TERRES SCHISTEUSES OU TERRES DE TRANSITION
Parmi les roches sédimentaires, elles sont les plus anciennes et sont dites primaires pour cette raison. Ces terres, si bien caractérisées par les minéraux schisteux dont elles dérivent, ont de l'importance par l'étendue qu'elles embrassent sur le territoire français. Leur superficie totale atteint 5, 000,000 d'hectares : c'est environ le dixième de la surface de la France. Elles s'étendent encore sur de grandes surfaces, en Espagne, en Allemagne, en Russie et en Angleterre. La Cornouaille, une partie du Devonshire et des comtés de Westmorçland et de Cumberland n'ont pas d'autres terres que celles qui proviennent des schistes cambriens
Ces terrains de transition offrent, comme roches principales, d'après l'ordre chronologique :
Des schistes argileux azoïques, cristallins ( cambrien ).
Des quartzites, des grauwackes et des grès (silurien).
Des schistes argileux et des schistes ardoisiers ( — ).
Des calcaires et schistes anthraxifères de la Sarthe et de la Mayenne.
Des calcaires siluriens de la Sarthe et de la Mayenne.
Des calcaires, et des calschistes dévoniens Cdévonien).
L'aspect extérieur schistoïde est le caractère dominant de ce groupe. Les calcaires n'occupent pas de grands espaces, ils sont d'une décomposition lente et ne con-
courent pas à la formation (\u sol ; mais ils sont précieux pour la fabrication de la chaux employée à Pamélioration des terres schisteuses; les schistes anthraxifères ne sont pas moins utiles pour la cuisson de la chaux, mais ils ne concourent en rien à la constitution du sol.
Les quartzites, les grès et les grauwackes constituent des roches exploitables pour l'usage des constructions et des routes ; ils n'entrent pour rien dans la formation des terres arables. Si parfois ils apparaissent à la surface, le sol devient rocheux, inculte, et pour ainsi dire improductif. S'il y pousse quelque chose, ce n'est qu'une mauvaise lande composée des plus chétives bruyères.
De toutes ces roches, les schistes seuls sont aptes à constituer le sol arable par leurs débris et par la désagrégation de leurs éléments. Partout où j'ai eu le moyen d'examiner sur place les terrains de transition, en Bretagne, en Normandie, en Anjou et en Provence, je n'ai trouvé que des terres schisteuses, faciles à distinguer aux fragments de schiste dont elles contiennent constamment une assez forte proportion. La roche schisteuse est plus ou moins altérable par les agents atmosphériques et plus ou moins attaquable par les instruments aratoires.
Les schistes sont des silicates d'alumine hydratés, avec de la magnésie et du fer; ils se transforment en argile lorsqu'ils entrent en décomposition. L'imperméabilité du sol est subordonnée aux proportions relatives d'argile et de fragments schisteux. On trouve des terres schisteuses perméables et des terres schisteuses imperméables. Les plus estimées, sous le climat brumeux et pluvieux de la Bretagne, sont les terres schisteuses perméables; elles sont plus faciles à travailler, ne réclament pas le drainage, et sont aptes à acquérir un bon degré de fertilité par les fumures et les chau-
lages; les terres schisteuses imperméables sont celles où les débris de schistes n'existent plus ou sont devenus très rares et très minces. On a alors affaire à des sols offrant tous les défauts des glaises. Gorgées d'eau, ces terres se transforment en une boue liquide, nuisible aux plantes et inabordable aux hommes et aux attelages. Par la sécheresse, elles durcissent et sont encore moins maniables que par les pluies. Ce sont de mauvaises terres, d'une amélioration pénible, peu propres aux cultures, et difficiles à boiser autrement que par des saules et des aulnes. Le drainage, le chaulage, les fortes fumures les améliorent sensiblement, mais ils n'en font jamais de bonnes terres. Généralement les frais d'une telle culture ne sont pas couverts par la valeur des produits; les terres schisteuses argileuses de la Bretagne restent communément à l'état de mauvaises landes.
Sur le domaine de l'école nationale d'Agriculture de Grand-Jouan, les terres schisteuses-argileuses sont en grande majorité. C'est ce qui explique, en partie, les insuccès de M. Rieffel dans l'entreprise si difficile du défrichement des landes de Nozay. Sur une centaine d'hectares, on ne possède, à Grand-Jouan, que 5 hectares perméables; ce sont les seules bonnes terres du domaine. Les autres sont imperméables, pleines d'eau en hiver, et d'une culture difficile et onéreuse.
Examinons la composition chimique des terres schisteuses. Les schistes, pauvres en chaux et en acide phosphorique, constituent des terres peu fertiles; en fait de substance utile, on ne peut guère y espérer qu'une certaine dose de potasse retenue par la partie argileuse du minéral.
M. Nivoit a analysé les schistes des Ardennes; leur teneur en acide phosphorique varie de o à 0,077 % •
M. Grandeau n'a trouvé que des traces de chaux dans un sol schisteux du département de l'Aisne. Le sol schisteux, abandonné à lui-même, n'a pas d'autres productions que la lande et un médiocre pâturage; il devient acide par l'accumulation des débris organiques. Cette acidité contribue à le dépouiller du peu qu'il contient de chaux et d'acide phosphorique. Quand on veut le mettre en culture par le défrichement, on doit s'attendre à n'y trouver que de l'azote organique et de la potasse. On rend l'azote assimilable par les plantes, et on complète heureusement la composition du sol, par l'addition d'une forte dose de phosphate tribasique de chaux. C'est un moyen simple et économique de désacidifier le sol, et de mettre à la disposition des plantes cultivées les quatre substances dont elles ont besoin, pour donner à l'exploitant des produits abondants et avantageux.
En Bretagne, les végétaux spontanés de la lande fournissent des indications précieuses sur la valeur relative des terres schisteuses; la fougère [pteris aquilina) indique un sol perméable, profond et riche en potasse : c'est de la lande de r° classe.
Le genêt à balai [sarothamnus scoparius) et la grande bruyère {erica scoparia) croissent sur un sol moyennement perméable et assez profond : c'est de la lande de 2^ classe.
L'ajonc [ulex europœus) se développe sur les terres argileuses, plus ou moins imperméables; c'est de la lande de 3*^ classe.
Les petites bruyères [erica cinerea, calluna vulgaris, erica ciliaris) s'emparent du sol peu profond, imperméable et aride ; c'est de la lande de 4™° classe ; la plus mauvaise de toutes.
Ces végétaux, examinés au point de vue de leur répar-
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tition dans la lande, et de leur aspect plus ou moins vigoureux, dénotent les propriétés physiques et chimiques du sol, plus vite et aussi sûrement qu'on pourrait le faire par l'analyse physique et chimique qui demande beaucoup de temps et une assez forte dépense.
La bonne lande défrichée, phosphatée d'abord, ensuite chaulée, est soumise, en Bretagne, à l'assolement triennal suivant :
!'• année. Blé ou seigle.
2* — Avoine.
3* — Sarrasin, choux, navets, rutabagas, colza, trèfle avec ray-grass.
A la troisième année, on fait l'une de ces six cultures avec une addition d'engrais chimique. Les crucifères conviennent bien au climat, et au sol ayant reçu un supplément de phosphate de chaux. La pomme de terre occupe encore une certaine place dans la troisième sole. Quant au topinambour, qui se plaît aussi en Bretagne, on le met en dehors de l'assolement.
Sur les terres non chaulées, on cultive le seigle et jamais le froment. Les schistes, à l'état de rocher compact, tel qu'on en rencontre dans le système cambrien, fournissent d'assez bons moellons à bâtir. Dans la région des terres schisteuses, tous les murs sont en schistes gris, noirs ou bleus. Il existe, à Nozay, des carrières d'où l'on tire de belles pierres de taille. On en fait des tables, des dalles, des poteaux de barrières, des auges, etc. C'est une pierre facile à tailler et à scier. On lui reproche de manquer de résistance et de se briser facilement; d'un autre côté, elle résiste à la pluie et à la gelée. Les schistes qui ont un mètre et plus de hauteur sont utilisés pour clôturer les champs et les vergers. Placés sur
champ, maintenus et boulonnés sur des traverses en bois, ils constituent des clôtures infranchissables au bétail, et d'un établissement facile et peu coûteux. Ces clôtures sont très répandues dans la partie schisteuse de la Bretagne.
Les terres schisteuses humides et imperméables, exigent différents procédés d'assainissement quand on veut en tirer autre chose que de la lande. Les plus mauvaises sont celles qui manquent de pente et qui sont noyées en hiver; celles-là ne sont pas cultivables.
Celles qui jouissent d'une pente favorable à l'écoulement des eaux ne supportent pas les cultures à plat; on est obligé de les mettre en petits billons pour les cultures d'hiver.
Parmi les essences résineuses, le pin maritime en terre assainie, est la seule qui se soutienne jusqu'à 40 ou 5o ans. Le pin sylvestre vient mal sur ce sol dépourvu de calcaire. Le bouleau, le chêne et le châtaignier viennent bien en bordures sur les levées garnies de fossés d'assainissement ; le pommier, si utile pour la fabrication du cidre, n'a de succès que sur les terres schisteuses perméables et bien cultivées; il dépérit et meurt quand le sous-sol est argileux, humide et imperméable.
Les animaux des terres schisteuses de la Bretagne ne sont pas supérieurs à ceux des régions granitiques. La vache et le cheval sont de petite taille, le mouton se comporte mal sur des surfaces humides et avec des herbes peu nutritives. Il y en a très peu : l'engraissement est préférable à l'élevage à cause du danger de la pourriture pour les animaux qui séjourneraient trop longtemps sur ces terres humides.
Les terres schisteuses non améliorées n'atteignent pas un prix élevé. Sur le territoire deNozay, en 1880, les plus argileuses et les plus humides, celles où ne poussent que
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des bruyères, valaient seulement 3oo fr. Thectare; les meilleures, par suite de leur profondeur et de leur perméabilité, et des améliorations dont elles ont été Tobjet, atteignaient le chiffre de 2000 fr. Les bonnes prairies assainies, irriguées, rapportent 5 à 6000 kil. de foin ; ce sont des alluvions schisto-granitiques qui valent 6000 fr. rhectare.
Terres schisteuses du Cotent in.
Les terres schisteuses du Cotentin dérivent du système cambrien; elles ressemblent, parleurs caractères extérieurs, aux terres schisteuses de la Bretagne. Elles m'ont paru moins argileuses, contenant plus abondamment des fragments non décomposés de schistes, ce qui contribue à la perméabilité du sol. Les surfaces sont plus accidentées; leur inclinaison en favorise l'égouttement. Aux environs de Saint-Lô, la chaux, la tangue et le fumier, administrés régulièrement au sol sous forme de tombe, concourent puissamment au maintien et à Taccroissement de sa fertilité. J'ai vu, au jardin de Fécole normale, une terre tellement schisteuse qu'on était obligé d'y rapporter de l'argile pour augmenter sa consistance et diminuer son extrême perméabilité.
Ces circonstances, réunies à celles d'un climat doux, humide et pluvieux, ont fait, des terres schisteuses du Cotentin, un sol éminemment propre à l'herbage et aux prés-vergers. On peut dire que tout le pays est en herbage. C'est là qu'on élève cette belle race cotentine, aussi remarquable pour le lait que pour la viande. Le
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beurre et les élèves sont les deux spéculations principales des fermes du Cotentin; la jument poulinière, en vue de Pélevage, est une spéculation accessoire. Les vaches de réforme vont se faire engraisser ailleurs, principalement sur les herbages plus nutritifs et plus calcaires de la vallée d'Auge. L'herbage schisteux produit du lait, des os et des muscles plus facilement et plus avantageusement que de la graisse. Grâce aux soins d'entretien et aux fumures des herbages, le pommier coten tin est plus vigoureux et plus productif que le pom mier breton. Le cidre de Saint-Lô passe pour être le plus limpide et le plus agréable de la Normandie.
La tangue, qui vient par eau de Carentan, et la chaux, qu'on fabrique économiquement avec un calcaire formant un îlot dans le système cambrien, ont singulièrement facilité l'amélioration du sol schisteux du Cotentin. D'après des analyses d'Isidore Pierre, un mètre cube de tangue contient : i à i5 k. d'acide phosphorique ; 0,40 à i3 k. de potasse; 804 à 619 k. de chaux; 0,21 à i k. 95 d'azote.
Il n'est pas étonnant que ce sol, originairement aussi infertile que celui de la Bretagne, ait atteint un haut degré de fertilité par l'usage immémorial de la tangue , des fumures et des chaulages. Des herbes plus nutritives ont donné des animaux plus développés et plus aptes à la production du lait. Les bons herbages font les bons animaux. L'élevage a été une source de bénéfices aussi importants que le lait. Depuis bien des années, le Cotentin exporte des vaches dans plusieurs départements .de la région du nord. Cette race rivalise avec la hollandaise et la flamande pour la qualité et l'abondance de son lait ; elle passe même pour donner un lait moins aqueux, pour être plus facile à nourrir et à acclimater. On n'aime pas le cheval dans les pâturages du Cotentin; on l'accuse,
avec raison, de trop piétiner le terrain, de pincer Therbe de trop près et même quelquefois de l'arracher ; on en ajoute un ou deux aux bêtes à cornes. Le rôle du cheval consiste à nettoyer Therbage, en broutant les places salies et rebutées par les vaches.
On ne peut pas imaginer un système de culture plus simple et plus économique. Les constructions sont à peu près nulles, les animaux vivant dehors toute l'année. Les travaux aratoires se réduisent à peu de chose, à des transports d'engrais et à des travaux de culture pour de rares parcelles de blé, d'avoine d'hiver, de trèfle et de sainfoin. On s'étonne de voir de beaux sainfoins sur un sol peu riche en chaux. Cet effet est dû à la perméabilité du sol et à l'emploi répété des amendements calcaires. Le foin de trèfle et de sainfoin est destiné au cheval. La vache cotentine consomme, en hiver, du foin naturel en ration supplémentaire, alors que l'herbage ne peut plus la nourrir complètement.
Terres schisteuses du Maine ^ de r Anjou et de la basse Bretagne
J^es terres schisteuses du Maine et de l'Anjou sont restées longtemps pauvres et peu productives. On n'y voyait guère, il y a 5o ou 60 ans, que du seigle, du sarrasin et quelque peu de choux, de navets et de pommes de terre. Les animaux y étaient mal nourris et de médiocre qualité. Les choses ont bien changé, dès qu'on s'est mis à utiliser le calcaire dévonien et l'anthracite qu'on trouve abondamment dans ce terrain de transition.
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D'immenses fours à chaux, au milieu même des carrières, et situés aux abords des gares de la voie ferrée, ont produit la chaux pour l'agriculture à des prix très modérés. L'hectolitre de j5 k. s'est vendu o fr. yS, i fr. et i fr. 3o. La chaux menue, c'est-à-dire le résidu des fours, s'obtenait encore à bien meilleur marché, à moitié du prix de la chaux en gros morceaux. C'est de cette époque que datent les progrès considérables des cultures dans cette contrée. A partir de ce moment, le froment a été substitué au seigle, et les prairies artificielles de trèfle, de luzerne ont permis de nourrir abondamment un nombreux bétail concurremment avec le foin des prairies naturelles, les racines, et d'abondantes récoltes de choux, de navets et de rutabagas. Une alimentation abondante et nutritive a eu pour conséquence le perfectionnement des bêtes à cornes par une forte infusion de sang anglais.
Il en est résulté cette belle race Durham-mancelle, si recommandable par sa précocité et sa belle conformation. Les simples métayers ont rempli leurs étables de jeunes bœufs, qu'on dispense du travail, et qu'on livre fin gras à la boucherie, à l'âge de trois ans. Les chevaux seuls sont affectés aux travaux des champs.
On peut dire que dans ce pays les cultivateurs ont l'amour et le culte de la chaux. On en incorpore, tous les ans, de fortes quantités au sol, sous forme de tombe ou de compost. La chaux se montre partout comme étant le symbole de la fertilité des terres et de la richesse du pays. Dans un rayon assez étendu autour de Laval, on voit, à chaque gare, des fours continus, accouplés par 4 ou 6, produisant des montagnes de chaux qu'on transporte de tous côtés par les w^agons et par les tombereaux des cultivateurs. Dans les champs, on observe des tas de chaux qu'on recouvre de terre le long des haies, et que l'on brasse avec des vases, des feuilles, des curures de fossés,
et, au besoin, avec du fumier lorsqu'on est sûr que la chaux a perdu sa causticité par son mélange avec les matières terreuses. La tombe n'est pas d'une composition uniforme et invariable. En moyenne, pour quatre hectolitres de chaux, on emploie 16 à 20 hectolitres de terre, et un mètre cube de fumier. Conduite et manipulée avec intelligence, la tombe devient une nitrière artificielle dont on a tiré les plus heureux résultats dans TAnjou, la Normandie et la Bretagne.
Dans le département de Maine-et-Loire, aux environs d'Angers, on a transformé en terre très fertile, un sol naturellement pauvre et peu propre aux cultures. Les magnifiques pépinières, qui occupent tant d'espace sur le territoire de cette ville, et qui produisent, pour la France et pour l'étranger, des quantités énormes d'arbres fruitiers, d'arbustes d'ornement, ont été établies sur un sol schisteux rendu fertile, meuble, perméable et facile à travailler par des défoncements , des apports de sable et par un large emploi des fumures et de la chaux. Leclerc- Thouin raconte, dans son intéressante monographie de Maine-et-Loire, que les vignerons rapportent, de temps à autre, des schistes rouges sur leur terrain au prix de grands sacrifices. Ils dépensent jusqu'à 45o fr. pour amender de la sorte le sol affecté à la vigne et aux arbres fruitiers. II n'est pas démontré que ces schistes n'apportent rien d'utile pour l'alimentation des plantes. Dans tous les cas, leur effet le plus apparent est de rendre le sol plus perméable à l'eau et à l'air, et plus facile à travailler. Les végétaux profitent toujours d'une amélioration qui facilite la nitrification du sol et le fait mieux bénéficier des eaux pluviales.
Dans le département d'Ille-et-Vilaine, aux environs de Rennes, les terres schisteuses améliorées par la chaux et les fumures sont très appréciées des cultivateurs. J'y ai vu de belles cultures de céréales (blé, orge et avoine), de fourrages naturels et artificiels , de betteraves , de pommes de terre et de sarrasin ; le pommier y vient très bien, il s'y montre vigoureux et fertile. C'est sur cet arbre que l'on compte pour la production du cidre, l'unique boisson des gens de la campagne.
Le sarrasin qui est la céréale des terrains pauvres, n'a pas été abandonné sur les terres schisteuses améliorées. On l'apprécie comme plante nettoyante, bien appropriée au climat, peu épuisante, et donnant, à peu de frais, un grain souvent très abondant. Avec la faible dépense de 400 à 5oo k. de phosphate fossile on peut, par une température favorable, obtenir une bonne récolte de blé noir, très précieuse pour l'alimentation des gens de la ferme et des animaux de la basse-cour. En résumé, les terres schisteuses ne sont mauvaises que dans les localités éloignées des fours à chaux , et où l'argile et le défaut de pente les rendent humides, imperméables et très difficiles à ameublir.
Ailleurs, là où les pentes sont suffisantes, et où l'on a su approfondir ces terrains et les fertiliser par la chaux et les engrais, on peut les amener à un haut degré de fertilité. On cite, dans la Mayenne, des terres schisteuses qui atteignent, en blé, le rendement de 36 hectolitres de grain par hectare, et qui se louaient 100 fr. en 1884.
Terres schisteuses de la Provence,
Sur le territoire de la ville d'Hyères, il y a des vallées et des plaines schisteuses dérivant du système cambrien.
Les collines qui délimitent les vallées sont schisteuses ou calcaires (muschelkalk) ; les collines schisteuses ont donné, par éboulement et alluvionnement, des alluvions schisteuses ; les collines du Muschelkalk ont fourni aux schistes de la vallée le calcaire dont ils étaient naturellement dépourvus. Ce sont alors des alluvions schisto-calcaires. La proportion du calcaire varie d'une rive à Pautre; mais nulle part la terre n'en est entièrement dépourvue. Les eaux de la rivière proviennent des terrains crétacés, et elles répandent par débordement, au moment des fortes crues, la matière calcaire sur toute rétendue de la vallée.
Les collines schisteuses constituées par des quartzites et des schistes cristallins, sont incultes et incultivables. Il s'y est développé des bois de médiocre apparence. On y voit principalement des chênes-lièges, des chênes verts, de l'olivier sauvage, du myrthe, des cistes, la bruyère arborescente, le calycotome épineux, le genêt d'Espagne, le phyllirea à feuilles étroites, la lavande et le romarin.
La stérilité des collines, due à l'état rocheux des surfaces, forme un contraste frappant avec la richesse des vallées et des plaines basses, où dominent les alluvions schisto-calcaires, mélange heureux d'argile et de fragments schisteux avec les débris des roches calcaires et marneuses du trias. L'association de ces terrains d'origine différente produit un sol très fertile. Les vallées
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du Gapeau et du Roubaud, la plaine de Sauvebonne dont le sol est schisto-calcaire-ferrugln^ux d'une couleur rougeâtre, témoignent d'une fertilité comparable à celle de la Limagne. On y trouve, sur de grandes surfaces, des primeurs d'artichauts, de pois, de salades et de fèves. La vigne, l'olivier, les rosiers y montrent une vigueur exceptionnelle, et sont l'objet d'une culture soignée et productive. Remarquons que ces terres schisteuses, qui réclament impérieusement de la chaux dans les autres contrées, la reçoivent ici, sans aucuns frais, par les cours d*eau qui ont traversé dans leur cours supérieur les terrains crétacés, jurassiques et triasiques.