O.IO
traces.
La plupart des cultivateurs litent les étables avec de la paille ou de la lande. Ceux qui procèdent autrement constituent des exceptions assez rares.
L'idéal dans la production du fumier, c'est de réaliser la quantité et la qualité. Le seul moyen d'en approcher, c'est d'avoir autant de paille qu'il en faut pour absorber complètement toutes les déjections. Il ne faut pas que les urines s'échappent des étables. Ce produit si facile-
ment altérable et décomposable, perd une grande partie de sa valeur quand il est abandonné à lui-même. Avant de se rendre à la fosse à purin, il se dessèche et perd son azote, surtout en été, au moment des plus fortes chaleurs. Sous rinfluence d'un ferment spécial, Turée de l'urine se décompose et donne du carbonate d'ammoniaque volatil et perdu dans l'air» L'urée :
C2 02Az2H* 4-4HO
donne par la fermentation :
2(AzH3,HO,C02)
formule du carbonate d'ammoniaque.
Quand on manque de litière, et que forcément les urines s'écoulent des étables, il faut, dans ce cas, les recevoir à leur sortie dans un réservoir fermé et étanche, dans lequel on met quelques centièmes de chaux vive, du sulfate de fer, de l'acide chlorhydrique en quantité suffisante pour empêcher la réaction ammoniacale. On s'assure que l'ammoniaque ne se dégage pas en plongeant dans l'atmosphère du réservoir un tube imprégné d'acide chlorhydrique. Des vapeurs blanches apparaissent si l'air contient de l'ammoniaque. Les dégagements ammoniacaux sont malheureusement trop fréquents dans les étables par le temps des grandes chaleurs, et au moment de l'enlèvement des fumiers.
Quand on enlève, le matin, le fumier des chevaux et des vaches, et celui des moutons après un long séjour dans la bergerie, il se produit une odeur ammoniacale des plus vives, et tellement intense, que les yeux en sont affectés jusqu'aux larmes. Il est bien dommage qu'on perde ainsi une substance très précieuse, très fertilisante, qu'on achète dans le commerce au prix de i fr. 5o à 2 francs le kilog.
Comment prévenir ces déperditions azotées? C'est assez difficile en pratique. On conseille d'imprégner le sol des étables d'un lait de chaux, c'est un antiseptique propre à empêcher la décomposition de l'urée. De l'eau acidulée produirait un effet analogue, en s'emparant de l'ammoniaque pour faire du sulfate ou du chlorhydrate. d'ammoniaque non volatil. Si on craint de mettre des acides entre les mains des gens de la ferme , un arrosage à l'eau pure empêcherait aussi, dans une certaine mesure, les pertes d^ammoniaque. Pour ceux qui ont de l'eau en abondance, des prés à portée de la ferme, et facilemem arrosables , il n'est pas de pratique plus simple et plus avantageuse que de noyer les urines et les purins dans les eaux d'irrigation. Le lavage des étables à grande eau fournit des eaux animalisées d'une grande puissance fécondante. Les vacheries du Cantal, privées de litières, sont un bel exemple de l'application de l'eau comme excipient des déjections solides et liquides. Par ce procédé, les prés ainsi arrosés reçoivent intégralement et sans aucune déperdition les principes fertilisants des étables.
Dans les Landes, on pratique un procédé de litage qui ne donne lieu non plus à aucun dégagement ammoniacal. Les bêtes à cornes, placées dans des étables assez vastes, n'ont d'autre litière que la lande qu'on pèle de très près, de manière qu'à la bruyère, à l'ajonc et aux herbes de toute nature, se joint une certaine quantité de terre de bruyère. On en met une forte épaisseur sous les animaux. Les végétaux et la terre absorbent totalement les déjections solides et liquides. On recharge constamment ce tas de fumier qu'on laisse plusieurs mois sous les animaux. On ne l'enlève que pour le porter aux champs. Il est facile de constater que ce mode de fabrication ne donne aucune odeur ammoniacale dans les étables, ni au moment de l'enlèvement du fumier. Il est bon deremar-
quer que la masse de la litière est très forte, eu égard à la quantité des déjections. On peut dire qu'elles sont noyées dans la litière terreuse, absolument comme celles des animaux du Cantal, qu'on mêle à une forte quantité d'eau.
C'est un principe général : plus les litières sont abondantes, que ce soit de la paille, de la lande terreuse, ou dé l'eau, mieux on prévient les déperditions des substances utiles des fumiers.
Le fumier passe des étables dans la cour de ferme, oti on le réunit sur un emplacement spécial, ou bien il va directement de l'étable aux champs. Ce dernier procédé s'applique au fumier des moutons et à celui des bêtes à cornes dans le sud-ouest de la France et dans quelques -autres exploitations.
La méthode la plus générale consiste, pour les chevaux, les bêtes à cornes et les porcs, à enlever le fumier des étables tous les matins. C'est nécessaire au point de vue de l'hygiène des animaux et des soins de propreté. Ces animaux produisent des déjections abondantes qu'il est indispensable d'enlever, en ménageant la portion de litière laissée intacte. On économise ainsi les litières dont on n'a jamais trop dans les exploitations bien pourvues de bétail.
Les fumiers, traités le mieux possible dans les étables, sont exposés à de nouvelles déperditions dès qu'ils sont réunis en tas dans la cour de ferme.
On a souvent tenté d'éviter ces déperditions, en portant les fumiers frais immédiatement dans les champs.
C'est une pratique assez difficile à réaliser. Les cultures actives n^offrent pas toujours des champs disponibles pour recevoir ces fumiers frais. Au moment de la moisson et des semailles, le laboureur n'a pas le temps de transporter les fumiers et de les enfouir immédiatement. Ces fumiers frais sont lents à se décomposer et portent
dans les champs beaucoup de mauvais grains, tandis que ceux qui ont fermenté en tas ont subi, sous Tinfluence du carbonate d'ammoniaque et de quelques autres réactions, un commencement d'altération qui facilite leur mélange avec le sol et qui les rend plus assimilables pour les plantes. Cette méthode est la plus générale. Elle a la consécration de l'expérience, et elle est pratiquée dans les exploitations les mieux dirigées et les plus prospères.
Les fumiers dans la cour.
Les fumiers, réunis dans la cour de ferme, sont exposés à diverses déperditions qu'il importe de prévenir par des soins intelligents. Rien n'est plus mauvais que de les étendre sur toute la surface de la cour. Cette méthode est malheureusement encore la plus générale dans toutes les contrées, même dans les mieux cultivées. On en trouve de nombreux exemples dans la région du Nord et dans celle du centre de la France. Le fumier ainsi disposé, est lavé par les eaux pluviales qu'il reçoit directement ou qui proviennent des toits. Les eaux de lavage en enlèvent les parties solubles, notamment les sels ammoniacaux et potassiques, La déperdition est moins sensible pour l'acide phosphorique. De la cour, les eaux de lavage se rendent dans l'abreuvoir, ou dans les rues du village. On perd ainsi les substances les plus précieuses du fumier, l'azote et la potasse, qui valent le premier i fr, 5o à 2 francs le kilog, et l'autre o fr. fr. 40 à o,5o. Pour les rendre au sol d'où ils proviennent, on est obligé d'acheter du nitrate de soude, du sulfate d'ammoniaque et du chlorure de potassium.
Le fumier ne doit recevoir que l'eau de pluie qui tombe directement sur lui. Il faut en écarter celle des
toits et des autres parties de la cour. Le purin, riche en matières fertilisantes, sert à l'arrosage des tas, et rexcédent conservé dans une fosse étanche, s'utilise pour Tarrosage des gazons, des composts ou des terres nues.
Le fumier étendu en couche mince sur toute la surface d'une cour mal nivelée, perd beaucoup par le lavage des eaux pluviales; il fermente d'une manière irrégulière dans les endroits où il est noyé et dans les places oîi il est trop desséché. La bonne fermentation ne se produit que sur le fumier humide ; elle est nulle sur celui qui nage dans l'eau, et se fait mal sur celui qui manque d'humidité. Dans ce cas, le fumier prend le blanc, signe certain de son altération et de ses déperditions gazeuses.
Pour faire du bon fumier, il faut le réunir en tas, le tasser fortement, et l'arroser de temps en temps, afin d'entretenir la fermentation reconnue nécessaire pour lui donner toutes les qualités fertilisantes. C'est ce tas qu'il faut surveiller et entourer de soins intelligents, afin de prévenir les déperditions liquides et gazeuses, où se trouvent les principes les plus actifs du fumier. Il faut rassembler dans un réservoir spécial, nommé fosse à purin, le Jus qui s'écoule du tas de fumier. On se servira de ce purin pour l'arrosage du tas, et s'il y a un excédent, on l'utilisera pour fertiliser des gazons, des prairies naturelles ou toute autre culture. On a vu plus haut que ce liquide renferme une forte dose d'éléments fertilisants.
Toutes les dispositions de la mise en tas des fumiers se réduisent à deux méthodes principales, la plate-forme et la fosse à purin.
La plate-forme s'établit sur un endroit à l'abri des eaux des toits. Le sol est rendu étanche par un bétonnage, ou par des argiles qu'on recouvre d'une forte épaisseur de macadam en vue du passage des voitures. La surface est bombée et offre les inclinaisons nécessaires pour
que les liquides s'écoulent du fond du tas dans des rigoles pavées établies sur les quatre côtés de la plateforme et munies de'pentes dans la direction de la fosse à purin qu'on place ordinairement au milieu du plus long côté, entre deux plates-formes parallèles.
Il est bon d'avoir au moins deux plates-formes, ce qui permet d'en avoir une constamment terminée et bonne à porter dans les champs, et une autre en préparation, destinée à recevoir les fumiers de chaque jour.
La plate-forme constitue un rectangle dont les dimensions, en longueur et en largeur, varient suivant l'importance des exploitations. On suppose que les fumiers seront portés dans les champs au moins deux fois dans Tannée. La fosse à purin doit être placée entre les deux plates-formes, et munie d'une pompe qui relève les liquides et les répartit alternativement sur les deux tas. On monte le tas par couches successives, en ayant soin que les quatre parois soient régulières et verticales.
Le fumier est bien tassé et arrosé au moins une fois par semaine. On le termine à une hauteur qui varie entre 2 et 3 mètres, puis on le recouvre de 1 5 à 20 centimètres de matières terreuses, destinées à absorber les gaz qui se dégagent de la masse.
C'est ce procédé de fabrication qu'on suit à Grignon, et qu'on retrouve chez la plupart des anciens élèves de cet établissement.
Il est incontestable qu'on fabrique ainsi un excellent fumier, bien homogèfie, et dans un état convenable de fermentation et de décomposition.
Cette méthode offre cependant quelques inconvénients. D'abord elle exige qu'un homme spécial soit chargé de ce service; il conduit le fumier au tas par un plan incliné pour la partie supérieure ; il dresse les quatre parois et
exécute les arrosages au purin. Ce tas forme un gros parallélépipède en communication avec Tatmosphère par cinq côtés. Ne peut-on pas supposer qu'il y a là une cause permanente de déperditions gazeuses. Les liquides suintent par les côtés, et viennent du fond se rendre dans des rigoles ouvertes. Là ils sont le siège d'une active vaporisation pendant les grandes chaleurs de Tété. Je suis plus rassuré contre le danger de ces déperditions liquides et gazeuses, quand je vois le tas renfermé entre quatre murs, dans une fosse oîi les rigoles à purin sont établies intérieurement, loin du contact de l'air et des rayons solaires.
La fosse à fumier se monte sans difficulté, sans le secours d'un homme spécial. Son tassement est facile au centre et contre les murs. Ce tassement régulier est une condition de bonne fabrication. La fosse à fumier le réalise mieux que la plate-forme. Il suffit de placer une balustrade sur les quatre murs, et d'y faire séjourner, de temps en temps, des bêtes à cornes ou un troupeau de moutons. Pendant les nuits chaudes de l'été, les bêtes à cornes et les moutons sont mieux sur la fosse à fumier que dans les étables. Ils y souffrent moins de la chaleur, et y respirent un air plus pur et plus frais. Le fumiej: fortement tassé ne donne lieu, pour ainsi dire, à aucun dégagement. Rien n'empêche de placer sui: la fosse à fumier des auges, des râteliers, des bassins pleins d'eau, de manière à alimenter et à abreuver les animaux ainsi parqués. Pendant la bonne saison, j'ai vu engraisser des bœufs sur cet emplacement. On les nourrissait là comme on l'aurait fait à l'étable. On était ainsi dispensé d'enlever le fumier de chaque jour. Les fumiers rapportés des autres étables formaient en quelque sorte une litière fraîche pour ces animaux à l'engrais. Cette méthode d'engraissement donne de bons résultats , en simplifiant le
service des bêtes soumises à ce nouveau régime. Certains agriculteurs, passionnés pour le progrès, poussent plus loin le perfectionnement de la fosse à fumier; ils l'abritent sous une toiture en chaume ou de tous autres matériaux, comme on le pratique pour un simple hangar. Dès lors, la fosse à fumier devient une véritable étable ventilée et ouverte à tous les vents. Dans ces conditions, la charpente ne soufiTre pas des émanations du fumier, presque nulles par suite du tassement continu de la matière. Cet inconvénient, signalé par quelques auteurs partisans de la plate-forme, ne repose sur aucune observation sérieuse.
Il est incontestable que la fosse à fumier, couverte ou non couverte, coûte à établir plus que la plate-forme. Cette première dépense est largement compensée par Téconomie de la main-d'œuvre, par un tassement plus régulier et plus complet, et en définitive par une meilleure conservation des produits liquides et gazeux du fumier. Les cultivateurs pourvus de pailles abondantes, et en mesure de placer sous les animaux de copieuses litières, sont très satisfaits de ce procédé de fabrication. On peut, comme pour la plate-forme, diviser la fosse à fumier en plusieurs compartiments, au besoin en établir deux à côté l'une de Tautre, pour qu'il y en ait toujours un en construction quand l'autre est achevé. Le tas unique suffit à la rigueur pour les moyennes et les petites exploitations, La couche fraîche du haut condense et absorbe les gaz qui se dégagent des parties inférieures. Au moment de l'enlèvement, on écarte le fumier frais, et on charge les voitures avec du fumier pris sur toute l'épaisseur du tas.
Le lavage et l'arrosage au purin semblent, jusqu'à présent, suffisants pour préparer un bon fumier dans l'espace de six semaines ou deux mois. Pendant ce temps,
une fermentation modérée et régulière attaque la partie pailieuse du fumier, et le tout est dans Pétat convenable pour être incorporé au sol et pour servir utilement à l'alimentation des plantes. Ces t ainsi que procèdent les grandes exploitations qui suivent un système intensif de culture. On applique le fumier aux plantes sarclées, aux racines et aux légumineuses fourragères. Les contrées arriérées procèdent autrement; le fumier est destiné aux céréales telles que le blé, le seigle et Torgé d'hiver. Dans ce cas, le fumier demeure six mois et même un an en tas, dans la cour de ferme, non arrosé ou mal arrosé, lavé par les eaux pluviales, et soumis à tant de causes de déperdition, que son volume diminue de moitié , et que son azote et ses sels solubles ont en grande partie disparu sous forme liquide ou gazeuse. Sans compter que ce fumier, à l'état de beurre noir, qu'on coupe à la bêche, prend souvent le blanc par une fermentation sèche qui lui enlève une partie de ses qualités fertilisantes. Cette chancissure est pour ainsi dire inévitable dans les fumiers non arrosés, et réunis en tas sur une petite plate-forme.
En Franche-Comté, où la propriété est très morcelée, les petits cultivateurs dont les fermes sont établies le long de la rue principale du village, rassemblent leurs fumiers devant leur porte, en petits tas rectangulaires et hauts de I ou 2 mètres. Ce fumier reste là toute l'année. De chaque tas, naît un filet de purin, qui s'écoule dans la rue, et va rejoindre le ruisseau voisin, à moins qu'un praticien plus intelligent que les autres ne s'empresse de détourner les eaux fertilisantes à la sortie du village et ne les applique à l'arrosage et à la fertilisation d'une prairie naturelle.
Cet état de choses, nuisible à l'agriculture et à la salubrité publique, dure depuis un temps immémorial.
AGRICULTURE GÉNÉRALE. 2q
45o AGRICULTURE GÉNÉRALE.
La routine le maintient, malgré les conseils de la science et les encouragements que les Comices offrent à ceux qui consentent à mieux traiter leurs fumiers.
Résumons les conditions à remplir pour conserver au fumier ses propriétés fertilisantes, et pour l'offrir aux plantes dans le meilleur état de décomposition.
Il faut :
I* Ne rien perdre, à Pétable et au tas, des produits liquides et gazeux.
2*» Préparer, dans ce but, un sol étanche et imperméable, dans les étables et sur l'emplacement.
3* Employer autant de litière qu'il en faut pour l'absorption totale des urines; sinon recueillir les urines à la sortie des étables, pour les conduire à la fosse à purin ou dans des réservoirs spéciaux où l'on prévient le dégagement du carbonate d'ammoniaque par certains sels ou certains acides.
4** Préférer la fosse à fumier à la plate-forme, au point de vue de l'économie de la main-d'œuvre et de la conservation des produits liquides et gazeux.
5** Tasser et arroser le tas aussi souvent que cela est nécessaire pour régulariser la fermentation et éviter la chancissure.
6** Éloigner les eaux pluviales des toits, et n'admettre sur le tas que l'eau qu'il reçoit directement.
7^ Préparer au besoin la fosse à fumier couverte, jouant le rôle d'une étable pendant toute la durée de la bonne saison. En opérer le tassement, en plaçant sur le fumier, des bêtes à cornes ou un troupeau de moutons.
8** Établir, près du tas de fumier, une fosse à purin destinée à recueillir, par des rigoles pourvues de pentes nécessaires, tout le jus qui s'échappe de la masse du fumier.
9** Utiliser le purin pour l'arrosage du tas, et appliquer le liquide excédant à la fumure des prairies ou des autres cultures.
Le fumier transporté au champ, doit être répandu de suite, et enterré par un coup de charrue. Exposé à l'air, il perd de sa valeur ; la pluie le lave , et ses principes solubles pénètrent l'emplacement de chaque fumeron , ce qui fera des taches et des irrégularités dans la culture suivante. L'épandage doit s'opérer avec la plus grande régularité. Les pays qui l'emploient à l'état de beurre noir, n'arrivent à le bien diviser qu'en le faisant émietter à la main par des femmes. Ce sont des fumures de 10,000 à 1 5,000 kilog. à l'hectare. Les fumures de 5o à 60,000 kilog. se répandent à la fourche, après que les voitures ont réparti le fumier en petits tas dits fumerons, espacés entre eux d'environ 7 mètres. Ce qui fait 200 fumerons par hectare du poids de 3oo kilog. chacun.
La quantité de fumier produite par chaque espèce d'animaux, varie suivant plusieurs circonstances. Elle dépend de la quantité de litière employée, du genre d'alimentation des animaux, de la nature des aliments, de la durée du séjour à l'étable.
La valeur fertilisante du fumier dépend principalement de la qualité des aliments. Les animaux les mieux nourris sont ceux qui font le meilleur fumier, de même que les vidanges des quartiers aristocratiques sont supérieures à celles des quartiers pauvres.
Voici des moyennes indiquant la production annuelle de fumier par chaque espèce d animaux :
Poidc Ftimier produit.
kO. kil.
Vache laitière en stabulation. . 400 1 1 .000
Bœuf à Tengrais 5oo 25.000
— de travail 600 11.000
Cheval de trait 600 9.000
Mouton allant au pâturage 40 5oo
Porc adulte 100 1.400
Retenons bien que ce sont les animaux les mieux nourris qui fournissent le meilleur fumier. Parmi les bêles à cornes, les animaux à l'engrais donnent un fumier plus riche que celui des vaches laitières ou des élèves.
Wolfif a trouvé la composition centésimale suivante dans deux fumiers provenant, Tun de bœuf à l'engrais, et l'autre de vaches laitières et d'animaux d'élevage :
Acide Asote. phosphorique. Potasse.
Fumier du bœuf à Tengrais de 0.98 0.44 o.65
— de vache laitière et d'élèves. 0.41 2.i3 0.54
Les différences sont énormes. Les animaux qui font de la graisse, dépensent moins d'azote, d'acide phosphorique et de potasse que ceux qui font du lait, ou qui croissent en chair et en os. Les emboucheurs savent parfaitement que les bœufs à Tengrais fatiguent moins les herbages que les vaches laitières et les jeunes animaux. Les déjections des premiers sont plus fertilisantes que celles des vaches à lait et des élèves.
Valeur vénale du fumier.
La valeur intrinsèque du fumier dépend de sa composition chimique, laquelle varie beaucoup suivant les ani-
maux qui le produi3ent, le genre d'alimentation auquel ils sont soumis, et suivant le traitement des fumiers entas. WolfF a trouvé, dans le fumier frais des animaux, la composition suivante :
Âeide phoB- Eao. Azote, phoriqae. Potasse. Chaaz. Maernésie.
Fumier de cheval 100 kil... 71.3 o.58 0.28 o.53 0.21 0.14
— de bêtes à cornes. . 77.6 0.34 0.16 0.40 o.3i o.ii
— de mouton 64.6 o.83 o.23 0.67 o.33 0.18
— de porc 72.4 0.45 0.19 0.60 0.08 0.69
Ces analyses confirment les données de la pratique. Il est reconnu que c'est le fumier de mouton qui est le meilleur, le plus fertilisant, le plus chaud^ comme on le dit vulgairement. Celui de cheval est également très chaud et recherché pour les couches des jardiniers. Les fumiers des bétes à cornes et des porcs sont Aïxsfumiers froidSy parce qu'ils sont plus aqueux et plus lents à se décomposer.
Les agriculteurs font généralement des fumiers mélangés de chevaux, de bêtes à cornes et de porcs. Celui des moutons passe souvent directement de la bergerie dans les champs.
Voici la composition centésimale de plusieurs fumiers mixtes :
Acide phos- Ma- Acide snl-
^ Eau. Azote, phoriqne. Potasse. Chaux, gnésie. furiqne. Auteurs.
Fumier frais 75.00 0.39 0.18 0.45 0.49 0.12 o.io Wolff.
— consommé 75.00 o.5o 0.26 o.53 0.70 0.18 0.16 —
— de Tomblaine.. 73.00 o.32 o.36 0.82 » » » Grandeau.
— de Bechelbronn, 79.30 0.41 0.20 » » » » Boussingault.
— de Grignon 70.50 0.72 0.61 » » » » —
Les fumiers mixtes contiennent en moyenne, par I ,oookilog.,4 kilog. 70 d'azote, 3 kilog. d'acide phosphorique et 5 kilog. 2 de potasse. Ces chiffres sont extraits de l'excellent traité des Engrais de MM. Mûntz et Girard.
Les éléments fertilisants des fumiers sont moins assimilables que ceux des engrais chimiques. D'après les cours actuels de ces derniers, Pazote du fumier ne vaudrait que I fr. 25 le kilog., Tacide phosphorique ofr, 5o, et la potasse o fr. 40.
D'après ces chiffres, 1,000 kilog. de fumier mixte vaudraient :
kil. fr.
Pour l*azote 4.7 X 1.25 = 5.87
— l'acide phosphorique 3.o xo.5o=i.5o
— la potasse 5.2 x 0.40 = 2.08
Total 9.45
Comparé aux engrais chimiques, le fumier offre, en outre, l'avantage d'apporter au sol de la chaux, de la magnésie et de Tacide sulfurique. Il améliore les qualités physiques du sol, autrement et plus efficacement que les engrais chimiques. A l'inconvénient d'être moins assimilable que ces derniers, il oppose la propriété de mieux se conserver dans le sol et de disparaître moins facilement par l'effet des eaux pluviales. Aussi, quand on trouve du fumier à acheter au prix indiqué plus haut j'estime qu41 y a avantage à le préférer aux engrais chimiques, au cours de 24 francs pour le nitrate de soude, de 34 francs pour le sulfate d'ammoniaque, et de 22 francs pour le chlorure de potassium.
En résumé, c'est dans le fumier qu'on trouve les principaux éléments de la fertilisation du sol. Seulement ces éléments sont insuffisants, en ce sensqu'ils ne rapportent pas dans le sol toutes les substances enlevées par les récoltes. Par suite des exportations de la ferme, il y a des déficits, qui portent tantôt sur l'azote, tantôt sur l'acide phosphorique, la potasse et la chaux. L'analyse du sol, des expériences directes sur les cultures à l'aide des engrais chimiques, éclairent facilement l'agriculteur
sur la nature des engrais complémentaires à mettre dans le sol. Des contrées entières manquent de potasse dans le sol et le fumier; là les engrais potassiques sont naturellement indiqués. Ailleurs, la potasse existe en quantité suffisante dans les fumiers et le sol, et c'est l'acide phosphorique qui doit être associé au fumier de ferme. Quant à la chaux, il est toujours peu coûteux d'en mettre une bonne provision dans le sol sous forme de plâtre, de chaux vive, de marnage, de phosphatage.
C'est ainsi que l'expérience a démontré que dans la Meuse, l'acide phosphorique et la potasse sont inefficaces, tandis que les engrais azotés font merveille. En Bretagne^ c'est le phosphate fossile qui est l'engrais complémentaire par excellence. Les terres du Perche sont pourvues d'azote et de potasse, c'est l'acide phosphorique sous forme de superphosphate qui, joint au fumier, assure le succès des récoltes.
On voit, d'après cela, que la restitution au sol des éléments de la fertilité varie suivant les localités ; elle varie encore, bien entendu, suivant la nature des cultures.
Le problème à résoudre pour chaque culture, exige qu'on tienne compte de la composition chimique du sol, de celle du fumier et de celle des produits à récolter. On fera, en outre, attention au degré d'assimilabilité des substances fertilisantes ; celles du sol et du fumier sont moins assimilables que celles des engrais chimiques solubles dans l'eau, ou le citrate d'ammoniaque pour les superphosphates. Une grande réserve de substances fertilisantes, peu assimilables dans le sol, peut ne pas suffire aux besoins des plantes : dans ce cas, l'engrais supplémentaire devient indispensable.
Parcage,
Le parcage est un procédé de fumure qu'on utilise dans certaines parties de la France. La région du Nord, oti Ton trouve d'importants troupeaux de moutons, notamment dans la Picardie, la Brie et la Beauce, pratique le parcage pendant 4 à 5 mois de la belle saison. Les troupeaux couchent en plein air, renfermés dans une enceinte formée de claies, rassemblées et maintenues verticalement par des crosses en bois solidement fixées en terre. Chaque mouton d'une taille moyenne est sensé couvrir et parquer un mètre carré qu'il occupe pendant six heures quand il s'agit d'un parcage simple, celui qui suffit à une seule culture. Pour un parcage double, les moutons devraient rester douze heures dans le même parc. Dans le cas du parcage simple, le berger change les animaux au milieu de la nuit, et les fait passer dans un second parc préparé à l'avance.
Un troupeau de 3 00 bêtes parquera une surface de 6 ares par nuit, et mettra dix-sept jours pour fumer un hectare.
On met de préférence le parc sur les terrains les plus éloignés, les plus accidentés et les plus coûteux à fertiliser par le fumier de ferme.
D'après les expériences de MM. Mtintz et Girard, le sol conserve mieux que la bergerie les substances fertilisantes contenues dans les déjections des moutons. Dans les deux cas, il y a une perte d*azote, mais celle de la bergerie est double de celle du parc.
Pour que l'absorption des déjections par le sol ne laisse rien à désirer, il faut que le terrain à parquer soit meuble, perméable et non mouillé. Par l'humidité, on doit éviter de mettre les moutons sur une terre argileuse et
imperméable, Topération serait mauvaise pour le sol et pour les moutons. Le terrain parqué doit être immédiatement retourné, afin d'éviter les déperditions ammoniacales qui se produiraient sur les déjections exposées à Tair et à la chaleur.
Les terres convenablement parquées sont autant de surfaces biens fumées, sans aucune peine, et sans aucun frais de transport et de litière. Les moutons n'en souffrent pas, ils sont mieux au parc qu'à la bergerie par les nuits chaudes de Tété, et ce régime leur est salutaire pourvu qu'on les rentre au moment des orages, et qu'on les retire du parc quand les nuits deviennent froides et pluvieuses.
Dans les montagnes du Centre, on met les bétes à cornes au parc pendant la nuit sur les parties les moins bonnes des pâturages. Cette fumure produit, l'année suivante, une herbe excellente et abondante.
En Corse et en Provence, les moutons transhumants qui descendent à la plaine pendant l'hiver, passent généralement la nuit dans des parcs permanents où s'accumulent les déjections qu'on enlève de temps en temps, et qui constituent un engrais énergique et facile à employer.