‹ Aide-mémoire d'hygiène et de médecine légaleChapitre 60 sur 71 · CHAPITRE V AVORTEMEHT · texte numérisé non relu

CHAPITRE V AVORTEMEHT

L'aïortement est l'expulsion prématurée du pro- ; duit de la conception. En obstétrique, on nomme- 1 acnouchement primatiiri! ['expulsion d'unfcetus viablefU avortement, l'expulsion d'un fœtus tion viable : expul* i sion qui, dans les deux cas, peut être spontanée oti' J provoquée dans un but thérapeutique.

Hais, en médecine légale, cette distinction n' exista 1 pas. On nomme avortement criminel l'expulsion ou IsJ tentative d'eipulsion, prématurée et violente, doJl produit de la conception, que celui-ci soit viable otpH non viable, mort ou vivant.

Ainsi il y a un avortement spontané, un avorte-1 ment thérapeutique, et un avortement criminel, i:ti4A le médecin légiste doit, autant que possible, distin-^ guer l'un de l'autre.

Avortement spontané. — Il a des rawics gênérakn i ^^^ LtFoaT, — Hyglt'iii'.

syphilis, saturnisme, alcoolisme, chlorose, tuberculose, Ûèvres éruptives, pneumonies, et autres maladies aiguës ou chroniques de la mère; — et des causes locales : commotion violente, coups et chutes sur Tabdomen, altérations de T utérus (adhérences, inflammations, déplacements) ou du placenta (apoplexie, décollement, dégénérescence). Toutes ces causes doivent être présentes à Tesprit de l'expert auquel on demande si Tavortement est spontané ou criminel (voy. Questions relatives à ravortement, p. 245).

Les phénomènes prémonitoires de Tavortemeut spontané sont une grande lassitude, des pesanteurs dans le ventre, des douleurs périodiques analogues à celles de Tenfantement, un écoulement de sang parle vagin, les signes de la mort du fœtus.

ÂYortement thérapeutique (médical, obstétrical). — Opération qui est indiquée en cas de rétrécissement extrême du bassin (moins de 65 milHmètres), de tumeur pelvienne irréductible et inopérable, d'accidents liés à la grossesse (vomissements incoercibles, hémorrhagies, éclampsie) et menaçant Texistence de la mère si la grossesse continue. Il est évident que le médecin qui pratique cette opération ne tombe pas sous le coup du Code pénal ; mais il fait bien, en pareil cas, quoiqu'il n'y soit pas forcé, de s'adjoindre un confrère, dont l'autorité puisse prévenir tout soupçon fâcheux.

ÂYortement criminel. — Tardieu distingue les procédés de provocation criminelle de l'avortement en moyens préparatoires et opérations abortives.

A. Moyens préparatoires. — En. général,- ils ne produisent pas l'avortement, et ne sont employés que comme préliminaires des opérations pratiquées sur l'utérus : telle doit être la réponse de l'expert, interrogé sur leur puissance abortive.

AVOllTEMliNT, 243

Ce sonl d'abord les sungsues, saignées, bains de toute sorte, sinapisnies et vésicatoires, efforts et chutes Toloiilaires, marclies forcées.

Puis viemieut les breuvages excitants : armoise, absinthe, sali'aD, laaaisie , etc. En pratique, Eubslances iuciimiriécs sont les suivantes.

I. Ergot lie seigle. — D'après Dauyau, il ne j rait, à lui seul, provoquer des contractions utérines qui u'obt pas commencé, au moins dans la première moitié de la grossesse, époque habituelle de l'avorlement criminel. D'autres observateurs sont d'un avis contraire. En tout cas, il est souvent administré pour Bipulser le fœtus tué par manœuvres directes. Les doses exagérées provoquent des vomissements, de la diarrhée, de la céphalalgie, du délire, le ralentis- Mmenl du pouls, la dilatation de la pupille : si la mort est survenue, le tube digestif est congestionné, et contient parfois des fragments d'ergot, reconnaîs- Bables au microscope.

II. Rue. — Toutes les parties de celte plante, surtout ses feuUles, contiennent une huile essentielle, grâce k laquelle elles peuvent provoquer l'avortement, Vomissements, coliques, ébriété, incontinence d'urine, ralentissement et petitesse du pouls, quelquefois salivation et tuméfaction de la langue : têts sont les symptômes qui accompagnent l'expulsion du Tislus, et qui ne laissent à t'autopsie qu'une congestion de la muqueuse digestive.

m. Sabinv. — C'est un obortif très intldële. Les hautes doses peuvent déterminer des vomissements, des coliques, des hémorrhagies intestinales et autres, une' accélération considérable du pouls, une véritable intoxication, la mort même, sans expulsion prématurée du fœtus. A l'autopsie, la muqueuse digestive est congestionnée. Dans plusieurs cas, on a pu, par les froHmenls de feuilles ou l'huile essentielle trouvés

MKUKCINE LfiGALE.

^^■oani lo tube digesUf on dans les vomiss«in ^^Knmonter à la cause de l'empoisonuement.

^^M IV. Genévrier, Ihwja, if, miUkaritks . — ( ^^Bh Sabine, ces subslances ne provoquent pas totyi ^^Bi'avortement, pl tuent qiielquerois avant que Ct/M ^Kftit

^^P V. Dmsliqim. — L'aloès, la t^omme-f^utlo, lad quinte, le jalap, ne provoquent l'avortement ^ début de la ^''ossesse, el d'une façon inconstant B. OpÉKAnoNi; AaonnviiB. — I. Dilatation du M

Itéponge pn'parée. — Elle sollicite lentement la» tractions utérines, qui amènent l'expulsion du 9 kit huit ou dix jours. Elle no laisse pas d'autro^ Qu'une légère inflammation du col.

■ II. Injertion d'eau chnude ilam la matrice, k il A'uue canule placée dans la cavité du col, et a k une seringue o " ififulktiicnt den membranea de Vœuf, sollicite lei^ I tractions utérines, et amène l'avortement en qu^qii

heures (huit à dix-huit au plus). Ku moment de l'injeclion, la douleur est vive. Souvent Je décollemeilt du' placenta détermine, avant l'expulsion du foetus,

■ une ou plusieurs hémorrhagies, qui peuvent Un mortelles, m. Introduction dans la matrice li'une sontk d^homme, qu'on laisse en place jusqu'à ce que les contraotionB commencent. Comme l'injection d'eau, ce procédfi agit en décollant le placenta, A'aù hémorrhagies ffâquenles.

iV. Ponction des membroMS de l'œuf. — Cette manœuvre, la plus usitée, consiste à ouvrir la poche de l'amnios k l'aide d'un instrument pointu (aiguilles & tricoter, tringle de rideau, plume d'oie, ciseaux, etc.}. n est presque impossible que le doi^çt seul puisse I ouvrir ou décoller les membranes. Il est rare que I l'inslrumenl mancBUvri^ par la femme elle-même, t

WORTEMEM.

plas souvent par aae autre persoane, soit introduit avec assez d'habileté pour ne laisser aucase tnce de BOD passage : ordiQairemenl le col préseole une ou plusieurs piqûres. L'intraduclioa de Imstrnment cause une douleur d'iolensilé très Tariable. Immédialemenl après, le liquide amuiotique s*é)^oule. pur ou mélangé de saog. L'expulsioa du fœtus a lieu daos ua délai compris entre deux et huil jours. Les conséquences habituelles soiil l'héniorrhagie et la m^tropérilonile, souvent mortelles.

C. QcEsnosB uÉDico- LÉGALES BELiTivEs A l'atoiti- ■Ksi. — I. r <i-t-it avnriemenl? — Un aTortement survenu après le qwilrième mois df la gromi-sse peut, qaand l'examen est pratiqué pendant les deux ou trois premières semaines, Hre affirma, si la femin<> présente les sigues habituels de l'accouchement récent, et si le produit expulsé n'est pas à terme. Si l'eiamen est pratiqué un mois après l'aTortenient supposé, le doute subsiste.

Un avortement survenu pendant les trou premiers mois, et attribué par la femme à une perte utérine, ne peut être reconnu que si on trouve au milieu du san^;, soit l'œuf entier sous forme d'une vésicule arrondie, vîUeuse e\lérieuremeul. contenaul uo embryon qui, à la fin du deuxième mois, présente nettement des yeux, une fente buccale, les rudi-' meuls des membres ; soit au moins des Iragments de membranes, qne leur surface tomenleuae distingufrJ des lambeaux de muqueuse utérijje.

En cas de moi-t, l'autopsie fait reconnaître 1< modifLcaliun» subies par l'utérus pendant la gro: sesse.

II. V'tvorlejnenl a-t-il éU spontani! ou pruvoqué? La provocalioo se reconnaît aux lésion» produit sur l'utérus de la iemme et sur le produit di ' peption ; «l'oû la nécessité d'un double «va«

2i6 MÉDECINE LÉGALE.

1° Le moyen d'avorlement criminel le plus fréquent étant la ponction des membranes de Tœuf par un instrument piquant, Vexamen de la femme montre ordinairement une piqûre du col utérin, siégeant sur la lèvre postérieure (qui se présente d'abord), oblique de bas en haut et d'avant en arrière (à cause de l'iu" clinaison du vagin), d'abord ensanglantée et couverte de caillots, pouvant suppurer plus tard, et donnant lieu à une cicatrice de forme variable. On peut trouve^ d'autres lésions plus profondes, déchirure, ruptute de l'utérus, déchirure du vagin, etc. On ne les co^' fondra pas avec les ecchymoses, érosions, plaqu^* gangreneuses, que peut déterminer un accoucheme^*" prolongé et difficile, et qui, outre qu'elles existent ^^ môme temps à la vulve (où elles manquent dans 1^^ manœuvres abortives), ne peuvent être produites qi^* si le fœtus était à terme, ce dont l'état de l'utérU^ permet de se rendre compte. Quant à la ruptut*^ spontanée de l'utérus, elle a une étendue tout autr^ que les plaies limitées que provoque l'avortemeu ^ criminel.

L'injection d'eau et l'introduction d'une sonde dan5 la matrice ne laissent que des contusions du col uté^ rin, produites par le bec de la seringue, ou par 1» sonde, fugaces et peu probantes, à moins que le fœtus ne présente une lésion similaire.

L'avorlement provoqué par l'ingestion de l'ergot de seigle, de la rue, etc., n'arrive qu'après des troubles généraux graves, dont le récit est fait par la femme ou les témoins, et qui, à l'autopsie, laissent une vive inflammation de la muqueuse digeslive : parfois des fragments de la substance ingérée sont retrouvés dans le tube digestif.

2° Vexamen du produit de la conception révèle parfois des piqûres, contusions, etc., accompagnées d'un épanchement sanguin qui indique que ces lésions

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