CHAPITRE V
MALADIES DU COU
Abcès sus-hyoïdiens, thyro-hyoïdiens, des parties latérales. — Plaies superficielles, profondes. — Adénite. — Oreillons, ourles. — Paroti-
MALADIES DU COU. 183
dite. — Kystes du cou. — Goitre simple, exophthalmique. — Thyroïdite. — Anévrysmes , tumeurs érectiles. — Torticolis. — Ténotomie. — Fracture des vertèbres cervicales. — Luxation des vertèbres cervicales. — Tumeur blanche. — Laryngoscopie.
236. Abcès sus hyoïdiens. — Les symptômes et le trailement sont ceux des abcès en général (107). Ponction, quand ils sont superficiels, pour éviter les décollements.
'237. Abcès thyro-hjoï (liens. — SYMPTÔMES. — Aphonie, dyspnée, tension profonde de la région thyro-hyoïdienne, chaleur, douleur, déglutition difficile.
Traitemknt. — Au début, saignées locales et générales, vomitifs, frictions mercurielles; plus tard, pratiquer entre l'os hyoïde et le cartilage thyroïde une incision traversant la membrane fibreuse thyroïdienne : bronchotomie sus-laryngienne (Vidal).
2d8. Abcès des parties latérales. — Variétés : superficiels (Voir Abcès en général, 107) ou profonds.
Symptômes. — 1° Locaux : Gonflement diffus depuis l'oreille jusqu'à la clavicule, roideur, douleur, rougeur, empâtement, mais pas de fluctuation manifeste.
2° Généraux : Intenses.
Traitement. — Cataplasmes émollienfs, fondants, deux ou trois applications successives de sangsues (1 0 à 15) sur le point douloureux, puis incision avec le bistouri lentement et couche par couche.
239. Plaies superficielles. — N'intéressant que la peau, le tissu cellulaire et les muscles superficiels, elles ne donnent lieu ni à une hémorrhagie abondante, ni au passage de la salive ou des boissons.
Traitement. — Pansement simple avec les bandelettes agglutinatives, pas de sutures. Quelquefois usage du collodionsur les bords de la plaie pour prévenir l'érysipèle.
240. Plaies profondes. — l. A la légion sus-hyoïdienne. — Symptômes. — Plaie béante, la salive, les boissons passent par les lèvres de la plaie, ainsi que l'air; articulation des sons difficile ou impossible. Quelquefois ouverture de la paroi inférieure de la bouche.
Traitement. — Usage d'une sonde œsophagienne pour le passage des aliments et des boissons; pas de sulurc, mais usage des bandelettes agglutinatives; tête immobile et penchée en avant.
II. A la région hyo- thyroïdienne . — Symptômes. — Les signes sont à peu près les mômes.
Traitement. — Réunir à l'aide de bandelettes, comme ci-
dessus; saignée générale, sinapismes en cas de suffocation, l'as de suture, môme sur les anneaux cartilagineux.
III. Si la plaie intéresse le larynx. — Symptômes. — L'air sort en sifflant par la plaie ; phonation abolie si la plaie est au-dessous des cordes vocales, conservée si elle est au-dessus ; emphysème des bords de la plaie et quelquefois de tout le voisinage ; inflammation de la muqueuse trachéo-bronchique. Hémorrhagie plus ou moins abondante, sécheresse à la gorge.
Traitement. — Si l'emphysème est considérable, mouchetures sur les bords de la plaie ; sïl y a hémorrhagie et présence de sang dans la trachée, aspirer ce sang avec une sonde, ligature des vaisseaux ou compression ; laisser les bords de la plaie écartés pour que le sang puisse s'écouler au dehors : pas de suture. S'il n'y a pas d'hémorrhagie, rapprocher les bords de la plaie, et les maintenir en contact par la position, par un bandage ou par des bandelettes agglutinatives. S'il survient des complications inflammatoires, une ou deux saignées.
IV. Si un instrument vulnérant a pénétré profondément dans la partie supérieure du cou et si cette blessure a donné lieu à une perte de sentiment, de mouvement, à la dyspnée et a l'émission involontaire des urines et des fèces, il y a lésion de la moelle épinière. S'il y a des douleurs aiguës, des mouvements convulsiïs et de la paralysie dans certaines parties voisines, il Y a lésion d'un nerf.
Traitement. — Saignées générales ou locales, collochon élastique dans tout le voisinage douloureux, liniments opiacés.
V S'il reste une fistule à la suite de plaie ou d'opération, essayer les cautérisations ; ou bien aviver les bords de la plaie, prolonger les angles supérieur et inférieur de la fistule les réunir par la suture ou les emplâtres agglutinais ou bien anaplastie. Usage d'un obturateur pour les sujets pusilla-
m24?.' Adénite. - Symptômes. - Sur les parties latérales du cou, une ou plusieurs tumeurs superficielles, mobiles, indolentes, arrondies, non fluctuantes, sans changement de couleur à la peau. Quelquefois la peau devient rougeûtre, la tumeur s'amollit inégalement, devient fluctuante, s'ouvre spontanément et donne issue à une matière purulente, claire, séreuse, avec flocons albumineux. Le malade présente tous les signes du lymphatisme. , ,
Nepas confondre avec oreillons (242), érysipèle (51), abccs (iU/),
narotidite (243). , ,
Traitement. - S'il y a des dents malades correspondantes,
MALADIES DU COU
les enlever; s'il y a scrofulisnie, voir 26. Pommades fondantes résolutives alternativement avec la teinture d'iode.
"2JL Axonge 30 gr.
Iodure de potassium.. 2 à 4 — F. s. a.
"if Axonge 30 gr.
Iodure de plomb 2 à 4 —
If Axonge 30 gr
Chlorhydrate d'ammoniaque.
Camphre pulvérisé.
Recouvrir avec flanelle, laine, ouate de coton. — S'il y a fluctuation, ouvrir l'abcès et panser avec la pommade iodée.
242. Oreillons, Ourles. — Symptômes. — Gonflement un peu douloureux et mal circonscrit de la région sous-maxillaire et parotidienne, avec ou sans fièvre, existant consécutivement ou conjointement à un gonflement des testicules ou des grandes lèvres ou des mamelles, donnant lieu à une gêne dans la mâchoire sans changement de couleur à la peau, avec ou sans ptyalisme, existant tantôt d'un seul côté, tantôt des deux.
Nepas confondre avec adénite (241), érysipèle (51), abcès (107), parotidite (243).
Traitement. — Repos à la chambre, liniment huileux et ouate sur la partie malade ; tisane diaphorétique, lavements émollients ou purgatif léger (eau de Sedlitz ou huile de ricin).
En casde métastase au cerveau, vésicatoire sur le siège du mal, sinapismes aux jambes.
243. Parotidite. — Symptômes. — Gonflement de la région parotidienne, avec rougeur, douleur, chaleur; empâtement et gène pour ouvrir la mâchoire, presque toujours avec fièvre. La parotidite peut débuter d'emblée ou bien être sous l'influence d'une cause générale, consécutive à une fièvre typhoïde, dont elle est une complication grave ou bien un phénomène critique favorable.
Ne pas confondre avec abcès ( 1 67), adénite (241 ), oreillons (242), érysipèle (51).
Traitement. — Cataplasmes émollients, incision dès que la fluctuation est sensible. — Si la parotidite complique une fièvre grave, toniques, quinquina, vin à l'intérieur.
2H. Kystes «lu cou. — Symptômes. — Tumeur arrondie, de volume variable, sans changement de couleur à la peau, indolente, siégeant à la partie antérieure et moyenne du cou, quelquefois d'un seul côté : fluctuation très-rare ; les kystes volumineux sont quelquefois transparents. Le kyste du cou suit le larynx dans ses mouvements.
Ne pan confondre avec abcès chauds, froids, par congestion, consécutifs aux altérations des cartilages ou des os du larynx (107, 108, 109), lipomes (131), goitre simple (24o), kyste (133), anévrysmes (248).
Traitement. — Vésicatoires, sétons le plus souvent insuffisants : ponction et injection iodée :
"if Eau distillée 20 gr.
Teinture d'iode 10 —
lodurc de potassium 0sr,30
Diss*.
On peut encore ouvrir le kyste à l'aide de potasse caustique, ou par simple incision ; pansement simple ou alcoolique, ou légèrement excitant avec l'onguent slyrax.
24o. Goitre simple. — Symptômes. — Tumeur à la partie antérieure et moyenne du cou, développée graduellement, de volume souvent considérable, de forme variable, selon que le goitre occupe un côté ou les deux côtés; plus ou moins bien circonscrite, ayant la forme d'un croissant, dont les pointes sont en "haut quand elle occupe tout le corps thyroïde; élastique au toucher, indolore, non transparente à l'éclairage oblique, non fluctuante, sans changement de couleur à la peau : elle suit le larynx dans ses mouvements : plus tard, développement variqueux des veines du cou. Volumineux, le goîlre altère la voix, comprime l'œsophage, la trachée, les vaisseaux, les nerfs : il est soumis à des mouvements de soulèvement et d'abaissement quand il s'étend sur le trajet des vaisseaux.
Ne pas confondre avec kystes (244), thyroïdile (247), goitre exophthalmique (246). Le soulèvement de ces tumeurs, dans les mouvements de déglutition, est un bon signe diagnostique.
Traitement.' — Fuir les causes qui ont déterminé le goitre ; changement de pays : iodure de potassium à l'intérieur, pilules de protoiodure de fer, quinquina, toniques, poudre de Sancy, 1 à 3 prises par jour; pommades iodurées et fondantes à l'extérieur. Obvier aux dangers que sa présence occasionne en comprimant les vaisseaux ou l'œsophage, par quelques émissions sanguines, par les révulsifs, par la ligature de la tumeur, ou des artères thyroïdiennes, ou des carotides, ou bien en l'extirpant, tous procédés dangereux et incertains. " 246. Croître exophtlialmique. — Symptomi-s. — Corps thyroïde augmenté de volume, d'une façon lente ou rapide, régulièrement ou irrégulièrement, d'où compression de la trachée et dyspnée : battements du cœur très-rapides, 100 h laO
MALADIES DU COU
fois par minute, souvent avec accompagnement de bruit de souffle et hypertrophie; yeux saillants, agités de mouvemenls rapides, brillants. Ces trois symptômes: 'palpitations, goitre, exophthalmie-, sont caractéristiques.
Comme symptômes secondaires : défaut d'accommodation visuelle, boulimie, diarrhée, démangeaisons, état nerveux trèsprononcé, chlorose, parole très-brève et saccadée, quelquefois aménorrhée ou dysménorrhée.
Ne pai confondre avec goitre simple (245), thyroïdite (247), chloro-anémie (31), maladies du cœur (320 à 328).
Traitement. — S'il y a chlorose ou dysménorrhée, ferrugineux, protoiodure de fer, toniques, quinquina (Voir Chlorose, 31).
S'il y a dysménorrhée sans chlorose : appliquer une, deux, quatre sangsues à la vulve, lors des époques mensuelles, sinapismes, ■ventouses Junod.
Dans presque tous les cas, l'hydrothérapie est favorable; teinture de veratrum viride, 10 à 15 gouttes (Sée), digitaline, 1, 2, 3 granules chaque jour contre les palpitations, vessie de glace sur le cœur. Légère saignée si le goitre menaçait d'asphyxier.
247. Thyroïdite. — Symptômes. — Tumeur rouge, douloureuse, chaude, avec gène de respiration et de déglutition, quelquefois disparaissant par résolution, d'autres fois s'abeédant.
iVe pas confondre avec goitre (245), kystes (214), abcès (107). Traitement. — Saignées générales ou locales, si les symptômes sont très-intenses : cataplasmes émollients.
248. AnéTpygmes. — Tumeurs érëetilés. — Symptômes. — Tumeurs devenant plus tendues dans les efforts d'inspiration; bruit de susurrus, perceptible au stéthoscope; battements perceptibles, même quand on déplace la tumeur, ce qui empêchera de le confondre avec celui qui se propage par voisinage.
Ne pas confondre avec kystes (244),
Traitement. — Palliatif; ralentir la circulation par les préparations de digitale; sachets de glace sur la tumeur.
249. Torticolis. — Symptômes. — Inclinaison vicieuse delà tète vers l'une ou l'autre épaule, produite: 1° par une affection rhumatismale; 2° par paralysie d'un des muscles sternomastoidiens; 3° par contraction spasmodique d'un de ces mûmes muscles, 4° ou des muscles peauciers.
Ne pas confondre avec cicatrices vicieuses de la peau, fracturcs des vertèbres cervicales (250). Établir la variété pour instituer le traitement.
I. Des douleurs se font sentir dans les muscles du cou, souvent à la suite d'un* courant d'air froid ou bien conjointement avec d'autres douleurs musculaires ; elles augmentent par la pression et sont souvent accompagnées de gonflement (T. par refroidissement ou rhumatisme musculaire).
Traitement. — Frictions avec un liniment calmant, baume tranquille et chloroforme, baume opodeldoch; liniment ammoniacal; chaleur sur les muscles endoloris ; frictions avec la pommade camphrée, l'essence de térébenthine ; recouvrir avec un morceau d'ouate ou de flanelle et promener sur le muscle un fer à repasser modérément chaud: douches de vapeurs, massage; faradisalion. Endormir le malade et étendre brusquement le muscle: si le sujet est vigoureux, émissions sanguines.
II. La tête peut être ramenée facilement et sans douleur dans la direction normale ; mais dés que rien ne l'y retient, elle reprend la direction vicieuse. Les muscles du cou ont leur souplesse habituelle (T. par paralysie d'an muscle sterno-mas loidieu).
Traitement. — Combattre l'affection cérébrale s'il en existe; soutenir la tête avec un appareil mécanique; ou bien pratiquer la ténotomie du muscle sain correspondant (249 bis).
III. Ce muscle est dur, tendu: si l'on veut ramener la tête dans la direction normale, on sent une très-forte résistance; si l'on y parvient et si l'on abandonne la tête, elle reprend brusquement sa position vicieuse (T. par contraction spas modique d'an sterno-mastoïdien).
Traitement. — - Sangsues s'il y a des phénomènes d'acuité; liniments calmants comme ci-dessus (I.) : ténotomie du muscle contracté (249 bis):
IV. Les muscles sterno-masloïdiens ne sont pas tendus, mais c'est le peaucier qui est contracté et qui donne lieu en même temps à un tiraillement en dehors et en bas des traits de la face et de la commissure des lèvres: il y a tension et tiraillement de la peau de tout le côté malade (T. par contraction spasmodique du peaucier). ■
Traitement. — Le même que pour le rhumatisme musculaire.
249 ifs. Ténotomie. — Pour couper les terno-masloïdien près des attaches sternale et claviculaire, deux procédés: 1° diviser le muscle, de la face cutanée à" la face profonde ; 2° de la face profonde à la face cutanée. Préférer le 1er procédé :
Faire à la peau, sur le bord externe du sterno-mastoïdien,
MALADIES DU COU
à 15 ou 20 millimètres au-dessus du sternum, un pli parallèle à la direction du muscle; faire avec la lancette une petite ponction à la base du pli;. retirer la lancette et glisser avec précaution, à plat, sur la face cutanée du muscle, jusqu'à ce qu'il ait dépassé son bord externe sans traverser la peau, un ténolome (fig. Il), large de 5 millimètres et concave sur le tranchant.
Firj. 71. — Ténotome (Vidal de Cassis).
Le doigt médius de la main gauche sert de conducteur et de protecteur (fig. 72). Diriger alors le tranchant de l'instrument
'Fig. 7-1. — Téiiotomic du cou, section du muscle sterno-cléïdo-mastoïdieii (procédé
Vidal de Cassis).
perpendiculairement sur le muscle, de manière que le dos de
l'instrument fasse saillie sous la peau; abandonner alors le pli cutané et couper le tendon en sciant et en appuyant de la main gauche sur le dos de l'instrument. Faciliter la section musculaire en imprimant à la tâ te du malade un mouvement dans le sens opposé à l'inclinaison : un léger craquement et un petit espace vide indiquent que le tendon est coupé.
Pansement: Appliquer un appareil contentiflaissé à demeure pendant plusieurs jours.
250. Fracture des vertèbres cervicales. — Symptômes. — La déformation, la crépitation manquent en général: paralysie du sentiment et du mouvement de toutes les parties situées au-dessous'de l'endroit lésé, des bras, des jambes, de la vessie, du rectum; respiration diaphragmalique, anhélation.
Ne pas confondre avec luxation (251), avec commotion cérébrale, dont les symptômes vont, le plus souvent, en décroissant (149).
Traitement. — Coucher le malade sur le dos, la tête peu élevée: saignées générales abondantes; cathétérisme deux ou trois fois par jour; lavements purgatifs avec 20 à 25 gr. de sulfate de soude, de magnésie, de sel marin, de miel de mercuriale. Limonade purgative, eau de groseilles, etc. Matelas hydrostatique.
251. Luxation des vertèbres cervicales. — Symptômes. — A la suite d:un mouvement brusque ou d'une violence extérieure, la tête est inclinée en avant, la face vultueuse, les yeux saillants, la bouche entr'ouverte, le pouls petit, perle de mouvement: on est en droit de supposer une luxation axoïdo-atloïdienne.
La luxation des autres vertèbres cervicales donne lieu aux signes suivants : tête déviée, face tournée du côté opposé à la luxation avec impossibilité de la redresser, saillie anormale derrière le cou, déformation de la surface antérieure de la colonne cervicale, bruit et déchirement au moment de l'accident: quelquefois paralysie au moment ou peu après l'accident.
Ne pus confondre avec torticolis (249), fracture des vertèbres (25 1 ), tumeur blanche (252).
Traitement. — Palliatif, comme pour fracture. — Pas d'émission sanguine, à moins de symptômes consécutifs graves. La réduction est impossible le plus souvent, et dangereuse.
252. Tumeur blanche — Symptômes. — Douleur locale sourde, profonde, augmentant par la pression et les mouvements; déformation de la région cervicale, engorgement avec ou sans fluctuation, rigidité de ta tète, qui peu à peu se penche
MALADIES DU COU
en arrière, en avant ou sur le côté. A la longue, collections purulentes à la nuque, ou au-devant de la colonne vertébrale, qui s'ouvrent en dehors ou dans le fond du pharynx. Quelquefois symptômes asphyxiques et paralytiques graves.
Ne pas confondre avec déviation congénitale, abcès (107, 108, 109), rhumatisme musculaire (24), torticolis (249).
Traitement. — Tonique et reconstituant, huile de morue, iodure de potassium (I à 4 gr.), bains salés ; cautères , moxas à la nuque; appareils pour prévenir les luxations spontanées(voirX?/m- \phalùme, 26).