‹ Agrippa d'AubignéChapitre 30 sur 47 · Edition de l*i26. C'est celle que nous avons suivie · texte numérisé non relu

Edition de l*i26. C'est celle que nous avons suivie

LHISTOniEX ET LE POLITIQUE 111

chante victorieusement son : exegi nionumentiun. C'est la pyramide qu'il a entendu dresser sur Je tombeau du grand Henri et sur le sien propre. Car il n'est pas homme à s'oublier, même dans Tabnrgation. L'abnégation des héros, c'est la gloire. D'Aubigné donc, à tous les fils de son impétueuse verve, préfèi'e l'enfant de son patient labeur. Il l'aime en proportion de ce qu'il lui a coulé. Or il dut lui coûter infiniment. Quel tempérament d'écrivain répugna davantage à traîner le '< pesant chariot » de l'histoire? Il s'y attela pourtant, malgré la dilTicullé. sinon à cause d'elle. Dans chaque page, il aurait à se contenir, à se vaincre. Pour un d'Aubigné. quel attrait! Kt, derrière la difficulté, il voyait l'utilité. Il devenait urgent (jue Ihisloire de son temps, vue du camp huguenot, fût, une fois au moins, retracée par « quelqu un de la maison ». (^ui serait ce quelqu'un, si ce n'était d'Aubigné?

Longtemps il hésita. L'idée lui en vint-elle spontanément? Ola n'est pas certain. Peut-être en fautil voir le germe dans une plaisanterie que lui lança son maître, le madré Henri. (]omme il parlait de '( son histoire », au cours d'une partie de chasse (c'était en 1577), son écuyer lui répondit rudement : « Sire, commencez de faire, et je commencerai d'écrire ». Henri, bientôt, « commença de faire ». Mais ce qu'Agrippa conçut d'abord, nous l'avons vu, ce sont les Tra<^iqueft. Les Tragiques, à leur tour, firent naître ou renaître l'idée de Y Histoire^ et cette idée s'élargit, s'agrandit, avec le rôle même de d'Aubigné. Quand le roi de Navarre devint le roi de France, les étapes du point de départ au point d'arrivée

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offraient déjà la plus riche matière à un historien « de la religion ». Nous ne pouvons douter quà celte date de 1589 le plan d'une grande histoire d'Henri, qui serait par surcroît celle de la " religion », ne lût déjà éhauchc'-. l*ll sans doute Henri, auditeur attentil et fauteur des l'i-a'^iqucs, savait le labeur de son fidèle partisan. Ne le voyons-nous pas, au lendemain de la bataille dWrques, le prendre par la main et parcourir avec lui le cham[) de bataille en marquant les points précis des rencontres et le détail des forces engagées? (Test l'époque où d'Aubigné écrit à Tennerai, Mayenne, pour le prier de lui expliquer, stratégiquement, comment il a pu perdre la bataille d'Arqués. Nous saisissons ici lliistorien j)uisant aux sources et se documentant sur le vif.

La paix faite, les tranquilles années du gouvernement de Maillezais, jusqu'à la mort de .Suzanne de Lezay, durent être pour Agrippa celles d'une élaboration générale de son Histoire \ et les années qui suivirent la mort de sa femme, jusqu'au premier et au second Kdit de Nantes, celles d'un labeur acharné, et comme furieux. D'Aubigné y trouvait diversion, consolation, voire revanche. Sur ces entrefaites, il faillit se voir interdire de persévérer. En 1601, dit l'imprimeur de l'Histoire i'nii'erseUe, « le roi Henri le Grand lut induit par un Jésuite à défendre à M. d'Aubigné le travail de l'Histoire. M. le Cardinal du Perron, au contraire, poussa sa Majesté à permettre, et puis à commander expressément la poursuite de ce labeur, en usant de ces termes, qu il ne connaissait aucun autre qui pût fournir aux parties nécessaires pour un tel ouvrage. » Notons en passant

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