LES FUMIERS
Avant d'acheter des engrais commerciaux, il faut d'abord utiliser ceux qu'on peut produire économiquement dans la ferme. Le fumier, composé de tous les éléments des plantes, restera toujours la base essentielle de la fertilisation du sol. C'est l'engrais le plus complet, le plus ^durable et le plus apte à améliorer les qualités physiques du sol. D'après la composition énoncée précédemment, on sait qu'il contient, en bonne proportion, Tazote, l'acide phosphorique , la potasse et la chaux. On lui reproche quelquefois la lenteur de sa décomposition, on y obvie par une bonne préparation, par une fermentation plus prononcée , en le confiant au sol avant Thiver pour les récoltes du printemps, et en enrichissant de chaux les terres non calcaires. Ce dernier élément active la nitrification du fumier et facilite son assimilation par les plantes. L'action du fumier devient encore plus énergique, dès qu'on lui associe des engrais phosphatés et azotés dans la mesure indiquée par l'expérience. Surmondomainedu Perche, 3ooà40okilog. de superphosphate, joints à une fumure de i5,ooo kilog. à l'hectare, mettent le sol en état de produire 3o hectolitres de blé.
Le point essentiel pour le cultivateur, est de savoir dans
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quelles proportions il doît associer le fumier et l'en grais chimique. Il y a dix ans, on se servait, dans le Perche, d'un engrais composé d'un tiers de sulfate d'ammoniaque et de deux tiers de superphosphate dosant 1 2 à 1 5 **/o d'acide phosphorique. Plus tard, le sulfate d'ammoniaque a été réduit au quart, puis au cinquième, puis enfin à zéro.
Beaucoup de praticiens ont reconnu l'inutilité de l'engrais azoté, et la nécessité d'augmenter la dose de l'acide phosphorique. On met, pour le blé, 3oo à 400 kilog. de superphosphate dosant 10 à 12 7o d'acide phosphorique, avec i5,ooo kilog. de fumier. Un expérimentateur s'est bien trouvé d'employer le superphosphate à la forte dose de 1,000 kilog. par hectare. Jamais il n'a obtenu un grain plus beau et plus abondant. La récolte a atteint 32 hect. de grains par hectare, sur un sol de moyenne qualité.
Il n'y a que les terres sablonneuses siliceuses, et les terres calcaires qui dépensent assez rapidement les fumiers, à cause de leur extrême perméabilité, et de la nitrifîcation énergique qui se produit dans le sol calcaire. Mais pour peu que le sol contienne de l'argile et de l'oxyde de fer, la conservation du fumier est assurée, et les pluies qui lavent ou qui traversent le sol, n'en dérobent qu'une très faible partie. En se décomposant dans le sol, le fumier donne naissance à une série de combinaisons stables favorables à la conservation de l'azote et des autres substances fertilisantes. C'est de cette façon, que le sol acquiert cette vieille graisse qui est la base de sa fertilité et de sa productivité. Les terres enrichies ainsi d'ancienne date, donnent de magnifiques récoltesparla simple addition d'un engrais chimique qui vient activer cette réserve d'éléments fertilisants. C'est une folle prétention de vouloir obtenir des récoltes rémunératrices sur
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des terres infertiles, sur des sables siliceux, des calcaires purs, ou tout autre sol épuisé, avec la seule ressource des engrais chimiques. Il faut, dans ce cas, employer à forte dose un engrais complet, d'un prix très élevé, d'une durée limitée à une année, et dont on tire un produit d'une valeur généralement inférieure à la dépense de l'engrais.
Faire venir de magnifiques récoltes sur du sable pur, avec de fortes doses d'acide phosphorique, de potasse, d'azote nitrique ou ammoniacal et de chaux, n'est pas chose difficile sur quelques mètres carrés d'un champ d'expérience. Là, on ne voit que le produit brut, et on se dispense de faire le compte des frais de culture.
La même expérience, tentée en grande culture, exposerait l'exploitant à des pertes plus ou moins importantes.
Ils sont de grands coupables ceux qui prêchent l'agriculture sans fumier ou l'agriculture sans bétail.
La sidération, telle qu'on veut la pratiquer actuellement, est une autre utopie qui ne résistera pas à un examen approfondi et à des expériences consciencieuses et bien faites. Ne sait-on pas que des engrais verts, sur un sol peu fertile, ne produisent jamais le même effet qu'un fumier de ferme dans un état convenable de préparation ?
L'engrais vert n'apporte au sol que de l'azote organique d'une assimilation plus difficile que celui du fumier. C'est sans doute la cause des insuccès qu'on a déjà constatés dans des essais de sidération.
On ne saurait le proclamer trop haut. Pour réussir en agriculture, il faut du fumier ; il en faut beaucoup , et de bonne qualité. C'est une règle qu'ont toujours fidèlement observée les praticiens émérites, ceux qui ont obtenu les plus beaux succès dans leurs exploitations. De fortes fumures avec le fumier de ferme associé à des
engrais chimiques bien choisis, tel est le secret des agriculteurs, dont les récoltes atteignent les plus forts rendements et donnent les plus gros bénéfices.
Le fumier est, on ne saurait trop le répéter, la base essentielle et fondamentale de la fertilisation du sol. Mais il ne rend jamais à ce dernier la totalité des éléments fertilisants enlevés par les récoltes.
On rendrait au terrain la totalité des substances du sol, si on y enfouissait la plante qu'on y a cultivée. C'est un cas assez exceptionnel, c'est la méthode des engrais verts que les modernes désignent sous le nom de sidération. L'engrais vert rend au sol, non seulement toutes ses substances minérales , mais encore celles empruntées à l'atmosphère, notamment de l'azote ; seulement il n'est pas démontré que les éléments fertilisants engagés dans l'engrais soient aussi assimilables que ces mêmes éléments puisés dans le sol par la plante qui donne l'engrais vert. Dans tous les cas, Tengrais vert non animalisé, se décompose et s'assimile moins bien que le fumier. Généralement, les produits de la plante cultivée sont portés à la ferme; on ne laisse dans le champ que les racines et quelques autres débris. Là les produits sont tantôt vendus en totalité ou en partie, tantôt ils sont consommés par les animaux.
Par la vente, disparaissent Tazote, l'acide phosphorique, la potasse et la chaux, contenus dans ces mêmes produits et issus certainement du terrain, en ce qui concerne les trois dernières substances.
Pour les produits consommés par les animaux, voyons comment se passent les choses, et quelle route vont suivre l'azote, l'acide phosphorique et la potasse.
L'azote des produits consommés, c'est-à-dire des aliments, se divise en deux parties : l'une, la moins importante, demeure dans l'organisme de l'animaU l'autre par-
tie, la plus considérable, se retrouve dans les déjections liquides et solides. Les urines ea prennent beaucoup plus que les déjections solides. Ce fait est d'une grande importance; il nous apprend que Tazote, la substance la plus précieuse et la plus chère, se concentre principalement dans Purine des animaux. Nous avons donc grand intérêt à recueillir la totalité des urines, et à les traiter de façon à ce qu'elles ne perdent pas les substances azotées qui entrent dans leur composition.
Quant à Tazote utilisé par l'animal, il ne s'en perd rien, étant admis que la respiration n'en dépense aucune partie. Les animaux n'absorbent qu'une faible fraction de la potasse contenue dans les aliments. Cette substance, douée d'une forte solubilité, passe en grande quantité dans les urines; nouveau motif de recueillir avec soin ce précieux liquide.
L'acide phosphorique n'est jamais abondant dans les urines, celui des aliments sert partiellement à la confection des os et des autres parties de l'animal, et ce qui reste, se retrouve dans les déjections solides ainsi qu'une quantité importante de chaux et de magnésie provenant des aliments.
Pour le même animal, l'urine varie en quantité et en nature, suivant le mode d'alimentation.
Une vache normande de 55o kilog., consommant 12 kilog. de luzerne sèche, et 3o kilog. d'eau, et mise en expérience par MM. Mtintz et Girard, a donné, par jour, en moyenne :
Déjections
Bolidea. liquides. Total.
kil. kil. kil.
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Les déjections solides, analysées par ces auteurs (voir Les Engrais^ t. I), contenaient :
Eau 79-70 96
Azote 0.34 —
Acide phosphorique 0.16 —
Potasse 2.23 —
Les urines contenaient pour 100 :
Azote i ,540
Acide phosphorique 0.006
Potasse 1 .699
D'après M. Boussingault, un cheval consommant, en 12 heures, 7 kilog. 5. de foin, 2 kilog. 27 d'avoine et 16 litres d'eau, produit :
Crottins TJrlne. Total.
kU. kil. kiL
Voici la composition centésimale de ces déjections analysées par M. Boussingault.
Déjections solides. liquides. Mixtes,
concentrées. normales.
Eau 75.30% 79.10% 91.00% 75.40%
Azote 0.55— 2.61— 1.48— 0.74 —
Acide phosphorique. o.3o — 0.00 — 0.00 — 0.17 —
Un mouton, consommant environ i kilog. de foin, donne 2 kilog. 200 de déjections mixtes qui ont la composition centésimale suivante :
Déjections solides. liquides. mixtes
Eau... 57.6096 86.5o ^ 67.10%
Azote 0.72 — i.3i — 0.91 —
Acide phosphorique. 0.44- — o.oi — 0.16 —
Ces diverses analyses démontrent que les urines contiennent une grande partie de Tazote et de la potasse des déjections, et peu d'acide phosphorique. Cette dernière substance se retrouve principalement, avec la chaux, dans les déjections solides.
Dans les fermes, on peut disposer de deux sortes d'engrais liquides. On peut recueillir, dans des réservoirs étanches, les urines prises à la sortie des étables. Elles sont très fertilisantes, comme l'indique leur composition chimique. Elles sont caustiques, et brûleraient les gazons sur lesquels on les répandrait. Répandues sur des terres nues, elles n'auraient aucun inconvénient. Mais si on veut en arroser des prairies, ou des plantes cultivées, il est indispensable de les étendre d'une certaine quantité d'eau. Le meilleur emploi qu'on puisse en faire, c'est de les associer à des eaux d'arrosage réglées de telle sorte que la prairie les absorbe complètement sans qu'il s'en échappe aucune partie au dehors.
Le purin offre une composition chimique très variable ; sa richesse dépend surtout de la disposition du tas de fumier et des soins qu'on apporte dans sa fabrication. Ce liquide comprend les urines des animaux, additionnées des eaux pluviales qui tombent sur le tas de fumier. On y trouve de l'azote, et surtout de la potasse; mais très peu d'acide phosphorique.
Un litre de purin, analysé par Wolfif, contenait :
pr.
Eau 982,0
Azote 1,5
Acide phosphorique o. i
— sulfurique .' 0.7
Potasse 4.9
Chaux 0.3
Magnésie 0.4
Les fumures à Tengrais liquide d'urine ou de purin, enrichissent le sol de potasse et d'azote, mais elles ne lui donnent que des quantités insignifiantes d'acide phosphorique. On complétera ces fumures par du superphosphate de chaux, à la dose de 3 00 à 400 kilog. par hectare, et contenant 12 a i5 % d'acide phosphorique.
Revenons au fumier. Il résulte de l'absorption des déjections solides et liquides par diverses substances connues sous le nom de litières, le tout soumis à une fermentation plus ou moins prolongée. Voyons d'abord l'influence des litières sur la composition et la valeur du fumier.
Litières,
Les litières servent à maintenir la propreté des animaux, à leur donner un coucher hygiénique et agréable, et à absorber les déjections liquides et solides de ces animaux. Il importe de ne rien perdre de ces déjections. Il faut, par conséquent, que le soldes étables soit étanche et imperméable; les bétons à la chaux hydraulique, et les pavages en briques jointoyées avec du ciment de Portland, remplissent parfaitement cette condition. Dans les pays où les pailles de céréales sont très abondantes, on en met sous les animaux autant qu'il en faut pour absorber complètement les urines. C'est le moyen le
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plus sûr de ne rien perdre de ces liquides si riches en principes fertilisants. »
Aucune matière n'absorbe mieux les urines que la tourbe sèche, les feuilles des arbres et les chaumes creux et fîstuleux de la paille des céréales. Ces substances n'ont pas toutes la même faculté d'absorption; on a constaté qu'après 24 heures d'imbibition, 100 kilog. de litière ont retenu :
La paille d'orge. 285 kil. de liquide.
— d'avoine 228 —
— de blé -220 —
— de colza 200 —
Feuilles mortes 262 —
Tourbe 3oo à 700 -—
Bruyère loo —
Fougère 212 —
Sable quartzeux. 25 —
Marne 40 —
Terre végétale séchée à l'air. 5o —
Les meilleurs fumiers sont faits avec de la paille. On rend, de cette façon, au sol, une partie des matériaux enlevés par les récoltes, et on conserve aussi bien que possible toutes les déjections des animaux. Les pays peu fertiles manquent de paille. Celles qu'on récolte sont réservées pour l'alimentation des animaux. Elles remplacent les fourrages toujours rares sur les terres pauvres.
Quand les animaux vivent de paille, il en reste très peu pour leur litière. On y supplée par de la lande, des feuilles et des herbes marécageuses.
Si ces matières font défaut, on met les animaux sur des planchers inclinés, munis de rigoles où se réunissent toutes les déjections^ pour de là être conduites dans un ré-
servoîr étanche qui conserve l'engrais liquide jusqu'au moment de son épandage sur les prairies ou sur les terres cultivées. Cest Tétable suisse, telle qu'on la trouve dans les montagnes. Au Pénitencier de Chiavari (Corse), on utilise comme litière une plante que la mer accumule en grande masse sur les côtes. C'est la Posidonia Cau- Uni, Zostéracée qui produit des feuilles rubanées, et des rhyzomes feutrés constituant une bonne litière, quand on la recueille dans un état convenable de dessiccation; La possidonie est loin de valoir le goémon de l'Océan, elle est assez pauvre en principes fertilisants. Néanmoins, elle rend des services comme litière propre à absorber les déjections animales.
La richesse de la litière contribue à augmenter celle des fumiers; il faut en tenir compte dans l'appréciation des engrais. A ce point de vue, les litières les plus estimées sont celles qui sont les plus riches en azote, acide phosphorique, potasse et chaux. Les tables de Wolfif font connaître la composition des diverses matières employées pour litières. Ici nous donnons celles des substances le plus communément appliquées à cet usage, en rappelant que cette composition est sujette à varier dans la même substance. Ainsi, la paille de blé de la Champagne, en terre calcaire, ne sera pas exactement composée comme celle qui aura été récoltée sur les terres siliceuses de la Sologne.
Une bruyère des landes de Bretagne, dont j'ai étudié la composition végétale à l'école d'agriculture de Grand- Jouan, comprenait les plantes suivantes :
L'ajonc . . , Ulex europœus.
La bruyère commune Calluna vulgaris.
Le genêt à balai Sarothatnnits scoparius.
— anglais Genista anglica.
La molinie Molinia ccerula.
L'agrostis Agrostis vuîgaris»
Ces deux dernières graminées représentaient la moitié de la masse, Tautre moitié se composait des végétaux ligneux de la lande ; le tout formait une litière sèche, excellente pour les animaux, et suffisamment abondante pour absorber complètement les déjections liquides et solides.
En Sologne, dans l'arrondissement de Romorantin,on lite les étables avec les aiguilles du pin maritime, plus longues et plus abondantes que celles du pin sylvestre. Les cultivateurs les achètent à ceux qui possèdent des pinières. Sur d'autres parties de la Sologne, on fait les litières avec les produits de la lande. Il en est de même dans les autres pays de lande, en Bretagne, en Gascogne, en Limousin, et dans la Campine belge. En Espagne, aux environs de Fontarabie, les cultivateurs font des meules de fougères [Pteris aquilina) qu'ils ramassent dans les bois et les landes, et dont ils se servent pour la litière de leurs animaux. De toutes les litières, c'est la plus riche en azote, en acide phosphorique et en potasse.
Voici la composition centésimale des litières; elle montre l'influence de ces substances sur la richesse du fumier.
NATURE DES LITIÈEES.
Paille de blé
— de seigle
— d'orge
— d*avoine
Balles de froment
— d'avoine..
Siliques de colza
Bruyère
Fougère
Genêt à balai
Varech
Roseaux
Jonc
Feuilles de hêtre
— de chêne
Aiguilles de pin sylvestre.
Tourbe
Sciure de sapin
Mousse des forêts
kil.
Aoide
phos-
phoriqaeb