‹ Agrippa d'AubignéChapitre 10 sur 47 · I. iiii.MMi; i:r sa vu · texte numérisé non relu

I. iiii.MMi; i:r sa vu

éprouvée. Les exemples tjuil litt- sont tl ailleurs remarquables. Lui-même est un singulier mélange de soldat et de voyant : ce sanguin est un halluciné. Son esprit, parfois, voyage hors de son corps. A six ans, il eut une vision. C'est au cours d'une autre vision, à Castel-Jaloux. que, suspendu entre la vie et la mort, il apercent en action, peintes au ciel, les -(■nés de ses Tra'^iqurs.

Ce héros est donc un lidinMie df diair et d os. exposé aux erreurs de lespril et aux >urprises des sens. Ce n'est pas un saint. Il a connu les faiblesses de l'humaine nature. 11 ne les a ni cachées ni excuses; il les a confessées, en se frappant la poitrine. (Uiatre ans après la mort de sa femme, il rompt son austérité, poursuit de ses assiduités une femme jusque-là irréprochable. La faute commise, il la .léteste, il se déteste. l*uis, voulant avoir toujours présent aux yeux son «- ord péihé », il se voue à l'éducation de l'enfant de la faute, le fait instruire romme l'un des siens, le pourvoit dune profession honorable, et lui lègue en mourant son nom, ce nom que Constant avait souillé, et (jne Nathan devait réhabiliter par une postérité pleine d'honneur'.

1. Nathan dAubigné, fils d.- Jacqueline Chayer. né en 1601, mort le 11 avril Ififi'J, recrut le litre de « bourgeois de Genève » des avant la mort de son père, le 10 mars 1627. — Il eut. de son mariage avec Claire de Pellissari, sa première femme, un fils, Nathanacl, et une fille. Marie, qui enlrcrent 1 un et l'autre, par leur mariage, dans la famille Dubois, de Vevey. La descendance double et directe d'Agrippa, par Nathan et les enfants de Claire de Pellissari, se continue dans les membres de la famille Dubois. L un d'eux, Agrippa Dubois, exerce aujourd'hui les fonctions darchiviste-bibliothécaire à l'Université de Fribourg (Suisse).|

^0 A<;iui'i>A d'aubioné.

Tel était, clans la complexité de son exubérante nature, Técrivain qui, même au sein de la diso^ràce. consacrait ses veilles à la gloire de son roi, et dédiaii son monument d'histoire « à la postérité ». Il venait de retracer les débals de lÉdit de Nantes, lorsqu'il eut le cœur percé de cette effarante nouvelle : « Le roi est assassiné! » C'était le coup de grâce. Désormais il ne vit plus, il se survit (IGIO).

Mais il se survit, comme de juste, dans l'action quand même, dans la ])rotestalion et la résistance quand même. On n'est pas plus huguenot. 11 r.tait maintenant plus que les ministres, plus que son parti, au point de ne pouvoir être, sous Louis XIII. qu'un sujet importun. Aussi sa vie, celle noble vie vouée à Henri de Xavarre, devait-elle, sous le régne de son lils. sachever à l'étranger; en exil, dirionsnous. SI dAuhigné navait du considérer la cité de Calvin comme une seconde patrie.

Dès le début du règne, il se raonire malcontenl résolu. Quand la reine mère, une autre Médicis, est déclarée Régente, d'Aubigné, seul, dans les États du Poitou, y trouve à redire. Délégué par la province pour faire les « submissions » de i-igueur, il les articule sur un ton arrogant, et debout, contre la coutume. Pris à part par la reine mère, et amorcé de l'espoir d'une pension double, il repousse celte avance avec dédain. A l'assemblée de Saumur. en 1(311, il aggrave son attitude. La renonciation

l'homme et sa vie. 41

amiable des places de sûreté se négociait alors. C'était la dernière question pendante. D'Aubigné bondit, et qualifie « traîtres et bourreaux » ceux qui renonceraient volontiers à de pareilles garanties. Les défections, les inlidélités intéressées (et il y en avait beaucoup) lui soulèvent le cœur. A rassemblée di> Thouars, il quitte la place, non sans avoir lâché ([iieltpies mots insultants. C'est lliomme tpii n'a rien appris, ni rien oublié. Il en est toujours à la Sainl- Barlhélemy. Il sera tel prcscpic jnsipi'à son extrême lin; alors, seulement, se produira chez lui une détente. Aussi devient-il suspect aux siens. La Rochelle entre en fureur. (?n parle de lui <- raser ses fortifications sur les oreilles ». A|)rès le traité ou plutôt la « farce de Loudun », la situation se tend encore. Il est vraiment le <c bouc du d(*sert ». C'est alors (pi'il s'enferme dans ses petites forteresses parfaites, Maillezais et le Dognon, et (piil attend, mèche allumée, qu'on l'y attaque. Kt Tattacpianl sera son fils. Or c'est le moment qu'il choisit |»our lancer sur amis et ennemis, indistinctement et coup sur coup. les Tr(i'^i(iucs, ce foudre, et V Histoire Universelle, ce formidable pavé! Les deux paraissent en la même année IGIG. et leur but est, ici, de rallumer les factions religieuses, là, de ne rien laisser perdre de ce passé qu'à l'heure présente on voudrait abolir. Les Tragiques, anonymes, étaient signés à leurs violences : au reste, plusieurs les avaient lus jadis et pouvaient s'en souvenir. L'Histoire, contenue, austère, ne suscitait point les mêmes haines : mais on pouvait ralentir l'impression, retarder le privilège, faire condamner l'ouvrage. Ce qu'on fit. Le second

'j2 A(;nii'i'.v I) albicm:.

volume, sitôt paru en 1G18, est condamne et brùlc. D'Aubigné tient prêt le troisième. Toutefois il sent sa position intenable. Acculé, il vend à prix dérisoire ses forteresses à Hohan, un irréductible comme lui; puis, voyant qu'on lui refuse même d"y demeurer comme simple lieutenant de Hohan, il entre en pourparlers avec les syndics de Genève, fait agréer sa proposition dachever sa vie dans leur cité, et va chercher hors de France « le chevet de sa vieillesse ». Le l*^"" sepleuibre 1()20. après mille dangers, il arrive. 11 est âgé de soixante-huit ans.

Cette fois, il touche au ]:»ort. Genève reçoit avec une déférence empressée ce proscrit de marque. Il était jadis lélève de Théodore de Bèze ; c'est aujourd'hui l'un des rédacteurs de l'Édit de Nantes, et le « procureur général ). des Kglises réformées de France près de la République. Un logis provisoire lui est gracieusement offert ; il est exempté d'impôts. Bientôt, quand il aura jeté les yeux sur le coteau de Jussy, pour y bàiir le Crest, on autorisera et facilitera cette prise de possession seigneuriale aux alentours de la ville. La cité de Calvin honore ainsi le héros de rKglise militante: la ville libre s'acquitte envers l'historien de TEscalade'. l'ne place d'honneur lui est réservée à la cathédrale. De vieilles amitiés se renouaient pour Agrippa. L'un des syndics. Jean Sarrazin. était neveu de son ancien hôte ci maître. Philibert Sarrazin. <)uant à

1, Coup de main tenté en 1(302 sur Genève par le duc do Savoie, et déjoué par la vigueur de ses habitants. D'.\ubigné a conduit son Histoire L'nii'erscUe^ non sans arrière-pensée peut-être, jusqu'à cet épisode. (Tome III, livre V, cb. xv.)

Page 1