ARTICLE IV. - ACTION PARTICULIERE DES PROJECTILES DE PETIT CALIBRE
Nimier, professeur au Val-de-Gràce, s'est particulièrement occupé de l'action des projectiles nouveaux et la Revue des guerres, des Archivés de médecine mili- Goustan. — Chir. de guerre. 3
38 FACTEURS TRAUMATIQUES.
taire des dernières années est riche de documents intéressants, dus à ce distingué chirurgien. Nous lui avons fait de nombreux emprunts.
Des considérations balistiques qui précèdent, il nous paraît utile de tirer les déductions suivantes relatives aux nouveaux projectiles.
Allongement. — Il a fallu allonger les projectiles, vu laréduction du calibre, pour obéirauxloisde la balistique, augmenter la stabilité de Taxe, la fréquence des chocs de pointe, ce qui n'empêche pas toujours les chocs de travers ou même de base, quand la balle culbute sur son axe. Il est à remarquer aussi qu'au point de vue chirurgical, cet allongement des projectiles est fâcheux, car il contre-balance, en regard de leur masse, l'effet de leur petit calibre. Leur force vive en est augmentée et les lésions produites sont plus graves.
Composition. — La composition actuelle des projectiles a changé aussi leur mode d'action vulnérante ; autrefois les balles étaient de plomb mou ou de plomb dur (alliage de plomb et d'antimoine); aujourd'hui elles ont un noyau de plomb (dur ou mou) et une chemise en métal résistant: acier pour les armées autrichienne et portugaise, acier nickelé pour l'Allemagne, cuivre pour la balle italienne, laiton pour l'Espagne, maillechort pour les balles françaises, russes, turques. — Il y a ainsi très peu de déformation des projectiles dans la traversée du corps. Seulement, quand ils frappent contre des corps résistants, leur axe s'incurve, ils s'aplatissent, se déforment. Use produit une déchirure du manteau, avec issue partielle du noyau déprimé en champignon, séparation de l'enveloppe, formation d'appendices ou d'ailettes à bords irréguliers, par la division et le rebroussement de la coque métallique. Les projectiles de ricochet seront très déformés, les lésions plus graves.
Vitesse. — La vitesse des projectiles a été considérablement augmentée ; le mouvement de propulsion de la balle Gras était de 450 mètres, celle de la balle Lebel est de 631 mètres. La vitesse de rotation de la balle Gras était de 801) mètres, celle de la balle Lebel est de 2 550 mètres. Par conséquent, bien que leur poids ait été diminué, cette accélération du mouvement les rend plus dangereux, au point de vue de l'action vulnérante.
Vitesse de propulsion aux différentes distances des principales balles modernes (1).
Vitesse de propulsion (balles modernes).
Chemin
parcouru.
Allemande.
Autrichienne.
Française.
Suisse.
mètres.
mètres.
mètres.
mètres.
mètres.
2ii
Force vive. — La supériorité balistique des nouvelles talles sur les anciennes, ressort du tableau ci-après :
(1) Nimier, Quelques remarques sur l'action des projectiles des fusils de guerre (Arch . de raéd. milit., 1893, t. V).
40 FACTEURS TRAUMATIQUES.
Force vive en kilogrammètres des balles au début de leur course .
Anciennes. Modernes.
kilogrammètres. kilogrammètres.
Allemagne 251,401 288.004
Angleterre 263,845 281,187
Autriche 232,829 309,557
Belgique 220,839 287,250
France 257,175 344,192
Italie 244,902 262,128
Portugal » 212,208
Russie 253,988 264,494
Suisse 196,794 264,099
Turquie » 270,844
On constate aussi que la balle de 6mm,5 adoptée en principe en Italie, malgré une vitesse initiale notablement supérieure à celle des autres projectiles (700 mètres), leur est inférieure en tant que force vive (262 kilogrammètres, au lieu de 344 comme la balle Lebel).
Tout au contraire, la balle Lebel, dont la vitesse initiale ne dépasse pas celle de certaines autres balles, l'emporte cependant sur elles par sa force vive plus élevée.
Il ne suffit pas, il est vrai, de comparer la force vive des projectiles au début de leur course ; il est même plus intéressant, pour le chirurgien de les mettre en parallèle aux divers points de leur trajet :
Balles modernes, force vive.
Chemin — —
parcouru. Allemande. Autrichienne. Française. Suisse.
mètres, kilogrammètres. kilogrammètres. kilogrammètres. kilogrammètres.
1,000 56, 65!» 01,780 i'.'.TIJ 30,551
Coefficient de pression des projectiles. — Bien que deux projectiles de calibre différent aient la même force vive, ils ne la transmettent pas à l'obstacle frappé suivant une surface de frappe identique; le diamètre de chaque projectile fera varier par millimètre carré de la section perpendiculaire à Taxe le coefficient de la pression susceptible d'être transmise à l'obstacle; et vu la différence de la surface d'application de la force transmise, l'effet produit dans les deux cas sera différent, d'après le tableau du même auteur :
Coefficient <le pression initiale (en kilogrammètres .
Balle.
Allemande. . .
Anglaise.
Autrichienne.
Belge
Française. . . .
Italienne. . . .
Portugaise. . .
Russe ,
Turque
Comme on le voit, le coefficient de pression initiale a été plus que doublé pour certains projectiles modernes.
Quant au coefficient de pression des différentes balles aux diverses distances, particulièrement aux distances où elles sont appelées à produire des blessures, il est le suivant (tableaux résumés de Nimier (1) :
l Nimier, loc. cit.
Ancienne.
Moderne.
grammètres.
kilogrammètres
42 FACTEURS TRAUMATIQUES.
Coefficient de pression des balles modernes (en kilogrammètres).
mètres, kil
o gramme
ICO
richienhe.
Fiançai se.
Suisse.
frammètre
•». kilogrammètres.
kilogrammètres
Vitesse de rotation de projectiles. — L'influence de cette vitesse de rotation sur la production des blessures est encore inconnue, faute d'expériences comparatives entre deux fusils : l'un, ordinaire, réglementaire, l'autre, dont le canon offrirait des rayures rectilignes, ce qui priverait le projectile de tout mouvement de rotation sur son axe.
Nimier fait des réserves au sujet de l'identité des blessures causées dans le tir normal et celles que le même projectile provoque à brève distance, quand,, par la déflagration d'une charge réduite de poudre, il est animé de la même vitesse de propulsion. « Cependant, si par cet artifice d'une charge réduite, on donne à la balle la vitesse de translation qu'elle posséderait effectivement à la distance désirée, on ne saurait lui procurer sa vitesse de rotation; ces deux éléments n'obéissent pas aux mêmes lois; en paiticulier le mouvement de rotation du projectile, loin de se ralentir rapidement comme celui de propulsion, reste assez constant pour qu'on le tienne tel quant à ses effets sur les tissus de l'économie. » Et, dans son tableau n° X, il montre que la balle du Mannlicher, dans la première seconde de sa course, avec une vitesse de propulsion de 620 mètresr
tourne 2800 fois sur son axe, ne fait qu'une rotation pour un trajet de 25 centimètres (ou ne tourne pas 2 fois sur elle-même en traversant le corps humain de part en part, pas une fois en passant à travers les segments des membres), — à 250 mètres, sa vitesse de propulsion est tombée à 182 mètres, et si on lui concède encore une vitesse de rotation de 2480 tours, en 1 mètre de trajet, elle tourne 12 fois sur elle-même, soit 3 tours par 25 centimètres, — pendant la traversée du corps, — si l'on tient compte du ralentissement possible de sa course, par le fait de la rencontre et du bris des os.
Calibres réduits. — Quanjer (armée hollandaise) ne parait pas admettre pour les fusils de guerre, comme limite minima, les calibres de 6mm,5, voire même de 5 millimètres (marine des États-Unis). Il ne tient pas pour irréductibles les inconvénients reprochés aux armes de 1res petit calibre (détérioration rapide du canon par une pression gazeuse de 4000 atmosphères dans le fusil de 6,5; encrassement, détérioration de l'arme par les produits de combustion de la poudre, résistance de l'air, particulièrement contraire aux balles de petit calibre.
D'après ses calculs (1), aux diverses distances, la force explosive des projectiles se trouve être en rapport avec la réduction de leurs calibres.