‹ Agriculture généraleChapitre 78 sur 86 · FAÇONS ARATOIRES · texte numérisé non relu

FAÇONS ARATOIRES

On sait que le succès des cultures dépend plus des qualités physiques du sol que de ses propriétés chimiques. Un sol très fertile demeurera improductif, si, faute d'être travaillé, il demeure compact, tenace, imperméable, dur comme la pierre pendant Tété, et mou comme de la boue pendant l'hiver. Les plantes cultivées exigent une terre fraîche sans être humide, meuble et pénétrable aux agents atmosphériques, nette de mauvaises herbes. A ces conditions physiques, ajoutons les éléments principaux de la fertilité en bonne proportion, un climat bien équilibré en chaleur et en pluie, et nous aurons réalisé l'idéal des meilleures conditions de culture. C'est par les façons aratoires qu'on communique au sol les qualités physiques favorables au développement des plantes et qu'on défend ces dernières de l'envahissement des herbes parasites.

Le labour. — Le labour, dans la grande culture, correspond au bêchage dans l'horticulture. Parmi les opérations qui s'appliquent au sol, il n'en est aucune qui soit plus importante et qui contribue plus efficacement au succès des végétaux cultivés. Le sol tient en réserve l'humidité et une partie des aliments des plantes, il est le

siège de réactions qui servent à élaborer ces mêmes aliments des plantes. Mais pour que ces bons effets se produisent, il est indispensable que la terre soit maintenue à l'état meuble, et que dans toute sa masse elle donne un libre accès aux agents atmosphériques. La terre laissée, en repos et abandonnée à elle-même, se ferme et se tasse, elle devient, dans la plupart des cas, imperméable à Pair et à l'eau, et incapable de subir la fermentation qui rend assimilables les matériaux utiles aux végétaux. Tout le monde sait que la jachère morte labounée, hersée et remuée plusieurs fois par les façons aratoires dans le cours d'une année, voit sensiblement augmenter son degré de fertilité. Il n'en est pas de même d'un champ qui ne serait pas façonné à l'état de jachère.

La fertilisation du sol par les opérations aratoires se produit principalement sur les terres argileuses ou argilo-calcaires. Les terres siliceuses sablonneuses, et les terres calcaires, toujours meubles et perméables, ne retirent pas des labours autant d'avantages que les terres fortes et imperméables.

Dans tous les cas, le labour est toujours une opération très utile, il ramène à la surface la partie inférieure du sol, et place à la partie inférieure celle qui est à la surface. La première reçoit directement l'action des agents atmosphériques et présente une terre nouvelle à la jeune plante, tandis que la seconde, plus épuisée et plus fatiguée, ira au fond de la raie se refaire par le repos et par les substances que les eaux pluviales viendront y déposer. Aussi le principal objet du labour est d'ameublir le sol en le retournant, en mettant au fond les parties superficielles et réciproquement. L'ameublissement du sol dans toute sa profondeur a pour etîet d'offrir aux racines des plantes

un milieu favorable à leur développement. C'est le moyen de faciliter la respiration des racines, et de hâter la nitrification des matières organiques; et puis la terre meuble absorbe et met en réserve les eaux pluviales qui, dans les terrée plus ou moins imperméables, couleraient et se perdraient à la surface.

Il n'y a pas de pays où l'action fertilisante du labour soit plus appréciée qu'en Algérie. On admet, en Mitidja, qu'on est sûr d'obtenir un bon blé sur la terre ayant reçu, au printemps, un labour permettant au sol de mûrir et de se nitrifier par les forte» chaleurs de l'été. Le blé se trouve dans de moins bonnes conditions quand on le sème sur un seul labour donné à l'époque des semailles. On peut dire en quelque sorte qu'un bon labour équivaut à une fumure. Sous l'ancien assolement triennal, la jachère traitée méthodiquement était considérée comme une préparation indispensable pour assurer le succès de la culture du froment. EUle paraissait nécessaire pour la fertilisation et le nettoiement du sol. Telle est l'action physiologique du labour. A cet effet principal et fondamental viennent se joindre d'autres genres d'utilité ; il détruit les mauvaises herbes en les renversant au fond du sillon; il sert à mettre en terre les choux, les pommes de terre et les grosses semences. En terre légère, on ne craint pas d'enterrer à la charrue la semence du froment. C'est encore par le labour que l'on met le fumier en terre.

Forme du labour, — On doit considérer dans le labour la disposition des raies ou sillons et le groupement de ces sillons. On appelle enrayure. le premier sillon soulevé par la charrue, et dérayure le dernier sillon qui laisse une raie ouverte. Les charrues ou les araires à versoir fixe, retournant toujours la terre du même côté, ne peuvent pas revenir dans la dernière raie ouverte;

il faut que le laboureur aille reprendre une autre raie parallèle et symétrique à la première. En procédant ainsi, le champ se trouve divisé en planches parallèles séparées entre elles par une double dérayure. Le milieu de la planche représente en relief bombé une section inversement semblable à celle de la double dérayure. Dans les terres imperméables, les dérayures combinées avec la pente générale du terrain contribuent puissamment à Tassainissement des cultures hibernales.

Si le sol est peu profond et peu fertile, on restreint les planches au point de les composer de 4, 5 ou 6 raies. Ce sont des billons, des petites planches bombées qu*on rencontre encore très communément sur beaucoup de points de la France, notamment dans les régions imperméables. Les planches larges, usitées dans les pays les plus fertiles et les mieux cultivés, seraient d'un mauvais usage dans des conditions agrologiques toutes différentes. Il ne faut pas croire que les petits billons laissent une partie du champ improductive. Si la terre est bien fumée et bien préparée, la céréale profite de Taération qui se produit sur les deux côtés du billon, la plante mieux éclairée talle davantage et finit par combler le vide du billon. Les blés en billons, convenablement traités, deviennent aussi épais et aussi grenus que les blés en planches des terres perméables. Sur les terres pauvres et peu profondes , le billon de 2 à 4 raies a pour effet d'augmenter l'épaisseur du sol et de placer la culture dans de meilleurs conditions de végétation.

La pratique des billons, inusitée dans les couches les plus fertiles et les mieux cultivées est, aux yeux de beaucoup d'agriculteurs, un signe de culture routinière et arriérée.

On lui reproche d'être une gêne et même un obstacle à l'emploi des machines perfectionnées. Les blés bil-

lonnés se fauchent difficilement à la machine. La charrue qui sert à construire les billons est inférieure au brabant double, si apprécié pour la confection des bons labours. Au reste, on a recours aux planches étroites même dans les pays fertiles, toutes les fois que la terre exige ce mode de labour pour son parfait assainissement en hiver. Quant aux champs labourés à plat sans planches apparentes, on est souvent obligé de tirer ce qu*on appelle des raies d'écoulement sur les parties exposées à souffrir de l'humidité pendant Thiver et à être ravinées par les pluies. Sur les terres imperméables, on rçncontre çà et là des agriculteurs qui suppriment les billons. Il n'y a aucun inconvénient à le faire, sur les terres drainées et défoncées, où, grâce à ces améliorations, les cultures n'ont plus à souffrir d'un excès d'humidité.

Dans les régions imperméables, le billon conservé pour les cultures d'hiver est généralement supprimé pour les cultures de printemps plutôt exposées à pâtir de la sécheresse que de l'humidité.

Revenons à l'exécution du labour. S'il s'agit de faire des billons ou planches, on emploie la charrue avec ou sans avant-train. L'araire, sans avant-train, est moins chère que la charrue à avant-train, et fatigue moins l'attelage. Néanmoins la charrue sans avant-train perd constamment du terrain ; elle exige de la part du laboureur plus d'attention, d'habileté et d'efforts.

Le brabant double est une charrue tout en fer, composée de deux charrues placées dos à dos. Cette combinaison permet de labourer avec une seule raie ouverte. La charrue inoccupée en allant, fonctionne en revenant dans la raie tracée par la charrue symétrique. C'est l'instrument adopté par les exploitants des régions les plus fertiles et les mieux cultivées. Partie des dépar-

tements de TAisne, de TOise et de la Somme, cette charrue s'est répandue successivement dans tout le nord de la France et aux environs de Paris ; de là, elle a été introduite sur d'autres points, et en général partout où l'on désire effectuer les meilleurs labours sous le rapport de la régularité et de la profondeur.

Dans les pays oîi les labours se font à plat, le brabrant double offre sur les autres charrues des avantages incontestables. Il fait un meilleur travail que la charrue tourne-oreille qui permet, comme le brabant double, de labourer avec une seule raie ouverte. Il supprime les grosses enrayures et les profondes dérayures des labours exécutés avec Faraire. De cette façon, aucune parcelle de la surface n'est perdue. L'enrayure se pratique sans difficulté sur n'importe quel côté du champ. On n'est pas obligé de combiner les planches comme on le fait avec l'araire, ni de pratiquer des labours en pointe difficiles et longs à exécuter.

Par le brabant double, l'attelage tourne sur lui-même sans aucune perte de temps, sans piétiner et durcir les deux extrémités du champ dites fourières.

Enfin cet instrument se conduit et se règle avec une extrême facilité. Une fois bien réglé, il fonctionne sans qu'il soit nécessaire d'y appliquer le moindre effort. Un apprenti se met vite au courant de sa manœuvre, et n'est pas longtemps à savoir exécuter de bons labours. Avec un tel instrument, les labours profonds n'otîrent pas de difficultés sérieuses, il suffit de choisir le modèle approprié à cette profondeur, et d'y appliquer un attelage en rapport avec la résistance du travail .

Pour des labours de moyenne profondeur, de o'",25 à o",3o en terre franche, on se contente généralement d'un attelage de trois forts chevaux placés de front sur une

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volée spéciale. Cet attelage, court et facile à gouverner, tourne bien au bout de chaque raie. C'est celui qu'on préfère pour les labours ordinaires. Pour des labours plus légers de déchaumage ou de semailles, deux chevaux suffisent amplement.

Le brabant double est toujours d'un prix assez élevé. Mais par le fait, il n'est pas plus cher que les autres charrues, attendu qu'il est tout en fer, et qu'il se compose de deux charrues accouplées ensemble.

C'est la charrue des riches cultures et des bonnes terres profondes, exemptes de pierres et de rochers. Il fonctionne mal dans les terres pierreuses et rocheuses. Dans ce cas, on doit se contenter de charrues simples, avec un soc terminé en une longue pointe, disposition indispensable pour entamer les terres pleines de pierres»

Pratique du labour, — L'inclinaison de la bande de terre retournéepar la charrue est subordonnée au rapport qui existe entre la largeur et la profondeur de la raie. Le labour incliné à 45** est celui qui offre la plus grande surface soumise à Faction bienfaisante des agents atmosphériques. Dans ce cas, la largeur est à la profondeur comme V^'^tsx à i . Cette vérité se démontre facilement par la géométrie. C'est par tâtonnement sur le régulateur de la charrue qu'on finit par remplir cette condition. Les labours faits avant l'hiver, en vue d'ameublir les terres fortes, demandent des raies inclinées à 45", formant à la surface des prismes en relief, de forme triangulaire La section du prisme exposé à l'air est un triangle rectangle isocèle. Il est facile de démontrer géométriquement, qu'à hypothénuse égale (largeur du labour), c'est le triangle isocèle qui offre la plus grande surface exposée à l'air. Les labours plats des déchaumages et des semailles veulent une forte largeur contre une faible profondeur. Dans ce cas, la bande est complè-

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tement retournée et horizontale. Si la profondeur égale ou dépasse la largeur, la bande se retourne mal et reste droite, plus ou moins rapprochée de la direction verticale.

Le bon labour se reconnaît à la rectitude des raies , et à un fond de sillon parfaitement horizontal. Le mauvais laboureur ne laboure pas droit, et le soc ne fonctionne pas régulièrement et horizontalement au fond du sillon.

On démontre que dans le cas du labour incliné à 45** la largeur est à la profondeur comme V^ : i ou comme I, 41 : I ou comme 7 est à 5, rapport indiqué par Burger.

Casanova, auquel on doit une. excellente brochure sur la charrue, démontre en outre que le triangle isocèle du relief extérieur du labour à 45° est celui qui offre la plus grande surface exposée à Tair.

Pour trouver graphiquement la largeur correspondant à une profondeur donnée , il suffit de prendre pour les largeurs l'hypothénuse d'un triangle isocèle ayant pour les côtés égaux la profondeur du labour.

État du sol au moment du labour, — Il est très important que le labour soit pratiqué dans de bonnes conditions d'ameublissement. Un champ labouré trop sec ou trop humide peut rester improductif pendant une assez longue durée, par suite de Pétat compact et motteux de la terre. On exprime cet effet en disant que la terre est gâtée. Cet accident n'est jamais à redouter sur les terrains toujours meubles naturellement, ni sur Jes terres marneuses et calcaires qui se délitent à la pluie et à la gelée. Les terres argileuses ou argilo-siliceuses comme celles des Dombes et du limon des plateaux, se mettent en boue par les pluies abondantes, et deviennent dures comme la brique par une sécheresse prolongée. Il faut

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se garder d'y toucher dans ces deux états extrêmes; sèches et durcies, elles sont inattaquables par les charrues. On s'exposerait à briser l'instrument, et on serait obligé d'y appliquer un très puissant attelage. A l'état de boue, elles sont plus maniables^ mais la charrue enlève des sillons compacts très difficiles à diviser plus tard par la herse et le rouleau.

Les praticiens labourent ces terrains quand ils sont à l'état de fraîcheur. Pris à point, ils s'émiettent et se divisent sous l'action de la charrue, et s'ameublissent parfaitement par de simples hersages. 11 n'est même pas nécessaire d'y appliquer le rouleau.

Les terres siliceo-argileuses , dites terres blanches, sont faciles à façonner pourvu qu'on les laboure au moment le plus convenable. Ces terres, pauvres en carbonate de chaux, mais riches en silice impalpable et gélatineuse, demandent, en ce qui concerne les labours, un traitement différent de celui qu'on applique aux terrains contenant un bonne proportion de calcaire. Mathieu de Dombasle recommande de ne pas les labourer avant rhiver. C'est un fait bien connu dans le Perche : le limon des plateaux reposant sur un sous-sol imperméable ne doit pas être labouré avant l'hiver. Laissé en chaume, on peut, au printemps, le labourer dans de bonnes conditions, tandis que cette même terre serait en très mauvais état au printemps, si on y avait mis la charrue avant Thiver. La terre non labourée reste saine, et se trouve impénétrable aux eaux pluviales, tandis que la terre labourée s'imbibe , regorge d'eau, et se ressuie difficilement à l'époque des semailles de printemps.

Pour ce qui est des labours d'hiver, on voit que certaines terres en profitent, tandis que d'autres en souffrent. C'est au praticien d'en faire la distinction. Il laboure en tout temps et en toute saison les terres perméables et

constamment meubles, et laisse en repos sans y toucher les terres imperméables dont les propriétés physiques perdraient par TefFet d'un labour fait avant l'hiver. On distingue trois espèces de labour :

Le labour léger, atteignant o". lo à o. 1 5

Le labour ordinaire o". 20 à o". 25

Le labour profond o".3o à o".4o

Le labour léger ne peut pas s'exécuter avec une charrue sans avant-train. Pour ce travail, il faut un instrument plu3 stable : le brabant double, ou toute autre charrue à avant-train. Le labour léger est indiqué pour déchaumer et pour recouvrir certaines semences. On l'applique encore au défrichement des prairies dont on veut, par des façons superficielles, hâter la décomposition du gazon.

Le labour ordinaire s'applique au sol qu'on veut ameublir à une moyenne profondeur. C'est celui que l'on pratique le plus communément, avec une charrue munie ou dépourvue d'avant-train.

Les labours profonds sont d'une exécution assez difficile : la résistance augmente considérablement avec la profondeur du labour. Dès qu'on dépasse 3o centimètres, il faut un attelage de 4 à 6 bœufs. Il en faut 8 à 10 pour une profondeur de o"*,40. Un tel labour est un véritable défoncement qu'on applique aux champs destinés à porter de la betterave , de la luzerne ou de la vigne. Cette façon très chère s'exécute, dans la région des sucreries, avec un fort brabant double et des bœufs qui servent non seulement pour cette opération, mais encore pour le transport des betteraves. Après avoir été utilisés aux travaux des champs, ces animaux sont engraissés à la pulpe et aux tourteaux.

Dans de moyennes exploitations, de tels défoncements ne sont pas nécessaires; de bons labours de o™,25 à o%3o répondent suffisamment aux exigences des céréales et des cultures fourragères. Les labours profonds exigent d'abondantes fumures, sinon Topération serait mauvaise et nuisible aux cultures.

Le labour de défoncement ramène une terre neuve à la surface. Or, les céréales végètent mal sur ce sol tant qu'il n'a pas subi l'influence des agents atmosphériques. Il faut par conséquent s'abstenir de défoncer les champs qu'on veut emblaver en céréales. Les. racines, les pommes de terre, les choux profitent au contraire d'un labour de défoncement, pourvu qu'on ne ménage pas le fumier et les engrais chimiques.

En procédant graduellement, et en ne défonçant que les champs destinés aux racines, on arrive peu à peu à défoncer toutes les terres d'un domaine. Cette opération, conduite prudemment, constitue une amélioration foncière d'une très grande importance. Le sol approfondi souffre moins de l'humidité et de la sécheresse, et place les végétaux dans les meilleures conditions de développement.

L'exploitant qui manque de fumier défonce son sol sans ramener la terre même à la surface. Il fait passer une fouilleuse derrière la charrue, et fouille le sous-sol à o™,o8 ou 'o'", 10 de profondeur. Cette opération produit un assez bon effet, mais elle est moins efficace qu'un labour de défoncement.

Dans le Midi, le défoncement est Jugé indispensable pour le succès et la durée des luzernières. Là on ne possède ni le brabant double, ni les i o bœufs que nécessite un défoncement à 0^,40 de profondeur. On s'y prend à deux fois pour obtenir le même résultat. On ouvre la raie avec une charrue ordinaire qui va à 0^,25 ou

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o™,3o de profondeur, et on fait suivre la première charrue d'une autre qui prend, au fond du sillon, une bande de o"»,o8 à o°»,io qu'elle dépose sur le premier sillon à l'aide d'un versoir d'une forme spéciale : c'est la charrue Bonnet, très connue et très appréciée dans Vaucluse et les départements voisins. Si la terre n'est pas forte, il suffit d'un attelage de deux bœufs à chacune des charrues. Ce genre de défoncement réussit à merveille sur les bonnes alluvions des vallées, où le sous-sol est généralement plus fertile que le sol plus ou moins épuisé par les cultures antérieures.

Croisements de labours. — Quand la forme du terrain ne s'y oppose pas, il y a tout avantage à ne pas labourer dans le même sens une terre à laquelle on juge utile de donner plusieurs labours. Le second labour, fait dans une direction qui se rapproche de la pei pendiculaire sur le premier labour, mélange mieux le sol, l'ameublit davantage et corrige les défauts du premier labour mieux qu'un labour exécuté dans le même sens que le premier.

Le binotis, — On nomme ainsi un gros labour d'hiver ou de toute autre saison. On l'exécute avec un binot, sorte de buttéur à deux versoirs. On met en relief une grosse raie sur une bande non labourée. Ce gros labour produit des reliefs inclinés à 45** et offrant une profondeur et une largeur double de celles des labours ordinaires. Le cube exposé à l'air est par conséquent très considérable, circonstance favorable à la fertilisation du sol par l'action des agents atmosphériques. Ce travail est expéditif puisqu'on ne remue que la moitié de la sur- Jace.

Le binotis est la façon qui expose la plus grande surface aux influences atmosphériques. Il n'est jamais plus efficace que sur les terres qui s'ameublissent sous l'action des gelées. On peut obtenir le même résultat avec

la charrue ordinaire : il suffit de disposer le champ en billons de deux raies. Le binotis produit d'excellents effets pour enterrer le fumier, détruire les mauvaises herbes, et faciliter la nitrification du sol.

Force de traction, — On attèle à la charrue des bœufs, des chevaux et quelquefois des mulets. Les bœufs attelés au joug et traînant une araire sans avant-train, constituent, sans contredit, l'attelage le plus naturel et le plus économique.

On a une charrue qui n'est pas chère, et des animaux qui, pour les harnais et la nourriture, coûtent moins que les chevaux. De plus, les animaux réformés et engraissés ont conservé leur valeur comme bétes de boucherie. Aussi, c'est l'attelage que Ton rencontre le plus communément dans une grande partie de la France. Le Berry, le Nivernais, l'Auvergne, la Bretagne, une partie de la Normandie, la Franche-Comté, et bien d'autres régions exécutent tous les travaux des champs avec des bœufs. La Corse et l'Algérie en font également un large emploi.

Dans d'autres localités, on emploie à la fois le cheval et le bœuf aux façons aratoires; appliquant le bœuf aux labours et aux lourds transports à travers champs, et réservant les chevaux pour les charrois rapides en bonne route.

Une économie bien entendue devrait toujours accorder la préférence au bœuf pour les travaux de la ferme; mais dans les pays où le cheval prend la place du bœuf, on ne trouve pas de bons bouviers et on apprécie dans le cheval sa docilité et la rapidité de ses allures. Si on pratique l'élevage sur une bonne race de trait, on peut effectuer les travaux avec des bétes de 2 à 5 ans, qu'on livre au commerce quand l'animal a atteint sa plus grande valeur.

De cette façon, le travail du cheval n'atteint jamais un prix très élevé.

Les attelages de deux ou trois chevaux à une charrue, sont ceux qui conviennent le mieux pour les labours ordinaires. Un seul conducteur les dirige facilement aux tournées, et peut en exiger une allure régulière, et supérieure en rapidité à celle des bœufs. Un tel attelage labourera 5o ares en une journée, tandis que des bœufs ne feraient que 3o à 35 ares. Quand un labour de défoncement exige un attelage composé de quatre, six ou huit animaux, le bœuf, à Tallure paisible et patiente, est préférable au cheval, disposé à s'emporter et à tout briser quand le terrain n'est pas solide, et que la charrue exige un effort violent et exécuté d'ensemble.

Les Anglais ont inventé de puissantes charrues à vapeur dont quelques-unes fonctionnent en France et en Algérie. La charrue est tirée alternativement par des locomobiles routières placées aux deux extrémités du champ. Ces machines sont en mesure de fournir chacune une force de 20 chevaux vapeur. La charrue porte 3 à 5 socs, et fonctionne à la vitesse d'un cheval au petit trot. Ces appareils sont d'un prix très élevé. Ils ne conviennent qu'à de très grandes exploitations dont les champs forment de grands rectangles pourvus de bons chemins assez solides pour porter les machines pendant leur fonctionnement. Ces charrues sont aptes à faire des défrichements et des labours de défoncement comme il en faut pour la plantation de la vigne. En Algérie, ces travaux se font à Tentreprise pour le compte des propriétaires. Le prix varie avec la difficulté du travail; il s^ élève en moyenne à 400 francs l'hectare pour une profondeur d'environ 0^,40. Le propriétaire qui veut créer 3o à 40 hectares de vignes en une année par un défoncement général du terrain, ne peut le faire qu'en appe-

lanl à son aide un entrepreneur de labourage à vapeur.

Jamais ces puissants et coûteux appareils ne seront utilisés dans les régions accidentées , et dans les exploitations plus ou moins morcelées et plus ou moins garnies de haies, de plantations et de fossés. Les très grandes exploitations d'un seul ténement sont d'assez rares exceptions. Il y faut toujours des animaux de trait pour le transport des fumiers et des récoltes. Ces attelages resteraient parfois inoccupés si la charrue à vapeur les dispensait des labours et des autres façons aratoires.

Hersage et roulage, — Le hersage a pour effet de compléter l'action de la charrue, en unissant la surface et en achevant l'ameublissement du sol. La herse agit autrement que la charrue, elle émiette le sol sur place sans le déranger, laissant en haut ce qui est à la surface et en bas ce qui est au fond du sillon. Par la herse et le rouleau, l'ameublissement du sol peut atteindre une grande perfection. Les petites graines demandent une terre fine et parfaitement divisée. C'est une condition de bonne germination et d'un prompt développement. Les semences plus volumineuses n'ont pas les mêmes exigences. Pour les cultures d'hiver, on évite même de pousser trop loin la division du sol : une surface motteuse est préférable; les mottes, servant d'abri à la jeune plante, empêchent le terrain de se battre, et en s'émiettant à la gelée ou à la pluie, elles renchaussent la céréale et fortifient son appareil souterrain.

La terre une fois labourée à 45®, faut-il la herser immédiatement ou la laisser à l'état de labour? Pour les labours d'hiver, l'hésitation n'est pas permise. La terre bien labourée doit rester telle pour subir les influences atmosphériques sur une surface aussi grande que possible.

Pendant Tété, on doit agir tout différemment ; comme il importe de conserver Thumidité du sol en faveur des plantes, le labour doit être suivi immédiatement d'un coup de herse. Avant de rentrer à midi, le laboureur devra herser toute la terre labourée pendant la matinée et faire de même à la fin de la journée. La charrue et la herse doivent fonctionner alternativement et sans aucune interruption. On ne doit pas herser une terre mouillée, ni une terre trop sèche : il faut la prendre à l'état frais, quand les mottes sont tendres, friables et faciles à diviser.

Au printemps, il y a de graves inconvénients à ensemencer en avoine ou en orge une terre fraîchement labourée et hersée. Dans ce cas, les mauvaises graines, notamment la moutarde sauvage [Sinapis arvensis) et la ravenelle {Raphanus raphanistrum) germent en même temps que la céréale, elles Taffament et en réduisent considérablement le rendement. Tout le monde sait que la récolte est gravement compromise quand ces deux crucifères se montrent drues et vigoureuses au milieu d'un jeune semis.

La moutarde sauvage, en Beauce et en Brie, est un fléau qui fait un mal énorme aux céréales de printemps. A un moment donné, elle domine les avoines, et jaunit de ses fleurs les champs, à un tel point qu'on la fauche par dessus la céréale ; on n'enlève ainsi qu'une partie des fleurs, il en reste assez pour donner des graines qui saliront encore le terrain au moment de la récolte. La moutarde sauvage est dominante sur les bonnes terres franches suffisamment pourvues de calcaire. La ravenelle se plaît, au contraire, en terre siliceuse ou siliceo-argileuse. Ces deux crucifères sont également épuisantes. La moutarde, avec sa silique déhiscente, s'égrène sur le sol; la ravenelle, au contraire,

revient à la ferme par sa silique articulée dont les fragments retournent aux champs par le fumier.

Comment parvenir à arrêter cette végétation parasite si nuisible aux céréales de printemps ? Il faut éviter les ensemencements sur labour frais. Avant de pratiquer le semis, il faut donner un coup de herse, et laisser aux mauvaises graines le temps de germer. Dès qu'elles sont sorties de terre, on sème la céréale, en ligne ou à la volée, en détruisant, par un nouveau coup de herse, les jeunes crucifères.

C'est dans l'assolement triennal, oti l'avoine succède au froment, qu'on a à redouter l'envahissement delà céréale par les crucifères. Les avoines après plantes sarclées en sont généralement exemptes.

Ces mêmes crucifères paraissent parfois dans les céréales semées à l'automne. Sous le climat de Paris, l'hiver tant soit peu rigoureux en a raison. Cependant certains hivers doux et privés de fortes gelées, épargnent ces plantes parasites qui nuisent beaucoup au froment, et salissent le sol de leur graine, si on néglige de les extirper à l'époque de leur floraison. Le mieux est de les arracher et de les utiliser pour l'alimentation des bêtes à cornes qui ne s'en trouvent pas mal, pourvu qu'elles n'en prennent pas avec excès. Le froment d'hiver est parfois envahi encore par la renoncule des champs [Ranunculus arvensis). Elle affame la céréale autant que les mauvaises crucifères. Ces plantes nuisibles germent en même temps que le blé semé sur labour frais. La renoncule résiste aux gelées d'hiver qui tuent les crucifères.

Quoi qu'on fasse, les crucifères adventices se montrent toujours en plus ou moins grande quantité dans les jeunes avoines. Un hersage fait à propos détruit ces germinations, et communique à la céréale une nou-

velle vigueur qui lui permet de dominer et de vaincre » les mauvaises herbes.

Si la herse suffit pour ameublir une terre légère, siliceuse ou siliceo-argileuse, elle devient parfois inefficace sur le sol argileux ou argilo- calcaire. Là on se sert du rouleau plombeur pour les terres de consistance moyenne, et du rouleau Croskill pour celles qui forment des mottes dures et résistantes. Après le rouleau, on passe la herse, et on répète ces opérations autant de fois que cela est nécessaire pour Pameublissement du sol.

La herse ramène les mottes à la surface et permet au rouleau de les attaquer et de les écraser.

Il y a des herses de toutes les formes, elles sont triangulaires , parallélogrammiques , trapézoïdales ou en ziz-zag. Les plus énergiques, sont des herses en fer d'un modèle anglais, dites herses Howard en ziz-zag. Accouplées par deux, trois ou quatre, elles prennent la forme du terrain et, par une bonne disposition des dents, elles font un travail régulier et irréprochable. La herse ameublit le sol superficiellement. Veut-on le travailler dans toute son épaisseur, la herse doit être remplacée par le scarificateur qui n'est à vrai dire qu'une herse à dents ou pieds plus longs, montée sur trois roues, et disposée pour agir à telle profondeur que Ton désire. Rien n'empêche d'aller aussi profondément que la charrue.

Les blés, en terre saine et consistante, profitent bien d'un hersage au printemps, suivi d'un coup de rouleau plombeur. Ces opérations écroutent le sol, aèrent les racines, et détruisent une partie des mauvaises herbes. C'est le moment d'appliquer à la céréale l'engrais chimique et la semence de la graine artificielle, si cette culture doit suivre celle du blé.

Les luzernières gagnent aussi à recevoir en hiver un coup énergique de herse, et mieux de scarificateur. Cette opération a pour effet de détruire les graminées vivaces qui envahissent la luzerne, et de favoriser la végétation de la légumineuse par l'aération et Tameublissement du sol sur une certaine profondeur.

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