‹ Aide-mémoire de chirurgie de guerre; traumatismes professionnels du temps de guerreChapitre 17 sur 84 · AVEC LES ANCIENS · texte numérisé non relu

AVEC LES ANCIENS

La consistance du projectile, la cohésion de ses molécules, la dureté ou la mollesse du métal, ont sur la formation du trajet une action beaucoup plus grande que sa grosseur, son poids, sa circonférence, sa forme, le mouvement de rotation et l'angle d'incidence.

Les projectiles de plomb mou, lancés par une force de propulsion suffisante sur une surface résistante, se déforment énormément, et se divisent en fragments qui augmentent les désordres de la plaie.

Le danger des projectiles modernes est dans cette action toute mécanique.

La résistance du but est un des facteurs importants dans la formation du trajet. Cette résistance dépend de la dureté de l'objet, de son épaisseur, de son poids spécifique, et, dans le corps humain, de la structure des organes, de leur configuration anatomique, de leurs propriétés physiques et physiologiques.

Les projectiles qui pourront, grâce à leur dureté, conserver leur forme, seront bien moins dangereux que ceux faits d'un métal trop ductile.

L'alliage du plomb et du zinc augmente la dureté du projectile, mais n'empêche pas sa déformation; la balle revêtue d'une chemise de cuivre n'offre pas plus de garanties, car cette dernière s'enlève facilement, puisqu'elle n'est pas intimement unie au noyau, se divise en fragments qui viennent compli-

(1) Chauvel et Nimier, Traité pratique de chirurgie d'armée.

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quer la blessure. Il faut tenir compte aussi du plus .grand échauffement de la chemise de cuivre, qui est bon conducteur de la chaleur.

Les projectiles en métal dur (cuivre ou acier) ont V inconvénient d'être trop durs et de briser les os sur une étendue considérable.

Les projectiles formés par une combinaison chimique de différents métaux, dits « projectiles cuirassés », possèdent, au contraire, l'avantage d'être très résistants, et par conséquent peu déformables, et, en même temps suffisamment élastiques pour pouvoir se dévier en présence des tissus trop résistants.

Parmi ces projectiles, il faut donner la préférence aux balles cuirassées de Lorentz, et avant tout au projectile à chemise d'acier de 11 millimètres, puis a celui de 9 millimètres, et enfin à celui deHebler de lmm,2 de diamètre. Toutefois, ce dernier est trop long et sa pointe se laisse déformer.

En résumé, l'aspect du trajet d'une blessure dépend de la force de propulsion, de la ductilité du projectile et de la résistance des tissus traversés. Ces trois facteurs jouent, tantôt l'un, tantôt l'autre, le rôle prépondérant, et déterminent, seuls, la plus ou moins grande gravité des lésions observées (\).

D'autre part, Delorme estime que l'étendue, la gravité des dégâts, sonl, pour la même balle, dominées surtout par sa vitesse de translation. « La constitution des tissus ne joue qu un rôle secondaire, d'adjuvant ou de correctif. Les dégâts sont, en général, en rapport <ivec la vittsse. Plus celle-ci est grande, plus les premiers sont graves, comminulifs ; plus la vitesse est faible, moins ils sont graves dans les parties molles, moins ils sont comminutifs dans les os (2). »

M) De Beek. trad. et résumé' par Demmler (loc. cit.).

(2) Op. cit. Théorie de la contusion, delà dilacératwn, t. II, p. 1000.

EFFETS Vl'LNÉRANTS. 57

La balle Htbler (mod. 87 , comparée aux projectiles Vetterli, de plomb dur, et Rubin, à manteau de cuivre, s'est montrée supérieure. Elle se déforme à peine, ne perd pas son enveloppe qui ne se déchire pas; enfin, elle possède une force de pénétration énorme. La trajectoire de l'arme est très tendue ei sa portée très grande (1).

Mannlicher. — En 1888, l'Autriche a adopté lefusil à répétition Mannlicher de 8 millimètres, qui peut lancer à 3 700 mètres une balle du poids de 15&r,8 à noyau de plomb dur, comprimé dans un manteau d'acier. Ce projectile, très allongé, subit à la seconde 2 120 tours sur son grand axe; sa vitesse au départ est de 530 mètres ; puis elle devient successivement de 357 mètres à 375; 280 à 750; 239 à 1 125 ; 211 à 1 500 mètres de l'arme.

Au total, ce projectile ne diffère que peu de la balle Lebel, qui, en plomb dur à manteau de maillechort, pesé 15 grammes, présente le même calibre et la même largeur, mais dont le mouvement de rotation, toutefois, est plus rapide (2 541 tours à la seconde), et la vitesse initiale supérieure (631 mètres).

En raison de leur quasi-similitude de forme et de masse, malgré une certaine différence de mouvement, Ton est tenté d'attribuer à ces deux projectiles des effets identiques sur le corps humain, opinion dont la justesse a été expérimentalement contrôlée par Habart (2), de l'armée autrichienne.

De l'ensemble des lésions qu'il a constatées, il conclut que le nouveau fusil à magasin mod. 88 est une arme humanitaire; toutefois :

1° La lésion des organes vitaux (cerveau, cœur),

(1) Bovet, Le fusil Hebler, mod. 87. (Corresp. Blatt fur Schwei;. Aertze, 1887;.

(2) Habart, Mittheilungen der K. u. K. militdr-Sanitâts-Comité, I-III [Sararnlung medicinischer Schriften, V-V1I). Wien, 1890.

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causée par le projectile de 8 millimètres, à courte comme à longue distance, est mortelle;

2° Grâce à sa puissance de pénétration, il peut sans difficulté transpercer le corps humain jusqu'à 2 000 pas ou 1 500 mètres ; à la même distance, traverser le corps d'un cheval, causer de multiples blessures à un homme ou en atteindre plusieurs ;

3° Beaucoup de blessures s'accompagnent d'hémorragies, surtout internes ;

4° Par suite de la tension de la trajectoire et de la puissance de pénétration du nouveau projectile, il mettra hors de combat dans les première et deuxième zones au moins deux soldats ; l'étendue de la perte de substance osseuse dans la zone d'explosion, et le fait que même à 1500 mètres, les broiements osseux sont considérables sans que le projectile soit arrêté, prouvent que le fusil à magasin Mannlicher est une des meilleures armes à feu modernes.

Nimier fait cependant remarquer que les conditions de tir dans lesquelles doivent se placer les expérimentateurs, les obligent, pour reproduire à courte distance les lésions causées à distances variables, à utiliser des charges de poudre réduites. Or, si par cet artifice on donne à la balle la vitesse de translation qu'elle possède effectivement à la distance désirée, on ne saurait lui procurer sa vitesse de rotation, ces deux éléments n'obéissant pas aux mêmes lois. De là, sans doute, une cause d'erreur dont il y aurait intérêt à présenter expérimentalement l'influence (1).

J. Bogdanik ayant observé, en 1889, 18 cas de blessures par coup de feu Mannlicher tirés à courte distance — 40 à 180 pas — a remarqué que lorsque

(1) Nimier, Des lésions produites par les balles de petit calibre à enveloppe résistante, et en particulier par le projectile de guerre de 8 millimètres adopté en Autriche (Arcn. méd. milit., 1890, p. 305).

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la baile avait frappé directement le blessé, toujours elle l'avait perforé de part en part ; son trou d'entrée, petit, rond, ou ovale quand elle avait pénétré obliquement, mesurait de 0cent,5 à 1 centimètre de diamètre, avec un pourtour noirci de 1 à 2 millimètres de large; le trou de sortie frangé, étoile, avait également de 0eent,7 à 1 centimètre de diamètre (1).

Dans les blessures par ricochet, projectile resté d'ordinaire sous la peau, au point opposé de son entrée. Dans les tissus, parcelles plus ou moins grosses du manteau d'acier ou des morceaux de plomb irréguliers, gros comme un grain de millet ou un haricot. Bords du manteau d'acier irréguliers et coupants, repliés, d'où des orifices d'entrée déchirés et grands.

Projectiles directs ou de ricochet, toujours ils avaient produit dans les vêtements, à l'entrée, un trou arrondi, à bords déchiquetés.

Les projectiles non déformés constamment avaient creusé dans les muscles, fascias, dans le tissu cellulaire et péritoine pariétal, de petits trous ou des canaux tout au plus de 1 centimètre à lcent,o de diamètre; jamais il ne s'y trouvait de débris de vêtements, mais seulement des caillots sanguins. Les intestins montraient des trous à bords nets, où l'on eût pu introduire le doigt, sans que jamais on eût observé leur obstruelion par un bouchon muqueux; rarement on trouva dans le péritoine des matières intestinales. Jamais on n'observa de lésions de l'intestin susceptibles de faire penser à une action explosive.

Les trajets creusés dans les parties molles par les projectiles déformés étaient larges, surtout lorsque le manteau d'acier avait été déchiré; de même pour

(l) Bogdanik, Les effets du fusil Mannlicher (mod. 88) [Wiener Klinik, 1890). Analysé par Nimier (Arch. de méd. milit., 1891).

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les lésions profondes; dans le poumon, les sétons étaient aussi plus larges.

Une blessure articulaire de l'épaule guérit sans suppuration du sujet; par contre, celle-ci se produisit par ricochet avec séjour d'un fragment du manteau d'acier et d'un débris de drap.

Tous les blessés atteints de lésions abdominales moururent, la plupart au bout de deux à dix heures, qu'ils eussent été ou non laparotomisés.

Wagner (1), rendant compte de 37 coups de feu par projectile Mannlicher de 8 millimètres, dont 32 lois par cartouche à balle, trois fois par cartouche à blanc, a relevé la mortalité suivante (1892,.:

Plaies delà tète 10 cas, 10 morts (trois suicide?).

— poitrine 3 — 2 —

— l'abdomen. .3 — 1 —

— face i — 0 —

— membre.... 19 — 0 —

Les délabrements étaient moindres à la, tête qu'avec le fusil de 11 millimètres ; fissures nombreuses et étendues, disjonction des sutures, peu de projections des portions du crâne en dehors.

Aux membres, la conservation, seule, donne les meilleurs résultats (18 fois sur 19).

Fusil Mauser. — Desexpériences de P. Bruns (2), de Tubingue (1891) avec le Mauser adopté par l'armée belge, il résulte que son projectile traverse les corps humains sans jamais s'y arrêter, par la raison qu'à 1 500 mètres sa vitesse est encore de 200 mètres. (Nimier rappelle que des essais sur les cadavres

(i) Wagner, Effets vulnéranfs des armes à feu de petit calibre. Vienne, 65 p., 1VJ.

(2j P. Bruns, Effets des projectiles des armes nouvelles de petit calibre, trad. par Victor Buvet, in-30, Berne. (Analysé par Nimier,. Arch. de inéd. mil., 1892.)

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avec le fusil Lebel ont démontré que, même à 2 000 mètres, le projectile ne reste pas dans la plaie.)

A 100 mètres de distance le projectile traverse quatre à cinq rangs d'une compagnie en formation de combat, lors même qu'il rencontre sur sa route les os les plus résistants; à 400 mètres, il en traverse encore trois ou quatre, et à 800 ou 1 200 mètres, deux ou trois. Même dans ces conditions, il est rare de voir le projectile s'arrêter dans la plaie.

La vitesse initiale plus grande du projectile n'a pas seulement pour conséquence d'accroître sa force de pénétration, elle s'accompagne aussi d'une augmentation de Veffet explosif, dans les corps solides et les liquides, et c'est à cet effet que sont dues les blessures avec éclatement observées à petitedistance. Contrairement à ce principe, les expériences de Bruns sur le cadavre ont montré que : aux courte* distances, les effets explosifs s'observent moins et sont moins marqués qu'avec l'ancien projectile. Les diaphyses des os longs sont bien encore fracturées comminutivement, mais les fragments, en général plus grands et maintenus par le périoste, ne sont pas disséminés dans les tissus avoisinants ou projetés au dehors.

L'on n'observe plus de grands foyers de destruction dans les muscles, du côté de la sortie.

Les lésions du crâne sont les seules dans lesquelles on constate les effets de la pression dans les cavités closes. Cette zone a sa limite vers 300 mètres ; elle est donc un peu plus courte que pour le projectile de 11 millimèlres.

La zone des grandes dislances commence avec l'apparition dans la peau d'orifices d'entrée arrondis et plus petits que les projectiles, et de trous de sortie en boutonnière dont le diamètre ne dépasse pas celui Coustan. — Chir. de "uerre. 4

-62 FACTEURS TRàUMàTIQUES.

de la balle. Les grandes distances de 400 à 1 200, et même 1 500 mètres répondent à la zone des trajets à l'emporte-pièce, à bords nets, d'un diamètre correspondant à celui du projectile, et sans solution de continuité de l'os.

Sur le crâne, à 800 mètres, on a des perforations abords nets, et la masse cérébrale ne semble plus exercer aucune influence sur la nature des lésions osseuses.

Le fait que jamais le projectile ne reste dans la plaie, épargnera au blessé bien des inquiétudes et dispensera souvent le médecin d'une intervention chirurgicale; aussi, grâce aux précautions d'une antisepsie rigoureuse, verra-t-on guérir les plaies plus rapidement.

Enfin, c'est au manteau d'acier que Bruns donne la préférence, car, tandis que les balles de plomb se déforment encore à 300 mètres dans les parties .molles et jusqu'à une distance de 1200 mètres sur les os, les essais de Bruns lui ont démontré que les projectiles à chemise de nickel ne s'aplatissent, se déchirent ou se fragmentent qu'à petite distance et lorsqu'ils rencontrent les os les plus solides du corps humain ; les projectiles à chemise d'acier sont encore plus résistants, et jamais il n'a vu leur enveloppe se séparer du noyau, même en tirant sur des abris de terre mêlée de gravier.

Action sur les vaisseaux. — L'action sur les vaisseaux du nouveau projectile de 8 millimètres a été particulièrement étudiée par Habart (1). Les anciens projectiles ronds étaient doués d'une force propulsive peu intense, et les vaisseaux parvenaient souvent à leur échapper; lorsqu'une artère ou une veine était lésée, la plaie était en général contuse,se

(1) Habart, De l'action des projectiles de S millimètres sur les vaisseaux et les os sur le vivant {Wiener med. Presse, 1893).

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par la production d'une thrombose; le canal sanguin venait-il cà être perforé, l'irrégularité du trajet dans les parties molles empêchait une hémorragie abondante et favorisait une hémostase rapide. C'est pourquoi Pirogoff, Stromeyer, Billroth n'ont jamais ou presque jamais observé d'hémorragie primitive.

La balle moderne produit sur les vaisseaux des lésions variées. Simple dénudation, contusion plus ou moins étendue (guérison ou nécrose avec ses hémorragies secondaires) ; à un degré plus avancé, la gaine ou la tunique adventice seules sont déchirées (anévrysme, dilatation variqueuse, thrombose avec gangrène et septicémie) ; perforation simple ou double de la paroi vasculaire, section incomplète et section totale du vaisseau; lésions différant notablement de celles de même nature que produisaient les anciens projectiles.

Avec ces derniers, on obtenait des plaies irrégulières, plus ou moins contuses, analogues à celles produites par l'écraseur, tandis que la balle à enveloppe métallique donne des solutions de continuité aussi nettes que les instruments tranchants ; d'où, hémorragies abondantes, qui, sauf dans les coups tirés à bout portant ou à faible distance, s'écoulent rarement à l'extérieur et donnent en général naissance, soit dans les cavités internes, soit dans les interstices cellulaires, à des hématomes ou à des anévrysmes traumatiques.

Il est bon d'ajouter aussi qu'avec le nouveau projectile le choc est beaucoup moins intense, la stupeur locale et générale moins prononcée, ce qui augmente les chances d'hémostase spontanée; la plaie est plus étroite, et plus facilement obturable par des bouchons de sang caillé.

Les blessures vasculaires par des esquilles seront,.

«4 FACTEURS TRAUMATIQUES.

«ans doute, moins fréquentes à l'avenir, parce que le projectile moderne entraîne les fragments osseux avec lui, tandis que les anciennes balles les éparpillaient dans une direction rayonnante.

J. Habart ajoute encore qu'en raison de leur vitesse et de leur force vive, les nouveaux projectiles sont encore susceptibles de traverser des os à une •distance de 1 500 et même 2 300 mètres, et d'endommager les parties molles après un parcours de 4 kilomètres (fait observé).

Fusil de V armée roumaine (Mannlicher 1803). — Fort intéressantes sont les expériences de Demosthen (1), qui, au lieu d'être astreint à utiliser les tirs à courte dislance et à charges réduites, — lesquels ne peuvent donner au projectile la vitesse de rotation et l'angle de frappe qu'il aurait aux portées véritables, — a pu exécuter ses tirs aux distances réelles avec des cartouches de guerre, au polygone de Bucharest, sur des chevaux mis à sa disposition par le ministre de la guerre.

Dans la balle cylindro-ogivale à extrémité tronquée qu'il a utilisée : 1) — 6mm,25 dans sa partie cylindrique, L = 31 millimètres, P = 10&r,22; charge de poudre de la cartouche de guerre = 2er,45 de poudre Schwab à faible fumée. Le noyau est formé de ' 96 de plomb, 4 d'antimoine, pressé dans une chemise d'acier emboutie et plaquée de maillechort.

Le coefficient de pression initiale par millimètre carré de section est de 8,031 kilogrammètres, la portée atteint 3 500 mètres. A 25 mètres de la bouche du canon, la vitesse du projectile est de 700 mètres. Les vitesses restantes sont : à 600 mètres de 419 mètres, à 2 000 mètres de 202 mètres. C'est donc le projectile doué de la vitesse et de la puissance de

l A. Demosthen. loc. Cit.

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pénétration les plus élevées de toutes les armes portatives d'Europe.

Km sur plaques. —A 12 mètres la balle perforedoux tôles de 1er laminé de 4 millimètres, et fait refoulement sur la troisième. Sur une tôle de 13 millimètres, elle creuse une empreinte profonde de 10 millimètres et de 12 millimètres de diamètre.

Une plaque de fonte épaisse de 13 millimètres est. traversée à 12 mètres et 25 mètres. Le manteau qui revêt la balle se détache du noyau, au choc contre un obstacle infranchissable, et le cylindre de plomb, devenu libre, se fragmente comme les anciens projectiles.

Sur un cube de chêne sec, la balle fait un canal net, cylindrique, de 6 millimètres de diamètre, large de 65 centimètres dans le sens des fibres ligneuses, de 55 centimètres dans la direction opposée.

Un sac de sciure de bois de chêne de 40 centimètres d'épaisseur, est traversa à 100 mètres. — Une planche de tilleul de 11 centimètres est perforée, et le projectile s'enfonce de 5 centimètres dans une seconde planche.

Tirs sur cadavres. — A 600 mètres, 5 cadavres étant placés l'un derrière l'autre, à 50 centimètres d'intervalle :

A. La balle traverse 3 corps, tombe entre le 4e et le 5', recourbée et dépouillée de son manteau.

Le 1er cadavre présente une fracture du tibia droit 14 fragments et esquilles .

Le 2e, une fracture du tibia gauche 13 esquilles); le.3e, une perforation de la lubérosité interne du tibia gauche.

B. Le projectile a atteint 2 cadavres (sétons à la -cuisse chez les deux).

C. La balle a frappé 2 sujets (2 sétons à la cuisse «t à la jambe .

66 FACTEURS TRAUMATIQUES.

Tirs sur des liquides. — Tirée dans une caisse pleined'eau, la balle ne s'y arrête qu'à une profondeur de 1 m,50; sur 400 projectiles, 5 ou 6, en moyenne, sont trouvés déformés, 2 ou 3 fragmentés.

A 1 000, \ 200, 1 400 mètres, les tirs ont porté sur 30 cadavres humains, donnant 44 blessures, et sur 8 chevaux vivants, produisant 22 blessures.

Sur 66 blessures obtenues ainsi, 50s'accompagnaient de fractures, dont 36 chez l'homme et 14 chez le cheval»

Ghauvel résume ainsi les propositions de Demosthen :

La nouvelle arme roumaine possède un poids plusléger, un tir plus rapide, une précision plus grande,, une puissance de pénétration plus considérable quecelle des fusils du calibre de 8 millimètres, ou à peu* près, adoptés par les grandes puissances européennes. Il est donc à présumer que ses effets seront plusdestructeurs.

Cependant, l'arrêt plusieurs fois constaté de balles intactes, déformées, morcelées dans les tissus animaux, prouve que la résistance des os suffit pour absorber, aux distances éloignées, toute la vitesse du projectile.

Gomme à ces longues portées les coups de ricochet sont plus fréquents, il esta présumer que le médecin militaire rencontrera parfois encore dans lesplaies le projectile lui-même, ses fragments, et des parties de sa cuirasse déchirée. La recherche, l'extraction de ces corps irréguliers et de mince volume seront probablement moins aisées, et cependant plus souvent nécessaires que celles des volumineux projectiles de la première moitié du siècle.

Les hémorragies sont fréquentes et abondantes dans les lésions des viscères et des tissus mous. De même, la comminution à toute distance, des fractures diaphysaires,doit fixer l'attention.

EFFETS VULNERANTS. 67

Action du projectile sur les vêtements. — De l'examen de 50 Irous vestimentaires faits avec le projectile de 6mm,5 (1), Demosthen a tiré les conclusions suivantes :

Trou d'entrée. — Ordinairement rond et plus petit que le calibre du projectile, à bords toujours déprimés, rentrés et plus réguliers que ceux du trou de sortie. Plus petit que le trou de sortie 16 fois sur 25.

L'usure et les plis de l'étoffe, à son niveau, ainsi que l'obliquité delà direction du projectile peuvent le rendre plus grand que le trou de sortie. Les coups de feu en selon, ou obliques, font des trous linéaires plus ou moins allongés.

Trou de sortie. — Les bords du trou de sortie vestimentaire sont toujours et constamment rejetés et renversés en dehors et plus ou moins déchirés, le plus souvent le trou est un peu plus grand que celui d'entrée. Lorsque le projectile frappe des diaphyses osseuses en produisant des fractures par éclatement, le trou de sortie est incontestablement plus grande déchiré, rupture, en lambeaux, et pouvant admettre jusqu'à deux doigts.

Généralement, il y a un rapport direct entre les trous du linge et ceux du drap, mais les premiers ont des dimensions plus larges que ceux du drap, en raison de l'élasticité plus accusée de celte dernièreétoffe.

Au trou de sortie, on peut trouver des bribes filamenteuses du linge ou de la doublure du vêtement,, entraînées lorsque le projectile a produit une fracture (surtout diaphysaire), ou bien une plaie en séton.

(i) A. Demosthen, Appendice aux études expérimentales sur V action du projectile cuirassé du fusil Mannlicher, nouveau modèle roumain de 6ram,o, Bucarest, 1894. Anal, par Nimier (Arch. de méd. milit., 1894).

68 FACTEURS TRAUMATIQUES.

Autour du trou cutané d'entrée, on a souvent trouvé (aux petites distances), une poussière de drap ou de linge, provenant des pertes de substances vestimentaires de l'entrée. Gela n'a jamais été observé au trou de sortie cutané.

Ces données faciliteront, évidemment, à l'avenir, le diagnostic du trou d'entrée et de sortie d'un projectile.

Observations de la guerre du Chili. — Pendant la guerre du Chili, on a pu observer sur le champ de bataille les effets du projectile Mannlicher (1).

Les blessures furent produites à des distances variant de 100 à 1 500 mètres (moyenne 500).

Orifices d'entrée et de sortie beaucoup plus petits que ceux des projectiles Gras et Comblain ; le premier, parfaitement circulaire el à bords lisses, tellement insignifiant dans la majorité des cas que l'exploration à l'aide de l'auriculaire ou de petites pinces est quasi impossible; le second, comme forme et dimensions, semblable ou presque semblable au premier.

Parties molles. — Trajet : canal très étroit ; la balle n'entraîne presque jamais de corps étrangers avec elle, grâce à sa grande vitesse et à sa forme régulière. Blessure restant aseptique, d'ailleurs, dans les cas de trajets simples, et guérisons très nombreuses par première intention.

Blessures avec lésions des os. — Presque pas de déformation de la balle, en heurtant un os, même dans les cas de désordres plus ou moins considérables. Déformes n'a pas vu un seul projectile dont la chemise d'acier ait été séparée complètement du cylindre de plomb ; il pense que si la chose a é!é observée, c'est que la balle, avant d'atteindre un blessé, avait heurté un fusil ou un autre corps dur.

i(l) Hervé, Le service de santé pendant la guerre du Chili, d'après le médecin chilien Déformes [Arch. de tard, navale, 1803).

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Os courts et plats. — Lésions moins sérieuses qu'avec les autres fusils; formation d'esquilles et de fragments lamelleux presque nulle, guérison rapide.

Os longs. — Fractures nombreuses, plus étendues qu'avec les autres balles ; fragments d'humérus ayant jusqu'à 15 centimètres de longueur. Cependant, guérison très rapide, même des fractures comminutives. Gela résulterait, d'après lui, des conditions d'asepsie dans lesquelles demeurent les blessures.

Comme preuve, il n'y avait plus le 23 novembre 1891, à l'hôpital Saint-Augustin, un seul blessé par projectile Mannlicher, tandis qu'on y comptait, ce même jour, 300 blessés à l'actif des autres fusils.

Conclusions de Nimier sur la balle Lebel. — La balle du Lebel ne diffère de celle du fusil Gras que par son calibre et son poids plus petits, par sa vitesse de propulsion et de rotation plus grandes, par la résistance que lui donne son enveloppe.

Cependant, si son action se rapproche de celle des balles de plomb dur de 11 millimètres, quelques différences méritent d'êtres signalées :

l°En raison de son diamètre et de son poids plus faibles, les ouvertures cutanées, les sétons musculaires, les perforations artérielles, les trajets intraosseux sont, à distances égales, plus étroits, plus nets, moins déchirés qu'avec les balles du fusil Gras ;

2° A longue distance, les lésions des os compacts sont plus étendues relativement qu'à courte distance, mais pour les premières, les esquilles sont fixées par le périoste, tandis que dans les secondes, il y a véritable perte de substance par la destruction de J'enveloppe périostique et la mobilisation des fragments;

3° Avec les balles nouvelles, la projection des esquilles dans le canal de la plaie, dans les tissus voisins, est, du côté de la sortie, bien moins prononcée

70 FACTEURS TRAUMATIQUES.

et beaucoup plus rare qu'avec les balles de plomb';

4° Aux distances éloignées (2 000 ou 1 200 mètres), les balles Lebel font dans les parties molles et dans les os spongieux des lésions moins étendues et moins graves ; dans les os compacts, des fractures plus compliquées que les balles de plomb des armes anciennes ;

5° A courte distance (200 mètres et en deçà), leur action semble devoir être à peu près la même que celle des projectiles sans enveloppes; cependant, les effets dits explosifs n'en sont pas moins fréquents (recherches expérimentales).

Les zones d'action des projectiles. — 11 n'est plus possible aujourd'hui d'admettre au point de vue de l'action des projectiles, des zones distinctes, c'està-dire une zone des effets explosifs, une zone de Vaction énergique de la force vive de la balle, et enfin, une zone de la force décroissante des projectiles (zone de perte de substance, zone d'éclatement et de déchirure, zone de contusion). C'est du moins, ce qui ressorlirail des recherches de von Coler et de Schjerning (i).

La force d'un projectile diminue peu à peu, à mesure qu'augmente la distance parcourue. Un organe peut être atteint à une certaine portée, d'un désordre étendu, tandis qu'à la même distance le projectile treverse un autre organe sans obstacle. Gela dépend de la résistance que les différents organes opposent au projectile, selon leur structure anatomique et leur nature. On doit donc, en examinant les blessures par armes à feu, tenir compte de la consistance, de l'épaisseur, de la teneur en liquides de l'organe lésé.

(1) Von Coler et Schjerning, Les effets des nouvelles armes à fext portatives et leur importance pour la chirurgie militaire. — Expériences faites avec If fusil allemand mod. 88, de ~mm,9 (Communication au Congrès de Rome, 1895).

EFFETS VULNÉRANTS. 7<

A faible distance, les orifices d'entrée cutanés sont plus grands que ceux des coups reçus à distance éloignée, ils se rétrécissent régulièrement; en moyenne, leur diamètre est de 7mm,6 à la portée de 100 mètres et de 5mm,7 à la portée de 2000 mètres. Quand le projectile pénètre normalement à la peau, il est rond, à bords lisses; quand il pénètre obliquement, il est ovale ou angulaire, souvent à bords dentelés.

Lorsqu'il frappe de travers, le trou est encore plus .grand.

Jusqu'à la portée de 2000 mètres, le trou d'entrée •est entouré d'une zone dépouillée d'épiderme sur une largeur de 1 à 2 millimètres, zone desséchée et brunâtre.

L'orifice cutané de sortie est plus grand que l'oriflce d'entrée, de forme beaucoup plus variable; il mesure 9mm,o à 100 mètres, omm,7 à 2000 mètres. Il est rond, si le projectile est sorti normalement, souvent à bords légèrement déchiquetés ou étoiles; lorsqu'il passe obliquement ou de travers, il creuse un trou ovale, à bords irréguliers, anguleux, ou une simple fente.

En cas de lésion osseuse, la forme des orifices de sortie cutanée varie.

La droite qui joint les trous d'entrée et de sortie indique en règle générale le trajet suivi par la balle.

Dans les muscles, trajet en général lisse et cylindrique, de même diamètre que celui du projectile ou un peu plus grand dans les coups de feu à faible distance; un peu plus petit aux distances plus grandes.

Les tendons sont fendus ou déchirés, les aponévroses ■simplement perforées.

Des débris de vêtements pénètrent dans les tissus, surtout lorsque les projectiles sont tirés à des distances supérieures à 600 mètres.

72 FACTEURS TRAUMATIQUES.

Crâne. — Jusqu'à 50 mètres le crâne éclate ; les désordres diminuent à mesure que la distance augmente; à 1600 mètres, perforations simples sans tissures ni éclats ; plus fréquents encore à 2 000 mètres ; à 2700 mètres, la balle est arrêtée dans le crâne d'un homme tué par accident.

Les désordres sont, d'ailleurs, très différents, suivant qu'ils sont produits par des balles tirées avec des charges pleines ou réduites.

Os. — Quant aux os. les lésions sont très diverses ; toutes choses égales d'ailleurs, elles diminuent en général, à mesure que la distance parcourue par la balle augmente.

Au résumé, la longueur du foyer des fractures diaphysaires reste à peu près constante pour toutes les distances ; dans les coups tirés de près, les esquilles sont plus nombreuses, plus petites et détachées du périoste. A distances plus grandes, elles sont moins nombreuses, plus grosses, et, le plus souvent, solidement adhérentes au périoste.

Les os spongieux et les extrémités spongieuses des os longs sont entièrement réduits en esquilles, à courte distance; à partir de 600 mètres, on commence à v rencontrer de simples perforations, qui, à partir de 1000 mètres demeurent ia règle; à 1600, à 2 000 mètres, on observe encore parfois des esquilles du fémur ou de l'humérus projetées dans les parties molles.

Comme conclusion : V étendue et la nature d'une lésion par coup de feu dépendent de la force vive du projectile et de la résistance du point frappé.

La structure anatomique, la consistance, la teneur en liquides du point frappé; la déformation, l 'altération du projectile par suite de sa détérioration, doivent entrer, de plus, en ligne de compte.

Deux termes antagonistes qu'on a voulu marier trop vite. Si nous recueillons, en effet, les opinions fermes ou les hypothèses des auteurs qui ont le plus étudié les blessures par armes à feu de petit calibre, cette enquête ébranle quelque peu les espérances que pourrait faire naître le titre de cet article.

Hubart. — De l'ensemble de ses expériences, Habart (1890), conclut que le nouveau fusil mod. 88 (Mannlicher) est une arme humanitaire « qualifi- ■cition qui nous paraîtra, dit Nimier, toujours bien risquée ».

La plus grande justesse de son tir, sa portée plus étendue, la force de pénétration considérable de son projectile, la rapidité supérieure de son maniement augmenteront, sans doute, le nombre des hommes atteints; mais, si la chance de frapper en un point mortel ou dangereux augmente en proportion du carré du diamètre du projectile, cette particularité, jointe à une déformabilité moindre et à une réduction •des effets explosifs, plaide la cause des projectiles à manteau de petit calibre. Les trous d'entrée et de sortie étroits, les désordres limités des parties molles dans les coups de feu à distance, justifient l'épithète dhumanitaire, si couramment accordée aux balles nouvelles.

Bruns. — Bruns pense que l'introduction du projectile à enveloppe avec calibre réduit, répond aux exigences de l'humanité. Dans les guéries à venir nous aurons peut-être, dans le même laps de temps, un plus grand nombre de blessures, mais les plaies par armes à feu seront, en général, moins graves et se rapprocheront davantage des lésions sous-cutanées.

La guérison sera plus rapide, les mutilations saront moins fréquentes.

Coustan. — Chir. de guerre. 5

74 FACTEURS TRAUMATIQUES.

« L'arme nouvelle de petit calibre ri est pas seulement la meilleure, elle est aussi la plus humaine en ce qu'elle adoucit, dans la mesure du possible, les horreurs de la guerre (1). »

Reger. — Pour Reger (2), à plus de 2000 mètresr peut-être à 3 000, les balles pourront ne pas s'arrêter dans les tissus ; ce fait se produira quand la force vivese trouvera dépensée soit après un long trajet, soit à courte distance, par la traversée de plusieursobstacles.

Avec les nouveaux fusils Mannlicher, Lebel, Mauser, Kropatschek et les poudres sans fumée, les projectiles possèdent une force de pénétration plus grande et produisent des éclatements par pression hydraulique moindres. Toutefois, leur cuirasse de nickel, de maillechort, surtout non soudées, sont moins favorables que celles d'acier, car elles se déchirent plus facilement dans les chocs contre les os.

Malgré les modifications probables de la tactique, le 0/0 des hommes touchés sera extraordinairement plus élevé que dans les anciens combats; toutefois, pas aussi élevé que le pense Bardeleben (4 fois plus, guerre du Chili).

Il est même vraisemblable que, en raison de la distance r qui de règle séparera les tireurs, et en raison de la diminution du calibre des balles, le 0/0 des coups mortels serœ moindre que par le passé.

Kocher. —Et Kocher (de Berne) (3j : L'amélioration au point de vue humanitaire peut se résumer dans les conclusions suivantes :

1° La cause de l'action explosive ne saurait être

(1) P. Brans, EffrAs des projectiles des armes nouvelles de petit calibre, tratl. par V. Bovet, Berne, 1891.

(2) Reger, loc. cit.

(3) Commua, au Congrès de Rome. 1895, loc, cit.

supprimée, puisqu'elle est inhérente à l'augmentation de vitesse.

2° Il est possible seulement d'atténuer l'intensité de l'effet explosif.

3° Pour arriver à ce résultat, il faut réduire au minimum la surface d'atteinte :

a) Par la diminution du calibre (o, 6 millimètres.);

6) En employant un projectile d'une dureté plus grande, notamment à l'extrémité antérieure, ce qui évite la déformation ;

c) En effilant la pointe pour faciliter la pénétration;

d) Enfin, en augmentant la vitesse de rotation, qui empêche la pénétration oblique.

Gori. — Le projectile Lorenz produit beaucoup moins d'effets explosifs ou hydrostatiques que les autres projectiles ronds ou cylindro-coniques, et satisfait ainsi aux conditions humanitaires recherchées aujourd'hui (balles hollandaises de Beaumont et balles Lorenz à enveloppe d'acier) (1).

Demosthen. — Les récentes expériences de Demosthen jettent plus de lumière sur les eifets de la balle humanitaire (2). Après avoir étudié les effets du projectile Mannlicher Roumain (1893), de 6mm, 5, ilajoute : « On a dit, on a écrit à l'étranger que la balle cuirassée ornait l'avantage de mettre beaucoup d'hommes hors de combat tout en faisant peu de blessures mortelles. Cette assertion est fort contestable.

« Si la balle n'intéresse que les téguments, les tissus fibreux et les muscles, ces trajets étroits, directs, à parois nettes et non infectées guériront en quelques jours sous un pansement antiseptique. Mais il en était souvent de même avec les projectiles sans man-

(1) Gori, Quelques expériences sur les effets du projectile Lorenz (Eene bladzigde iiit moderne ooitogschirurgie, Amsterdam, 1885).

(2) Demosthen. /oc. cit.

76 FACTEURS TRAUMATIQUES.

teau du Ghassepot et du fusil à aiguille. Les os, les viscères abdominaux et thoraeiques sont-ils atteints? On aura, comme jadis, des fractures à multiples •éclats avec des destructions étendues, des perforations pulmonaires avec hémorragies énormes, des lésions intestinales non moins graves. Et la fréquence plus grande des épanchements sanguins, leur abondance, même dans les seules sections des vaisseaux petits ou moyens, font prévoir des dangers que rendait peu communs Faction plus contondante de ces projectiles à vitesse moindre, à volume plus considérable, à déformations plus faciles.

« En face d'une blessure d'un membre dont les trous cutanés et réguliers cachent un énorme foyer de fractures diaphysaires ; en face de deux orifices tégumentaires du thorax mignons, arrondis et très nets, mais conduisant à unextravasat sanguin intrapleural de 3 ou 4 millimètres, on ne peut s'empêcher de trouver quelle est bien perfide, cette balle soit-disant humanitaire, qui fracasse le crâne, qui broie les os, qui coupe nettement les vaisseaux, qui peut se déformer et môme se fragmenter dans le corps en plusieurs morceaux pointus, tranchants, impossibles à extraire; qui blesse plusieurs individus à la fois, et qui en multipliant le nombre des blessés et des blessures, nous empêche, par l'agrandissement de la zone dangereuse, de prêter aux blessés notre ■secours avec la célérité et la sécurité nécessaires (1). »

Nimier. — Rendant compte d'une étude de Quanjer (2) sur le fusil de petit calibre, Nimier pense que ces données balistiques plaident au point de vue humanitaire, pour l'adoption des projectiles de minime calibre ; mais déjà les militaires ont adressé aux balles de 8 millimètres, de notre Lebel et de 7mm,7du

(1) Demosthen, loc. cit., p. 70.

(2) A. A. J. Quanjer, Le fusil de petit calibre {Militair Geneeskundig Tijdschrift, 1890). Anal, par Nimier (Arch. deméd. milit.

Lee Metfort anglais un reproche capital : ces balles m* possèdent pas une puissance d'arrêt suffisante, c'est-àdire qu'elles permettent à un trop grand nombre deblessés de continuer la lutte, ainsi qu'on l'a noté au Dahomey et au Chitral. Leur insuffisance se manifeste encore dans les blessures des chevaux, en particulier au moment d'une charge de cavalerie. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner outre mesure que le général anglais Tweedy ait proposé de rendre plus graves les lésions produites par les projectiles de petit calibre en supprimant la calotte antérieure de leur cuirasse; cette partie, inutile au point de vue balistique, étant enlevée, la balle se déformerait plus facilement, sa cuirasse se déchirerait plus souvent, et, par suite, la puissance d'arrêt du projectile serait accrue. « Inutile d'ajouter, conclut Nimier, qu'aucun médecin n'acceptera de défendre une pareille proposition. »

Quant aux conclusions de ses recherches personnelles avec la balle Lebel, au point de vue humanitaire, les voici :

« Aux distances moyennes (1 2P0 à 480 mètres), l'avantage humanitaire des balles nouvelles est surtout dans l'absence de déformation qui limite les désordres, et dans l'absence de leur arrêt dans les parties.

« A toute distance, l'extrême rareté du séjour de la balle fait disparaître une des causes les plus communes d'inquiétude pour le blessé, d'embarras pour le chirurgien. Rassuré sur la présence éventuelle et toujours redoutée d'un corps étranger, ce dernier peut être ménager d'explorations et de recherches, il peut retirer de l'antisepsie immédiate les immenses bienfaits qu'elle est susceptible de donner.

<( Si nous en jugeons par nos expériences, les conditions de la chirurgie d'armée, abstraction faite dit nombre plus grand de blessés, ne seront pas considérublement modifiées par l'emploi des armes nouvelles^

78 FACTEURS TRAUMATIQUES.

Aujourd'hui comme hier, les règles générales de conduite devront être appliquées à chaque cas particulier; c'est la science et la sagacité du chirurgien qui décideront des succès et des revers (1). »

Comparant, plus tard, les projectiles de l'ancien et du nouveau fusil d'infanterie, aux États-Unis, Nimier conclut encore : « Au point de vue militaire pur, la balle cuirassée l'emporte sur les autres, puisqu'une seule peut mettre plusieurs soldats hors de combat. Mais, au point de vue chirurgical, les projectiles à manteau moins résistant (ainsi la balle à manteau de maillechorl), sont plus destructeurs, puisque, au premier et au second choc sur un os résistant, ils se brisent en nombreux fragments qui contribuent, chacun pour leur part, au travail de destruction. »

Aussi, s'il est théoriquement plus humain de donner la préférence au manteau le plus dur, dans la pratique, la cuirasse de maillechort est suffisante. Elle subit souvent une déformation de pointe, parfois une rupture partielle, mais rarement l'enveloppe métallique abandonne complètement le noyau de plomb.

La résistance du manleau, en prévenant la déformation du projectile cuirassé, concourt avec son moindre calibre et sa vitesse plus grande à réduire le choc subi par un membre dont un os a été atteint.

Chauvel et Nimier. — « Ni la transformation des armes à feu, ni les modifications successives subies par les projecliles dans leur poids, leur forme, leur composition n'ont entraîné dans les plaies de guerre des changements notables. Les blessures sont encore aujourd'hui ce qu'elles étaient hier. Plus nombreuses, plus compliquées parfois, elles peuvent aussi être

(1) Nimier. Des lésions produites par les halles île jietit calibre à em-eloppe résistante, et en particulier par le projectile de (pierre de S millimètres adopté en Autriche (Arch. deméd. tnilit., 180U, p. 31 1).

•plus simples et regagner d'un côté ce qu'elles perdent d'un autre. Nous verrons que le durcissement extérieur, l'enveloppement du métal mou par un métal plus dur, n'a pas l'influence considérable qui avait fait donner par les Allemands à ces sortes de projectile le nom de balles humanitaires. Comme le prédisait Legouest, la force vive de la balle restant à peu près la même, puisque le poids diminue à mesure que la vitesse augmente, ses effets ne peuvent èlre profondément modifiés (1).

Déforme. — Ce chirurgien pense aussi que tout en conservant des caractères généraux identiques, les blessures produites par les balles actuelles, en raison du diamètre moindre du projectile, de sa fragmentation moins fréquente, du séjour plus rare des corps étrangers, sont moins étendues, moins graves, d'un traitement plus facile que les traumatismes

des balles anciennes « Les projectiles de calibre

réduit continuent et accentuent la série décroissante des dégâts constatés depuis qu'au lourd et massif 'projectile Minié, on a substitué la balle de 11 millimètres; et ces différences favorables ne feront que s'accentuer encore après l'adoption des balles de 7 millimètres, de 6mm,5 et de o millimètres. Cependant, il faudrait se garder de s'en trop laisser imposer par les dimensions si restreintes des orifices cutanés des balles actuelles, et de méconnaître l'importance des dégâts profonds des cavités et des os, et c'est pousser bien loin V amour du paradoxe que d'appeler humanitaire un projectile qui traverse dix hommes à courte distance au lieu d'un ou de deux, et qui peut exercer sa meurtrière action dans une zone de ,plus de 3000 mètres (2). »

(!) Chauvel et Nimier, Traité cité (préface, p. VII). (2) Delorme, toc. cit., t. Il, p. 1001.

80 FACTEURS TRAUMATISES..

Nous resterons sur ces conclusions,, qui nous paraissent résumer, avec celles de Demosthen,la vérité sur le soi-disant projectile humanitaire. Ce qui sera vraiment le progrès, en humanité, c'est l'antisepsie poussée à outrance dans le traitement des blessures de guerre.

La lutte turco-grecque, ouverte depuis un mois, au moment où nous écrivons ces lignes, fournira aux chirurgiens d'armée une nouvelle occasion d'affirmer s'il faut se réjouir, au nom des nombreuses victimes, de la moindre gravité des blessures faites par l'armement le plus récent, ou si le déchet cruel dû à l'ambition des peuples ou de ceux qui les mènent sera toujours fatalement le même.

Depuis qu'une révolution s'est opérée dans l'armement des nations européennes par l'adoption des plus petits calibres, les armées se heurtent pour la première fois, et, de celte déplorable expérimentation sortira la vérité sur les blessures par armes à feu étudiées jusqu'à ce jour, — nous venons de le montrer, — surtout théoriquement.

On verra si la chirurgie de guerre peut être maintenant aussi conservatrice qu'elle se le propose. « Combien d'autres documents précieux qui seront recueillis là-bas et perdus pour nous, alors qu'ils auraient pu nous renseigner efficacement sur Ja valeur d'un règlement qu'on n'applique même pas aux manœuvres et d'un matériel qu'on semble ne pas oser soumel Ire à l'épreuve d'une campagne (1). »

II est bien regrettable, en effet, que le secoursd'une ambulance française de la Croix-Rouge à la tête de laquelle on aurait détaché un de nos chirurgiens d'armée les plus qualifiés n'ait pas été' offerte aux belligérants, — ou acceptée par eux. —

(I) Bulletin médical, 5 mai 1897.

BLESSURES DES PARTIES MOLLES. 8f

Nos feuilles militaires ont, avec raison, signalé celte lacune.

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