HISTORIQUE
ture (jachère), tantôt ony semait des plantes à végétation rapide, occupant la terre peu de temps (demi-jachère).
Les assolements biennaux, avec jachère complète ou demi-jachère, furent cependant la règle générale des cultures des peuples de l'antiquité. Dans le sud de TEurope, c'était une céréale d'automne, généralement du blé, qui était cultivée, la sécheresse du climat ne permettant pas les semailles de printemps. Les régions septentrionales utilisaient au contraire les céréales de printemps, avoine ou orge, les hivers étant trop rudes pour le blé. Cependant, à mesure que les défrichements de forêts eurent adouci la température et que les améliorations foncières permirent l'assainissement des sols, la culture du blé s'avança du sud des Gaules vers le nord et gagna la Germanie et la Grande-Bretagne.
Les variétés s'acclimatèrent, de nouvelles espèces se constituèi^nt plus rustiques et plus vigoureuses, et, sous le règne de Charlemagne, ont put adopter l'assolement triennal : jachère, blé d'automne, céréale de printemps, qui peu à peu se répandit, dans la plus grande partie de l'Europe centrale(l). Les troupeaux élevés dans les fermes se nourrissaient sur les jachères et, en automne, sur les chaumes. La jachère nue était la règle générale, et le bétail n'avait guère que la paille pour se nourrir durant rhiver.
A mesure que la population augmenta dans le centre de l'Europe, il fallut procurer à la consommation plus de pain et plus de viande. Ces deux conditions, dans l'état présent de la culture, étaient incompatibles : en augmentant la superficie réservée au blé, on diminuait l'étendue des pâturages, en réduisant du même coup la
(1) Ce système de culture y prédomine encore, plus ou moins modifié par Tadoption des racines et du trèfle; son cadre triennal est plus ou moins bien rempli, mais il se conserve, et il est entré non seulement dans nos mœurs agricoles, mais dans nos lois : les biens des mineurs ne peuvent être loués que tous les trois, six ou neuf ans (Risler, Physiologie de la culture du blé).
production de la viande ; si, pouravoir plus d'herbages, on empiétai t sur les terres arables, les récolles de blé n'auraient plus suffi à la consommation générale.
La question fut résolue par l'établissement des prairies artificielles : en employant une partie de la jachère à faire des trèfles, ou en semant dans Tavoine de la luzerne ou du sainfouin. C'est alors qu'apparaît le principe de l'association quadriennal, énoncé par Tarello de Venise au xvi« siècle et mis en pratique dans les cultures perfectionnées des Flandres et de la Lombardie.
Après avoir établi dans leurs assolements les fourrages artificiels, les raves et un certain nombre de plantes industrielles, les Flamands ont reconnu qu'il fallait éviter de faire céréale sur céréale, mais intercaler entre elles soit une plante légumineuse, soit des plantesracines ; ils ont ainsi découvert le principe de la culture alterne, déterminant l'amélioration des produits obtenus se succédant ainsi dans un ordre plus conforme à leurs besoins.
Des Flandres, ces méthodes rationnelles de culture ont passé dans la vallée du Rhin et en Angleterre, où elles ont servi de base au célèbre assolement quadriennal de Norfolk : turneps, betteraves ou pommes de terre, — céréales d'été, — trèfles et graminées, — blé d'hiver.
Grâce aux découvertes de la chimie agricole et à une parfaite connaissance de la fertilité des sols, on a pu généraliser ces règles et réafiser ces assolements de cinq, six, sept années, à mesure que de nouvelles cultures s'établissaient et que les progrès de la civilisation nécessitaient la production des matières premières utiles à l'existence de l'homme ou au développement nouveau du commerce et de l'industrie : plantes alimentaires, plantes textiles, plantes oléagineuses, plantes industrielles, etc.
Nécessité de ralternance des cultures. — Les progrès de Tagriculture et rétablissement des principes primordiaux de l'agronomie ont permis peu à peu de dégager les lois physiologiques et économiques présidant à rétablissement des assolements.
La nécessité de l'alternance des cultures peut s'expliquer en effet par diverses hypothèses.
1® Variété des aliments des plantes. — Les végétaux, pour achever complètement leur développement, doivent trouver dans le sol tous les éléments nutritifs; mais chaque plante possède une sorte de faculté d'élection qui lui permet de choisir parmi ces principes alimentaires et d'absorber certains d'entre eux en plus forte •proportion.
Chaque culture, considérée en particulier, laisse donc le sol appauvri plus spécialement en azote, acide phosphorique, potasse ou chaux, et la terre ne pourrait plus subvenir d'une manière générale aux besoins des récoltes semblables, établies pendant de longues années sur un même sol.
On a voulu généraliser ces résultats en établissant la théorie trop absolue des dominantes : d'après cette règle, il existait pour les différentes plantes cultivées un élément de fertilité, azote, acide phosphorique, potasse ou chaux, qui devait « dominer» et se trouver dans la terre, pour chaque culture, en proportion considérable (4).
Ces affirmations trop précises n'enlèvent aucune valeur à la théorie de la variété d'alimentation des plantes : bien que l'observation de ces principes soit devenue moins nécessaire, depuis l'emploi des engrais chimiques qui permettent d'enrichir à nouveau le sol en y incorporant
(1) Pour les légumineuses, la dominante était la potasse ; pour les graminées, l'azote; pour In pomme de terre, la potasse, etc.
r « élément » exporté en grande quantité, il faut néanmoins tenir compte, dans. rétablissement des assolements, des préférences particulières des cultures (1).
2® Forme des racines. — On peut classer les plantes cultivées en deux grandes catégories, d'après la forme de leurs organes souterrains : les végétaux à racine pivotante et les végétaux à racine fasciculée. Les premiers, pénétrant dans les couches profondes, utilisent les parties de la terre arable les plus éloignées du niveau du sol, et même le sous-sol; les plantes à racine fasciculée n'absorbent au contraire que les éléments nutritifs situés dans les couches superficielles du sol. Une bonne utilisation de la terre cultivée comportera donc la succession de plantes pivotantes et de plantes à racines superficielles ; chaque partie du sol non exploitée pourra s'enrichir à nouveau, pendant les années de repos, soit par l'entraînement des éléments solubles sous l'influence des eaux pluviales, soit par la nitrification ou l'action des microorganismes.
3° Déjections excrémentitielles des plantes. — Il est d'observation courante que certaines cultures ne peuvent s'établir immédiatement après la récolte des végétaux déterminés.
Cette sorte de répugnance, d'antipathie remarquée chez les plantes cultivées, avait été déjà observée par Brugman, Plenck, de Humboldt, avant d'être étudiée par de CandoUe et Marcaire. On a tenté d'expliquer ces faits en supposant la présence dans le sol de sécrétions particulières à chaque culture, qui joueraient un rôle toxique vis-à-vis des récoltes suivantes. A l'appui de ces assertions, il est aisé de citer le cas des légumineuses qui ne peuvent revenir sur un même sol qu'à de longs intervalles ; il est permis de supposer que les
(1) Les ravages occasionnés par les nématodes dans les cultures de betteraves à sucre paraissent tenir au retour trop fréquent de ces plantes dans les sols, qu'elles appauvrissent en potasse.
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excrétions des bactéries de leurs nodosités infectent la terre pendant un certain temps. Cependant on pourrait également expliquer cette répugnance, en évoquant le principe d'élection que possèdent les végétaux dans la recherche de leurs aliments, l'absorption trop considérable de certains principes empêchant rétablissement des cultures exigeant ces mêmes éléments nutritifs.
4*» Destruction des insectes nuisibles; préservation des maladies parasitaires. — Les différentes cultures sont soumises aux ravages d'insectes particuliers et peuvent être attaquées par des maladies cryptogamiques qui leur sont propres (1). C'est ainsi que Y attise ravage de préférence les crucifères ; VAtomaria linearia détruit surtout les betteraves ; le phylloxéra est redoutable pour la vigne ; le charançon^ Valucitej exercent leurs déprédations sur les blés. La rouille est fréquente parmi les froments ; Vergot attaque de préférence le seigle ; l'avoine est très sensible au charbon ; les nématodes compromettent les récoltes de betteraves ; la cuscute est un ennemi redoutable des luzernes et trèfles, etc.
£n maintenant plusieurs années de suite la même culture sur une même terre, on facilite ainsi la propagation de ces dangereux ennemis : les insectes nuisibles trouvent une nourriture abondante et un gîte sûr; les spores de champignons attaquent, l'année suivante, les nouvelles récoltes et provoquent la rouille, la carie, l'ergot, etc. ; les filaments ou les graines de cuscute envahissent à nouveau les luzernières.
L'alternance des cultures permet, au contraire, de placer les insectes et les spores dans les conditions les plus défavorables à leur développement et de contribuer ainsi à leur disparition.
5" Mode de végétation des plantes. — Certaines cultures ont un développement herbacé peu abondant et une vé-
(1) Voy. Delacroix, Pathologie végétale.
gétalion asseï lente; les mauvaises herbes peuvent occuper le terrain, compromettre les récoltes, surtout si Texécution des semailles à la volée rend les binages difficiles. Au contraire, les plantes semées en lignes à un certain écartement laissent la faculté d'efTectuer des binages et des sarclages fréquents et contribuent au nettoiement du sol. Ces plantes « sarclées » sont dites cultures nettoyantes ; les récoltes qui permettent aux mauvaises herbes de se développer sont, au contraire, dénommées cultures salissantes.
Il existe des plantes cultivées dont la végétation est si luxuriante et la croissance si rapide que les plantes adventices ne peuvent s'établir sur le terrain (sairasin, chanvre, etc.), ces cultures sont également nettoyantes. L'établissement de l'assolement devra donc s'inspirer de ces faits et, par une habile succession de cultures salissantes et de cultures nettoyantes, assurer la destruction des plantes adventices.
Jachère. — La jachère ancienne n'était pas une jachère améliorante. Dans les plaines de la France du Nord, elle régnait en maîtresse, la Flandre et l'Artois exceptés; les plaines du nord de la France pouvaient obtenir une récolte de blé et une récolte d'avoine ou d'orge après jachère, et puis il fallait s'arrêter, laisser reposer le sol, pour recommencer un an plus tard à semer du blé et. Tannée suivante, à récolter de l'avoine. Cétait le régime de l'assolement triennal avec jachère cultivée après le pâturage des moutons au printemps. Le mouton était d'ailleurs un agent énergique de nettoyage à une époque où le travail général du sol, même dans les pays de labourage perfectionné, était plutôt conduit d'une façon médiocre; malgré son intervention, dans les années humides surtout, les récoltes étaient très malpropres.
L'assolement triennal ainsi établi dans tout le nord de la France a fait peser sur notre agriculture une redoutable tyrannie, car les terres n'étaient pas encloses; c'eût été
les soustraire à la servitude de pacage et aux droits des usagers, c'est-à-dire de tous les habitants, qui pouvaient confier au berger communal autant de moutons qu'ils le voulaient. 11 est certain qu'en Lorraine et en Champagne ce droit des usagers était ordinairement oppressif; dans une région de petite propriété, divisée en très petites parcelles, il n'était pas possible de se clore, et celui qui aurait tenté de le faire aurait mis tout le pays en révolution; mais, dans l'Ile-de-France, pays de grande propriété et de grandes exploitations, la chose assurément n'était point impossible. Les clôtures y avaient disparu, parce que la terre y était fertile et de facile culture, et que les fermiers ne voulaient point en perdre une parcelle; mais il eût été assurément facile de régler, c'est-à-dire de réduire ou de racheter les droits des pacagers sans aucune perte pour les pauvres. La conservation de la jachère ne tenait donc pas essentiellement à cette cause de la non-clôture, et d'ailleurs beaucoup de terres étaient à cette époque déjà soustraites au droit d'usage et portaient de fort belles luzernes. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher la cause de la conservation de la jachère, dans la pauvreté générale de la culture, peut-être aussi dans le manque de débouchés. La suppression de la jachère correspondait en effet à un accroissement du nombre de tètes de bétail et de la consommation de viande (F. NicoUe).
La jachère ancienne, bien conduite, donnait de bonnes récoltes de blé. Les cultivateurs dans les plaines du Nord arrivaient assez facilement à un rendement de 20 hectolitres à l'hectare. Il y en a peut-être qui ne rendaient pas plus de 10 à 12 hectolitres, mais la moyenne était certainement de 16 à 18 en Normandie, en Picardie, dans l'Ilede-France, l'Orléanais, la Bourgogne du Nord ; c'est un rendement à peu près égal à la moyenne d'aujourd'hui ; malheureusement les récoltes d'avoine qui suivait, dans les DiFFLOTH. — AgrictUture. H. — 27
terres ordinaires, celles d'orge dans les meilleures terres, étaient fort inférieures ; elles ne dépassaient pas en moyenne 12 à 44 hectolitres. 11 n'y avait pas parité enti*e les deux récoltes ; la récolte de blé donnait en poids le double à peu près de la récolte d'orge ou d'avoine. En définitive, la jachère légèrement fumée comme elle l'était autrefois permettait d'obtenir une bonne récolte de blé et une médiocre récolte d'avoine. 11 faut en conclure qu'elle préparait convenablement la terre pour la première récolte, pas du tout pour la seconde, et que cet axiome agricole que la première i-écolte après jachère utilisait les deux tiers de la fumure et la seconde le tiers seulement était loin d'être vrai. En réalité, dans les années favorables où la nitnfication se faisait bien, la première récolte utilisait presque tout, et il ne restait presque rien pour la seconde. Avec les 10000 kilogrammes de fumier médiocre que l'on pouvait conduire sur la jachère, on donnait au sol moins de 36 kilogrammes d'azote nitrifiable; lorsque l'année était favorable, la nitrifica.tion marchait bien, le blé trouvait à sa disposition au moins 30 kilogrammes d'azote nitrifié provenant de la fumure et avec cela 10 kilogrammes provenant des réserves anciennes du sol dans les années où la nitrifîcation s'était poursuiuie activement (1). C'était tout ce qu'il fallait pour une production de 10 à 20 hectolitres de blé ; mais, après cette production, il ne rostait plus delà fumure que 5 à 10 kilogrammes d'azote disponible ; engrais juste suffisant pour produire une faible récolte d'orge ou d'avoine de moins de 45 hectolitres. La plante prenait donc dans le sol le complément, et ainsi la culture ancienne, au lieu d'être améliorante, était nécessairement épuisante. Cependant elle se maintenait séculairement avec le faible appoint des réserves communales ; c'est que des causes spéciales, que nous allons examiner
(1) FéBx NicoLLi, Journal (Tagrieulturt pratique.
maintenant, contribuaient à Fenrichissement du sol.
Le sol laissé sans culture pendant une année devait, dans l'esprit des premiers cultivateurs, se reposer pendant que des façons appropriées permettaient la destruction des mauvaises herbes. Nous allons expliquer maintenant le rôle améliorateur de la jachère, si Ton applique ceitains travaux judicieux au sol laissé en repos.
Durant celte année de jachère, la terre nitrifie activement ; les nitrates formés sont absorbés par la végétation spontanée qui restituera au sol ces principes nutritifs lorsque les labours auront enfoui ces plantes adventices. Les mauvaises herbes, par leur développement aérien, puisent dans l'atmosphère du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène, parfois de l'azote (légumineuses), et contribuent à enrichir les terres en humus lorsqu'on les incorpore au sol; il faut de plus compter sur l'influence améliorante des algues, champignons,... placés à la surface du sol, qui puisent l'azote dans l'air.
Par les façons culturales nombreuses, la jachère permet donc d'enrichir à nouveau la terre, tout en assurant la destruction des plantes adventices; mais l'établissement de ces faits nous montre bien la nécessité de travailler le sol par des labours et des hersages pendant l'année de jachère.
Le maintien de la jachère durant de longs siècles doit pouvoir s'expliquer par ces avantages sensibles. D'autre part, toutes les saisons ne sont pas également favorables à l'exécution des travaux aratoires ; sans l'établissement des jachères, les récoltes se succéderaient parfois si rapidement que le moment opportun d'ameublissement des terres ne pourrait être saisi.
L'ancien assolement triennal avec jachère, très répandu en Europe dès le moyen âge et jusqu'à nos jours, ne comprenait que des cultures de céréales ; le sol se couvrait des plantes adventices, qu'il était nécessaire de détruire grâce à la mise en jachère, contri-
buant ainsi par leur enfouissement à un enrichissement (les terres.
Nous avons examiné le rôle considérable des plantes dans l'évaporation dans Teau du sol, grâce à leurs organes végétatifs; il en résulte que les échantillons de terre prélevés à diverses profondeurs sur des parcelles emblavées ou en jachère révéleront des proportions d'eau bien plus faibles dans le premier cas.
Les chiffres suivants, dus à Dehérain, donnent des renseignements précis à cet égard :
Eau contenue dans 100 parties de terre prélevées à différentes profondeurs.
De la surface De 10 De 20
à 10 cent. à 20 cent, à 30 cent.
Prairie 14,25 13,6 10,7
Avoine 14,6 14,4 8,45
Maïs, fourrage 13,8 10,8 10,0
Bh' 13,09 16,0 8.y
Pommes de terre. .. 13,0 10,0 10,5
Vigne 14,G 12,8 10,6
Betteraves 14.3 9,4 10,3
Jachère 10,75 15,50 18,75
On constate ainsi que, surtout dans les couches profondes, la terre en jachère est bien plus humide que le sol couvert de récoltes.
Ces différences s'accentuent encore au delà de 30 centimètres et montrent que, sur les jachères, l'eau s'infiltre aisément et constitue dans le sous-sol des réserves précieuses.
Les eaux de drainage des champs emblavés sont toujours moins abondantes que celles des parcelles en jachère, comme le constatait Dehérain à Grignon.
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Eau écoulée des cases de végétation.
Emblavées. En jachère, millim. miilim.
Mars 1894-iiiars 1895 7,9 75,8
Mars 1895-mars 1890 0,0 80,5
Mars 1896-mars 1897 170,0 287,0
La constitution de ces réserves d'humidité dans le soussol est particulièrement favorable au blé, et ceci explique le rôle améliorateur de la jachère dans l'ancien assolement .
La nitrificalion, pour s'établir, exige un roi humide. Les nitrates sontdonc, toutes conditions égales, plusabondants dans les sols en jachère que sur les terres non travaillées, ainsi que l'atteste l'analyse des eaux de drainage :
Azote nitrique
Eau écoulée. - — ~^^. ^-i*'
par par
mètre cube, hectare.
inilHiii. gr. kil.
Terre sans travail depuis 1891. 70,4 109,0 83,7
— travaillée à la iourche.. 99,2 120,0 117,8
— sans travail depuis 1895. 90,0 109,9 98,9
— travaillée à la bêche.. . . 100,0 130,5 114,0
(D'après Dehérain.)
On peut craindre cependant que les nitrates ainsi formés en abondance ne soient entraînés par les pluies sur ces sols non emblavés ; mais l'examen des époques d'écoulement des eaux de drainage d'été et de drainage d'hiver montre bien l'inexactitude de ces assertions. Le drainage d'été est peu appréciable, c'est en hiver que les eaux s'écoulent des drains en forte proportion
Époques d'écoulement des eaux de drainage.
Par case en jachère.
Années. fité. Hiver.
1892 89 lit. 472 lit.
Les entraînements les plus considérables de nitrates se produisent à l'automne; à ce moment, le blé qui, dans l'assolement triennal, succède à la jachère, est déjà semé, levé et peut profiter de ces éléments de fertilité; ces jeunes plants retiennent ainsi une proportion d'azote nitrique qui peut atteindre jusqu'à 5i*'ff,21;j par hectare (expérience de Dehérain, année 1892-1893).
Les avantages ainsi reconnus à la jachère ne sont cependant perceptibles que lorsque le sol est bien ameubli et ne supporte aucune végétation spontanée ; les mauvaises herbes, en efîet, évaporeraient l'humidité du sol, qui, ainsi asséché, ne formerait plus de nitrates. 11 ne faut donc pas confondre la jachère avec la friche^ qui est une terre abandonnée sans culture et envahie par les mauvaises herbes ou le gazon ; au contraire, durant cette période, on consacre tous ses efforts à la préparation complète du sol. Ainsi envisagée, la jachère ne saurait être bannie d'une culture rationnellement établie, car il est impossible de ne pas y avoir recours dansune mesuie plus ou moins grande (GaroIa)(l).
Examinons en détail ce dernier point. Parla jachère, le sol s'enrichit en principes fertilisants qui proviennent soit de l'atmosphère, soit de la terre elle-même.
Le sol, modifié par l'influence des agents atmosphériques, est plus facilement pénétré par l'eau, l'acide carbonique, les solutions acides qui solubilisent les principes (ixes.
Les pluies fournissent au sol, sous forme d'ammoniaque et de nitrate, une proportion d'azote appréciable (2); la terre ameublie absorbera plus aisément l'ammoniaque de l'air.
(1) Mathieu de Dombasic el le professeur Moll onl afTiriné avoir regretté plus d'une fois de s'être laissé entraîner trop loin dans le mouvement de réaction contre la jachère, qui, bien comprise, esl l'une des pratiques les plus utiles du métier d'agriculteur.
(•2) Environ il kilogrammes d'azote par hectare et par an.
La jachère ne peut donc rendre fertile une terre qui manque de matière organique ou de sels minéraux, mais elle servira à mettre en circulation une certaine proportion de l'azote total du sol.
La nitrification est activée par les façons d'ameublissement qui aèrent la terre et répartissent le ferment nitrificateur dans toutes les couches du sol, par le chaulage, le marnage, l'apport de matières organiques, etc.
Le rôle de la jachère dans le nettoiement du sol est considérable; dans une terre infestée de mauvaises graines, les cultures de plantes sarclées peuvent exiger des frais considérables de binage et ne réaliser que de faibles rendements ; de plus, par ce moyen, on ne peut atteindre les plantes adventices à racines traçantes et vivaces, charbon, tussilage, chiendent, etc.
Les binages ordinaires ne travaillent le sol que sous une épaisseur de 6 à 7 centimètres, et la destruction des plantes annuelles ne peut être complète, les graines de ces plantes pouvant se trouver à des profondeurs plus considérables.
Les déchaumages, le triage des semences, les façons aratoires pourront aider efficacement dans la plupart des cas à la destruction de la végétation adventice ; mais, pour les terres sales et pauvres, ou les sols compacts et humides qui s'enherlïent facilement, la jachère doit êlre utilisée comme méthode de nettoiement.
Pour cultiver le sol en jachère, il est nécessaire d'effectuer un certain nombre de travaux aratoires.
Sur les" terres fortes, on opère un déchaumage sitôt après l'enlèvement de la dernière récolte.
A la première pluie, il convient de herser pour hâter la germination des mauvaises graines, et un labour profond est donné dès la fin de l'automne.
Le sol est laissé en cet état pour que l'action destructive des gelées s'exerce sur les racines des mauvaises herbes. Après l'hiver, on donne un hersage ou un
scarifiage pour déterminer la levée de toutes les graines qui sont près de la surface.
La terre ayant de nouveau verdi en avril ou en mai, un profond labour sert à enfouir la végétation spontanée. On le fait suivre d'un hersage ou d un scarifiage, comme le précédent, et d'un roulage. Dès les premiers jours de juillet, on donne le troisième labour; le quatrième labour est pratiqué en septembre.
Dans les terres légères, il suffit d'opérer un déchaumage très superficiel à l'automne pour ne pas enfouir trop profondément les graines de moutarde blanche ou de coquelicot développées dans la dernière récolte et assurer leur levée au printemps. Après la levée complète de ces plantes adventices, on ne donne qu'un seul bon labour en avril-mai.
Lorsqu'on applique le fumier sur la jachère, c'est par le troisième labour qu'on l'enfouit; les mauvaises graines que le fumier renferme souvent ont le temps de pousser, le quatrième labour les incorporera au sol ; enfin c'est pendant la jachère que doivent s'établir les cultures d'engrais verts, en semant après les labours soit du colza d'été, des vesces de mars, soit du sarrasin, de la moutarde, etc.
Telles sont les opérations culturales qui doivent faire de la jachère une pratique agricole améliorante et nettoyante.
Règles présidant à rétablissement des assolements. — La détermination de l'assolement suivi devra s'appuyer sur un certain nombre de lois physiologiques et économiques, c'est-à-dire se reposer à la fois sur les besoins des plantes et sur les nécessités de l'entreprise agricole.
Les lois physiologiques des assolements sont relatives à l'obligation :
1<* D'alterner les plantes nettoyantes et les plantes salissantes;
2° De faire succéder des cultures ayant des exigences alimentaires différentes;
3° De faire suivre une plante à racine pivotante par une plante à racine fasciculée ;
4° De contribuer à la destruction des insectes nuisibles, à la disparition des maladies cryptogamiques par la succession de cultures différentes ;
5° De laisser entre chaque sole le temps nécessaire à la préparation du terrain pour les nouvelles semailles.
Nous avons étudié précédemment ces cinq points particuliers. 11 importe de remarquer cependant que ces conditions ont une importance différente; l'emploi des engrais chimiques permet, en effet, de satisfaire aux besoins des différentes cultures en donnant la possibilité d'incorporer au sol l'élément exporté par la plante précédente; de plus, les racines superficielles peuvent parfois s'étendre dans les sols bien travaillés à des profondeurs considérables, et la pratique des labours profonds, en mélangeant les différentes assises du sol, donne la possibilité d'utiliser concurremment toutes les couches de la terre cultivée.
Les lois économiques régissant l'établissement des assolements sont de divers ordres.
La première loi économique doit s'appliquer à distribuer judicieusement la main-d'œuvre ; il faut associer les récoltes de manière à répartir régulièrement les travaux sur les divers mois de Tannée ; les attelages et le personnel sont ainsi utilisés sans fatigue excessive et sans repos prolongé.
La seconde loi économique repose sur la destination des produits et la connaissance des débouchés ; il conAient, en effet, de s'assurer de la facilité de vente des récoltes et des facilités du transport.
Le développement des voies de communication et la réduction des tarifs ont affranchi en partie le cultivateur de ces nécessités ; l'organisation commerciale de la vente
(les produits du sol sous les auspices des Syndicats facilitera encore l'écoulement des denrées agricoles ; mais il n'en ressort pas moins pour l'agriculteur la nécessité de tenir compte de l'importance des débouchés dans l'établissement des assolements.
X'est ainsi que la culture maraîchère ou fruitière, la production laitière sont localisées autour des villes ; la betterave à sucre ne peut être exploitée que dans le rayon d'approvisionnement des sucreries, etc.
La troisième loi économique se rapporte au capital d'exploitation nécessaire à l'établissement de chaque culture ; le cultivateur doit être, en effet, en mesure de satisfaire aux dépenses exigées par l'achat d'engrais, de matériel, etc. La création des Caisses de crédit agricole pourra venir en aide à l'agriculteur en lui accordant les avances nécessaires.
Le cultivateur, dans le choix d'un assolement, devra donc s'inspirer de ces lois physiologiques et économiques. Les conditions du climat, la nature du sol exercent d'ailleurs sur ces déterminations une influence considérable.
L'établissement judicieux de l'assolement offre encore l'avantage de profiter aux cultures elle-mêmes ; il est évident que chaque plante souffre ou bénéficie des conditions d'existences particulières du végétal qui l'a précédée ; il existe des affinités ou des antipathies spéciales entre végétaux de grande culture. On dira, par exemple, que le tabac est un excellent précédent pour le blé, que le lin gagne à suivre le colza; ce^ préférences restent d'ailleurs sous la dépendance étroite du climat, des fumures de la nature du sol. Dans l'établissement des assolements, ces considérations ont leur prix. On sait, par exemple, que le froment vient avantageusement sur jachère complète ou sur trèfle, fève, pois, après les choux, les pommes de terre, les betteraves, [le tabac, le maïs, le chan\re.
Les meilleurs précédents pour le seigle sont la jachère, les graines artificielles, les racines, les plantes oléagineuses, le tabac, etc.
Les semis de trèfle réussissent bien dans une céréale qui succède à une racine sarclée ; pour la luzerne, les meilleurs précédents sont la pomme de terre, les betteraves, les carottes, etc;
Relativement aux légumineuses fourragères, notons que ces plantes ne peuvent revenir trop fréquemment sur le même sol ; on dit que la terre se fatigue de luzerne, de trèfle, etc. Ces faits tiennent à des circonstances particulières, peut-être aux sécrétions des bactéries, des nodules de ces légumineuses. Toujours est-il qu'on doit laisser entre les soles de luzerne, de trèfle, etc., un espace assez long, qui dépend d'ailleurs du temps pendant lequel se maintient cette culture : pour le trèfle, on attend ordinairement six à neuf ans pour réaliser une nouvelle culture bien réussie. Cependant, lorsque l'on ne coupe que la première coupe du trèfle et qu'on enfouit ou fait pâturer la seconde, cette culture peut revenir à intervalles moins distants.
Dans toute exploitation, il existe des terres non soumises à l'assolement et qui sont destinées, par exemple, à fournir les fourrages nécessaires aux animaux de la ferme; on dit que ces plantes appuient l'assolement.
Entre les récoltes principales, on peut établir des cultures de plantes à développement rapide (cultures dérobées), qui, outre le rapport qu'elles constituent, retiennent les nitrates formés (1).
Principaux assolements. — 11 existe plusieurs types d'assolements définis par la durée de la rotation. Lorsque l'assolement ne comprend que deux récoltes se succédant dans un ordre fixe, il est dit biennal; Vassolemeni triennal comporte trois soles ; l'assolement quadriennal, quatre
(l) Pour l'étude économique des assolements, consulter l'ouvrage de I'Encyclopédie agricole, Économie rurale, p&r M. Jooziui, 1903.
soles; on peut concevoir également des assolements de cinq ans, six ans, sept ans, etc.
L'assolement biennal est un des plus intensifs ; la répétition des mêmes cultures à bref intervalle, la nécessité d'opérer rapidement les façons cullurales font réserver ces pratiques agricoles aux terres fertiles bien entretenues. Dans le nord de la France, Tordre de succession des récoltes dans l'assolement biennal est le suivant : betteraves, blé, betteraves, blé, etc.
En principe, c'est la culture placée en tête de l'assolement qui reçoit la fumure complète de fumier de ferme ; dans notre pays, c'est la sole de betteraves à sucre qui bénéficiera de cet apport de matières fertilisantes ; le blé qui suit profitera de l'arrière-fumure complétée par des engrais chimiques ; on a placé ainsi les betteraves en tête de l'assolement afin d'éviter l'action du fumier de ferme sur les cultures de blé, la proportion d'azote contenue dans cet engrais de ferme pouvant faire craindre la verse, et les mauvaises grainesamenées par le fumier salissantles terres.
En Allemagne, c'est le blé qui, dans l'assolement biennal, est placé en tête et reçoit le fumier de ferme; les cultivateurs d'butre-Rhin ont voulu éviter ainsi l'afiFaiblissement de la richesse saccharine de la betterave par suite de l'apportde fumier ; pour se mettre en garde contre la verse du blé et l'envahissement du sol par les mauvaises herbes, on a recours, en Allemagne, aux variétés peu versables et aux binages des blés semés à écartement moyen.
-L'assolement biennal est très épuisant et difficile à maintenir ; l'arrachage des betteraves dans ces contrées septentrionales a lieu tardivement, et il reste peu de temps pour préparer le sol avant les semailles du froment d'hiver ; de plus, le retour fréquent des cultures de betteraves à sucre entraine un affaiblissement de la productivité du sol qui se manifeste souvent par F apparition des nématodes (fatigue betteravière).
Dans les régions méridionales, rassolement biennal est représenté par la succession maïs-froment ; on rencontre encore la rotation sarrasin-seigle ou pomme de terre-orge, etc.
Le type de l'assolement triennal est réalisé par la succession : plante sarclée, céréale d'hiver, céréale de printemps. Quant à l'assolement quadriennal, il offre l'avantage d'intercaler dans la rotation les cultures fourragères indispensables à l'alimentation du bétail producteur du fumier ; le modèle de cet assolement est compris dans l'ordre suivant : plantes sarclées, céréale de printemps dans laquelle on sème un trèfle, trèfle, céréale d'hiver.
Le tableau ci-contre représente les principaux assolements appliqués dans les différentes régions cultivées de la France.