‹ Agrippa d'AubignéChapitre 8 sur 47 · Œuvres, II, p. 202 {Méditation sur le psaume · texte numérisé non relu

Œuvres, II, p. 202 {Méditation sur le psaume

singe prouvent avoir été exceptionnellement solides et brillantes. Quelque chose de la précocité et des dons paternels revivait en lui. l^es tilles bientôt, piquées d'émulation, voulaient avoir leur part d'études classiques, et réclamaient les humanités à grands cris. D'Aubigné dut les leur concéder. Tandis quil donnait à son tils un précepteur très cher gagé, le i)lus savant et le meilleur huguenot quil avait pu trouver, il prenait soin d'écrire lui-même, soil en latin, soit en français, de petits traités, des manuels de mythologie, de mathématiques, de logique à l'usage de ses filles. Ses soins pour enlever les épines de la scolastique en conservant la substance de la chose étudiée ont quelque chose de louchant. Il y rêve à cheval, tout en inspectant ses forliliialions. Il leur en écrit. Il les veut bien savantes, mais non pédantes. Il les met en garde contre la vanité. Il est pour linslruclion des femmes de (jualilé. mais pour leur modestie surtout. Kt les cinq pages qu'il leur écrit, à leur reqi»ète, « sur les femmes doctes de son siècle », sont d'un père avisé, d'un « féministe » prudent, et, qui le croirait? d'un charmant moraliste.

Car d'Aubigné savait aussi être aimable, et il possédait à l'occasion cette grâce des forts qui est délicieuse deux fois. Ses tilles l'ont admiré avec adoration. Gela se démêle dans leurs brouillons enfantins. Lui. cependant, père comme on l'était jadis, mit toujours l'autorité à côté de la persuasion, et au-dessus. Les fautes étaient relevées bible en main, et châtiées avec les baguettes des plants de verveine qui poussaient dru aux bosquets de

Miirsay; ce qui inspira aux enfants l'acte naïf d arrarlier toutes les verveines. La prédifation protestante planait sur toute cette éducation, l'n jour, d'Aubigné Éait accomplir à ses lllles une traite de soixante lieues pour les amener sur un poiui où il avait été sauvé d'un danger capital, chanter un psaume, et s'en revenir'. Tel est d'Aiihigiu' ('ducateur. Aux vcilir-cs de Maillezais et de .\Iursay, les enfants composent un discours ou déhrouilleiil un syllogisme, tandis que leur père écrit ])Our eux \ Hercule c/iresticn.

Ce ne fut point sa seule occupation. De Ixmiu' iieure (sans doute entre l^^\)') et KJUO;, le plan dune Histoire se présentait à lui, s'imposait à lui. Comment cet homme d'action eùt-il résisté au désir de revivre, du moins en les écrivant, les actions passées? Gomment ce témoin, cet acteur de la grande tragédie civile, n'aurait-il pas légué à la posti-rité sa déposition sous serment? D'autant plus qu'il avait déjà exhalé dans un poème de jeunesse la lièvre de sa passion partisane. Les Trafiques, achevés en première rédaction depuis longtemps , gisaient parmi ses papiers. Maintenant, une grave et majestueuse Histoire Universelle, embrassant l'histoire du parti depuis 1550 jusqu'au règne miraculeux d'Henri, était sur chantier. Et Henri savait qu'à cette heure il avait son historien en prose, comme il avait eu naguère son prophète en vers. A ce grand œuvre le gouverneur de Maillezais consacre désormais sa vie, avec la volonté de survivre parla.

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