ARTICLE V. — MODE D'ACTION DES BALLES SUR LES TISSUS
L'action des balles sur nos tissus a donné lieu à de nombreuses théories :
A. Empoisonnement. — Étant données la gravité et
(I) A. A. J. Quanjer, Le fusil de petit calibre (Militair Geneeskundii Tijdschrtft, 1896. Anal, pur Nimier, Arch. de méd. milit., 1806).
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les complications des blessures de guerre, les anciens chirurgiens croyaient à une intoxication des plaies, (Fautant plus qu'à cette époque on observait des blessures par flèches empoisonnées; d'autres croyaient a la contamination par l'air.
B. Brûlure des trajets. Êchauffement du projectile. — L'idée d'une brûlure vient de ce qu'on observe une eschare brunâtre autour de l'orifice des balles, puis bientôt une rougeur plus périphérique ; de plus, la plaie est douloureuse sur son trajet. Paré combattit cette théorie en faisant brûler sur une balle 10 fois la quantité de poudre suffisante pour la charge du fusil ; or, c'est à peine si la balle s'échauffe, et elle ne peut brûler les tissus. Lorsqu'on tire une balle à une certaine distance, dans un sac de poudre, celle-ci ne prend pas feu.
Après 1870, Hagenbachet Socin crurent démontrer par une série d'expériences que les lois physiques relatives à la transformation du mouvement en chaleur s'appliquent aussi bien quand il s'agit des parties molles que lorsqu'il s'agit des corps durs. Et leurs calculs prouvaient que le plomb arrive à fondre (1). Bien plus, les fragments de la balle de plomb avaient une forme ronde, comme s'ils provenaient d'un corps en fusion.
Mais Melsens, de Bruxelles, tira contre une enclume en fer une balle animée d'une assez grande vitesse, et appliqua contre cette enclume un cylindre empêchant les fragments de se perdre; il constata que e'est à peine si un ou deux fragments ont la forme de gouttelettes; les aulres avaient une apparence cristalline.
(1) Hagenbach, Poggendorf's Annalen, B. CXI. p. 48G, et B. CXLIII, p. 153, et A. Socin, Kriegschirurgische Enfahmuujen, p. 11. — Analysés par Happ, Quelques mots sur l êchauffement subi par les balles pendant leur trajet à travers nos tissus (ftecueil deméd. milit., 1872).
Beck (1), à l'appui des idées de Dupuytren. rappelle que l'aspect de la blessure n'est pas celui d'une plaie par brûlure; jamais le trajet ne présente de traces d'eschares, jamais le blessé ne ressent de douleur comparable à celle d'un brûlure. La couleur de la plaie tient à l'ecchymose concomitante et à l'imprégnation des tissus par des molécules de plomb et de poudre, comme il est aisé de s'en convaincre au microscope ; jamais on n'observe de poils brûlés. Or, si l'on réfléchit qu'il faut élever la températured'un projectile en plomb durjusqu'à300 degrés pour obtenir des effets appréciables sur sa consistance, on admettra facilement qu'à cette température, on trouverait des traces bien réelles de l'action Je la chaleur sur les tissus.
Les changements qu'on observe dans la forme de la balle ne sont pas ceux qui se produiraient s'ils étaient dus à une fusion du métal. Les déformations consistent en éraillures, pertes des contours ; les débris eux-mêmes, examinés au microscope, ne ressemblent nullement à des gouttelettes fondues. Du reste, en supposant que le projectile s'échauffât au point de se fondre, comment expliqueras cas où l'on trouve dans le trajet des fragments de vêtements intacts ?
Enfin, cette prétendue fusion du plomb ne tient pas davantage à la chaleur produite par les gaz par la pression contre les rayures de l'arme, car on a employé les matériaux les plus fusibles sans qu'on ait noté aucune altération. De plus, avec les fusils à vent on a observé des déformations de la balle. Il est également difficile d'expliquer la fusion du projectile *m admettant que la résistance opposée parles tissus
(1) De Beek, De V action des projectiles modernes et en particulier jle celle des projectiles cuirassés de Lorentz sur les animaux, traduit et résumé par Deminler (Arch. de m<:d. milit., 1885).
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soit telle que le mouvement produit par la force depropulsion puisse se transformer en chaleur. Quand on prend une balle qui a traversé le corps d'un cheval, on la sent à peine tiède; même en employant des cibles 3 ou 4 fois plus résistantes que le corps humain, on n'obtient jamais une élévation notable. Du reste, les projectiles tirés dans l'eau peuvent sedéformer; or, dans ces cas, il est impossible d'admettre un échauffement de la balle.
Les expériences de Beck démontrent, d'ailleurs, que 1'échautfement d'une balle de plomb ne s'élève jamais au delà d'une température de 67° ; celui d'un projectile à chemise d'acier au delà de 78° ; celui d'un projectile à chemise de cuivre au delà de 110°. Il est donc bien difficile d'admettre que réchauffement du projectile soit assez élevé pour fondre le métal ; et même pour agir sur les tissus et sur la formation du trajet de la blessure.
Enfin, il résulte des études de von Coler et Schjerning (1), faites avec le fusil allemand mod. 88 de 7mm,9, qu'en traversant le corps humain, la température du projectile atteindra exceptionnellement plus de 95°. Ordinairement, selon sa force vive et la résistance qu'elle aura surmontée, elle oscillera entre 65° et 95°.
Reger, Bruns ont repris et varié ces expériences. Ils tiraient sur des cibles métalliques et recevaient les balles, ou leurs fragments, dans des substances très fusibles, paraffine, soufre, vaseline. De ces expériences ils ont conclu que les balles, dans le corps humain, ne sauraient produire des brûlures (2).
(1) Von Coler et Schjerning, Les effets des nouvelles armes à feu portatives et leur importance pour la chirurgie militaire. Communication au Congrès de Rome, 1894. Analysé par Nimier (Arch. de médmilit., 1890).
(2) L'action des projectiles des fusils de petit calibre (Bcitrage star klin. Chir., 1880).
Les recherches plus récentes de Demosthen (l)ont confirmé les précédentes : des balles tirées sur une boîte de tilleul renfermant une couche de poudre Schwab de 10 millimètres, ou de poudre de Gùttler, les traversent sans amener ni l'inflammation, ni la détonation; une boîte de carton contenant une épaisseur de 8 centimètres de poudre Schwab, est perforée par six projectiles, sans explosion.
Simple auréole opaque autour des orifices du trajet creusé par la balle dans une tablette de paraffine. Le soufre ne commence à fondre autour de la balle, à son contact immédiat, que si elle a dû traverser auparavant des obstacles d'une grande résistance, tels que plaques métalliques.
Stérilisation des projectiles. — Le calcul ne peut préciser quel degré atteint réchauffement de la balle sous l'influence des diverses causes que nous avons énumérées ; toutefois, l'enveloppe du projectile se trouve à une température supérieure à celle du noyau, au moment où il pénètre dans les tissus, en raison du temps nécessaire à la chaleur pour se propager dans la masse du projectile par conductibilité. On peut donc se demander si, grâce à leur échauffement, les projectiles ne seraient pas stérilisés?
Messner (2) tira avec des projectiles stérilisés ou enduits de micro-organismes (sta/>hylocoque doré, bacille pyocyanique, b. prodigiosus), et sur des boîtes contenant de la géiatine nutritive stérilisée, ou recouvertes d'une douille de flanelle imbibée de cultures des mêmes bactéries.
Les projectiles contaminés donnèrent lieu à des
(1) A. Demosthen, Étude expérimentale de l'action du projectile Mannlicher roumain de 6mn>,5. Analysé par Chauve! [Arch. de méd. mil., 1894).
(2) Messner, Projectile stérilisé pendant sa course? {Milnchen med. Woch., 1892.)
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cultures dans la gélatine traversée; les projectiles désinfectés fournirent un trajet toujours stérile, ou avec développement de moisissures banales.
Une autre cause d'échauffement de la balle est la transformation en chaleur d'une partie de la force du projectile rencontrant un obstacle. Les calculs ne peuvent fournir que des données purement théoriques, car lorsque le projectile s'arrête contre un obstacle, sa force vive se décompose, une partie s'épuise en déformant la balle et l'obstacle, une partie en échauffant les deux corps. De plus, lorsqu'il s'agit de projectiles cuirassés, il est impossible de tenir compte de leur complexité de structure (Nimier).
Conclusions. — On peut donc conclure du fait de l'insuffisance de la chaleur, ajoutent von Coler et Schjerning, et de la rapidité de son contact, qu'une halle ne brûle pas les tissus. Elle peut être prise dans la main aussitôt qu'elle a traversé 20 cloisons et plus.
Donc, dans les coups de feu, il ne snurait se produire ni inflammation de vêlements, ni brûlure de tissus vivants.
G. Théorie hydraulique (pression hydrostatique). — En tirant une balle sur des fruits volumineux comme le melon, la citrouille, on ne les perfore pas seulement, mais on les fragmente. Plus le fruit contient d'eau, plus sa fragmentation est grande. Rocher (de Berne) a repris cette théorie.
En tirant une balle sur le côté d'une baignoire remplie d'eau, il s'élève de sa surface comme une trompe d'eau ; l'orificed'entrée est à fragments dirigés à l'extérieur, l'orifice de sortie également dirigé à l'extérieur, avec fragmentations fissuraires.
La force vive communiquée en un point se transmet dans tous les sens. C'est là l'explication du phénomène.
Un vase sec rempli de terre sèche est traversé sans
fragmentation; un vase humide rempli de terre humide ou de plâtre gâché est très fragmenté. L'action de l'eau est donc évidente. Un crâne rempli de plâtre sec est simplement traversé ; un crâne rempli de plâtre gâché est traversé et fragmenté. De même avec un crâne contenant la masse cérébrale.
Avec des estomacs ou des intestins remplis de liquide, une balle produit des déchirures des parois ; Jes mêmes organes ne contenant que de l'air sont simplement traversés.
Ces phénomènes se produisent, d'après Kocher : 1° surtout avec une grande vitesse ; 2° avec des balles de grand diamètre.
Kocher et les auteurs allemands ont voulu appliquer la théorie hydraulique à tous les organes, même aux muscles (deltoïde). De Beck l'a combattue. Notre organisation n'est pas une machine inanimée; nos tissus présentent desconditionsd'élasticité, de tension, de contractilité que ne présentent pas les corps inorganiques ou les animaux morts. Du reste, la possibilité d'une augmentation de pression n'existe pas toujours. Dans les blessures du cerveau, par exemple, peut-on s'expliquer que la pression soit augmentée dans un organe si riche en vaisseaux, en sinus, en canaux permettant un libre débouché aux liquides, alors surtout que l'ouverture produite par le projectile dans la boîte osseuse est une condition défavorable à l'accroissement de la pression intérieure?
On a eu le tort de vouloir comparer le crâne rempli par la masse cérébrale à un crâne rempli d'eau. Ce liquide est un corps inextensible, qui agit par le refoulement de ses molécules. Beck cite, d'ailleurs, des expériences personnelles qui paraissent infirmer les signes de pression hydrostatique. Les expériences manométriques de Reger ne prouveraient rien en faveur delà pression hydrostatique. Elles viendraient
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au contraire, donner une confirmation nouvelle à la théorie qui admet que l'ébranlement des parties atteintes est le fait de la déformation de la balle. Ainsi, tandis qu'avec le projectile en plomb qui sedéforme considérablement, on obtient une élévation manométrique de 1 1/2 à 2 1/4 atmosphères, avec leprojectile de Lorentz le manomètre ne monte qu'à 1/4 — 3/4 atmosphère.
Au 21e Congrès des chirurgiens allemands (juillet 1892), Reger, à propos du mécanisme des lésions produites par les projectiles, est revenu sur sa théorie de la pression hydraulique et sur l'importance de la réaction réciproque des deux facteurs : force vive du projectile et résistance de la partie frappée (1).
L'action hydraulique n'est pas fatale. — 11 a critiqué les expériences de tir le plus souvent faites sur des cadavres déjà refroidis, dont les tissus altérés ne réagissent plus comme pendant la vie. Suivant luiy faction hydraulique nest pas fatale, même dans les coups de feu des os à courte distance. Il existe de grandes différences entre la lésion par simple contact,, ou une gouttière, et le désordre produit sur l'os par un choc en plein de la balle; alors seulement, la pression hydraulique se manifesle.
Avec les projectiles cuirassés, la pression hydraulique entrera plus rarement en jeu et sera moins intense qu'avec les balles anciennes qui pouvaient se déformer.
Grâce à l'augmentation de force de percussion des nouveaux projectiles, la zone de leurs effets nuisibles sera plus étendue; en particulier, les lésions des diaphyses osseuses s'observeront à des distances inconnues avec les anciennes balles. A 2 000 mètres et
(1) E. Reger, Importance chirurgicale des nouvelles artnes à feu {Arch. f. Chir., XLIV, 1892. Anal, par Nimier, Arch. de méd. mil., 1893).
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au delà, perforation des diaphyses avec esquilles, même avec complète solution de continuité, au lieu, des contusions et des coups de feu de contour qui s'observeront, par contre, à 3000 et à 4000 mètres.
L'éclatement osseux ne sera pas plus grand que celui produit par les anciennes balles de plomb, et même si les cuirasses ne se déchirent pas, l'on ne verra pas les graves désordres dus à l'éclatement des anciennes baltes contre l'os, ou dans son intérieur.
Pour le crâne, la zone de pression hydraulique, tout en étant moins étendue, restera encore très importante.
La zone d'explosion pour les blessures de Vintestin et de la vessie sera moins étendue; toutefois, leur gravité dépendra du degré de plénitude de l'organe, et un même projectile, dans la zone de pression hydraulique, pourra produire de simples perforations de petites dimensions à côté des désordres les plus étendus.
Reger ne croit pas que les lésions vasculaires deviennent plus fréquentes ; elles seront même vraisemblablement plus rares, puisque les nouveaux projectiles ont un diamètre moindre, ne se déforment pas, ne se divisent pas. — Tous les expérimentateurs ne sont pas de cet avis.
D'autre part, puisque leur zone de pression hydraulique est diminuée comme longueur et comme intensité, les déchirures vasculaires compliqueront les blessures plus rarement que par le passé.
En définitive, la théorie hydraulique n'est utilisable qu'avec de grandes vitesses, c'est-à-dire dans les tirs à courte distance. — Rocher lui-même reconnaît ce fait.
L'influence de cette pression hydrostatique se fait surtout sentir dans les réservoirs remplis de liquide (vessie, estomac, intestin, cœur) ; pour le cerveau,
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le foie, la rate, les reins, l'action des molécules solides projetées s'y joint aussi. Elle est sans importance pour les autres tissus mous (Delorme).
L'action explosive. — Dans sa communication au Congrès de Rome,Kocher déclare que c'est l'action explosive des projectiles actuels qui fait leur danger (1).
L'action d'un projectile étant variable avec la nature du but qu'il frappe, il convient de distinguer sous ce rapport dans le corps humain trois sortes de milieux, selon que les tissus qui les composent sont élastiques, riches en liquides ou solides.
1. Dans les organes élastiques, il n'y a pas d'action explosive directe de la balle, mais cette action peut se produire secondairement, si, dans son trajet, le projetile rencontre un plan résistant, un os, par exemple.
Sur des plaques élastiques traversées par des projectiles avec une vitesse de 600 à 700 mètres, on ne constate que des modifications minimes aux orifices d'entrée et de sortie; quant au trajet, il n'existe pas, les parties frappées et déplacées ayant repris leur position première.
2. Sur des tissus riches en liquides, l'action explosive se produit, et elle est d'autant plus forte que la teneur en liquides est plus grande.
3. Quant aux corps solides, le choc exercé par le projectile sur le but se transmet, même pour les solides, avec une intensité considérable, susceptible de produire encore à distance des effets nuisibles. Cette action explosive ne saurait être confondue avec un simple éclatement. Des plaques de verre, sur lesquelles on lire avec des vitesses croissantes, permettent très bien de distinguer ces deux sortes de
1 1 Rocher (de Berne), L'amélioration des projectiles au point île rue humanitaire. Communicat. au Cong. de Rome (Voy. Arch. de mrd. milit., 1895. Dettling).
phénomènes : avec une vitesse faible, le trou de passage est grand, irrégulier, et s'accompagne d'éclats analogues à ceux obtenus avec une pierre qu'on jette dans un carreau ; mais au fur et à mesure qu'on accélère la marche du projectile, l'orifice devient plus petit, plus net, et s'entoure de fissures de plus en plus nombreuses.
L'existence de l'explosion sèche sur les corps solides est donc indéniable; son analogie parfaite avec l'explosion humide peut être bien démontrée par l'emploi de récipients de fer-blanc remplis de grenaille de fer ou de petits morceaux de marbre; on la constate non moins bien par l'examen comparatif de lésions similaires d'os frais et d'os secs.
D. Théorie du projectile-air, de Melsens. — L'air condensé autour de la balle, pendant son trajet, pénétrerait dans les tissus; puis, reprenant son volume primitif, il tendrait à augmenter les dégâts.
Or, on ne constate jamais d'emphysème autour de la balle. Pourquoi ne ferait-elle pas un orifice plus grand, si l'air condensé pénètre en même temps que la balle ?
Cependant, les recherches du capitaine Journée, de Mach et Salcher, ont prouvé qu'il existe en avant et autour de la balle une sorte de gaine d'air comprimé, entraînée par le projectile, et animée d'un mouvement vibratoire intense. Cette gaine ne se forme qu'autour des projectiles possédant des vitesses supérieures à celles du son 340 mètres). Mais il reste à prouver d'une façon convaincante, dit Delorme, que cette couche d'air estcapable de commencer l'action de la balle et d'augmenter les dégâts qu'elle peut produire.
Il faut conclure que le rôle du projectile-air est bien minime, et qu'au contact de la peau résistante et élastique, l'air glisse sur la surface de la balle et se réfléchit sur l'obstacle, comme l'admet Keger.
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E. Théorie de la contusion, dilacëration. — Le projectile agit par sa force vive seule. Suivant sa vitesse, cette force vive se traduit de plusieurs façons. Si la vitesse est faible, il y a dilacëration et distension des tissus, jusqu'à la limite de leur extensibilité. Avec une grande vitesse, la balle se traduit à la façon de Vemporte-pièce ; de plus, les parties emportées, fragmentées, s'associent au projectile et le doublent. Avec une vitesse moyenne, les deux mécanismes entrent en jeu. (Delorme.)
F. Théorie de la rotation et écartement. — Elle est basée d'après Busch sur la rotation de la balle et sur la force centrifuge qui doit animer chacune de ses particules périphériques. Cette force rotatoire ou d'écartement n'est pas plus admissible que ne Test la rotation irrégulière des balles invoquée par Vogel et que dément l'observation (Ghauvel et Nimier).
Bornhaupt, Delorme, Legouest, admettent, avec Beck que les effets dits explosifs sont dus à la force de percussion considérable des balles modernes. Concentrée sur un petit espace au point de frappe, cette force se propage aux parties environnantes par la projection au-devant et autour d'elle des tissus qu'elle refoule.
En définitive, nous retiendrons avec Chauvel et Nimier, de ces multiples théories : que les balles animées d'une grande vitesse, d'une force de propulsion considérable, produisent jusqu'à certaine distance et dans certaines conditions des blessures de caractère spécial; que cette action dite explosive croit avec le volume, le poids, la force vive du projectile ; que les déformations de pointe aggravent ces désordres en augmentant la surface agissante ; que cette propriété, commune aux armes modernes, s'exerce jusqu'à une distance qui s'accroît avec la vitesse ini-
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tiale, et pour les balles de plomb mou, atteint 200, 300 mètres et plus encore (1).