‹ Aide-mémoire de chirurgie de guerre; traumatismes professionnels du temps de guerreChapitre 10 sur 84 · ARTICLE II. — ARMES OFFENSIVES · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — ARMES OFFENSIVES

Sous le nom d'armes blanches, en général, on entend les armes piquantes et les armes tranchantes.

16 FACTEURS TRAUMATIQUES.

Parmi les premières se trouvent Yépée, la lance, la baïonnette, le poignard; aux pays d'oulre-mer la sagaie, la flèche, parfois empoisonnée, les pieux en bambou, qui causèrent de si nombreuses blessures des membres inférieurs pendant la campagne du ïonkin.

Parmi les secondes, le sabre-baïonnette, le coupecou chinois, la hache.

Ajoutons pour mémoire les armes à effet contondant : écouvillon, maillet, crosse de fusil, pierres, etc.

La proportion des plaies d'armes blanches aux blessures, en général, a été établie par Prahl dans, le relevé ci-dessous (1) :

Guerre de Crimée.... 3,05 p. 100 (les Anglais seulement: i,59p. 100).

— d'Italie 3,0 ï —

— de la Sécession. 10,7 —

— de Danemark. . 1,9 —

— de Bohème. .. . 5,i — (les Autrichiens : 4 p. 100).

— de 1870-1871.. i,2 — .

De leur côté, Chauvel et Nimier fournissent le> chiffres suivants (2) :

Plaies d'armes

blanches. P. 100.

Guerrede Crimée... . J ^nÇais 8.8 3,05 (Chenu).

? Anglais 163 1,50 (History nf the

British Army

d'Italie » Français 565 3,50 (Chenu).

' (Autrichiens... 543 2,9 (Richter).

— du Schleswig (1864) 61 1,8 (Loeffler).

— — Allemands (1864) 58 2,4 (Loeffler).

— — Danois (1804) 19 1,5 (Loeffler).

— de 1866, Bavarois 56 3,3 (Richter).

— — Italiens 92 3,1 (Cortese).

— — Hanovriens 15 1,37 (Stromeyer).

— ~ Autrich. et Prussiens.. 333 3,9 (Richter).

(1) Prahl, De la fréquence et de la gravité des blessures par baïonnette dans les guerres des temps modernes (Deutsche militiirartzliclic Zeitschrift, 1883, p. 368).

(2) Chauvel et INimier, loc. cit., p. 3 et 5.

Plaies d'armes

blanches. P 100.

fiii-iie de SécessioD (Union/ 922 0,37 (Hurtington).

— d'Atchio (Hollandais) 79 10,11

— de 1870-1871 (Allemands) 1245 1.3 {Rapp. officiel).

— de l'Herzégovine (Autrichiens). 44 1,14 (Myrdacz).

— Russo-turque (Ple« na) » 0,09 (Kocher).

— de Sonakin (Anglais) 36 20 (Tobin).

— de Nil (Anglais) 40 15 (Monat).

En définitive, sauf certaines conditions spéciales (ardeurd'un pénible assaut enfin triomphant, guerres empreintes de cruauté), les blessures par armes blanches comptent à peine pouruntrentième dans les guerres les plus meurtrières. En 1870-71, ce rapport n'est que de 1,3 p. 100; dans la guerre turco-russe, qui fut, pourtant, très acharnée, il n'est que de 0,99 p. 100.

Le petit nombre de ces plaies dans la guerre de Sécession tient, d'après Otis et Hurtington, à la rareté des charges de cavalerie contre l'infanterie i combat à pied), à l'usage plus fréquent du revolver et des carabines. D'où cette proportion de 0,37 p. 100 à celle de 2,4 p. 100 (guerres européennes).

a. Armes piquantes (lance, épée, sabre-baïonnette,, épée-baïonnette, chevaux de frise, pieux en bambou, etc.).

Lance. — Le fer de la lance est long de 135 millimètres, triangulaire, à arêtes mousses et pans creux,, emmanché sur une longue hampe en frêne.

Baïonnette. — ■ Le chassepot était muni d'un sabrebaïonnette, les fusils Gras et Lebel ont une épéebaïonnette, moins longue et moins lourde.

D'une façon générale, les blessures par armes piquantes et tranchantes sont en proportion très variable : guerre de Schleswig, 35 coups de baïonnette pour 28 de sabre (Loeffler) ; guerre d'Amérique, 400 blessures par baïonnette pour 522 blessures par

i8 FACTEURS TRAUMATIQUES.

sabre (Otis) ; guerre de 1870, 813 plaies d'armes blanches, dont 73 p. 100 de ponctions. La cavalerie est beaucoup plus atteinte que l'infanterie.

D'après le Rapport officiel allemand, il y eut 050 ponctions contre595 coups de sabre (12conlre 13).

La proportion des plaies par baïonnette aux blessures, en général, a été de la suivante :

Anglais en Crimée 0,87 p. 100 (Chenu).

Prussiens en Danemark 1,10 — (Loeffler).

Troupes de l'Union (Sécessiou). 0,17 — (Circul. n° 6).

(Prussiens eu Bohème 0,4 — (Militûr Wochenblatt) .

Allemands du Nord (1870-71).. 0,9 — (Fischer).

La léthalité totale des blessures par baïonnette est exprimée par les chiffres ci-dessous :

Crimée 2,2 p. 100 (Chenu).

Allemands (1870-71) 2,9 — {Rapport officiel).

Amérique 7,7 — (Hurtington).

'Danemark 3,7 — (Loeffler).

France 4,71 — (Fischer).

Or, d'après Fischer, la léthalité des blessures, en général, a été, pour les Allemands du Nord, de 15,7 p. 100; de même, en 1870-71, la léthalité immédiate, qui a été de 11,70 p. 100 pour les blessures en général, n'a été que de 3,80 p. 100 dans les plaies par lance et baïonnette.

Enfin, la proportion des blessures légères, qui n'a été que de 8,92 p. 100 pour les blessures en général, a été de 15,23 p. 100 dans les plaies par lance et baïonnette.

Demme, Neudôrfer, Biefel, etc., pensaient que les plaies par baïonnette peuvent être très graves, souvent mortelles, et estimaient que beaucoup de ces blessés meurent rapidement sur le champ de bataille, ne comptant pas dans les statistiques ; cependant, les relevés de Loeffler, Fischer, parlent en sens opposé.

Prahl avait déjà noté, d'ailleurs, que les plaies par baïonnette sont moins graves, en général, que la moyenne des blessures de guerre; plus dangereuses que les coups de sabre (arme tranchante), ou de crosse; et il pensait que l'opinion de certains, — à savoir qu'un nombre considérable ou même le plus grand nombre des blessés par baïonnette succombe rapidement sur le champ de bataille même, — est inexacte. Les guerres de 1864 et de 1870-71 ont, en effet, contredit ce préjugé très répandu (1).

D'après lui, 545 traumatismes par baïonnette, observés en 1870, se répartirent ainsi :

Tués immt'diatement y, 53 p. 100.

Blessés grièvement 2S,9 —

Blessés légèrement 64,71 —

Les plus graves de ces plaies sont celles qui ouvrent un gros vaisseau ou pénètrent les cavités viscérales en lésant leur contenu.

La baïonnette peut souvent glisser, d'ailleurs, surla paroi cylindrique des vaisseaux sanguins, éviter les nerfs, les tendons, l'inlestin vide; mais ces organes peuvent être aussi traversés par elle, comme les os plats.

Baïonnette Lebel. — Lorsqu'on adopta l'épéebaïonnette Lebel. dans notre armée, on admit généralement que les blessures qu'elle produirait seraient beaucoup plus dangereuses que celles du sabrebaïonnette 1874. Les faits sont venus heureusement tempérer ce pessimisme.

Cette arme a une lame longue de 0m,52, pèse 400 grammes, est à quatre pans mousses et fortement évidés, sauf à la pointe et au talon, qui est cylindrique.

n Prahl, loc. cit.

20 FACTEURS TRAUMATIQUES.

A côté de deux cas publiés par Lacassagne (i) et. Rouget (2), et de trois autres cités ci-dessous, suivis de mort, d'autres se sont heureusement terminés, malgré la gravité extrême des lésions, parmi ceux que nous avons relevés dans les publicationsmédicales mililaires françaises :

1° Coups de baïonnette à l'épigastre et à la poitrine,, perforation de l'estomac, de la trachée et de l'aorte.

— Mort rapide (Althoffer (3) ;

2° Plaies multiples du poumon avec hémothorax abondant. — Mort rapide (du même) ;

3° Plaie du péricarde et du cœur. — Mort rapide (du même).

4° Perforation de l'abdomen avec lésion probable de l'intestin et du foie. — Guérison (Benoît) (4).

5° Plaie pénétrante de l'hypochondre gauche avec lésion probable de l'estomac, du péricarde et du cœur.

— Guérison (Roux) (5) ;

6° Plaie pénétrante de l'abdomen avec lésion profonde de l'intestin. — Guérison (Martin) (6) ;

7° Plaie pénétrante de l'abdomen. — Guérison (Guichemerre) (7) ;

8° Plaie pénétrante de la poitrine ; plaie probable du poumon, du péricarde, du diaphragme et du foie, hémothorax. — Guérison (Tricot) (8);

9° Plaie pénétrante du crâne à. la partie supérieure de la région rolandique droite. — Guérison (Choux) (9).

(1) Lacassagne, Arch. d'anthropologie criminelle, 1888.

(2) Rouget, Arch. de méd. milit., 1889.

(3) Althofler, Thèse de Lyon, 1889.

(4) Benoit, Arch. de méd. milit., 1893.

(5) Roux, Bulletin médical, 1893.

(6) Martin, Arch. de. méd. milit., 189k

(7) Guichemerre, Arch. de méd. milit.. 1896.

(8) Tricot, Arch. de méd. milit., 18i»G.

(9) Choux, Arch. de méd. milit., 1896.

Il semble donc prouvé que la baïonnette modèle 1 886 produit des lésions internes moins graves que la baïonnette d'autrefois, puisque Delorme (1), insiste sur la gravité extrême et immédiate des blessures de l'abdomen par baïonnette, ce qui explique, dit-il, le nombre relativement restreintde ces lésions observées dans les ambulances.

En raison du petit diamètre de cette épée-baïonnette, le pronostic des blessures qu'elle produit parait devoir être moins sévère que jadis.

En outre, avec les armes à feu perfectionnées, les •corps-à-corps deviendront de plus en plus rares, les blessures par baïonnette seront rares aussi; on ne les constatera qu'au moment des retraites, des assauts furieux, des prises de canon chèrement disputés ; enfin, lorsqu'une troupe attendra de pied ferme le choc d'une charge de cavalerie, ou lorsque, en dépit des conventions, les blessés seront achevés.

Siège, forme des plaies. — Ce sont les cavaliers qui présentent le plus souvent ce genre de plaies (11,3 p. 100, cavalerie allemande en 1870-71, contre 0,60 p. 100, fantassins) (Prahl).

Dirigée vers la poitrine, la baïonnette peut être déviée vers la racine des cuisses ; la lance a pour objectif la partie supérieure du corps ; le sabre frappe à la tète, au poignet du côté gauche, au coude du côté droit. C'est dans ces diverses régions qu'on trouve les lésions produites par ces armes. Aussi, sur 522 coups de sabre, Otis relève-t-il 368 blessures de la tète, 97 des extrémités inférieures, 465 delapartie supérieure du corps, sur 400 blessures par baïonnette, 184 aux extrémités inférieures, 71 au ventre ou à la poitrine.

La forme de la plaie des armes piquantes reproduit celle des instruments; elle varie suivant leur incli-

{1) Delorme, Traité de chirurgie de guerre.

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naison, le relâchement ou la lension des parties blessées.

Les armes tranchantes font des plaies linéaires à lambeau. D'estoc et de taille, le sabre coupe en contusionnant les tissus.

La lance, la baïonnette occasionnent des blessures très profondes, parfois multiples (1). Celles par baïonnette sont d'ouverture triangulaire, ovalaire ou allongée, à bords nets ou déchirés et irréguliers parfois, formant de véritables lambeaux.

Sillon superficiel, trajet borgne et profond, selon complet-, ces diverses lésions, produites par la baïonnette, dépendent de son incidence el de sa force d'impulsion. — Suppuration diffuse.

Les armes blanches se dévient généralement au niveau des diaphyses, sans les pénétrer.

Traitement. — Larrey, rappelant la pratique des sauvages, et des Arabes de l'Egypte, recouvrant leurs plaies par armes blanches avec du taffetas enduit de baume, jusqu'à parfaite guérison, se contentait aussi de bandelettes agglutinatives, soutenues par un bandage simple et contentif, après avoir lavé la plaie, et il le laissait ainsi jusqu'à cicatrisation, « afin d'empêcher le contact de l'air qui lui est toujours nuisible » (2).

Réunir les masses musculaires, tendons, nerfs. Recouvrir la plaie avec un tampon antiseptique, antiseptiser le pourtour ; immobiliser le membre atteint.

Les hémorragies artérielles nécessitent parfois la ligature du vaisseau au-dessus et au-dessous de la

(1) Pendant l'expédition du Nil (1884-85), beaucoup de soldats du Mahdi n'étant armés que d'armes blanches, les Anglais eurent lil blessés par coups de feu contre 40 par coups de lance. Ceux-ci occasionnèrent 10 décès (Monat).

(2) J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. I.

plaie; la compression suffit, d'habitude, dans les lésions des veines.

Les lésions osseuses qu'on observe rarement, et qui sont alors des fractures compliquées, nécessitent la réduction, l'immobilisation, le traitement antiseptique.

D'après Legouest, les blessures par lance, plus saignantes, se comportent comme les blessures par baïonnette, et doivent être soignées comme elles.

Vépée, lame étroite à deux tranchants, peu coupants, avec légère arête sur le milieu de ses deux faces; l'épée de combat, triangulaire, à tranchants mieux aiguisés; le fleuret (i), flexible, quadrilatère, à arêtes vives, occasionnent également des lésions à trajet étroit, rectiligne, qui amènent parfois la mort,, comme nous l'avons noté en faisant l'histoire des traumatismes du temps de paix (2), ou accidentels. Lorsque aucun organe important n'est atteint : viscère, vaisseau, nerf, l'occlusion antiseptique et l'immobilité assurent la guérison. Les Anglais ont signalé 87 blessures par lance et épée en Grimée; à Souakim, 36 (Tobin).

Coupe-cou. — Pour mémoire, nous citerons, parmi les armes régulièrement employées par les Chinois, le coupe-cou, espèce de sabre ou de couteau à lame pesante, large et très tranchante, à poignée courte, que portent à leur ceinture les soldats chinois, dans une gaine en cuir ou en bambou. Ils s'en servent pour couper les têtes que pendant le combat, au Tonkin, ils suspendaient également à la ceinture, afin de sefaire payer, disait-on, la prime promise.

A l'affaire de Chu, un capitaine et 2 hommes du 143e ; au marché de Hao, 15 tués, et à la malheureuse

(1) Le fleuret, eu temps de paix seulement.

(2) Coustan, Aide-mémoire de chir. milit. [Maladies externes et traunatismes professionnels, p. 194. Armes blanches).

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affaire de Bang-Bo, 78 des nôtres, dont plusieurs officiers, subirentces horribles mutilations (1). Nimier a relaté trois observations, dont celle d'un boy qui reçut neuf coups de coupe-cou, suivis de guérison. C'est, amplifié et uniformisé, le couteau des Arabes, coupant le cou aux isolés de nos possessions algériennes.

Pieux en bambou. — Ces pieux, dont les Chinois hérissaient les abords des points qu'ils occupaient, causaient surtout des blessures aux extrémités inférieures, déchirant les chaussures, puis les pieds. Comme le pieu n'était pas, d'ordinaire, enfoncé jusqu'au ras du sol, mais faisait une saillie de 10 ou 20 centimètres, en s'inclinant dans la direction de l'assaillant, celui-ci s'y embrochait parfois la jambe pendant la marche. Un blessé eut le péroné fracturé par l'introduction d'un de ces pieux; un Arabe vit la pointe pénétrer, en s'asseyant, près de l'anus, à 5 centimètres en dehors de la ligne médiane, et entrer jusque dans la vessie; fistule urinaire consécutive.

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