‹ Aide-mémoire de chirurgie de guerre; traumatismes professionnels du temps de guerreChapitre 14 sur 84 · ARTICLE III- - BALISTIQUE · texte numérisé non relu

ARTICLE III- - BALISTIQUE

Les philantrophes de notre époque, au lieu de chercher le remède contre les guerres dans les arbitrages internationaux, plutôt par crainte de ce fléau que par amour de la paix, ont pensé le trouver dans le projectile dit humanitaire, produisant le maximum d'effet avec le minimum de dégâts, mettant hors de ■combat, sans les tuer, le plus d'ennemis possible.

On a cru atteindre le but proposé par deux procédés: 1° en réduisant autant qu'on pouvait le diamètre transversal des projectiles, c'est-à-dire en adoptant des armes du plus petit calibre possible ; 2° en augmentant le plus qu'on a pu la dureté, la cohésion, Vindé formab 'dite du projectile, afin que sous la résistante qu'il rencontre à sa pénétration, il ne se ramollisse pas, ne se déforme pas, ne s'aplatisse pas, n'augmente pas de section transversale. De là, par conséquent, l'abandon des projectiles creux, évidés, à culot, à sabot ; de là, la substitution du plomb dur au plomb mou ; de là, enfin, l'adoption de projectiles dits « à chemise » ou « manteau > , c'est-à-dire de

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projectiles revêtus d'une enveloppe dure d'acier, de cuivre, d'aluminium, ou de nickel, de ferro-nickel,. de laiton, de papier, etc. Du reste, comme le fait remarquer de Santi, si la question du fusil semble aujourd'hui tranchée par l'adoption des calibres de 6mm,o à 8 millimètres, il n'en est pas de même de la queslion du projectile, parce qu'il faut que ce dernier réponde à une triple condition : être lourd, peu coûteux et peu déformable.

Le platine est lourd, peu déformable, maiscoûteux; de même le tungstène; l'aluminium est trop léger; le cuivre vient en première ligne, après les alliages plombiques. Pour le moment, on s'est arrêté à l'expédient des chemises.

En réduisant le calibre des armes, il a fallu augmenter la longueur du projectile, caria force de ce projectile étant le produit de sa masse par sa vitesse, et la masse étant le produit de sa densité par son volume, on a dû lui faire regagner en axe ce qu'il perdait en diamètre ; c'est pour cela qu'on a adopté les projectiles cylindriques ou cylindro-coniques.

De plus, comme il pouvait, dans sa course, basculer et se présenter en travers, il fut animé d'un» mouvement de rotation axile en le forçant dans les rayures ; la section des blessures devait être ainsi, moins large (1).

Enfin, on compensa la diminution de force et de portée qui résultait de la réduction de la masse du projectile par une augmentation de sa vitesse; de là, l'adoption des poudres qui développent de grandes vitesses et des armes qui conservent cetle vitesse.

Il semblerait résulter de ces considérations que puisque les dégâts occasionnés par un projectile en traversant les tissus sont d'autant plus grands que

(1) De Sauti, loc. cit.

sa vitesse est plus grande — car il abandonne à ces tissus, sous iorme d'action destructive, une plus grande partie de sa vitesse ; autrement dit, il transforme en ébranlements, fissures, déchirures, éclatements, etc., une plus grande partie de son mouvement de translation, — il semblerait résulter, disons-nous, qu'au lieu d'être humanitaire, ce projectile serait très meurtrier.

Formule inexacte, ainsi énoncée, ajoute de Santi : « En réalité, V augmentation de gravité des blessures par petitsprojectiles modernes, l'accroissement de leur action destructive n'a chancede se produire que dans leslimites où la vitesse elle-même de ces projectiles se trouve surélevée. »

Ces limites correspondent au premier quart, environ, de la portée des projectiles actuels : 200 à 300 mètres pour le fusil Gras, 600 à 700 mètres pour le Lebel .

On peut encore mieux les préciser en disant que faction vulnérante des projectiles ne s'aggrave que lorsque la vitesse de ces projectiles s'élève au-dessus de 300 mètres à la seconde au point d'impact.

Nous montrerons à la fin de ce chapitre, quand nous aurons comparé les effets destructeurs des diverses armes modernes, ce que l'on pense aujourd'hui et ce qu'il faut penser du projectile humanitaire .

Vitesses du projectile. — Un projectile est animé de deux vitesses : la vitesse de translation, la vitesse de rotation.

a) Vitesse de translation. — Dans la vitesse de translation, il faut considérer la vitesse initiale et les vitesses restantes de translation.

La première est le nombre de mètres que parcourrait la balle pendant la première seconde, à sa sortie du canon, si rien ne s'opposait à sa progression.

La vitesse initiale du fusil Gras était de 450 mètres, celle du fusil Lebel est de 631 mètres.

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La vitesse restante est celle que conserve encore le projectile aux différentes distances, après la première seconde.

Sans la résistance de l'air et l'influence de la pesanteur, nos projectiles parcourraient 21 kilomètres.

Fusil Gras. Fusil Lebel.

Vitesse initiale 450 mètres. 03 1 mètres.

Vitesse restante à 100 m... 3 73 — 550 —

La perte de la vitesse est d'autant plus faible que la vitesse est elle-même moins grande.

Cette vitesse est variable, d'ailleurs, suivant les projectiles; avec une balle cylindro-conique, la résistance de l'air a moins d'influence que s'il s'agissait d'un projectile irrégulier.

La densité du projectile a aussi son influence; plus la résistance est grande, moins l'influence de l'air est grande.

Longueur du diamètre. — La résistance de l'air est proportionnelle au carré du diamètre ; plus la longueur est grande, moins l'air l'influencera.

b) Vitesse de rotation. — La vitesse de rotation est indispensable au projectile pour que sa pointe se présente toujours en avant; elle est imprimée par les rayures du canon; le pas de la rayure du canon est : Gras, 240 millimètres; Lebel, 550 millim. (1).

Elle dépend aussi de la longueur du pas des rayures et de la vitesse initiale de translation.

Le projectile Gras faisait 850 tours par seconde ; le projectile Lebel fait de 2 500 à 2 800 tours par seconde.

La ritcssc de rotation s'obtient en divisant par la longueur du pas de rayure la vitesse initiale de rotation.

Force vive. — Lorsqu'il s'agit de comparer la puis-

(1) Le pas d'une rayure est la longueur suivant laquelle celle-ci fait un tour complet dans l'intérieur.

sance des projectiles, c'est moins leur vitesse que leur force vive qu'il faut considérer.

L'augmentation de la vitesse de propulsion des balles modernes contre-balance presque leurs conditions de calibre et de poids, particulièrement favorables au point de vue chirurgical. C'est que la force vive d'un projectile dépend plus encore de sa vitesse que de sa masse, ainsi que l'exprime la formule gé-

nerale : r = — ^— •

On a eu tort, autrefois, de ne considérer que sa vitesse.

La force vive du Gras était de 259 kilogrammètres, celle du Lebel de 300 kilogrammètres à 0 mètre ; mais les différences s'atténuent à mesure qu'on se rapproche de 400 mètres.

A 900 mètres le fusil Gras — 51 kilogrammètres et le fusil Lebel = 55 kilogrammètres.

Dans les tirs supérieurs à 900 mètres, le fusil Gras est plus nocif que le fusil Lebel.

Force de pénétration. — La force de pénétration d'un projectile est liée au poids et à la vitesse. Outre la résistance des tissus, d'autres facteurs influencent cette force de pénétration. Ce sont : la surface du projectile : la force de pénétration est inversement proportionnelle au carré des diamètres; la façon dont se présente le projectile : forme ogivale, régularité ou irrégularité; la densité de section du projectile: plus un projectile est dense par unité de surface, plus il estlong.etpius il pénètre. Un projectile actuel peut encore être nocif à 3 800 mètres.

Trajectoire. — Le projectile décrit une trajectoire. Cette trajectoire est plus ou moins tendue; selon cette tension, il existe une zone dangereuse, ou non, du projectile.

La zone dangereuse est la distance

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dans laquelle un homme peut être atteint de la tête aux pieds ; de 71 mètres à 500 mètres, elle n'est déjà plus que de 18m,50à 1 000 mètres ; à 1 500 mètres, elle ne dépasse pas 8m,20.

Avec les trajectoires tendues, le trajet de la balle est rectiligne, direct, tandis qu'autrefois ce trajet était courbe.

Déviation. — Une balle se dévie dans le sens des rayures. Cette déviation avec une faible vitesse s'accentue quand la balle atteint un os, qui tend à dévier le projectile dans le même sens.

Une balle peut atteindre un homme par tir de plein fouet, tir plongeant, ricochet. C'est dans la proportion du quart ou du tiers qu'on observe les ricochets.

Gros projectiles. — Les gros projectiles sont utilisés de plein fouet, à tir plongeant. À tir plongeant leur vitesse est moindre. Un projectile tiré ainsi a, à 1 500 mètres, la même vitesse restante qu'un même projectile lancé à tir de plein fouet à 3 000 mètres.

Eclatement. — Les gros proj ectiles n'éclatent pas de la même façon: la fusée fusante éclate en l'air et fournit une gerbe descendante, étroite ou large ; la fusée percutante éclate en touchant le sol et fournit une gerbe ascendante, puis descendante.

Les éclats sont très variables de forme, de volume et de nombre. Les subdivisions de la carcasse sont grosses; les éclats de fouet sont, au contraire, très petits.

Les obus ordinaires donnent de 38 à 321 éclats, nombre qui varie suivant le calibre du canon (80, 90 ou 95 millimètres), et suivant le poids de la charge intérieure. Le poids de ces éclats varie de 25 grammes et au-dessous, à 300 grammes et au-dessus.

Les obus à balles et à double paroi donnent de 69 à 130 éclats, suivant le calibre et le poids de la charge intérieure. Le poids des éclats varie de 25 gr. et au-dessous, à 300 grammes et au-dessus.

Un éclat d'obus aurait une vitesse égale à celle de l'obus qui l'a fourni, au moment de son éclatement, si rien ne s'y opposait. Or, cette vitesse est influencée par un grand nombre d'éléments. Pour la fusée fusante, l'influence de la pesanteur est favorable ; la résistance de l'air pendant la chute est en partie compensée par lapesanleur.

En somme, dans la fusée fusante, le projectile a sensiblement Ja vitesse de l'obus au moment où il a éclaté. Pour la fusée percutante, l'influence de la pesanteur est défavorable. Il y a perte de force vive au moment de l'éclatement.

La densité des projectiles, l'étendue, la forme de leur surface ont aussi une action marquée. Si l'obus à balles et l'obus ordinaire n'éclatent qu'à une grande distance de la bouche des canons, la boîte à mitraille s'ouvre à la sortie de la bouche à feu. Ses projectiles forment une gerbe d éclatement, descendant»' ou ascendante, suivant la fusée. Ce n'est donc pas au point d'éclatement que l'effet est le plus meurtrier. L'intervalle d'éclatement est généralement de 30 mètres; supérieur à 100 mètres, les chocs directs des balles sont négligeables et leurs effets vulnérants peu étendus. La charge de poudre a évidemment une influence très grande.

Les balles des obus sont moins pesantes que les balles Lebel ; de plus, elles ont moins de longueur et une plus grande largeur, — autant de conditions d'infériorité.

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