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CHAPITRE PREMIER

DEFRICHEMENTS.

On entend par défrichement, la mise en cultuie d'un terrain inculte. Cest une lande, un maquis, une broussaille, un marais tourbeux dont on veut faire une terre cultivée. La lande est un mélange d'ajoncs, de bruyères, de genêts, etde quelques graminées et autres plantes herbacées. Les maquis de la Corse comprennent des arbustes différents de ceux de la lande, et constituent des fourrés impénétrables dont la mise en valeur s'opère par des procédés spéciaux. Enfin les broussailles de l'Algérie se composent de végétaux autres que ceux de la Corse, qui nécessitent pour leur défrichement des travaux particuliers d'une exécution plus ou moins difficile.

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Avant d'entreprendre un défrichement dans les pays où il existe de vastes étendues de terres incultes, il faut d'abord examiner avec la plus grande attention le sol et le sous-sol des surfaces à mettre en valeur. Il faut choisir de préférence les terres perméables, exemptes de pierres et de roches, et faciles à travailler. Le sol imperméable, argileux ou rocheux, sera toujours ingrat, difficile à améliorer, et peu productif.

En général, la bonté du fond, son degré de fertilité s'accusent par l'état de la végétation spontanée.

Une végétation arbustive vigoureuse dénote un bon fonds de terre. On est sûr d'y trouver de la fertilité, et des conditions naturelles favorables aux plantes cultivées. Beaucoup de landes reposent sur des couches de terre imperméable. C'est une circonstance naturelle qui est généralement nuisible aux cultures.

Défrichement des landes.

Les landes de la Sologne, de la Touraine, du Poitou, de la Bretagne et de la Gascogne, présentent des modifications très variables en ce qui concerne la nature du sol et les espèces végétales qui garnissent les surfaces. Le seul caractère commun à toutes les landes, c'est d'occuper un sol dépourvu de carbonate de chaux. Les végétaux de la lande ne se voient jamais sur les calcaires incultes de la Champagne pouilleuse ou du Berry.

Mais il s'en faut que les végétaux de la lande occupent toujours la même nature de sol; il y a des landes siliceuses, d'autres sont argileuses, d'autres sont siliceoargileuses, d'autres enfin rentrent dans les catégories intermédiaires, qui viennent se placer entre les trois classes principales. Les meilleures landes à défricher sont

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celles qui étantsiliceo-argileuses sont aptes, par desaméliorations judicieuses, à devenir de bonnes terres franches. On voit, en Sologne et en Gascogne, des landes sur des surfaces purement siliceuses, reposant sur un soussol argileux et imperméable. Cest sur ces terrains qu'on trouve, en Sologne, les genétiers dont les jeunes pousses sont broutées en hiver par les moutons. Il peut y avoir avantage à les défricher pour les boiser, après y avoir pris quelques récoltes de seigle et de sarrasin. Ces cultures faites économiquement avec des phosphates minéraux, couvrent facilement tous les frais de défrichement. Les terres sont très bien utilisées par des semis de pins maritimes.

La flore dés landes fournit des précieuses indications sur la nature du sol et son état de fertilité. Voici les végétaux les plus intéressants qu'on y rencontre, en Bretagne et dans le centre de la France :

La bruyère commune Calluna vulgaris.

— cendrée Erica cinerea.

— ciliée — Ciliaris, sur les landes

humides.

— — — TetraliXj sur les landes

tourbeuses et humides.

Bruyère à balai Erica scoparia.

L'ajonc Ulex europaeus.

Le genêt à balai Sarothamnus scoparius.

— anglais Genista anglica.

La fougère i Pteris aquilina, sur les terres

siliceuses pourvues de potasse.

Les landes de la Gascogne offrent les mêmes végétaux, auxquels se mêle en assez grande abondance l'arbousier (Arbutus unedo). Les landes de la Provence et celles de la Corse, en sol non calcaire, contiennent les végétaux précédents auxquels il faut ajouter :

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La bruyère arborescente Erica arborea.

Le calycotome épineux Càlycotome spinosa.

Le myrte Myrthus communis.

Le lentisque i Pistacia lentiscus.

Le genévrier oxycèdre Juniperus oxycedrùs.

Plusieurs aster.

Ce sont ces arbustes qui, prenant un grand développement, forment ces broussailles fourrées qu'on décore du nom de maquis, en Corse. Les produits ligneux qu'on en retire servent commef bois de chauffage, ou bien sont convertis en charbon. La bruyère arborescente fournit d'excellents échalas pour la vigne.

Les broussailles de l'Algérie, croissant sur un sol de bonne qualité, suffisamment calcaire, ne produisent pas les végétaux des landes qui poussent sur les terrains schisteux, granitiques, ou sur d'autres formations non calcaires.

Les broussailles du Sahel, sur terrain argilo-calcaire, sont composées comme il suit :

Le palmier nain Chamœrops hiimiîis.

Le jujubier sauvage Zyi^yphus vulgaris.

Le chêne vert Quercus ilex.

Le lentisque Pistacia lentiscus.

Le houx Ilex aquifolium.

Le thuya articulé Tuya articulata.

L'agave Agave americana.

Le calycotome Calycotome spinosa.

L'arroche bal i me A triplex halimus.

L'asphodèle Asphodelus luteus.

Le scille maritime Scilla maritima.

Les landes en sol siliceo-argileux et convenablement incliné pour l'écoulement des eaux pluviales, sont aptes à devenir de bonnes terres labourables, après qu'elles ont été enrichies de calcaire et d'acide phosphorique. A l'état

de nature, elles sont couvertes d'ajonc [Ulex eiiropceus), de bruyères à balais [Erica scoparia) ^t de plusieurs autres petites bruyères {Calluna vulgaris, Erica cinereà). La présence de Fajonc et de la bruyère à balais indique une terre profonde, et douée d'une certaine fertilité. Il faut se défier, au contraire, des terrains qui ne produisent que les bruyères les plus petites et les plus chétives; une végétation aussi pauvre dénote. un sol aride, et coûteux à améliorer. Les défrichements sur de forts végétaux ligneux donnent, par le phosphatage et le marnage, des terres fertiles, et supérieures aux vieilles terres arables épuisées de longue date par un mauvais système de culture.

En Sologne, il est souvent très avantageux de livrer les vieilles terres épuisées à des boisements de pin maritime, de chêne et de bouleau, et de conquérir de nouvelles terres par le défrichement des landes. Ces terres neuves, traitées convenablement, sont aptes à produire de belles récoltes de céréales et de fourrages.

Comment doit-on pratiquer le défrichement de la lande? En Bretagne et en Sologne, on laboure à une faible profondeur, et on fait en sorte que la lande soit placée au fond du sillon. On la laisse se décomposer pendant environ une année. L'année suivante, on fait un labour croisé sur le premier, et par des hersages, des roulages et des labours répétés on ameublit le terrain autant que possible.

11 faut alors désacidifier le terrain par le phosphate fossile à la dose de i,ooo kilog. par hectare et contenant 3o à 40 p. 1 00 de phosphate de chaux. Les scories phosphoreuses, à la dose de 2,000 kilog. à l'hectare, peuvent remplacer le phosphate fossile. L'effet est le même de part et d'autre. Le choix doit porter sur l'engrais le moins cher. Cette fumure complète la composition du sol, en lui don-

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nant Tacide phosphorique et la chaux dont il est dépourvu. Quant à l'azote et à la potasse, la lande possédant de Targile et des matières organiques, en contient toujours des quantités suffisantes au début du défrichement.

Après avoir fait une première récolte avec une forte dose de phosphate minéral, on peut encore en obtenir une seconde de seigle, de sarrasin, de pommes de terre par une simple addition de 5oo à i ,000 kilog. du même phosphate. Pour les cultures ultérieures, il devient indispensable d^apporter dans le sol du fumier de ferme, et d'y joindre une bonne dose de calcaire, sous forme de chaulage ou de marnage. Dès lors, ce terrain défriché se traite comme les autres terres du domaine.

En Sologne, les mauvaises landes sont difficiles à boiser directement sans passer par un défrichement transitoire. Les graines de pin maritime qu'on y dépose, ou les pins sylvestres qu'on y plante, se défendent mal contre les bruyères, les ajoncs et les genêts. Le succès est plus certain quand avant d'opérer le boisement, le terrain est défriché, et cultivé deux ou trois ans à l'aide du phosphate minéral. Les opérations diverses enlevant au sol son aptitude à produire la lande, les semis de bois opérés dans la dernière culture se trouvent dans d'excellentes conditions de végétation.

Le défrichement à la charrue coûte beaucoup moins que le défrichement à la pioche. Mais son exécution présente parfois de sérieuses difficultés. Ce premier labour, sur un sol durci et rempli de racines ligneuses, exige une charrue très solide, et un fort attelage de 4 à 6 bœufs. Avant de labourer, il est indispensable d'enlever à la pioche ou par tout autre instrument, les plus forts végétaux ligneux, les ajoncs, les grandes bruyères, les genêts, etc. Le mieux est de couper et de raser la lande, et

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de convertir en litière les produits de cette opération. En Bretagne, M. Rieffel donnait au premier labour de la lande une profondeur de o™,io. Les bandes complètement retournées, restaient ainsi pendant une année, temps )ugé nécessaire pour la décomposition des bruyères. L'année suivante, les autres labours atteignaient o™,2o de profondeur. Le terrain se trouvait suffisamment préparé pour porter une culture de sarrasin rapportant i8 hectolitres de grain à l'hectare. A l'automne suivant, le directeur de Grand-Jouan faisait un froment, dont on retirait environ 20 hectolitres de grain. Au sarrasin, on appliquait 8 hectolitres de noir animal, et 4 hectolitres au froment. Plus tard, on a remplacé le noir animal par du phosphate fossile à la dose de i ,000 kilog. à la première culture, et 5oo kilog. à la seconde.

En Poitou, MoU a été dans l'impossibilité d'effectuer le premier labour de défrichement à la faible profondeur de o°',io. Les racines des bruyères arrêtaient complètement la charrue. Il a fallu descendre à o'",3o de profondeur, sous les fortes racines, pour que l'instrument pût bien fonctionner. Pour un tel travail, on a dû atteler la charrue de 3 à 4 paires de bœufs. On opérait sur un sol exempt de pierres et de rochers. En Bretagne, à une telle profondeur, on risquerait de briser la charrue sur des rochers schisteux ou granitiques. Après avoir divisé le premier labour de défrichement à coups de herse et d'araire, MoU faisait, la première année, un colza avec 5 hectolitres de noir animal, et l'année suivante, un froment avec 4 hectolitres de noir animal. Ce terrain, traité convenablement, produisait ensuite de l'avoine, du fourrage sec de graminées, et deux années de pâturage.

En Gascogne, les landes siliceuses et perméables se garnissent spontanément de pin maritime et de chêne

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liège. Du premier on tire du bois et des matières résineuses, et du second du liège. Ces deux produits sont d'un bon rapport sur les sables des dunes , et sur les sables tertiaires quand ils ne sont pas noyés en hiver. Les grandes landes de la Gascogne, mal assainies et remplies d'eau en hiver, sont peu favorables au développement des essences forestières. Le chêne, le pin maritime n'y viennent bien qu'avec un bon système d'assainissement; il le faut profond et bien entretenu; des fossés à i mètre ou i™,5o de profondeur descendant au-dessous de la couche d'alios sont nécessaires pour faire baisser le plan d'eau et permettre aux racines des arbres d'occuper un milieu à l'abri des eaux stagnantes. On sait que l'alios forme une couche continue d'une roche tendre constituée par du sable agglutiné avec des matières organiques ou avec un oxyde ferreux. Dans les grandes landes non assainies, et formant de vastes plaines sans inclinaison sensible, l'eau remonte à la surface pendant l'hiver. Un tel terrain se couvre de bruyères aquatiques, dont les débris forment un sol acide, plus ou moins tourbeux, sorte de terre de bruyère impropre aux essences ligneuses et aux plantes cultivées. Le boisement ou l'assainissement du sol est le meilleur emploi que Ton puisse faire de ces mauvais terrains.

Ecobuage. — L'écobuage consiste à écrouter un soi riche en débris organiques, à faire sécher cette espèce de terreau, et à le brûler au cours de Tété. Les cendres qui en résultent, fécondent le sol pour une ou plusieurs récoltes. Cette opération est toujours coûteuse; l'écroutage se fait à la main ; on dépense encore de la main-d'œuvre pour former les petits fourneaux, les faire brûler et répandre la cendre. Jamais l'opération complète ne coûte moins de loo fr. par hectare. L'opération est avantageuse sur des surfaces tourbeuses, ou sur d'autres terres

très riches en matières organiques. Par Técobuage, on obtient de 4a potasse, de la chaux et d'autres matières minérales qui, jointes aux substances organiques des terrains, fournissent aux cultures toutes les substances nécessaires à leur alimentation.

Les cultivateurs de la vallée de Grésivaudan écobuent de temps en temps leurs terres arables douées naturellement d'une grande fertilité. C'est le moyen de se débarrasser des débris de plantes, et des racines dont le sol est encombré. Avec ces produits végétaux, on chauffe à une haute température la couche superficielle du sol qu'on divise en plaquettes, et dont on fait de petits fourneaux. Cest là une amélioration dont les cultivateurs sont satisfaits, ils y trouvent un double avantage : celui de féconder le sol, et celui de le purger par l'incinération d'une grande quantité de mauvaises graines^ — A part ces circonstances spéciales, l'écobuage n'est pas à recommander dans beaucoup d'autres circonstances.

Certains propriétaires écobuent les landes en Bretagne, en Sologne, en Touraine et en Poitou, en Limousin et en Auvergne. On écobue la lande, puis on en mélange les cendres par un léger labour, et on emblave le terrain. Ce mode de défrichement était excellent autrefois, quand il n'y avait pas d'autre moyen de fertiliser la lande. Mais il avait l'inconvénient de détruire une partie des matières organiques, et de dissiper dans l'atmosphère l'azote et les autres substances de ces matières organiques. Maintenant qu'on peut désacidifier le sol des landes par du phosphate de chaux minéral, et l'enrichir en même temps de chaux et d'acide phosphorique, l'écobuage de la lande serait un moyen détestable de la mettre en valeur.

Par l'écobuage, on dépense en pure perte les matières

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fertilisantes du soi, pour des récoites toujours peu abondantes et très coûteuses.

C est une pratique qu'il faut proscrire depuis que les défricheurs de landes peuvent se procurer à bon marché des phosphates fossiles ou des scories phosphoreuses. La lande, traitée de cette façon, ne perd rien de ses matières fertilisantes, et sa composition minérale complétée par Tengrais phosphaté la rend apte à produire une série de bonnes récoltes.

Défrichements en Corse et en Algérie,

Ce ne sont plus des défrichements de landes. Le maquis de la Corse est un fourré impénétrable d'arbustes serrés et vigoureux, qui atteignent parfois 2 et 3 mètres de hauteur; ils n'ont aucune ressemblance avec la misérable lande de la Sologne ou de la Bretagne. On y trouve en grande abondance , de la bruyère arborescente, des lentisques, du myrthe, du chêne vert, du calycotome épineux, du genévrier, des cistes, du phyllirea, etc. Je ne cite que les principaux végétaux, ceux qui dominent dans les plus forts maquis.

Le développement de cette végétation spontanée indique l'état de fertilité du sol. On doit préférer pour le défrichement les maquis les plus vigoureux et les plus chargés d'essences ligneuses, surtoutsi le sol est profond et exempt de rochers.

Les surfaces couvertes exclusivement de cistes sont faciles à défricher. On peut attaquer ces petits végétaux à la charrue, mais le sol qui n'a produit depuis un temps immémorial que des arbustes faibles et rabougris, n'a pas les qualités voulues pour devenir une bonne terre arable. Le défrichement des grands maquis offre les

mêmes difficultés que celui d'un taillis de chêne. On ne peut l'attaquer qu'à la pioche, tant le terrain est encombré d'un réseau de racines ligneuses, vigoureuses et tenaces. Près des grands centres de population, on peut, par la vente des bois et la fabrication du charbon, solder avec bénéfice tous les frais du défrichement. Mais quelquefois on est obligé de brûler sur place les produits ligneux, par suite de l'éloignement des villes et du manque de voies de communication. Dans ce cas, le défrichement à la pioche peut coûter de 5oo à i ,000 fr. l'hectare.

Cette dépense n'a rien d'exagéré quand il s'agit d'un défoncement à o",5ode profondeur, effectué en vue de la création d'une vigne. Au domaine de Casabianeda, on a défriché du maquis à meilleur marché, à l'aide du scarificateur coupant, mû par des machines à vapeur du système Fowler. Les machines étaient chauffées avec les racines du défrichement, et on possédait sur place l'eau d'alimentation pour les générateurs. Le terrain était parfaitement défriché et défoncé quand le scarificateur avait travaillé dans deux sens opposés, le second coup de l'instrument croisant les sillons de la première opération. En Algérie, les broussailles qu'on défriche pour y faire de la vigne, sont enlevées à la pioche quand elles sont constituées de végétaux ligneux formant de véritables bois taillis. Dans certains cas, le bois paye complètement le défrichement, ou vient en déduction d'une partie de la dépense. Pour des surfaces qui ne portent que du palmier nain, du Jujubier sauvage, des asphodèles et de la scille maritime, le défrichement peut s'effectuer par la machine à vapeur. On trouve des entrepreneurs qui se chargent de ce travail à un prix qui varie suivant les difficultés; il est de 400 à 800 fr. suivant l'abondance du palmier nain et du jujubier.

Il n'est pas de pays en France où le sol soit défoncé avec plus de soin et de perfection qu'en Provence. On apprécie les bons effets, au double point de vue de la fertilité et de la fraîcheur du sol, de ce travail qu'on ne craint pas de recommencer de temps à autre sur le même terrain, malgré la dépense considérable qu'impose à l'exploitant une si importante opération. On ramène la terre du fond à la surface, dans le but de renouveler la partie superficielle du sol et de la remplacer par le soussol oii s'est accumulée une partie des engrais confiés au sol pendant une longue série de cultures. Le sol, remué et ameubli profondément, absorbe facilement les pluies d'été, toujours rares, mais très abondantes quand elles surviennent sous forme d'orages. Le sol bien défoncé absorbe complètement toute l'eau d'une forte pluie sans en laisser s'écouler et se perdre une partie à la surface, et la tient précieusement en réserve pour les besoins des plantes pendant les sécheresses estivales. Les défoncements se font à o°',6o, o"\65 et o'",70 de profondeur. On les exécute, bien entendu, à bras d'homme. La plus forte charrue, celle de M. Vallerand, dite la Révolution, attelée de lo à 12 boeufs, ne peut pas dépasser 40 centimètres de profondeur, et son travail n'est jamais aussi complet ni aussi parfait que celui de l'instrument à bras. L'ouvrier défonceur se sert pour ce travail, non de la pioche, mais d'un bident composé d'une forte douille prolongée en deux fortes dents ayant au moins 32 centimètres de longueur, le tout en acier de première qualité, muni d'un manche court ayant à peine o™,8o de longueur.

Il ouvre d'abord une grande jauge, sorte de fossé ayant la profondeur du défoncement à opérer.

La jauge ouverte, l'opérateur se tient au fond, muni de guêtres hautes et fortes qui le protègent contre la

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terre qui s éboule et s'attache à ses jambes; il pioche à reculons la partie superficielle d'abord, qu'il jette derrière lui au fond de la jauge, il reprend ensuite le soussol qu'il place à la surface du champ. De cette façon, le sous-sol prend la place du sol, et réciproquement. Les pelletées du sol et du sous-sol sont constamment rejetées derrière le travailleur, le manche court de Toùtil oblige ce dernier à se tenir constamment courbé ; il ne se relève un peu que pour lancer la terre derrière lui. Ce travail est d'autant plus pénible qu'au poids de la terre s'ajoute celui de l'instrument, qui pèse environ 2 kilogr. et demi. En Provence, on lui donne le nom de béchard, et on l'achète neuf et emmanché pour le prix de 8 à lo francs. Les extrémités des dents s'usent promf)tement dans les terres siliceuses et pierreuses ; on les recharge aussi souvent que cela est nécessaire. Le béchard ou bident est une pioche à deux branches, et permet à l'ouvrier de déplacer la terre piochée à chaque coup de l'instrument. C'est un effet qu'on ne peut obtenir avec la pioche à une seule branche. Il faudrait 'une bêche ou une pelle pour déplacer la terre piochée. Le béchard provençal effectue les deux opérations en un seul coup.

Le labour de défoncement, exécuté dans les conditions énumérées plus haut, coûte o fr. lo, o fr. i25, o fr. 1 5 le mètre carré, suivant les difficultés du terrain. On paye 1 5 centimes le mètre carré pour les terrains argileux, encombrés de pierres et de racines ; les pierres et les moellons sont ramenés à la surface et restent à la disposition du propriétaire. Les racines, assez nombreuses quand on opère sur une lande ou sur une vieille oliveraie, appartiennent au défricheur. Le travail exige une surveillance assidue, si l'on veut que l'ouvrier se maintienne constamment à la profondeur

convenue. La fraude est difficile à constater quand le travail a été terminé sans avoir été contrôlé régulièrement pendant le cours de Popération.

Les ouvriers provençaux ne consentent pas volontiers à entreprendre un travail aussi pénible. Sur la frontière italienne, ce sont les Piémontais qui l'exécutent pendant les mois d'hiver. Un homme défonce en une journée 35 à 40 mètres carrés. Il ne faut pas moins de

2 5o journées d'ouvrier pour le défoncement d'un hectare de terre. A ce travail, les hommes robustes gagnent

3 francs à 3 fr. 5o par jour.

Le défoncement à bras d'homme coûte de 1,000 à i,5oo francs l'hectare. La même opération revient au même prix en Algérie, où elle est pratiquée rarement par les colons français, mais par les vigoureux pionniers du sud de l'Espagne. C'est pour des plantations de vignes qu'on défonce le sol à une telle profondeur ; la vigne créée sur un défoncement à bras d'homme montre une vigueur et une précocité qu'on n'observe pas sur les vignes confiées à un sol défoncé à la charrue.

Le défoncement à bras d'homme coûte huit à dix fois plus que le défoncement à la charrue, mais l'abondance des premières récoltes rend le premier système de défoncement plus avantageux que le second. Seulement, quand il s'agit d'une grande surface à défoncer, on ne trouve pas toujours des travailleurs en nombre suffisant pour effectuer le travail dans l'espace des trois ou quatre mois d'hiver.

Le défrichement à la charrue, sur un sol compact et argileux que j'ai examiné aux environs d'Hyères, s'effectue avec un fort araire attelé de cinq chevaux ou mulets; deux hommes et cinq bétes, procédant très lentement, labourent à peine 20 ares par jour. La dépense par jour est de 6 francs pour les deux hommes

et de 1 5 francs pour les cinq bêtes. Il faut en outre compter 5 francs pour l'usure et ramortissement de rinstrument, soit 26 francs pour une journée de travail. Ce labour de défoncement , ayant une profondeur variable de 25 à 3o centimètres, revient à 120 francs par hectare. Cest le dixième de la dépense du défoncement à bras d'homme et avec le béchard. Mais quelle différence entre ces deux systèmes de défoncement, et combien la vigne, placée sur un sol défoncé à 70 centimètres et bien ameubli, sera supérieure en vigueur et en production à celle qu'on plante sur un sol motteux, assez mal ameubli et défoncé à une trop faible profondeur! Il est reconnu que, pour Texploitant en mesure de faire au terrain l'avance du défoncement à bras, c'est celui-ci qui dans Pavenir donne le plus de satisfaction et les plus gros bénéfices.

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