‹ Agriculture généraleChapitre 45 sur 112 · SOINS D'ENTRETIEN DES PRAIRIES NATURELLES · texte numérisé non relu

SOINS D'ENTRETIEN DES PRAIRIES NATURELLES

si Ton coupait la première année, le tallage ne se ferait qu'incomplètement, et le gazon s'écraserait. On ne doit faucher la première année que les prés établis en sols humides, où le pâturage est nuisible.

Entretien des betbages. — Afin d'assurer la productivité des herbages, on veillera à détruire les plantes nuisibles qui envahissent le pré au bout d'un certain temps.

L'assainissement des terrains humides prévient l'envahissement par les mousses, les laiches, les joncs surtout ; si l'on épand des amendements calcaires, des scories qui combattent l'acidité du sol, les légumineuses ainsi favorisées prennent un nouveau développement. On n'hésite pas à lutter directement contre les plantes adventices au moyen des procédés que nous indiquerons plus loin (Voy. Destruction des plantes nuisibles). Un fauchage hâtif compromet la maturation de certaines espèces et aide à leur disparition. On recommande parfois de couper, après le départ des animaux, les touffes de refus afin d'avoir une végétation uniforme ; les feuilles mortes tombées au pied des pommiers, des arbres, seron t enlevées ; elles nuieraient au développement de l'herbe (Garola). Les taupinières, fourmilières (1) seront détruites au moyen du sabot des prés de Mathieu de Dombasle ou de la bêche. Dans les herbages bien tenus, on épand uniformément les déjections des animaux ou on les ramasse pour constituer des composts. Une bête bovine peut couvrir par jour 1 mètre carré de surface avec ses excréments, qui suppriment momentanément toute végétation.

Les engrais seront épandus également à la fin de l'hiver ; les froids de cette saison occasionnent parfois, en pâturage calcaire, siliceux ou tourbeux, un soulèvement de la couche superficielle qu'on plombera fortement au printemps. Des hersages, vers la même époque, permettront d'aérer la surface du sol parfois riche en azote organique, qui ne peut nitrifier par manque d'oxygène,

<1) Garola, Plantes fourragères.

et détruiront les racines des plantes stoionifères menaçant de prendre trop de place.

Le pâturage du pré par les animaux, c'est-à-dire le chargement de l'herbage^ sera établi judicieusement en tenant compte des coutumes locales,'' de la fertilité du sol, de la composition des pâtures, du climat, des conditions météorologiques, de Tétat du bétail, etc.

Entretien desprmiries taucbées. — Les soins d'entretien des prairies sont de même nature que ceux des pâtures; il est seulement plus diffîcile de lutter contre les plantes adventices par suite de la nécessité de laisser se poursuivre normalement la végétation sans faucher de manière inopportune et sans pénétrer fréquemment sur la prairie, dont on compromettrait la récolte.

Un vigoureux hersage donné au printemps, un scarifiage même assurent Taération des couches d'humus et par suite la nitrification, qu'un chantage léger (1 006 kilogrammes de chaux par hectare) favorisera également.

Sur les terrains pauvres en acide phosphorique, on remplacera la chaux par les scories; les composts, tombes sont d'un usage avantageux. Les hersages de printemps serviront également à enterrer les engrais chimiques épandus en couverture; le nitrate favorise les graminées ; la potasse est l'engrais préféré des légumineuses; on a ainsi entre les mains le moyen de régler l'équilibre entre ces deux familles de plantes fourragères.

Après les gelées rigoureuses, il est parfois utile de rouler les prairies fauchées ; cependant le sol des vieilles prairies doit plutôt être aéré que tassé.

Les taupinières, fourmilières sont ici nuisibles àlabonne marche des instruments de coupe; il convient de les détruire ; la terre épandue rechausse les graminées et favorise leur tallage.

Les mousses sont détruites par Tépandage de 3O0 kilogrammes de sulfate de fer à l'hectare ; la mousse détruite

SOINS D'ENTRETIEN DES PRAIftlES NATURELLES. 201

noircit, se détache du sol et peut être enlevée par des hersages.

Entretien des luzernières. — On estime qu'il faut environ trois anspourquelaluzenie forme ses racines et ses tiges ramifiées. Les luzernes semées au printemps ne doivent pas, en général, être fauchées le premier •automne ; tout au plus pourra-t-on les faire pâturer par un heau temps par des bovidés qui ne rasent pas trop près du sol. Ce pâturage ne devra pas être prolongé et cessera assez tôt pour que la jeune plante puisse repousser avant l'hiver et être assez vigoureuse pour résister aux froids. Ce développement est favorisé par des hersages vigjDUreuxet l'épandage d'engrais chimiques et de plâtre; un plâtrage léger (2bO à 260 kilogrammes à l'hectare) donné annuellement à chaque coupe assure les rendements les plus élevés.

Les hersages doivent être donnés vigoureusement chaque année, et la surface du sol peut même se présenter sous un aspect bouleversé; on emploie de fortes herses de fer articulées, ou même le scarificateur, soit à l'automne soit mieux au printemps; les plantes adventices envahissantes sont ainsi détruites et permettent la végétation vigoureuse de la luzerne.

Les engrais potassiques sontparticulièrementfavorables aux légumineuses; on y joindra des superphosphates cfés que la production semble fléchir. Une luzemière bien cultivée doit permettre deux ou trois coupes ; le fauchage i^ussit mieux à cette plante fourragère quele pâturage; sa précocité en fait une ressource alimentaire précieuse dès le premier printemps; la première coupe, fauchée avant la floraison, permet une i^pousse très active.

La luzerne peut être attaquée par des parasites, dont le plus dangereux est la cuseute^ ou rasque, teigne, tignasse, barbe de moine, etc.. La graine de cuscute, très petite, peut séjourner longtemps dans le sol, traverser même le tube digestif des animaux, attendant des conditions favo-

202 SOINS D'ENTRETIEN

râbles à la germination. La semence de cuscute met quatre semaines à germer ; la tigelle qui se forme s'allonge en se contournant sur elle-même, en portant àson sommet le reste de la graine, qui se détache au bout d'un certain temps ; la partie contournée de l'embryon exécute alors des mouvements rotatifs se tournant vers tous les points de l'horizon, jusqu'à ce qu'elle rencontre une tige vivante^ qu'elle entoure alors en spirale, en s'y appliquant étroftement. Il se forme alors des suçoirs qm puisent à l'intérieur des tissus de la luzerne les sucs nutritifs utiles au développement de lacuseitte. Si, au lieu de rencontrer une tige de luzerne ou ée trèfle, l'embryon de cuscute heurte une tige de bois ou de fer, guidé par un merveilleux instinct, il l'abandonne et continue à rechercher une tige vivante.

La cuscute, ayant ainsi établi son parasitisme, développe ses tiges déliées, rameuses, de couleur rousse, munies de suçoirs, qui gagnent les plantes voisines, et les confond bientôtdans un emmêlement inextricable, louten épuisant les luzernes, qu'elle tue bientôt. Bientôt la cuscute forme ses fleurs, petits capitules blanchâtres, qui deviennent ensuite des fruits, sortes de capsules sphériques à deux loges contenant chacune deux grains ; on rencontre également de petits tubercules pouvant reproduire la plante mère.

La cuscute se reproduit, en résumé, par la graine, par les fragments de tige qui, en contact avec une tige de luzerne, développent des suçoirs, et par les tubercules. Lorsque l'hiver détruit les filaments, les graines et les tubercules résistent ; la vitalité de ce parasite est telle qu'en trois mois unseul pied peut détruire tous les plants de luzerne ou de trèfle qui l'environnent sur un rayon de 3 mètres, correspondant à une surface de plus de 28 mètres carrés (Garola).

On voit qu'il s'agit d'un ennemi redoutable ; il est dangereux de se servir de fumier d'animaux nourris de luzernes envahies, d'employer les semences d'une pièce

SOINS D'ENTRETIEN DES PRAIRIES NATURELLES. 20a

infectée, ou des semences non garanties par le vendeur contre la présence des graines de cuscute. On peut déçuscuter à la ferme à Faide d'un crible de laiton n° 9, qui laisse passer la graine de cuscute seule.

Lorsqu'on s'aperçoit qu'une luzernière est attaquée, le mieux est de couper les pieds de luzerne rez terre jusqu'à 1 mètre au delà de la région infestée. Le produit de cette coupe sera brûlé au loin. On répand, sur la surfece dégarnie, de la paille imbibée de pétrole et ensuite enflammée; la cuscute est ainsi détruite, et il faut souvent rebêcher à la bêche et rensemencer à nouveau une nouvelle plante fourragère à la place de la luzerne également disparue ; on aura ainsi un résultat assuré si l'on applique ce remède avant la maturité des graines. Souvent, au lieu de brûler la place contaminée on y répand une dissolution de sulfate de fer à 3 ou 6 p. 100, ou bien encore du sulfate de potasse brut à la dose de 200 à 300 grammes par mètre carré; avec ces deux dernierstraitements, la luzerne peut repousser.

Un second parasite, la rhizoctone violette {lihizoctonia violacea)^ enveloppe la racine de ses mycéJiums,se nourrit de sa sève et la détruit, formant ainsi des taches circulaires où la disparition des végétaux s'étend progressivement; la présence.de la potentille rampante paraît indiquer une forte probabilité d'infection par la rhizoctone.

Il convient d'entourer les parties de luzernière attaquées^ par un fossé de 60 à 70 centimètres de profondeur, dont on rejette la terre à l'intérieur; la région circonscrite est labourée, et les débris de tiges, racines, sont recueilli* et brûlés. On épand ensuite sur ce labour une forte couche de chaux, et le fond, les parois du fossé sont garnis d'une couche épaisse de soufre avant d'être comblés. Les organes de reproduction de la rhizoctone pouvant subsister trois ans, on évitera de resemer la luzerne dans les anciens foyers d'infection pendant une durée égale; parfois ces mesures sont impuissantes à

â04 SOINS D'KNTBETIEN.

-enrayer le mal, des racines infectées ayant pu être oubliées, et il est alors indispensable de défricber la luzernière.

L'orobranche (Orobranche minor) attaque parfois les deuxièmes coupes de laeerne, en s'établissant en parasite sur ses racines ; ses semences, très petites, et très nombreuses, d'une faculté germinatÎTe persistante, infectent le sol. Le fourrage, peu abondant, est déprécié par suite des propriétés nocives, ou tout au moins aphrodisiaques, de cette plante parasite. Il convient de n'employer que des graines de luzerne exemptes d'orobranche et de semer dru afin de compromettre le développement de ce parasite, qui demande une vive aération. Comme méthode curative, on coupera la prairie avant la maturité de l'orobranche ; dans les cas de non-réussite, il faudra défricher la luzernière.

Parfois on constate ^r les luzernes la maladie dite Miellat, causée par VEresypht ccaununis ; divers champignons : Wromyces api(Mlatus, qui produit la rouille; le Peronospora trifoliorum ; le Phacidium medicagmis, déterminant la dessiccation prématurée des feuilles, compromettent également la croissance de La luzerne, dont la consommation par le bétail doit être alors attentivement surveillée.

La larve de l'insecte, l'eumolphe obscur (Colapsis atra), connu sous le nom de nigril, babot4«, etc., cause dans le Midi de sérieux ravages; les générations successives de ces larves apparaissent dès le mois 4e mai et détiniisent la récolte; il est nécessaire de faudier le •champ pour détruire l'insecte par la famine. La poudre de chaux éteinte, épandue à l'époque où les femieUes s'apprêtent à pondre, fait tomber l'insacte écrasé par un roulage simultané; l'emploi d'un nsélange de naphtaline et d'ammoniaque donne pat^ois de très bons résultats (1).

(1) Voir GuiNAUjf, Entomologie et parasitologie agricoles (Encyclopédik agricole).

SOINS D'EiNTRETIEN DES PRAIRIES NATURELLES. 205

Trèfles. — Les soins d'entrelien des pièces de trèfle violet comprendront également des kersages printaniers dans les sois durcis, des roulages en terrain soulevé. La seconde année de son établissement, les hersages consécutifs aux épandages de superphosphates ou de sels potassiques sont avantageux (fîg. 92) ; un plâtrage léger (200 à 400 kilogrammes par hectare), au moment où les jeunes

W £0 30 4Û 5Û 60 30 M ao fOfl iM JÎOJouiï

•'■■ FLORA ISOA^ Flg^. 92. — Marche de l'absorption des éléments nutrilifs (Garola),

feuilles du trèfle couvrent le sol au printemps, assure des rendements élevés.

On s'aperçoit parfois, après la récolte de la céréale-abri, de lacunes; il est possible de resemer du trèfle api^ès ameublement du sol. Si les places vides sont très étendues, on peut semer en lignes, après un hersage croisé, un mélange de vesce et d'avoine. 11 y a parfois avantage, lorsque le trèfle a mal levé, à déchausser immédiatement ; dès que la terre aura reverdi, on donnera un labour léger, puis on sèmera à nouveau du trèfle sur un hersage.

La cuscute qui attaque les trèfles sera détruite par les DiFFLOTH. — Agriculture. II. — 12

206 iSOlNS D'ENTRETIEN.

procédés plus haut cités. UEreayphe communis produit également le miellat du trèfle; le Sphœria trifolii forme des taches brunes sur les feuilles ; un autre champignon, le Peziza ciboroides, cause la pourriture du cœur ou chancre du trèfle. Lorsque les limaces exercent des dégâts sérieux, ainsi que certaines araignées, on roule avant le lever ou après le coucher du soleil. Le renflement des bourgeons, la formation de rejets de trèfle, qui semblent noués, indiquent les ravages d'une anguillule, le Tyienchus devastatrix; on n'hésitera pas à enfouir le trèfle ainsi atteint par un labour profond, après épandage d'une forte dose de crud d'ammoniaque, qui agit par les sulfocyanures toxiques qu'il renferme.

Sainfoin. — Les soins d'entretien se bornent à prévenir l'envahissement par les mauvaises herbes à l'aide de hersages énergiques au printemps et d'épandages de plâtre, d'engrais potassiques et de superphosphates.

Lutte contre les campagnols. — Les campagnols et les rongeurs de leur famille peuvent parfois occasionner des dommages tels que la lutte doit être menée vigoureusement contre leurs déprédations (1).

11 est curieux de constater que ces rongeurs apparaissent en cohortes nombreuses, certaines années, pour disparaître ensuite sans cause apparente. Nous ne possédons encore aucune connaissance exacte au sujet de la brusque disparition souvent constatée des campagnols et de leur puUulation certaines années : les invasions de campagnols sont caractérisées par des phases immuables, celles de l'apparition, de la puUulation et de la disparition; toujours elles ont disparu heureusement sous l'influence de causes naturelles mal définies plutôt que par les efforts de l'homme.

On estime parfois que la disparition rapide d'innombrables légions de campagnols doit s'expliquer par le

(1) Voy. G. Gdéraux, Zoologie agricole, Paris, 1906, p. 73.

Page 1