ÉTAGES. ROCHES
Danien Craie jaune.
Sénonien — blanche à silex.
Turonien — marneuse, et tuffeau.
Cénomanien ... — verte glauconienne , gaize.
Albien Argiles du gault et sables verts.
Aptien Argiles.
Néocomien Calcaires, sables, marnes néocomiennes.
Ces sept divisions sont basées sur des considérations paléontologiques. Au point de vue agrologique et minéralogique, les roches crétacées se réduisent à cinq, savoir:
i*» La craie.
2° La marne.
3° La gaize.
4" Les argiles.
5° Les calcaires compacts et résistants.
Les craies ne sont autre chose que du carbonate de chaux à peu près pur, blanc ou jaunâtre, tendre et tachant, excellent pour faire de la chaux grasse , médiocre comme matériaux de construction, médiocre encore pour constituer des terres arables.
La craie apparaît à la surface, tantôt pure, tantôt associée à des silex, sortes de noyaux, noirs à l'intérieur, et blancs à l'extérieur. Réduits en fragments, les silex servent à l'entretien des routes.
Ce sont des matériaux fragiles et coupants, moins résistants et moins estimés que les porphyres pour l'entretien des routes très fréquentées. Cest d'ailleurs le seul emploi qu'on en fasse quand on veut en purger les terres crayeuses caillouteuses qu'on rencontre, cà et là, dans la région du Nord, sur le flanc des vallées où les eaux ont mis à nu la formation crayeuse, après avoir dépouillé ces surfaces du limon des plateaux. La craie tuffeau, très connue en Touraine par les pierres de taille qu'on en tire pour la construction des habitations et des fermes, n'occupe pas de grandes étendues à l'état de terre arable. C'est un calcaire impur, impropre à donner de la chaux; il contient une certaine proportion d'argile et de sables siliceux. Les terres tuffeuses, telles qu'on peut les observer à la colonie de Mettray, près Tours, aux environs de Saumur, sont assez faciles à travailler. La vigne, les céréales et les prairies artificielles y réussissent très bien, quand le sol a été fertilisé par d'abondantes fumures.
Les marnes sont, comme on le sait déjà , des argiles associées à une dose plus ou moins forte de carbonate de chaux; plus elles sont argileuses, moins elles sont favorables à la constitution du sol. La gaize, très développée dans TArgonne, sur les confins du département de la Meuse et des Ardennes, est une roche quartzeuse, plus
propre aux essences forestières qu'aux plantes cultivées. C'est la roche dominante de la forêt de TArgonne. D'après M. Nivoit, elle est composée comme il suit :
Eau 8
Sable fin quartzeux 17
Silice gélatineuse 56
Argile 6
Glauconie : 12
Total 99
La glauconie est un silicate de fer, d'alumine, de potasse et de magnésie; la composition de 12 parties de glauconie est celle-ci :
Silice 6. 5o
Protoxyde de fer 3 .00
Alumine i .00
Magnésie 0.75
Total 12 .00
Les terres gaizeuses sont par conséquent riches en potasse, ySop. 1000; mais très pauvres en chaux et en acide phosphorique. On leur reproche, en outre, d'être imperméables et très difficiles à travailler. Le boisement est sans contredit la meilleure destination à leur assigner.
La craie tuffeau forme une masse compacte, rocheuse, facile à entamer et à tailler. Dans les escarpements des vallées du Loir, de F Indre et de la Loire,, on y creuse des caves, des silos, et même des habitations qui s'enfoncent dans le coteau en prenant jour sur le flanc de la vallée. Ces habitations ne paraissent pas malsaines ; on les dit chaudes en hiver et fraîches en été. Leurs cheminées aboutissent au sommet des coteaux au milieu des bois
et des cultures, au grand étonnement des gens qui, pour la première fois, aperçoivent la fumée sortant à fleur de terre. Dans tous les cas, ces excavations dont on a extrait des pierres détaille, constituent d'excellentes caves, où se conservent admirablement les vins de la Touraine, vins qu'on récolte dans les vignes situées au-dessus ou dans le voisinage de ces caves.
Les argiles du gault constituent des terres tenaces, imperméables et difficiles à travailler. Les cultures y donnent généralement moins de profit que les bois ou que la prairie naturelle.
Les sables verts, d'où Ton extrait de grandes quantités de nodules phosphatés, apparaissent rarement à la surface, et il y a peu de terres arables qui en soient complètement constituées. Ils forment des terres siliceuses, sablonneuses, légères, perméables, à moins que le sous-sol ne soit argileux et imperméable, circonstance qui se rencontre assez souvent. A Técole des Merchines (Meuse), le sol des sables verts produit des taillis et de la futaie de chêne et de charme d'une belle venue.
Les calcaires néocomiens occupent de grandes étendues en Provence, notamment dans les départements de la Drôme, de Vaucluse, du Gard, des Bouches-du- Rhône, du Var et des Alpes- Maritimes. Ils y forment des collines rocheuses et dénudées, impropres aux cultures et rebelles aux végétaux spontanés. Le château des papes à Avignon, Notre-Dame de la Garde à Marseille, les collines qui dominent la ville de Toulon, Grasse et les montagnes qui l'entourent, donnent une idée de la puissance et de l'importance de cette assise crétacée. On en extrait une excellente pierre à bâtir; elle est très résistante et très facile à tailler. La pierre d'Arles et celle de Cassii sont les plus estimées et les plus employées sur beaucoup de points de la Provence. Celle
AGRICULTURE GÉNÉRALE. l6
de Cassii, extraite au bord de la mer, est transportée par des navires dans les ports de la Méditerranée, depuis Marseille jusqu'à Nice. C'est avec ce calcaire qu'ont été bâties les villes de Montélimart, d'Avignon, de Nîmes, de Marseille et de Toulon.
Eu égard à leur composition minéralogique, les roches crétacées, quand elles apparaissent à Jour, en affleurements superficiels, donnent lieu, suivant la nature de la roche, à six sortes de terres, savoir :
I" La terre crayeuse dérivée de la craie.
2" — marneuse dérivée de la craie marneuse.
3° Les terres gaizeuses produites parla gaize.
4® — siliceuses des sables verts.
5® — argileuses des argiles du gault.
6* — rocheuses des calcaires néocomiens.
Les terrains crétacés occupent des plaines étendues en Champagne. De ce côté, ils forment une large bande comprise entre les terrains jurassiques de l'Est et le bassin parisien. Ils comprennent les départements de l'Aube et de la Marne, dont la partie la plus pauvre a reçu le nom de Champagne pouilleuse, qualification qu'elle doit à la nature crayeuse et aride de son sol. Cette craie se continue, en affleurements, sur les flancs des vallées, dans toute la région située au nord de Paris. On la retrouve en Angleterre après avoir traversé le détroit du Pas-de-Calais. Les craies blanches de la côte anglaise ont valu à TAngletérre son nom d* Albion. L'étage du grès vert et des argiles du gault n'est pas plus accidenté que Tassise crayeuse; il' embrasse des plaines concentriques aux plaines crayeuses, aussi humides et aussi imperméables que les premières sont sèches et perméables.
En allant de Troyes à Chaumont, par la ligne ferrée, on traverse successivement les terres crayeuses de la
Champagne, les terres fortes des argiles du gault, et les terres calcaires jurassiques de la Haute-Marne. Aux deux extrémités de ce parcours, les terres sont légères, pierreuses, perméables, faciles à façonner en tout temps avec un seul cheval, tandis qu'au centre de ce trajet, les argiles du gault constituent des terres tenaces, imperméables, souffrant de Fhumidité en hiver, et imposant le système des billons bombés pour l'assainissement des cultures. Ces terres ont des propriétés physiques et chimiques complètement différentes de celles des terres crayeuses ou jurassiques. Elles exigent des drainages pour être assainies, des marnages pour s'enrichir de chaux, et de forts attelages pour être façonnées. De plus, quand il s'agit de les ameublir, il faut s'abstenir d'y toucher en temps de sécheresse ou d'humidité. Rien de pareil n'existe pour les terres crayeuses. Elles ont, au contraire, l'inconvénient d'être trop sèches et trop perméables. Pour que les cultures s'y portent bien, il faut, qu'en été, il tombe de la pluie tous les 8 jours. Les terres crayeuses se montrent encore, par lambeaux, dans les départements de l'Aisne, de TOise, de la Somme, du Pas-de-Calais. Elles occupent principalement les flancs des vallées, tandis que sur les plateaux élevés les mêmes craies sont recouvertes d'une couche plus ou moins épaisse de limon des plateaux.
En Picardie, les terres crayeuses sont connues sous le nom de marnettes; elles sont moins estimées que les terres franches du limon des plateaux. Le froment y vient mal ; on y fait plutôt de l'orge et du seigle. Les légumineuses s'y plaisent, notamment le lentillon, la vesce d'hiver et le sainfoin. On peut en faire de très bonnes terres quand on consent à les terreauter avec le limon des plateaux qui n'en est jamais très éloigné. Ces deux couches s'améliorent l'une par l'autre, à l'aide
d'opérations justifiées à la fois par la science et Texpérience.
Par la craie sous-jacente, on donne, au limon des plateaux, la chaux dont il est naturellement dépouvu, et, par la terre silicéo-argileuse du limon des plateaux, on enrichit les terres crayeuses de silice et d'argile, éléments utiles qui leur font défaut. Les mamages à la craie ne sont pas coûteux; on extrait, par des puits, le carbonate de chaux qu'on répand à la brouette sur toute la surface des champs. La gelée et la pluie achèvent de diviser et de déliter la craie dont on approvisionne le limon des plateaux pour une période de lo ou i5 ans. C'est ainsi que la craie, qui est une cause de pauvreté en Champagne, devient, au contraire, une source de richesse dans la région du Nord. Elle est indispensable pour compléter la composition du limon des plateaux et des alluvions anciennes des vallées. Elle fournit, en outre, à la sucrerie, la chaux et l'acide carbonique dont cette industrie fait un large emploi pour la fabrication du sucre. Les sucreries ne pourraient s'établir dans un pays privé de carbonate de chaux.
D'après de nombreuses analyses faites par M. Nivoit sur des échantillons recueillis dans le département des Ardennes, la craie est composée comme il suit, pour i oo :
Eau i.ooà 1.80
Argile et sable i.oo à 4.00
Carbonate de chaux 92.20 à 96. 10
— de magnésie o.5o à i.io
— et oxyde de fer o.5o à 0.80
Acide sulfurique 0.00 à 0.04
— phosphorique 0.00 à 0.06
Potasse et soude traces.
Cette composition nous apprend que les terres crayeu-
ses manquent de potasse et d'acide phosphorique. Pour les féconder, il est indispensable d'y incorporer ces deux éléments avec du fumier ou d'autres engrais. Ce sont des terres pauvres qui, sur les quatre principaux éléments de la fertilité, ne possèdent, et cela avec excès, que le calcaire qui est, des quatre, le moins cher et le plus abondant dans la nature.
La craie donne d'excellente chaux grasse par la calcination, mais elle ne fournit pas de bons matériaux de construction. Il est rare qu'on puisse en tirer des pierres de taille et des moellons de quelque valeur. Elle n'est pas employée en Champagne à cet usage. Dans cette contrée, la plupart des bâtiments de ferme construits avant la création des voies ferrées, ont leurs murs en planches ou en torchis. En Picardie, en Artois et en Flandre, c'est la brique, faite avec le limon des plateaux, et la chaux de la craie, qui sont la base des maçonneries employées à la construction des murs de clôture, des bâtiments de ferme et des habitations des villes et des campagnes. La craie sert encore à la construction des chemins ruraux : sur les chemins neufs, le macadam de silex ou de porphyre de Lessini repose sur une épaisse couche de craie. Ce calcaire forme une substance de liaison très propre à rendre les routes compactes, et à donner au macadam la stabilité et la solidité qui lui manqueraient, s'il était employé seul sur le sol du limon des plateaux.
Tel est le- rôle de la craie et du limon des plateaux, quand on a à faire des chemins ou des constructions dans les départements où ces deux assises se trouvent réunies et superposées. C'est le cas des départements de l'Aisne, du Nord, de la Somme, du Pas-de-Calais, de l'Oise, de l'Eure et de la Seine- Inférieure. Partout la craie apparaît sur les flancs des vallées, tandis que le li-
mon des plateaux occupe les plaines situées à un niveau supérieur à celui de la craie.
Voyons maintenant les cultures des terres et des régions crayeuses.
Le type des terres crayeuses se trouve dans la Champagne pouilleuse. Ce sont des terres blanches, légères, sèches et perméables, dont les défauts s'accroissent avec la grosseur des fragments qui entrent dans leur composition. Là la craie s'est délitée et offre une forte proportion de parties meubles, ténues et impalpables, ailleurs elle est plus résistante et reste à l'état de pierres et de graviers. Les plus mauvaises terres sont celles qu'on désigne sous le nom de grèves; elles rappellent les graviers calcaires roulés par les vagues de la mer.
Ces grèves, désignées encore sous le nom de savards, sont trop ingrates pour être cultivées ; elles restent en friche ou sont boisées avec des pins sylvestres dont l'état chétif et rabougri accuse éloquemment l'aridité du sol et du sous-sol. Que l'on considère la même essence résineuse sur les sables du Maine et de la Sologne, ou bien sur les granités du plateau central , partout elle se montre plus vigoureuse et plus développée qu'en Champagne.
Il faut croire que la craie pure ne favorise pas la végétation des essences ligneuses. Aussi les arbres sont rares et bien souffreteux dans les plaines de la Champagne pouilleuse. Le peuplier seul vient bien dans les vallées de la région crayeuse. Ces vallées, largement pourvues des parties meubles apportées et déposées par les eaux, témoignent d'une grande fertilité qui contraste singulièrement avec la stérilité des plaines voisines. En vallée, les céréales, la luzerne, le trèfle, la vesce, la betterave, la pomme de terre offrent une végétation vigoureuse telle qu'on l'observe dans les pays les mieux cultivés. Aussi
la valeur du sol frais et meuble de la vallée est décuple de celle des terres de la plaine crayeuse ; les parties les plus mauvaises de la plaine restent en friche ou sont garnies de pins sylvestres. Les friches ou savards ne produisent jamais la végétation de la lande non calcaire. On y voit des genévriers et un pâturage à moutons dont les graminées et les légumineuses sont très nutritives, mais malheureusement peu abondantes et peu développées. Sur les champs les moins secs et les moins pierreux, on peut, à Faide du fumier de ferme, cultiver, suivant la qualité du sol, le froment, le méteil, Torge d'hiver, l'avoine , le sainfoin , la minette , le lentillon, la pomme de terre, le topinambour et la navette. Les craies dévorent les engrais; c'est le terme qu'on emploie pour indiquer que les fumiers s'y décomposent avec une extrême rapidité. On doit procéder par de petites fumures souvent répétées; préférer, dans l'emploi des engrais chimiques, le nitrate de soude au sulfate d'ammoniaque dont les réactions avec la craie auraient pour effet de perdre dans l'air l'azote de l'engrais. On peut aussi utiliser les engrais potassiques; la potasse faisant généralement défaut dans les craies.
Ce n'est pas dans les craies de la Champagne que la vigne se plaît le mieux, et donne le raisin le plus apprécié pour la production du vin de Champagne. Les vignobles qui donnent les premières marques de Reims et d'Epernay sont établis sur des terres dont le sous-sol est la craie , et le sol , le limon de plateaux. Le précieux arbuste trouve une bonne alimentation dans le limon fumé et bien façonné , et la craie, en sous-sol, opère une sorte de drainage qui met, en tout temps, la vigne à l'abri d'un excès d'humidité , condition nécessaire pour que le vin acquière toutes ses qualités sous le climat de la Champagne où l'été et l'automne ne sont pas toujours
très favorisés sous le rapport de la chaleur et du soleil.
Le voyageur qui traverse la Champagne en chemin de fer remarquera que Tépicéa tondu forme, sur la ligne ferrée, des haies de clôture meilleures que celles de Tépine blanche. Ne serait-ce pas la preuve que cette essence résineuse vaudrait mieux que le pin sylvestre pour le boisement des plus mauvaises craies. Les plantes adventices des cultures nous donneraient ici une liste analogue à celle qui a été établie pour les calcaires jurassiques. Ajoutons seulement que, parmi ces plantes, il faut distinguer la moutarde sauvage et le pas d'âne. Nulle part ces deux plantes ne se montrent plus abondantes et plus difficiles à combattre. Le pas d'âne se plaît tellement sur les craies, que dès le mois d-avril, il tapisse de ses fleurs jaunes le ballast de la voie ferrée.
Le système crétacé est représenté, dans Fouest de la France, par les sables du Perche et du Maine. Les sables du Perche n'occupent pas de grandes surfaces; ils se montrent sur les flancs des vallées, recouverts par la craie marneuse. Sur le territoire de Montmirail (Sarthe), ils deviennent glauconieux et constituent des terres légères, fraîches et perméables, très-estimées pour la culture des céréales et des plantes fourragères. Quand ils sont purement siliceux, ce sont des terres à seigle où prospèrent les taillis de châtaignier et les boisements en pin maritime. C'est cette dernière destination qu'on a donnée à ces sables, dans la plaine que l'on parcourt par la ligne de l'Ouest, quelques kilomètres avant d'arriver au Mans.
Dans les départements d'Indre-et-Loire et de Maineet-Loire, la craie marneuse et la craie tuffeau produisent, par leur désagrégation, des terres de bonne qualité. On y récolte les meilleurs vins de la Touraine et de l'Anjou. C'est sur ce sol qu'on trouve les vignobles renom-
mes de Bourgueil et de Saumur. Ces terres marneuses portent de bonnes récoltes de céréales, de sainfoin, de pommes de terre, de carottes et de betteraves. Les coteaux marneux des environs de Saumur et Fontevrault, quand ils jouissent d'une bonne exposition, conviennent non seulement à la vigne , mais encore au noyer et aux arbres fruitiers à pépins et à noyaux. Ces cultures sont l'objet d'un commerce considérable, tant elles sont appropriées au sol et au climat de cette contrée. A côté de ces terrains fertiles, en coteau et en vallée , on rencontre, sur les plateaux élevés, des argiles à silex remplies de blocs de poudingues et couvertes de mauvaises landes. Ce sont des terres ingrates, très chères à conquérir par le défoncement et Pépierrage. Elles n'ont aucune des qualités des terres calcaires situées à un niveau inférieur. On -peut les bien étudier sur le domaine de la colonie de Saint-Hilaire, près Fontevrault. La mise en culture de ces landes exige qu'elles soient défoncées, drainées, chaulées et fortement fumées. Après ces coûteuses améliorations, elles sont toujours moins bonnes que les terres calcaires dérivées de la craie tuffeau ou de la craie marneuse.
L'étage inférieur du terrain crétacé est très développé en Dauphiné et en Provence. Il comprend essentiellement un calcaire néocomien formant des montagnes et des collines rocheuses et peu productives. On en a une idée exacte en considérant, aux environs d'Avignon, les deux rives du Rhône, la surface rocheuse et pierreuse dea environs de Nîmes, les collines et les masses rocheuses qu'on traverse en chemin de fer de Marseille à Toulon. De Grasse à Nice et de Nice à Menton, on reste constamment dans les calcaires néocomiens du groupe crétacé. Il n'y a de fertile, que les vallées, et les autres surfaces ou les parties meubles de la roche crétacée ont été apportées et déposées par les eaux.
25o AGRICULTURE GENERALK.
Cest sur ce terrain que prospèrent les orangers et les citronniers, grâce à la douceur du climat et aux abris naturels qui protègent, contre le froid et le mistral, la côte méditerranéenne depuis Toulon jusqu'à Menton. De toutes les stations de la Provence , Menton est Tendroit le plus chaud et le mieux abrité en hiver. Aussi c'est là que se plaît le mieux le citronnier, plus sensible que Toranger à l'action des gelées et du vent du Nord.
Sur d'autres points où les aurantiacées ne Jouiraient pas du climat qui leur convient, on cultive, sur les parties les moins rocheuses du calcaire néocomiea, l'olivier, l'amandier, les petits pois et les pommes de terre comme primeurs. Les surfaces rocheuses et incultes se couvrent spontanément, entre Nice et Menton, de pin d'Alep, de caroubier et d'une grosse euphorbe ligneuse connue sous le nom d'Euphorbia arborea. Dans les Bouches-du-Rhône , on y voit fréquemment un petit ajonc {Ulex provincialis) qui, contrairement à l'ajonc de Bretagne, affectionne particulièrement les terres calcaires* Dans tous les cas, les parties cultivées des roches néocomiennes ne sont rien en comparaison de celles qui, de temps immémorial, sont restées incultes, dénudées et improductives.
Il s'en faut que, dans les deux Charentes, les terrains crétacés inférieurs, qui y occupent de grands espaces, soient aussi rocheux et aussi accidentés que dans le midi. Le rocher du sous-sol n'apparaît que par places très limitées. Le sol est meuble, profond , fertile quoique pierreux en certains endroits. La vigne était la culture principale des arrondissements d'Angoulême et de Donzac. En raison de la perméabilité du sol et de sa nature calcaire, il n'a pas été possible de défendre les vignes contre les atteintes du phylloxéra. Nulle part les ravages du terrible insecte n'ont été plus rapides et plus
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meurtriers. En deux ou trois ans, Farrondissement de Donzac a eu presque toutes ses vignes anéanties. C'était là qu'on cultivait la folle jaune, dont le vin produisait, par la distillation, la fine Champagne, eau-de-vie d'une qualité tellement supérieure, qu'il est impossible d'en retrouver de pareille dans toute autre partie de la France et de l'étranger. Ce produit incomparable faisait la fortune et la gloire des viticulteurs charentais. Il faudra bien des années pour reconstituer les vignes détruites et pour en retirer une eau-de-vie aussi estimée que par le passé. L'eau-de-vie était la production principale de ces terrains ; les autres produits n'avaient aucune importance et comptaient pour peu de chose dans les exploitations de cet arrondissement.
Il existe encore des terrains crétacés dans plusieurs points des Pyrénées. Ils y sont représentés par des calcaires néocomiens entrecoupés par des bandes de silex noir. La roche est dure et donne des pierres de taille pour les constructions. Occupant peu de place à la surface du sol, elle n'a pas d'importance au point de vue agrologique.