AH! IL A DES BOTTES. BASTIEX
stuoME. Vous m’aitnez ?
BASTiEN. Dame ! si j’ vous aimais point, est -ce que je serais jaloux?...
SIMONE. Vous êtes jaloux ? et de qui?
BASTifs. Démon cousin, le beau Narcisse.
siMO.xE. Motisieur Narcisse?... mais vous vous trompez, je ne.. .
BASTrtN. Tenez , rien qn’cn disant son nom, vous v’Ià toute interloquée!... tout béte que j’somme.s, je l’voyons ben... avant qu’il ne vienne ici, vous me receviez toujours avec plaisir; si je passais un jour sans venir, vous me faisiez des reproches le lendemain; à c’t’ heure je resterais. . . ah ! je resterais ben plus que qa sans entrer cheux vous, vous ne vous en apercevoriez seulement point... et ça, depuis deux mois...
depuis deux guausards de mois.i -
siuONE. Depuis deux mois ?
BASTIEN. Oui, depuis l’arrivée de mon cousin, vous n'èles plus la même avec moi, vous ne serez seulement )>oi5t si y a un Bastien au monde... .\hl je vois ben que c’est lui que vous aimez.
siuo.xE. Monsieur Bastien, vous voyez de travers.
BASTIEN. Je vols do travers, c’est pourtant pas louche ce que je vous dis là, car tout le village voit comme moi ; un jabolte, ou radutle, et on cancane, faut voir.
siuoNE. Ob' ça ne m'étonne pas, on s'occupe plutùl du mal que du bieu.
Air :
Des méchants de ce village Qu'importent tous les caquets;
Je ris de leurs bavardages El de leurs propos tndiacrels ;
Ma conduite, toujours bunne.
Est IA pour mo consoler ;
Aussi je n'accorde à jkcrsonne Le droit de la conlrâlcr,
BASTIEN. Oh ! ça, c’est vrai, qu’on est ben méchant tout de même chez nous, car moi n’y a pas de misère qu’on ne me fasse :
croireriez-vous, Simone, que tous les gamins du village, quand ils me rencontrent, ne m’abordent plus qu’eu me chantant ;
Ah i il a des bottes, il a des bottes Bastien,
Il a des bottes, bottes, bollcs,
,11 a des bollcs, Bastien.
^ SIMONE. Vraiment! et pourquoi?
BASTlEN. Eh ben, rapport aux bottes à mon oncle.
SIMONE. Comment , les bottes à votre oncle ?
BaSTiENi Eh ben, oui, l'héritage de mon oncle Robichard.
■ SIMONE. Oh ! oui, je me souviens : ah ça !
pourquoi avez-vous choisi les -bottes ?
BASTiey. Mon Dieu ! (namzclie, je vas vous
expliquer ça : quand mon oncle estmort, le notaire a écrit à mon cousin Narcisse, à Pari.s, pour le prévenir de se trouver ici pour l’ouverture du testament; donc, quand on l’a lu, ce testament, v'ià ce qu’il disait : «Je lègue ce que je possèdes, mon mfibilier et mes bottes de postillon à mes deux neveux, Narcisse et Bastien ; mais, comme je ne veux pas que mes meubles soient dispersés, il n’y aura pas de partage, l'un aura le mobilier et l’autre les bottes; s’il y avait désaccord, ils tireraient au sort à qui attrait l’iin ou l'autre. « Eh ben. moi, mamzelle, je pris les bottes et mon cousin a gardé les meubles : comme ça lo partage a été bientôt fait.
SIMONE. Vous n’avez pas choisi le meilleur lot.
BASTIEN. Peut-être...
SIMONE. Comment ?
BA.sTiEN. Comme mon oncle, je veux être postillon; monsieur Pichon, le maître de postede Dreux.m’a promis la premièreplace vacante. Eh ben ! quand mu nomination arrivera, je serai tout prêt à entrer en fonctions, puisque j’ai déjà les bottes...
Vous voyez dune ben qu’elles me seront plus utiles que les meutilcs. Et puis, j’ai été élevé parmon oncle Robichard ; je leur dois donc le pain que j’ai mangé, ce sont donc mes bottes-nourricières. Avec, je pourrai aussi avoir des meubles ; et, qui sait? peutêtre un pen plus tard, une petite maison-v nette. Aussi, è mon tour, je pourrai dire à ceux qui so moquent de moi aujourd’hui :
Am tin Boues ie BasUen. fCa. Blondelrt.}'''
Pendânl longlemM, comme riw bêle.
Je vous ai servi de Jouet, -.r Mais I' postillon peut fair' sa léie Et Titre eJequer eon Couel. '
Vous Tailes tous des mine» soties.
Mais s'il achète un peu de bien.
C'est qu'il a des bottes,
It a des buttes, (Ter.)
Il a des bottes, bottes, bottes.
Il a des bottes,
Bastien.
SIMONE. Allons, Bastien, je vous souhaite beaucoup de bonheur.
BASTIEN. Oh I c’est pas la peine, allez !
SIMONE. Pourquoi?
BASTIEN. Est-ce que je peux être heureux sans vous?
SIMONE. Que voulez -vous que j’y fasse ?
BASTIEN. C’est ben facile : lâchez de m'aimer un peu.
^üNE. On ne peut pas commander à son cœur.
BASTIEN. Pourtant, y a deux mois, ça commençait à venir. Il est vrai que je