‹ Aide-mémoire de chirurgie de guerre; traumatismes professionnels du temps de guerreChapitre 20 sur 84 · Douleur · texte numérisé non relu

Douleur

Peu prononcée; comparable, en général, à cf-lle -d'un coup de bâton; souvent même, les camarades avertissent le blessé qu'il est atteint, s'il n'a pas vu lui-même le sang couler. Cette douleur se ressent davantage quand un tronc nerveux est lésé.

La volonté a un effet manifeste sur la douleur, non pour la guérir, mais pour la dominer. Et c'est dans le domaine des suggestions que doit être placée cette action thérapeutique. C'est, évidemment, à un phénomène de cette nature que les Aïssaouas, les derviches tourneurs, les fakirs doivent de se livrer sans de trop vives douleurs, même avec une certaine béatitude, à leurs épouvantables contorsions, à leurs atroces mutilations. Leur sensibilité est très -émoussée, sinon abolie pendant ces abominables pratiques, hypnotisés qu'ils sont par le bruit, les lumières, les mouvements rythmés, le peuple qui les admire; suggestionnés par l'idée religieuse et la présence du chef de leur secte.

De même, le soldat blessé, hypnotisé par le bruit de la fusillade et du canon, l'odeur de la poudre, l'entraînement de la lutte, la vue de ses camarades ; -électrisé par les actes de courage qui s'accomplissent sous ses yeux, suggestionné par l'idée supérieure de gloire et de patrie, par le désir immense de se distinguer entre tous, ne sent pas, d'abord, sa blessure. Mais quand les saturnales musulmanes sont terminées, la bataille finie, l'Aïssaoua varouler, anéanti,

92 GENRES DE LESIONS.

aux pieds du marabout ; le soldat blessé commence à exhaler dans la nuit les plaintes déchirantes que lui arrache la douleur.

Ce n'est qu'ainsi qu'on peut s'expliquer le calme admirable des stoïciens de l'antiquité, la sublime impassibilité des martyrs de toutes lesreligions, de toutes les luttes politiques, de toutes les indépendances nationales, qui, devant les supplices infligés, la mort appelée, ne profèrent aucun de ces cris, ne poussent aucun de ces gémissements qu'arrache, d'ordinaire, la douleurinséparabledes afTres de lamort, quand onla sent venir dans l'intégrité de ses facultés cérébrales (1)..

Parfois, la douleur se ressent ailleurs qu'au point frappé. Tl est évident qu'il y a dans ses formes et les degrés de sa manifestation une question de race, d'éducation, de tempérament, en dehors de l'action psychique que nous venons d'invoquer.

Souvent, la douleur d'un séton du tronc ne gênant pas le fonctionnement des membres, n'est pas ressentie, tandis que dès qu'une blessure, même légère, empêche le membre de fontionner, le blessé s'en aperçoit.

Page 1