ASSAINISSEMENTS ET IRRIGATIONS
Aucune plante cultivée ne vient bien, si elle est placée sur un sol trop humide ou trop sec.
La terre est humide, quand elle contient plus de 5o % d'eau de son poids ; elle est sèche, quand son eau tombe à moins de 6 ^. La terre fraîche et bienfaisante pour les cultures, renferme i5 à 20 % d'eau.
Le degré d'humidité exerce une influence considérable sur les propriétés physiques du sol. Tel terrain friable et facile à entamera Pétat de fraîcheur, devient intraitable s'il a été contracté et resserré par une dessiccation prolongée.
Ce même terrain est-il gorgé d'eau par une série de pluies, il se convertit en boue, en une sorte de mortier auquel il faut se garder de toucher sous peine de gâter le terrain et de rendre très difficile son ameublissement ultérieur. Faire en sorte que le sol soit constamment frais et meuble, et que jamais il ne soit ni trop sec, ni trop humide, tel est Tidéal du cultivateur préoccupé d'offrir à ses plantes la terre la plus favorable à leur développement.
Assainissements.
Les terres deviennent humides par plusieurs causes. Les unes doivent leur humidité à leur situation : elles sont trop basses et facilement inondables et submersi-
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bles, parce que leur niveau est inférieur à celui de la mer, d'une rivière, ou d'un canal. Le seul remède, dans ce cas, est de relever les eaux par des moyens artificiels. Ces terres basses doivent être munies de canaux de ceinture et d'intérieur, qui font affluer les eaux sur un même point, où des machines élévatoires les enlèvent et les déversent dans un canal supérieur qui les conduit à la mer ou au cours d'eau le plus rapproché.
C'est ainsi que sont desséchées et assainies les terres basses de la Hollande, les moères de la Flandre, les polders de la Normandie, le marais d'Orx près Rayonne, les étangs de la Corse sur le domaine de Casabianda, et bien d'autres terrains bas en Italie, en Algérie et en Grèce (le lac Copaû en Grèce). Les machines qu'on emploie le plus communément sont les pompes rotatives ou la vis d'Archimède actionnées tantôt par le vent, tantôt par la vapeur, tantôt enfin par une force hydraulique. Le moteur à préférer dépend de la situation et de la quantité d'eau à épuiser. On se sert de la vapeur en Hollande, du vent dans les moères, de la force hydraulique à Orx et en Corse.
L'opération du dessèchement et de l'assainissement est plus simple et moins coûteuse, quand les surfaces humides peuvent écouler leurs eaux naturellement, à la mer ou dans un cours d'eau, ou bien dans un canal situé à un niveau inférieur à celui de la surface à assainir.
C'esï le cas le plus ordinaire pour une foule de vallées qui souffrent d'un excès d'humidité. Le problème à résoudre consiste à faire baisser le plan d'eau à un niveau tel qu'il ne baigne plus les racines des plantes confiées à la terre. Deux méthodes sont en présence; on peut procéder par le drainage avec des tuyaux, ou par des fossés ouverts.
Le drainage est le meilleur procédé, si les eaux à
évacuer ne sont pas très abondantes, si le fond des marais présente assez de solidité et de fixité, et si on n'a pas à craindre Tobstruction des tuyaux par des envasements ou par les racines des végétaux ligneux.
Les fossés, ouverts et creusés à un mètre au moins de profondeur, s'imposent toutes les fois que le drainage ne peut pas s'effectuer dans de bonnes conditions de succès et de durée.
Avant de commencer les travaux, il est essentiel de rechercher avec soin Torigine des eaux qui gâtent le terrain. Si ce sont des sources supérieures qui, par leur suintement dans la vallée, sont la cause principale du marécage, il suffira de les couper, à leur origine, par une tranchée perpendiculaire à leur direction, et d'en conduire les eaux au fond de la vallée par un seul drain ou par un seul canal.
On devra, au contraire, procéder par un réseau complet de drains ou de fossés, si l'humidité résulte d'une nappe occupant toute l'épaisseur du sous-sol.
Des traités spéciaux indiquent les règles à suivre dans l'établissement des drains ou des fossés, la profondeur et l'espacement à observer, conditions très variables suivant l'abondance des eaux et suivant la nature du sol.
Il est incontestable que les fossés ouverts sont moins commodes que les drains; ils gênent les travaux de la culture; ils interdisent l'emploi des machines perfectionnées sur les prairies ainsi assainies. La terre qui s'écroule , les herbes aquatiques qui y poussent vigoureusement nécessitent, dans les fossés, des travaux de curage qu'il faut renouveler tous les ans et qui grèvent les produits du sol enherbé ou cultivé.
Les drains et les fossés débarrassent le sol de Teau qui vient du sous-sol, mais ils ne préservent pas la
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surface des eaux qui peuvent la couvrir par le débordement des rivières à Tépoque des grandes crues.
Le seul moyen de se défendre contre un tel accident, c'est d'élever des digues, assez hautes et assez résistantes pour que les eaux grossies de la rivière n'envahissent jamais les cultures de la vallée.
Les inondations des terres cultivées par les rivières sont ruineuses dans certains cas, et bienfaisantes dans d'autres cas.
Les eaux troubles qui viennent déposer leur limon, et colmater, en hiver, des prairies comme celles de la Saône, ou des terres nues, sans les raviner et sans les charger de sable, produisent un grand bien, en fertilisant les surfaces envahies. On sait que c'est à une submersion de cette nature que la vallée du Nil doit sa prodigieuse fécondité.
Dans d'autres cas, la submersion est désastreuse pour l'exploitant. L'inondation, au moment de la germination, asphyxie et fait pourrir l'embryon de la graine. Les semis de blé et des autres céréales sont à recommencer, si la saison le permet. La submersion, en hiver , sur les céréales en herbe, est moins dangereuse. La plante, engourdie par une basse température, supporte lo à i5 jours de submersion sans périr.
Quand le froment, le maïs, la prairie sont en pleine végétation, au printemps ou en été, l'inondation, par des eaux troubles, exerce une action funeste sur toutes les plantes. Elles sont comme asphyxiées par la vase, dont elles sont incrustées, et elles languissent et meurent après une submersion de 3 à 5 jours. On n'a rien de mieux à faire que de les enlever et de les remplacer par d'autres cultures, si cela est possible. La prairie, inondée en été, donne un foin poudreux, malsain et dangereux pour les animaux qui s'en nourrissent.
Les terres moyennement humides, par Teffet d'un sous-sol argileux et imperméable, peuvent quelquefois être assainies autrement et plus simplement que par le drainage ou des fossés ouverts, procédés trop coûteux (3oo, 400 et 5 00 fr. par hectare) pour les régions où la valeur du sol est faible.
Dans ce cas, on opère plus économiquement l'assainissement du sol, par de simples procédés de culture.
On a recours aux labours profonds, aux billons et aux planches très bombées. Une terre humide cessera de Tétre si, par de profonds labours, on parvient à doubler répaisseur du sol. Les eaux pluviales se répandant sur une couche meuble et profonde, donneront seulement de la fraîcheur à un sol qui, avant son approfondissement, eût été noyé et gorgé d'eau avec la même pluie.
Seulement, le défoncement du sol n'est pas sans dangers ni sans difficultés. Avant d'attaquer le sous-sol avec le soc de la charrue, on doit s'assurer qu'il n'est pas de mauvaise nature, qu'il n'est pas encombré de pierres et de rochers, que son mélange avec le sol ne nuira pas aux propriétés physiques de ce dernier. On sait, par expérience, que la terre neuve, ramenée à la surface, a besoin de s'oxyder et de subir l'action des agents atmosphériques pour ne pas être défavorable aux plantes. Le froment et les autres céréales végètent mal sur la terre neuve. La pomme de terre et la betterave n'en souffrent pas autant. Dans tous les cas, le défoncement devra s'opérer successivement ; on ne prendra, à chaque labour, que 2 ou 3 centimètres de terre neuve , et on en corrigera le mauvais effet par d'abondantes fumures. Il ne faut pas défoncer le sol , si on n'est pas en mesure de faire à la terre une forte avance d'engrais.
Les terres humides dont on ne peut augmenter l'épaisseur, sont mises en billons bombés de 2, 4 ou 5 raies.
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Les céréales ainsi disposées s'assainissent naturellement pendant la saison pluvieuse. Les eaux descendent, de la partie bombée dans le bas du billon, où une raie ouverte les conduit, au bout du champ, dans des chaintres ou des fossés d'où elles s'échappent au dehors en suivant les pentes naturelles de la localité.
Dans la Bresse, on exige un assainissement plus énergique que celui des billons. On dispose les champs en planches de 20 à3o mètres de largeur. La différence de niveau entre la partie haute de la planche et sa partie basse atteint parfois i mètre et même i'",5o. C'est ce qu'on appelle des chaintres. On se sert du tombereau et de la pelle à cheval pour établir ces planches fortement bombées, reconnues indispensables pour l'assainissement du sol et la bonne venue des cultures. Les terres humides favorisent le déchaussement des plantes par la gelée d'hiver. L'eau qu'elles renferment, augmente de volume par la congélation, et fait subir à la terre un déplacement qui déchire les racines.
L'humidité excessive du sol provoque le développement des plantes adventives aquatiques au détriment des cultures. Les blés humides sont envahis par la renoncule des champs {Ranunculus arvensis)^ le petit jonc (Juncus bufonius)^ la prêle des champs {Equisetum arvensé)^ Tagrostis stolonifère {Agrostis stolonifera)^ la renouée des oiseaux {Polygonum aviculare)^ la persicaire. Je ne cite que les plus mauvaiseset les plus communes. Les céréales, en sol humide, sont difficilement hersées au printemps. L'état du sol ne permet pas cette opération si utile pour détruire les herbes adventices , favoriser le tallement, et couvrir l'engrais chimique et la graine fourragère qu'on a souvent intérêt à confier au sol emblavé de froment d'hiver.
Sur les terres nues ou en jachère, les places mouillées
se distinguent à leur couleur terne, qui tranche sur la nuance plus claire des parties sèches.
Sur les prairies, les pâturages et les lieux incultes, rhumidité du sol se dénote par une végétation aquatique dont les principales espèces sont les suivantes :
Agrostis : Agrostis vulgaris, alba , stolo-
nifera, rubra.
Roseau Arundo phragmites.
Le phalaris roseau Baldingera co/or<jfa (lieux submergés).
La manne de Pologne Glyceria fluitans ( lieux submergés).
Leersie à fleurs de riz Leersia ori:(OÏdes (lieux submergés ).
Trèfle étalé Trifolium patens ( lieux submergés).
Plusieurs laiches Carex riparia, acuta, cœspi-
tosa.
Popula/o-e Caltha palustris.
Renoncules Ranunculus acris, repens.
Cardamine Cardamine pratensis.
Pédiculaire Pedicularis palustris.
Linaigrette. .'. . . Eriophorum angustifolium.
Trèfle d'eau Menyantha trifoliata,
Parnassie Parnassia palustris.
Salicaire Lithrum salicaria.
Berle Sium latifolium.
Valériane dioïque Valeriana diotca.
Le chardon, potager Circium oleraceum.
Menthes Mentha aquatica, pulegium ^
rotundifolia.
Véronique Veronica beccabunga, anagal-
lis, scutellata.
Prêle Equisetum palustre , limosum.
Joncs divers Juncus glaucus , acutiflorus ,
obtusijlorus j conglomeratus.
Orchis des marais Orchis palustris.
Mousses Polytrichum, sphagnum.
Les saules, les peupliers, les aulnes dans la zone tempérée, le tamarin sur les terres voisines de la mer, le laurier rose en Algérie, témoignent, par leur vigueur et leur développement, de Thumidité du sol et du soussol.
Les surfaces humides, non garnies d'arbres, sont toujours peu productives. On en tire des herbes grossières et peu nutritives. Elles sont quelquefois tellement mauvaises, tellement remplies de joncs, de pédiculaires, de lînaigrette, de laiches et de roseaux qu'on les utilise seulement pour la litière des animaux.
Cependant ces terrains contiennent une forte dose de fertilité accumulée et due au repos du sol et aux débris organiques que les plantes aquatiques y ont abandonnés. Ils contiennent de fortes quantités d'azote et de potasse. Le phosphate fossile, employé à la dose de 5 00 à 1,000 k. par hectare, les enrichit d'acide phosphorique et de chaux. Ainsi complétées dans leur composition chimique, et bien assainies par le drainage ou tout autre procédé, les terres humides sont aptes à produire de magnifiques récoltes de betteraves, de carottes, de choux et de pommes de terre. Après ces cultures nettoyantes et épuisantes, les céréales et les prairies artificielles, qui ne seraient pas bien venues immédiatement sur le défrichement, s'y cultiveront également avec succès. Parmi les céréales, l'avoine peut très bien réussir en première culture, sur défrichement, pourvu toutefois qu'elle ne verse pas par suite de l'azote en excès dans le sol défriché.
En Algérie, les Juifs, grands marchands de bestiaux et très habiles dans ce genre de commerce, conservent précieusement des prés marécageux et humides pendant toute l'année; sur ces surfaces, il y a de Therbe au cœur de Tété, quand les plantes des champs et des autres pâ-
turages sont desséchées et brûlées par le soleil. Cest alors qu'on peut acheter à vil prix des animaux que des exploitants ou des pasteurs arabes sont obligés de vendre, parce qu'ils n'ont plus rien pour les nourrir.
Les juifs les mettent dans les prés marécageux, qui les nourrissent mal, mais qui les empêchent de mourir de faim. Dès que les pâturages repoussent sous l'action bienfaisante des pluies d'automne, les animaux reprennent de la valeur, et ceux qui ont été conservés dans les prés bas et humides sont revendus avec de beaux bénéfices pour le marchand.
Sous le climat chaud de TAlgérie, les prés marécageux sont généralement malsains; ils occasionnent souvent des maladies mortelles aux gardiens des troupeaux. Des spéculateurs plus humains et plus scrupuleux renonceraient à un commerce qui, pour donner de gros bénéfices, met en danger la vie des hommes préposés à la garde des animaux.
Irrigations,
Les irrigations, très avantageuses dans certains cas, causent, dans d'autres cas, d'amères déceptions , en ne donnant pas des résultats en rapport avec les dépenses dont elles ont été Tobjet.
On compte nombre d'entreprises d'irrigations, pour lesquelles il a été dépensé en barrages, ponts et ponceaux, canaux de dérivation, et en frais d'administration, des sommes tellement considérables, qu'il est impossible de servir le moindre dividende aux actionnaires de ces compagnies, bien qu'on vende à un prix très élevé l'eau d'arrosage aux exploitants.
Les irrigations les plus avantageuses sont celles qu'on effectue avec de bonnes eaux obtenues gratuitement.
Il est rare que, dans une ferme, on ne puisse pas disposer d'un peu de bonne eau pour Tarrosage d'une prairie, d'une luzernière, ou de toute autre culture dans le Midi. Les eaux ne sont Jamais de mauvaise qualité si ce sont des eaux pluviales qui viennent d'une cour de ferme, d'une route, des rues d'un village, des égoûts des villes et des champs en culture. Les eaux de lavage des sucreries, des distilleries et des féculeries ont aussi des vertus fécondantes par les sels et les substances azotées dont elles sont chargées.
Les eaux de fontaines et de rivières ont des qualités variables, suivant les terrains qu'elles ont parcourus, et suivant leur composition chimique.
Les eaux troubles déposent des limons qui sont généralement doués d'une grande fertilité. De telles eaux conviennent pour des limonages, des colmatages, et des arrosages par infiltration. On ne peut pas les appliquer directement sur les plantes, elles les saliraient et les rendraient impropres à l'alimentation.
Les légumes et les cultures, arrosés par les eaux troubles, sont mis en petits billons ; l'eau, dirigée dans la rigole qui est au bas du billon, atteint les racines sans toucher la plante située sur le haut du billon. C'est de l'arrosage par filtration ou par imbibition.
On arrose ainsi les maïs, les haricots, les jasmins de Provence, et beaucoup d'autres plantes.
Les arrosages en terre meuble, non engazonnée, sont exclus des surfaces fortement inclinées où le ravinement du sol se produirait infailliblement.
L'arrosage par infiltration se fait par des rigoles à faible pente, qui se garnissent d*eau à peu près également sur toute leur longueur. Sinon on est obligé de les remplir, par fractions, à l'aide de petits barrages en terre ou en gazon. Il faut aussi avoir égard au degré
de perméabilité du sol. L'eau se perd promptement, et refuse de couler dans les rigoles, si le terrain la boit comme un filtre. Cette difficulté se manifeste sur les terrains sablonneux, graveleux et caillouteux. On est forcé, dans ce cas, de faire des conduites étanches en maçonnerie hydraulique. Elles portent Teau, sans déperdition, au pied de chaque arbreà arroser. Ce genre d'arrosage est souvent appliqué dans les orangeries du Midi.
Pour la prairie, les règles et les procédés d'arrosage à observer sont variables suivant le climat, la quantité d'eau dont on dispose, l'inclinaison des surfaces et le degré de perméabilité du terrain.
Dans les Vosges et le plateau central, c'est en hiver que les irrigations ont le plus d'importance et produiront le meilleur effet. Elles sont fécondantes, et dispensent généralement de fumer la prairie d'une autre façon. Le Midi agit tout autrement; on estime peu les arrosages d'hiver, on préfère, en cette saison, fumer copieusement le pré et le soumettre à l'arrosage pendant les mois les plus chauds et les plus secs. Grâce au fumier, à la chaleur et à la lumière du climat, les plantes bien humectées par deux arrosages par semaine produisent facilement trois coupes et un regain, atteignant ensemble un rendement total de 12 à i5,ooo kilog. de foin sec par hectare; c'est une récolte triple de celle qu'on obtient, dans les Vosges et le Cantal, sur des prés rarement fumés , et fertilisés seulement par les eaux d'arrosage.
En Provence, la quantité d'eau employée par hectare est d'un litre par seconde, pendant les six mois d'arrosage, c'est-à-dire du i®"^ avril au 3o septembre. Un litre par seconde pendant 6 mois, ou i83 jours, représente un débit total de 1 5, 81 1,200 litres d'eau ou bien une tranche d'eau ayant i™,58i d'épaisseur.
On donne généralement à la prairie un arrosage par semaine. Il y a par conséquent 23 arrosages en six mois, donnant, à chaque arrosage, une couche d'eau de de o"\o677 d'épaisseur.
La luzerne s'arrose avec la même quantité d'eau à chaque arrosage, seulement on laisse entre deux arrosages un intervalle de 1 2 jours.
L'eau employée pour la prairie servirait à l'arrosage d'un hectare 1/2 de luzerne.
Il est des circonstances qui permettent aux compagnies d'arrosage d'accorder aux arrosants plus d'un litre par seconde et par hectare. D'autres fois elles restreignent un peu cette quantité. Dans les Vosges, on donne à la prairie d'immenses quantités d'eau, non pas en vue de l'humecter, mais pour la féconder et maintenir son rendement en foin.
D'après des jaugeages exécutés sous la direction de M. Hervé Mangon, une prairie de Saint- Dié (Vosges)^ a reçu, dans le cours de l'année, 1,548,661 mètres cubes d'eau; c'est un arrosage à raison de 68 litres 1/2 par seconde et par hectare. Une autre prairie des Vosges à absorbé, par hectare, 4,488,722 mètres cubes, ce qui équivaut à 217 litres par seconde et par hectare. Cette même quantité servirait, dans le Midi, à l'arrosage de 217 hectares.
De telles quantités d'eau perdraient la prairie, et la transformeraient en marécage, si les eaux^ étaient de mauvaise nature, et si on n'avait pas affaire à un sol très perméable. Les vallées des Vosges, notamment celle de la Moselle, sont formées d'alluvions caillouteuses et graveleuses, 011 les eaux s'infiltrent avec une extrême facilité. Un sol très filtrant, des surfaces suffisamment inclinées, une répartition d'eau très soignée, des rigoles d'assainissement convenablement distribuées et entre-
tenues préservent la prairie des mauvais effets de la stagnation des eaux. L'herbe ne souffre pas d'une bonne eau toujours en mouvement et constamment renouvelée. La plupart des prairies des Vosges donnent un foin de bonne qualité, plus convenable pour des bétes d'élevage et des vaches laitières que pour des animaux d'engraissement. Cependant, il y a des arrosants qui font abus de Peau, irriguent pour ainsi dire sans interruption, et sans prendre grand soin de l'assainissement de la prairie. Dans ce cas, les laiches, les joncs et les mauvaises plantes aquatiques, prennent la place des espèces fourragères. Ces exploitants négligents combattent ensuite le mal résultant de l'abus des eaux, en répandant dans les prés des engrais phosphatés, notamment des cendres lessivées. Dans l'Auvergne et le Limousin, on agit avec plus de modération; il est vrai que les eaux sont moins abondantes que dans les Vosges où les rivières coulent à pleins bords en toute saison.
Les gens de l'Auvergne et du Limousin, savent parfaitement utiliser, pour l'arrosage des prairies, les petites sources si fréquentes dans les régions des terrains primitifs.
Les eaux qui proviennent des granités, des gneiss, des basaltes, en un mot, des roches ignées, contiennent de la potasse et de l'acide phosphorique ; elles favorisent la pousse de bonnes espèces fourragères. On a donc grandement raison de bien utiliser toutes ces eaux, lors même qu'il s'agirait d'une petite source d'un débit fort réduit. Une petite source, abandonnée à elle-même au milieu d'une prairie, gâtera, par son suintement permanent, une grande étendue d'herbe; les places qu'elle mouillera ne donneront que des joncs, des laiches, des pédiculaires, du chardon anglais, etc.
Qu'on réunisse, au contraire, l'eau de cette même
AGRICULTURE GÉNÉRALE. 4o3
source, dans un réservoir étanche; on y recueillera, au bout d'un ou deux jours, 20 ou 3o mètres cubes d'eau qu'on répartira facilement sur la prairie, à Taide d'une bonde donnant à cette eau issue sur une rigole de distribution.
Les Limousins sont passés maîtres dans Tart de capter les sources, et d'établir économiquement des réservoirs dont la digue se fait avec de l'argile bien battue, sans qu'il soit besoin de recourir à des maçonneries hydrauliques. Ces réservoirs, connus dans le pays sous le nom de pêcheries, s'établissent généralement à mi-côte , sur des surfaces en pente, partout où se révèle une source intarissable et bien disposée pour l'arrosage des terrains inférieurs.
La digue, la bonde, et toutes les parois de la pêcherie doivent être aussi étanches que possible. Le travail serait à recommencer, si les fuites de la pêcherie égalaient ou dépassaient le débit de la source.
Un trop-plein est nécessaire, pour que jamais l'eau du réservoir ne passe au-dessus de la digue de retenue. Il faut avoir soin de vider régulièrement la pêcherie, et ne pas souffrir que le trop-plein fonctionne, sur la surface enherbée, à la manière d'une source abandonnée. Le trop-plein gâterait les parties arrosées par un suintement permanent.
On évite cet inconvénient par l'emploi d'une bonde automatique, qui se lève à l'aide d'un mécanisme mis en mouvement par l'eau sortant du trop-plein. On peut augmenter la vertu fertilisante des eaux des pêcheries, en y mélangeant du purin ou du fumier bien décomposé. L'eau de chaux peut servir aussi à désacidifier des eaux acides et nuisibles aux bonnes plantes. Dans les montagnes comme celles des Vosges et du plateau central, des Alpes et des Pyrénées, les surfaces
en pente, autrement dit les coteaux, s'arrosent parfaitement avec des rigoles de niveau, et produisent des plantes de bonne nature. Le foin des coteaux est meilleur que celui des vallées; il renferme plus de légumineuses, et n'est pas déprécié par des laiches et des joncs. Sur les pentes, les eaux circulent rapidement et ne sont stagnantes sur aucun point. Il n'en est pas ainsi sur les surfaces peu inclinées des vallées ; en beaucoup d'endroits , les eaux s'écoulent trop lentement, et si l'assainissement est négligé par l'absence ou le mauvais état des fossés d'évacuation, la prairie est envahie par les plantes aquatiques. On remédie à ce grave inconvénient par rétablissement de planches très bombées, dont les pentes artificielles activent le mouvement des eaux et favorisent l'assainissement du sol (i).
En France, les prairies les plus mauvaises et les moins productives se trouvent dans les vallées. Ce sont les eaux stagnantes, les négligences concernant l'assainissement du sol, les retenues des moulins à eau, qui stérilisent ainsi des étendues considérables de terrains en terre d'alluvions de première qualité. Que de vallées, qui ne produisent que des joncs et des laiches, seraient converties en prairies excellentes, si on se donnait la peine, par des travaux faciles à exécuter, de faire baisser d'un mètre le plan d'eau dont la présence à la surface du sol, maintient ce dernier à l'état de marécage! Le soi moyennement perméable, silicéo-argileux avec une dose suffisante de calcaire, est le plus favorable à la création, à la fertilisation et à l'arrosage de la prairie naturelle. Les terres argileuses sont d'un traitement beaucoup plus difficile en ce qui concerne les irrigations ; j'en-
(i) Pour la disposition de ces planches, voir page 537. Herbages et prairies naturelles
AGRICULTURE GENERALE. 4o5
tends parler de celles qui s'étendent dans les vallées. On éprouve une peine infinie à y conserver les bonnes espèces fourragères. Mouillées par le débordement des rivières, ou par des arrosages artificiels, elles s'égouttent avec trop de lenteur ; en hiver, elles sont constamment humides. Ce sont des conditions qui favorisent le développement des mauvaises plantes au détriment de la bonne herbe.
Des prairies dans une telle situation ne sont jamais trop complètement et trop profondément assainies. Il faut y établir un réseau complet de rigoles de pente, aussi inclinées que possible. Les rigoles creusées de 6^^5o à o^jôo, sont préférables à des drains en tuyaux, elles évacuent les eaux plus promptement et plus énergiquement.
Les prairies argileuses ainsi assainies ne tardent pas à être débarrassées des mauvaises plantes, si on y met d'abord 5oo à i,ooo k. de phosphate fossile par hectare, et de temps en temps de bonnes doses de fumier décomposé, appliqué en hiver et mieux à la fin de l'automne.
On peut se dispenser de fumures, si on dispose de bonnes eaux pour l'arrosage de la prairie argileuse. Dans ce cas, il faut irriguer modérément, et par intervalles assez espacés pendant la saison froide. Les eaux des rivières, après les semailles d'automne, sont enrichies des engrais solubles appliqués aux cultures des terres hautes. Ces premières eaux font un bon effet sur les prairies; il n'en est pas de meilleures parmi les eaux courantes. Ily a tout avantage à les déverser sur la prairie argileuse pourvue d'un bon réseau d'assainissement. Les rigoles d'assainissement fonctionnent parfaitement comme une rigole d'arrosage, si on a soin de les barrer, de distance en distance, avec des vannettes en tôle mu-
4o6 AGRICULTURE GENERALE.
nies d'une poignée, et tranchantes sur les trois bords en contact avec le sol. L'eau venant frapper avec vitesse la vannette, se répand, de chaque côté, sur les surfaces enherbées. En changeant de place les vannettes, on parvient à arroser régulièrement toutes les surfaces, si les rigoles d'assainissement sont suffisamment rapprochées et régulièrement distribuées. Quand la prairie a été complètement arrosée, on enlève toutes les vannettes ; immédiatement Teau abandonne la surface, et les rigoles d'assainissement continuant à fonctionner, le terrain ne tarde pas à se ressuyer et à offrir aux bonnes plantes le milieu frais et fertile qui assure leur bonne venue.
Cette méthode, qui consiste à combiner l'arrosage avec l'assèchement de la prairie, a produit d'excellents résultats sur des prairies argileuses et tourbeuses du département de l'Ain. Je m'en suis très bien trouvé en l'appliquant à une mauvaise prairie du Perche, en terre forte et imperméable. En peu de temps, des récoltes abondantes de bon foin ont remplacé une détestable production de Joncs, de laiches, de linaigrettes, de pédiculaires et de chardons anglais.
L'assainissement, combiné avec l'arrosage par les eaux d'un cours d'eau, et l'emploi répété du phosphate fossile, ont opéré, en peu de temps, cette heureuse transformation (i).
En montagnes, l'arrosage se fait par déversement, ou par reprise d'eau. Les rigoles sont horizontales, peu profondes (o^'jOS à 0^,04) ; l'eau descend d'une rigole dans la rigole immédiatement inférieure, et ainsi de suite. L'eau, qui passe ainsi d'une rigole dans une autre, de-
(i) Voir pour ce mode d'arrosage, page 634, Herbages et prairies naturelles.
vient de moinç en moins fécondante. Il faut, à Faide d'un canal de distribution, faire arriver de Peau neuve dans chacune des rigoles; c'est le moyen d'uniformiser la production de l'herbe. Les abords de la rigole donnent rherbe la plus forte et la plus développée. Les Vosgiens corrigent cette irrégularité en déplaçant de temps en temps les rigoles de déversement ; les gazons des nouvelles rigoles sont replaqués à la place des anciennes.
L'arrosage par submersion s'applique aux prairies perméables, disposées en surfaces horizontales entourées de bourrelets. On le pratique, en hiver, avec des eaux troubles, en vue de fertiliser et de colmater la prairie.
Le même système d'arrosage est employé pour la submersion des vignes phylloxérées. On dispose les surfaces de la même façon, on en fait des tables horizontales, entourées de bourrelets, et on y maintient l'eau sur une épaisseur de 0^,40 à o'",5o pendant 5o ou 60 jours, durée nécessaire pour tuer l'ennemi de la vigne.
Les maraîchers pratiquent un mode d'arrosage qui ne rentre dans aucun des systèmes précédents, ils distribuent l'eau aux plantes sous forme de pluie, c'est ce qu'ils appellent un bassinage destiné à mouiller à la fois les plantes et le sol. On ne peut agir qu'avec des eaux claires. Si elles étaient troubles, les plantes en souffriraient ; elles seraient salies et invendables.
Résumons les différents modes d'arrosage :
Avec les eaux troubles, on pratique :
I** L'arrosage des légumes et des cultures par imbibition ;
2** Le colmatage des prés et des terres nues en hiver, et la submersion des vignes.
Avec les eaux claires, on pratique :
4o8 AGRICULTURE GÉNÉRALE.
3* Les irrigations par déversement ou par reprise d'eau sur les prairies en coteaux ;
4* Les irrigations par planches bombées, ou par ados, en vallées ;
5® Les arrosages sous forme de pluie, dits bassinages, sur les légumes;
6^ La submersion des vignes, qu'on fait aussi avec des eaux troubles.
Quel que soit le mode d'arrosage employé, la bonne répartition de Teau exige une surveillance de tous les instants. L'eau fera plus de mal que de bien, si un homme intelligent et attentionné n'est pas chargé de tous les détails de l'opération. On doit faire grande attention à l'état de la végétation de la prairie. On en retirera l'eau dès qu'on s'apercevra que les plantes jaunissent et commencent à souffrir par un excès d'humidité. Autrement les bonnes espèces périraient et seraient remplacées par des joncs. La répartition vicieuse de l'eau se manifeste par une production d'herbe irrégulière. Le défaut de régularité s'accentue davantage quand on emploie des eaux très fécondantes. S'agit-il des eaux de féculerie déversées sur une prairie, l'herbe sera exubérante et couchée sous la rigole où l'eau aura coulé trop longtemps, tandis que la végétation sera rabougrie et médiocre aux places privées d'arrosage. Avec plus d'attention, l'herbe eût été abondante et régulière sur toute la surface de la prairie. Dans les Vosges et le plateau central, on a reconnu que les arrosages produisent, en hiver, un meilleur effet qu'en été. L'eau chaude passe pour favoriser la pousse des joncs qui sont les plus grands ennemis de la prairie.
Suivant M. Vidalin, qui était bien au courant des meilleures pratiques du Limousin, la prairie ne doit être arrosée que pendant 20 jours, dans chacun des mois de
novembre, décembre, janvier et février, et seulement pendant 10 jours, dans chacun des mois de mars, avril et mai. Si le sol est imperméable et lent à se ressuyer, on doit encore modérer davantage les arrosages du printemps. En terre perméable, les arrosages d'hiver se répartissent sur 80 jours, et ceux du printemps sur 3o jours.
Après la première coupe, on arrose la prairie 10 jours en juillet, et 10 jours en août. On arrive ainsi à un total de i3o jours d'arrosage pour 9 mois de Tannée. On n'arrose pas en juin, septembre et octobre, mois qui correspondent à la récolte de la première coupe et du regain.
Au reste il est difficile de tracer des règles invariables à ce sujet. Ce qu'il faut soigneusement éviter, c'est de favoriser la pousse des espèces aquatiques par de trop fréquents arrosages, en été, avec de l'eau chaude.
L'hiver, la végétation sommeille et se repose, l'irrigation a pour but principal d'enrichir le sol de l'azote et des sels dissous dans l'eau. M. Mangon a reconnu que, dans les Vosges , les eaux d'arrosage abandonnaient au sol, 25o kilog. d'azote, quand les récoltes n'en enlevaient que 102 kilog. La fertilité de là prairie se trouvait ainsi augmentée, sans aucune addition d'engrais de ferme. Il a remarqué, en outre, que l'eau dont la température est au-dessous de 7®, abandonne très difficilement son azote à la prairie.
Dans le Midi, l'eau d'arrosage n'apporte à la prairie que 23 kilog. d'azote. Pour avoir une forte récolte de foin, on y répand une fumure qui dose 1 2 1 kilog. d'azote. Cette quantité, ajoutée aux 23 kilogr. qui proviennent de l'eau, permet d'atteindre un rendement en foin très élevé et contenant plus d'azote qu'on en apporte par l'eau et par la fumure.
Ces observations, obtenues par l'analyse chimique, justifient les pratiques si différentes sous le climat des Vosges et sous celui de la Provence. D'un côté, la prairie se fume par les eaux d'arrosage, en hiver, et de l'autre, c'est par des engrais qu'on porte la prairie à un très haut degré de fertilité. D'après ce qui a été exposé précédemment, on sait que les prés du Midi, fumés et arrosés, produisent trois fois plus de foin que ceux des Vosges.
En hiver, la prairie arrosée, dans la région du nord ou sur les hautes montagnes, est sujette à souffrir quand, au moment de son arrosage, elle est surprise par de très fortes gelées.
J'ai vu, dans les Vosges, des prairies dépouillées de toute végétation pour avoir été arrosées quand le thermomètre marquait i5 à 20 degrés au-dessous de zéro. Les places dénudées par la gelée mettent du temps à reprendre une végétation pareille à celle qui a disparu. Il en résulte un dommage sérieux pour Texloitant.
On évitera cet accident, en retirant l'eau des prés, quand le temps se met à la gelée. Les surfaces bien ressuyées n'ont rien à craindre des froids extrêmes.
Quand on est surpris par h. gelée, et qu'on voit la glace couvrir la surface du pré arrosé, le mieux est de continuer l'arrosage si Teau de la rivière reste limpide et en état de couler régulièrement sous la glace. Tant que le tout n'est pas congelé, on est sur que l'herbe n'aura rien à craindre du froid extérieur ; elle en sera protégée par la glace qui la recouvre, et par l'eau dont elle est constamment humectée.
En été, l'irrigateur vigilant sait qu'il a à craindre et à combattre les joncs; en hiver, ce sont les froids extrêmes contre lesquels il doit se garer.
L'eau d'arrosage a d'autant plus de valeur que le climat est plus chaud et plus sec. Un pré non arrosé, en Provence, ne rapportera presque rien : fumé et bien pourvu d'eau, on en retirera trois coupes de foin et un regain, représentant 12,000 à i5,ooo kilogr. de foin. Le résultat est le même pour les autres cultures, pour l'oranger, le maïs, les légumes, les fleurs servant à la fabrication des parfums, etc. Ces diverses cultures exigent impérieusement de fréquents arrosages en été. Les Algériens, qui manquent, en été, d'eaux de sources et de rivières, exploitent avec grand avantage les nappes souterraines, qu'on relève mécaniquement à la surface du sol. On en tire grand parti pour arroser les orangers, le maïs, la luzerne, les légumes, les vignes et les autres plantations. Les arrosages d'été sont d'autant plus précieux, que dans ces régions chaudes, les pluies sont très rares à cette époque de l'année.
Ce sont les eaux souterraines, retenues et captées par des barrages, qui permettent de créer, au milieu des sables arides du Sahara, des oasis, si précieuses pour la production des dattes et de divers légumes.
Irrigations par les eaux riches.
Les cultivateurs disposent parfois de liquides riches qu'il serait déplorable de laisser perdre et qu'ils peuvent utiliser par l'irrigation.
Telles sont les eaux des féculeries, des distilleries, et les purins qui s'écoulent des cours de ferme et sillonnent trop souvent les chemins ou les routes.
Eaux des féculeries. — Les liquides provenant du traitement des pommes de terre dans les fécule-
ries, tiennent environ o.25 p. looo d'azote et o,5o p. lOOO de potasse; accumulés en grande masse, ils fermement et dégagent des odeurs infectes.
La meilleure manière de se débarrasser de ces liquides fermentescibles consiste à les faire servir à l'irrigation, ce qui permet en même temps d'utiliser leurs principes fertilisants.
Dans la région de Paris, on distribue les eaux de féculejie sur des terres arables qui portent des maïs fourrages ou des racines fourragères.
Dans les Vosges, où les féculeries s'étagent, à faible distance, sur les petits cours d'eau si nombreux dans cette région montagneuse, chaque établissement domine des prairies naturelles irriguées.
L'abondance de la production herbacée atteste la richesse des eaux d'irrigation dont il est indispensable de bien surveiller la répartition pour éviter de grandes inégalités dans la récolte. Les herbes deviennent facilement grossières, et la Grande Berce {Heracleum sphondylium) prend souvent un développement excessif, en se substituant aux autres espèces végétales.
Liquides des distilleries. — Les vinasses que l'on obtient dans les distilleries sont tantôt traitées pour la production d'un engrais concentré, tantôt évacuées sur des terrains qu'elles fertilisent.
Ces eaux sont, en général, riches enpotasse.
Les cultures fourragères, telles que le maïs et les betteraves, sont celles qui utilisent le mieux ces déchets industriels.
Des purins, — Nous n'entendons pas parler ici des urines des animaux qu'on doit toujours recueillir dans des fosses étanches, et qui constituent un engrais puissant dont l'emploi et l'action sont étudiés ailleurs. Nous n'avons en vue que les liquides plus ou
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moins colorés provenant du lavage des cours de ferme par les eaux pluviales, du lessivage des fumiers mal situés.
Ces liquides sont trop souvent négligés, ils s'écoulent en pure perte sur les voies publiques ou dans' les cours d'eau. Us représentent cependant une quantité importante de matières fertilisantes. Ils ont dépouillé les excréments des animaux épars dans la cour, les fumiers en tas, des éléments solubles qu'ils renfermaient. On doit donc les recueillir et les utiliser avec soin.
Il est bien évident qu'il serait préférable d'éviter leur formation, en abandonnant cette pratique vicieuse qui consiste à épandre des pailles ou même des fumiers extraits des étables, dans les cours, et en établissant, dans chaque domaine, une plate-forme ou une fosse à fumier bien construites.
Mais on rencontrera longtemps encore des fermes encombrées de matières diverses, et il n'est pas permis de prévoir le moment où les fumiers seront bien soignés.
Il faut, dans cet état de choses, récupérer au moins en partie, les substances dont on s'est laissé dépouiller.
On peut, à cet effet, recueillir les liquides colorés, dans un réservoir, et les transporter ensuite sur les champs ou les prés, à l'aide de tonneaux.
Mais ce procédé, qui exige du soin et de la diligence ' au moment des grandes pluies où les réservoirs deviennent insuffisants, est rarement appliqué.
Les circonstances heureuses dans lesquelles on utilise bien les purins, sont celles que réalisent les fermes cons truites au sommet ou à mi-côte des collines granitiques du plateau central.
Là, les eaux enrichies par leur passage dans la ferme sont envoyées dans des rigoles à niveau , et elles descendent ainsi peu à peu vers la vallée après avoir déposé
dans les prairies les principes utiles qu'elles avaient recueillis.
Ce système est applicable sur tous les terrains en pente.