculture de Si-Remy (Haute-Sâône), les marnes irisées sont considérées comme étant les meilleures terres du domaine; elles sont supérieures à un diluvium silicéo-argileux. Les récoltes y sont plus sûres, plus abondantes et de meilleure qualité. Elles conviennent aux céréales, aux prairies artificielles, à la vigne, au prunier et au merisier à kirsch. Elles sont difficiles à ameublir par les façons aratoires, mais les gelées d'hiver y opèrent un délitement et un ameublissement parfaits. Elles conservent bien leur fraîcheur en été. On évite d'y cultiver la betterave et la pomme de terre : les binages et l'arrachage offriraient des difficultés qu'on ne rencontre pas sur les terres silicéo-argileuses du domaine. Dans le Jura, les marnes irisées sont très estimées pour la culture de la vigne.
Sur le territoire d'Hyères, les marnes irisées associées à des débris de grès bigarré et de muschelkalk ont donné lieu à un sol de moyenne consistance. On y pratique de belles cultures de petits pois, d'artichauts et de roses. Le pécher y donne des fruits abondants et de très bonne qualité. On y voit, en outre, une véritable forêt d'oliviers d'une prodigieuse fécondité. La vallée de laSiagne, de-
puis Grasse jusqu'à la mer, est remplie par des alluvions des marnes irisées. Le sol profond, frais et fertile, porte de magnifiques vergers d'oliviers entrecoupés de champs de roses et de jasmin.
En Provence, le sol des marnes irisées se montre partout très supérieur à celui du grès bigarré et du muschelkalk.
Au milieu des roches triasiques, apparaît, çàet là, dans le département de la Haute-Saône, une roche dolomitique reconnaissable à sa couleur jaunâtre et à son état granuleux. La dolomie n'est autre chose qu'un double carbonate de chaux et de magnésie. C'est, en d'autres termes, un calcaire magnésien, facile à reconnaître par l'effervescence lente et mousseuse qu'il produit sous l'influence d*un acide quelconque. La roche est suffisamment résistante pour qu'on en tire des moellons et des pierres de taille. C'est cette dolomie qui a servi à élever toutes les constructions de l'établissement d'instruction de Saint-Remy, près d'Amance (Haute-Saône).
Cette roche dolomitique constitue, par la désagrégation, des terres arables riches en chaux et en magnésie, partout où elle forme des affleurements d'une certaine importance. Au dire de M. Perron, savant bien connu par ses travaux géologiques, ce ne sont pas de mauvaises ■terres : elles sont tenaces et difficiles à travailler. Néanmoins le blé, l'avoine, le trèfle et le sainfoin y atteignent de bons rendements dans le département de la Haute- Saône. Les arbres fruitiers et forestiers y croissent avec une vigueur exceptionnelle. Les plantes herbacées et ligneuses y acquièrent une couleur verte foncée qui dénote la fertilité naturelle de ces terrains. Il n'y a d'exception que pour le seigle, l'orge et la pomme de terre. Ces cultures ne s'y plaisent pas, soit qu'elles trouvent le -sol trop compact, trop impénétrable, ou bien trop riche en magnésie.