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TERRES QUATERNAIRES

Les terres quaternaires, passablement méconnues par les anciens géologues, remplissent dans l'agrologie un rôle considérable, parTétenduedes surfaces qu'elles embrassent et par la fertilité dont sont douées les contrées recouvertes de cette précieuse formation . Les terres quaternaires comprennent, dans l'ordre chronologique, le limon dés plateaux qu'on désignait anciennement sous le nom d'anciennes alluvions de la Bresse, et les alluvions anciennes des vallées et des terrasses. Ces alluvions de différents âges sont formées des débris meubles des roches antérieures, elles en sont pour ainsi dire la quintescence. Aux époques diluviennes, des eaux dont nous ne pouvons avoir aucune idée dans Tétat actuel de la météorologie, ont raviné les parties les plus élevées de Técorce terrestre, et sont venues les déposer au sein des mers et des lacs. Cesdépôtç, effectués dans des eaux tranquilles, contiennent les fragments les plus ténus des anciennes roches, c'est-à-dire l'argile, la silice à l'état gélatineux, impalpable ou sablonneux, associés parfois à une faible dose de carbonate de chaux.

L'argile, la silice à différents états, le sesquioxyde de fer et parfois un peu de calcaire, tels sont les éléments principaux des limons quaternaires. L'argile et la silice

y sont unis dans les proportions les plus variées, même dans des localités peu éloignées les unes des autres. Les limons forment cette famille nombreuse de terres connues, par les praticiens, sous le nom de terres franches. Ce sont de bonnes terres, faciles à travailler et à approfondir, aptes à porter de riches cultures quand on sait les traiter convenablement, et compléter leur composition par des amendements et des fumures judicieusement choisis. On les désigne encore sous le nom de terres à betteraves, de terres à briques. Elles deviennent légères, très perméables et très faciles à labourer, quand le sable siliceux domine tous les autres éléments. L'argile et le sesquioxyde de fer viennent-ils à dominer l'élément sablonneux, on voit immédiatement augmenter leur ténacité, leur imperméabilité et les difficultés des travaux. La silice, à Tétat impalpable ou gélatineux, produit des effets analogues. Abandonnées à elles-mêmes, elles se tassent et se durcissent, à tel point qu'elles deviennent presqu'impéné trahies à Tair et à Feau. Ameublies à la surface, elles se battent à la pluie, en formant une pellicule superficielle qui gêne la pénétration de l'air, si utile à la respiration des racines et si favorable aux réactions nécessaires pour la bonne alimentation des plantes. Malgré ces défauts, qu'on combat aisément par les moyens qui seront indiqués plus loin, les terres quaternaires sont plus estimées que la plupart des terres dérivées des roches plus anciennes. Ce sont elles qui occupent les surfaces les plus fertiles et les mieux cultivées du nouveau et de Tancien monde. En France, elles représentent une superficie d'au moins 5 millions d'hectares; les départements les plus productifs et les mieux cultivés du centre, notamment ceux de l'Eure, d'Eure-et-Loir, du Loiret, de Seine-et- Oise, de Seine-et-Marne, de l'Oise, de l'Aisne, du Pas-

de-Calais, de la Somme et du Nord doivent en grande partie leur richesse* au limon ancien, qui est venu recouvrir les roches tertiaires et secondaires.

Sans le limon des plateaux qui recouvre la craie sur une forte épaisseur, l'Aisne, le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme et quelques autres départements seraient la continuation de la Champagne .pouilleuse, avec des terres crayeuses aussi ingrates et aussi infertiles que les savardsdu département deTAube. Le limon des plateaux a sauvé la région du Nord de la misère et de la pauvreté. A cette roche, revient le mérite d'avoir constitué un sol qui fournit à une nombreuse population les briques dont sont construites toutes les maisons, et presque tous les aliments dont sa nourriture est composée.

On ' retrouve ces mêmes terres, en lambeaux moins étendus, dans les départements du Cher, de Tlndre, dans le Calvados (plaine de Caen) et sur beaucoup d'autres points de la France. Elles couvrent les pays de plaine , autre condition très favorable aux travaux des champs. Ce sont des terrains de même origine et de même âge que nous rencontrons dans les parties les plus fertiles de l'Algérie , telles sont les plaines de la Mitidja, de Bône, de l'Habra. La vallée du Rhin, la Russie, la Roumanie, la Belgique, la Bavière, la Hongrie centrale, le bassin du Pô, le delta du Nil et le Sahara situé au sud d'Oran, les Pampas de l'Amérique méridionale , notamment dans le Rio de la Plata, possèdent de grandes étendues de ces terres limoneuses. Partout elles sont classées en première ligne sous le rapport de la fertilité et des facilités qu'elles offrent pour l'exécution des travaux agricoles. A quels signes peut-on les reconnaître et les distinguer des alluvions modernes et des roches plus anciennes?

Elles n'ont aucune ressemblance avec les roches sousjacentes, qu'elles appartiennent aux formations tertiaires ou secondaires. Formées principalement de parties meubles, elles sont généralement exemptes de pierres et de rochers. Dans certaines contrées, entre le sol et le soussol, il s'est formé, avec le concours du fer et de la silice, un poudingue silico-ferrugineux qui nuit aux plantes et à la bonne exécution des travaux. Ce poudingue se forme principalement dans les champs où le limon est rempli d'un minerai pisolitique de fer, il n'existe pas dans les départements de la région du Nord. Aux environs de Paris, le limon des plateaux recouvre tantôt les sables de Fontainebleau, tantôt le calcaire grossier, tantôt les meulières de la Brie. La roche sous-jacente réagit sur le sol limoneux et y produit des effets qui correspondent aux caractères physiques de ce sous-sol. Les limons les plus perméables et les plus secs reposent sur le sable de Fontainebleau, vient ensuite celui qui couvre le calcaire grossier. Dans la plaine de Longjumeau, au sud de Paris, les terres arables de première qualité reposent, les unes sur les sables de Fontainebleau et les autres sur les assises du calcaire grossier. Ces dernières sont jugées supérieures aux autres, elles sont fraîches et moins exposées à souffrir de la sécheresse. Dans la Brie, on trouve, sous le limon, les argiles à meulière dont l'imperméabilité se communique à toute l'épaisseur de la couche arable, défaut très grave qui ne disparaît que par le drainage général des champs cultivés. Au nord de Paris la craie qui vient immédiatement sous le limon, draine le sol aussi efficacement que le calcaire grossier et les sables de Fontainebleau au sud de Paris. Dans ces diverses localités, les terres fraîches du limon des plateaux, améliorées par des agriculteurs habiles, au besoin chaulées ou drainées ; fumées largement avec des

engrais de ferme et des engrais chimiques, approfondies successivement par des labours de o"*,3oà 0^,40 deviennent des terres de jardin, où la culture alterne la plus intensive atteint les rendements les plus élevés pour toutes les récoltes. A Grignon , ce sont ces formations qui produisent les plus fortes récoltes de céréales , de fourrages et de betteraves. Elles sont de beaucoup supérieures aux terres calcaires ou argileuses de la même localité. Il en est de même partout où ces terres sont en comparaison avec celles qui se rapportent à des roches tertiaires ou secondaires.

Les limons les plus estimés sont ceux qui contiennent de I à 5 ^ de calcaire, c'est le loess des Allemands. Le limon hesbayen de la Belgique, celui de Grignon et de la plaine de Longjumeau rentrent dans cette catégorie; ils ne réclament ni marnage nichaulage. C'est tout différent dans la Brie, la Picardie et la Flandre française. Là, le limon est très pauvre en carbonate de chaux : c'est le lehm des Allemands. Dans le nord, on l'enrichit de chaux en extrayant, dans le champ même, la craie qu'on rencontre à peu de profondeur sous la couche limoneuse.

La couleur du limon varie du gris au jaune, elle diffère toujours de celle de la roche sous-jacente. D'ailleurs comme la composition minérale n'est jamais semblable pour le limon et la roche sous-jacente, il est toujours facile de les distinguer l'un de l'autre. Par une cause difficile à expliquer, le limon ne renferme jamais de coquilles fossiles.

Le limon des plateaux ressemble énormément aux alluvions des terrasses , et aux alluvions modernes des vallées.

Ils se différencient aisément par leurs niveaux et leur situation respective. Le limon des plateaux est toujours

plus élevé que les alluvions modernes. En France, il a atteint les altitudes extrêmes de 200 à 220 mètres. Quelquefois il ne s'élève que de quelques mètres audessus de la rivière la plus rapprochée, comme on peut s'en convaincre dans les bassins de la Somme et de rOise. Aux environs de Paris, il se tient parfois à 5o ou 60 mètres au-dessus de la vallée de la Seine. Dans tous les cas, jamais il n'est assez bas pour être inondé par les cours d'eau actuels. Sur d'autres points de l'Europe, on en trouve à l'altitude de i , 5oo mètres. En Chine, les géologues en ont constaté la présence à 3,5oo mètres de hauteur. Une observation qui montre bien l'excellence des propriétés physiques et physiologiques des anciennes alluvions , c'est que les exploitations qui se sont illustrées par l'obtention des plus hautes récompenses sont presque toutes placées sur le limon des plateaux ou sur les anciennes alluvions des vallées. En Seine-et-Oise, les fermes de Mortières et-de Petit-Bourg, dont les exploitants ont été lauréats de la prime d'honneur, n'ont pas d'autres terres que celle du limon des plateaux. Les lauréats de la Brie, en Seine-et-Marne, cultivent des limons de même origine. Les fermes d'Assainvillier et de Roye également récompensées par la prime d'honneur, sont assises sur le limon des plateaux du département de la Somme. Les lauréats de l'Aisne , du Nord et du Pas-de-Calais ont tous cultivé avec succès la betterave à sucre, les céréales et les fourrages sur des terres provenant des anciennes alluvions. Les fermes de Masny, de Denain, de Bônavis, de Lens, de Mouflay, de Bellecourt, etc., qui sont les primes d'honneur les plus remarquables de la région du Nord, appartiennent toutes aux alluvions quaternaires.

De tels succès prouvent qu'entre des mains intelligentes, ces sortes de terrains peuvent, par des améliora-

tions successives, être portées à un très haut degré de fer tilité. Le défoncement , le chaulage ou le marnage , le drainage dans certains cas, les fortes fumures additionnées d'engrais chimiques , les façons nettoyantes , telles sont les améliorations qui conduisent sûrement à la fertilisation de ces terres limoneuses. Le même sol, resté inculte, sur d'autres points de la France, produit une lande composée, comme la lande granitique, de bruyères, d'ajoncs, de genêts et de fougères, végétaux qui se plaisent sur les terres peu perméables, et pauvres en chaux et en acide phosphorique.

Une lande de cette nature peut devenir une terre de première qualité si, par le défoncement et de fortes doses de phosphate de chaux, on la rend plus perméable en même temps qu'on l'enrichit des éléments fertilisants dont elle est naturellement dépourvue.

En bonne culture et sous le climat de la région du Nord, les terres franches du limon des plateaux produisent aisément, par hectare, 5o,ooo kilog. de betteraves à sucre, 3o à 40 hectolitres de froment, 5o à 60 hectolitres d'avoine, La luzerne et le trèfle y donnent, en deux ou trois coupes, environ 10,000 kilog. de four-^ rage sec. Dans le Centre, le limon des plateaux, fatigué de trèfle, produit de magnifiques récoltes d'anthyllis, dit trèfle jaune, légumineuse peu exigeante en potasse et en acide phosphorique. On peut aussi en obtenir de très belles récoltes de vesces d'hiver, de féveroles, de carottes et de pommes de terre. Les bois, en pareilles terres, sont composés de chênes, de charmes et de bouleaux. Les saules, les peupliers y viennent bien aux places humides des bas-fonds.

Les arbres fruitiers, à noyau et à pépins, se plaisent sur ces terres, surtout quand elles ont été profondément défoncées.

Dans rOise, TAisne et la Somme on y voit de beaux pommiers à cidre. Avant la gelée désastreuse de 1879- 80, cet arbre produisait le cidre qui était la principale boisson des habitants de la campagne. De nouveaux sujets remplacent ceux qui ont été détruits par un froid de 23** au-dessous de zéro. Mais il ne faut pas moins de 20 années pour refaire des arbres semblables à ceux que Ton a perdus.

Les terres limoneuses, soumises à un assolement où la betterave et les autres plantes sarclées alternent avec les céréales et les plantes fourragères, sont généralement propres et nettes de mauvaises herbes. Après l'opération du défoncement, elles sont suffisamment perméables, fraîches en été, et exemptes en hiver d'un excès d'humidité. Les abondantes fumures et les marnages répétés les allègent et les empêchent de se battre par la pluie. C'est ainsi que, dans la région des sucreries, on en a fait de véritables terres de jardin, profondes, fertiles et très faciles à façonner.

Il n'en est pas de même dans les pays moins avancés, où le vieil assolement triennal, toujours en vigueur, comporte peu de plantes sarclées, et où la pratique des déchaumages n'est pas connue. Là, les -terres sont sales et les récoltes envahies par les plantes adventices. Voici celles qu'on y rencontre le plus communément :

La moutarde sauvage Sinapis arvensis.

La maroute A nthemis arvensis.

La ravenelle Raphanus raphanistrum .

Le chardon des champs Cirsium arvense.

La renouée des oiseaux Polyg-onum aviculare.

L'avoine à chapelet Avena precatoria.

Le vulpin des champs Alopecurus agrestis.

Le jouet des vents Agrostis spica-venti.

L'agrostis commune Agrostis vulgaris.

La renoncule des champs Ranunculus arvensis.

3oo AGRICULTURE GENERALE.

Le petit jonc Juncus bufonius.

La vesce à bouquets Vicia cracca.

La nielle Lychnis gUhago.

La gesse sans feuille Lathyrus aphaca.

L'ers grêle Ervum gracile.

Le bluet Centaurea cyanus.

Le chardon est souvent très abondant dans les avoines faites après blé. Les cultivateurs soigneux les en extirpent avant Tépiage de la céréale.

Les autres plantes adventices se montrent principalement sur les terres négligées et mal égouttées, où les blés souffrent en hiver , et laissent des vides que remplit toute la série des mauvaises herbes.

Voyons la composition chimique de quelques limons, analysés par MM. Risler et Colomb-Pradel.

Limon des plateaux, environs de Berchères, près Chartres; i,ooo parties renferment :

Potasse

Alumine

Carbonate

Aoide

attaquée

et

de chaux.

phosphorique.

à l'acide nitrique.

oxyde de fer.

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