I. Hd.M-Mi: i;t sa vif
Louise Sarrazin, sa compagne d'études grecques, il la relrouvail. aïeule blanchie el vaillante, couronnée d'entants et de pelit-^-eiilants après un triple veuvage.
Le vieux gueri-ier savuiir.i < «l enchanleuient deux années. Sa retraite était dailleurs active et utile. Genève, parmi les mouvements confus de la guerre de Trente Ans qui s'annonçait, n'était pas sans avoir besoin dun homme de guerre, capable de la mettre en état de défense, de la détendre s'il le fallait. D'Aubigné arrivait donc à point. 11 complète d'abord les fortilications de la ville. Puis il est appelé à Berne pour y tracer un plan d'enceinte fortifiée. Enfin on le mande à Baie, dans le même but. On le reçoit en cette ville magnifiquement, lui et les siens, du 1"' au 25 mai 1G22; et sans doute il faut rapporter à ce passage le beau portrait de dAubigné en costume de maréchal de camp, peint par Sardruck, qui est une des curiosités du riche musée de Bàle'. Son gendre Adde de Caumont, son fils Nathan («[ui s'intitule alors Lafosse, mathématicien et ingénieur), sont diversement associés à ses plans. Les idées de d'Aubigné s'élargissent à mesure. <Uii sait si les villes suisses, Genève en particulier, n'ont pas un grand rôle à jouer sur l'échiquier européen? Kt le vieux guerrierqui aspire secrètement à de nouveaux < ombats, qui les désire, va jusqu'à les préparer sous main...
Mais ce zèle indiscret est aussitôt rappelé à
1. Voir en tète de ce volume. L'auteur lui attribue soixante-douze ans (inscription latine dans le portrait) à la date de 1622. D'Aubigné n'avait alors que soixante-dix ans.
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l'ordre par la prudente Genève. D'Auhigné reçoit des averlisseinenls du Conseil, et aussi des remontrances de son roi, par le canal de son ambassadeur, Miron. Et l)ientôt, de nouveau vaguement suspect. il dut se résigner k n'être que Ihôte inactif toléré par Genève, et le châtelain inoffensif du Crest '.
Il s'assagit enfin, et goûta dans les dernières années le repos honoré (jui seul était digne de terminer une telle vie. In événement imprévu y contribua : son mariage. Le 24 avril 102.3, à soixante et onze ans, il avait é'pousé Kcnée Buriamachi, veuve (le (lesar lîalli.iiii. ([iii avait cia(juante-<iiicj ans. Mariage de haute volonté et de convenances morales qui présente, par les circonstances dont il lut enlouii'. iiii caractère de véritable grandeur, (lelle compagne de la vieillesse de d .\ul)igné. par la force de l'Ame et la lucidité de l'esprit, était son égale: par raimiiité de son caractère, elle lui était supérieure. Issue d'une grande famille de Lucques. appai'tonant à ce >■ refuge italien » qui enrichit Genève de tant de familles distinguées, elle survivait, sereine et douce, à d'excej>tionnelles épreuves : elle avait enterré ses dix enfants. Quand elle mit sa main dans celle de d'Aubigné, celui-ci venait dètrc une fois de plus condamné à mort dans sa patrie. Une réciproque estime, la même foi héroïque, les unissait. Ils vécurent ainsi, pleins de mutuels égards, sept années souriantes et graves.
1. Ce château, passé, peu après la mort d'Agrippa d'.Xubigné, entre les mains de la famille Micbeli, qui le possède encore, a conservé exlérieurenienl son aspect génor;il de gentilhommière fortifiée.
1 Alors If grand vieillard rolourna à ses manuscrits, il repiùt sa Vie à ■'^cs enfants, commencée en France, terminée au Oest sous l'obsession du déshonneur de son fils Constant. 11 remania et compléta son Histoire Uni^'crsclli\ dont il donna une seconde édition en 162G. Il reprit ou acheva divers traités politiques, empreints d'une sérénité' i-elalive. où se voit radoucissement final dt; son inIrailaMc esprit, et qui n'ont été j)ul)liés que de nos jours'. 11 méditait une suite au Fœncstr, dont les premières parties avaient paru en 1017, Itili) et 1()20. Il »''ci-ivait ou complétait la Confession de Snncy, qui est une sorte de pendant au Fœneste. Il n'-digeait les premiers chapitres d'un 4*" tome de son Histoire. Il songeait à une réédition de ses Trnf^iques, à la |)ulili(ation de ses Petites Œiiyres miHées; enfin, il faisait des vers. Il en écrivait à la louange de (îenève. Il écrivait surtout des hymnes de reconnaissance à Dieu. Le recueil de V lli^er du sieur d'Anbigné, qui forme diptyque avec son Printemps, contient peutêtre ses plus admirables strophes. El. parfois, tenant un de ses petits-enfants par la main, il descendait la colline.
Trop heureuse eût t'-té- sa fin, sans les apparitions de son fils Constant, qui faillirent le faire émigrer en Angleterre « pour se garantir des puantes actions de son proche; » et, surtout, sans l'imprudence qui lui fit lancer la quatrième partie du Fœneste, la plus cynique de toutes, dans une ville qui n'était rien moins qu'une ville de liberté. Une « bourrasque »