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ARTICLE VIL— BLESSURES PAR LES GROS PROJECTILES ET LEURS ÉCLATS

Les projectiles entiers sont aujourd'hui l'occasion de rares blessures, mais leurs éclats en produisent encore de fréquentes ; leurs effets sont

(1) Gliauvel et Nimier, loc. cit.

plus graves que ceux des halles, — et par les accidents généraux qu'ils provoquent, et parles accidents locaux.

Les chiffres suivants, quoique de modeste signification, en sont la preuve.

Pendant le siège de Paris (1870-71), nous reçûmes à l'ambulance du Ministère de la marine, après les affaires de Yilliers, Champigny, Épinay, Choisy, la Gare-aux-Bœufs, le Bourget, et le bombardement des forts, 119 marins, dont 102 blessés, la plupart très grièvement.

Sur ce nombre :

33 blessés par balles, 8 décès 24 p. 100

3S — par obus, 13 — 34 —

Un seul blessé par balle était encore en traitement à la fin du siège, 9 blessés par obus restaient dans les salles, non guéris.

11 faut tenir compte, sans doute, de ce fait que les blessures par obus furent surtout constatées à la fin du siège, du 25 décembre au 29 janvier, pendant le bombardement, les blessés venant d'être soumis durant plusieurs semaines à un surmenage, à des privations qui les avaient singulièrement affaiblis. Aux forts, sur les remparts, les défenseurs vivaient enterrés au sein d'un air impur, dans les casemates, — les meurtrières qui prenaient jour sur les fossés des forts ayant été murées — , et ils ne les quittaient que pour faire vingt-quatre heures de service sur les bastions, exposés au feu de l'ennemi, au froid, à la pluie, réparant, la nuit, les dégâts causés aux remparts par le bombardement.

Ajoutons à cela les misères de toute sorte, morales et physiques, le rationnement général imposé, et l'on conviendra que la dernière période fut la plus désastreuse au point de vue hygiénique. C'est

la règle dans l'histoire des longs sièges, et ces mi-' sères préparent les capitulations, quand elles sont imposées à des centaines de milliers de femmes et d'enfants (1). L'assiégeant compte sur ces effets physiques et psychologiques.

La fréquence relative des blessures par éclats d'obus dépend de la nature de la lutte (batailles ou sièges), des phases de cette lutte, du perfectionnement du matériel d'artillerie, de l'instruction du personnel. Avec la portée et la justesse du tir actuel, les blessures par gros projectiles deviendront certainement plus fréquentes.

Variétés. — 1° Contusions des parties molles. — Les boulets pleins ne sont plus aujourd'hui qu'articles de musées et de collections. Les obus, projectiles creux, les ont remplacés. Ils fournissent des éclats d'enveloppe, des balles rondes ou irrégulières.

Les contusions qu'ils déterminent sont de simples ecchymoses, limitées, dans le cas de parcelles de métal à la fin de leur course. Elles sont aussi peu considérables quand elles sont produites par de gros fragments à la fin de leur course, frappant par leur surface convexe. De gros épanchements de sang, de volumineuses bosses sanguines ont été constatées, surtout dans les guerres anciennes, produits par le roulement, le frottement de bombes, de fragments d'obus sur des parties protégées par le vêtement et l'équipement. On y a trouvé jusqu'à plus d'un litre de liquide. La peau, plus ou moins déplacée, est revenue sur elle-même sans déchirure, ni destruction de son tissu. Ces collections sanguines suivent les mêmes péripéties que les épanchements sanguins ordinaires.

Les broiements de tissus, partiels ou totaux (mus-

(1) Coustao, loe. cit.

clés, nerfs, vaisseaux, os), sous les téguments restés entiers grâce à leur élasticité, amènent des décollements, l'insensibilité, le refroidissement des parties, l'absence de pulsations, la teinte marbrée, l'impuissance du membre.

Ces lésions sont de plus en plus rares : gros projectiles entiers, gros éclats à surface convexe, à force vive diminuée, à contact presque tangentiel.

Mortification des téguments, inflammation, suppuration putride, gangrène immédiate, — telles sont leurs terminaisons les plus ordinaires.

Les contusions rapportées auvent du boulet, malgré les affirmations deRavaton, Desport, Tissot, BilguerT Plenck, les doutes de Pirogoff, les réserves de Sée, Reibel, E. Boeckel (Strasbourg, 1870), les négations de Levacher, Larrey, Richter, etc., résulteraient d'ordinaire, d'après Chauvel, de l'action tangentielle d'un projectile roulant à la surface du corps (1).

Le traitement varie suivant le degré de la lésion. — Immobilisation, résolutifs, compression modérée, élévation du membre. Au besoin, ponction aspiratrice, incisions, nettoyage antiseptique répété de la poche, puis compression molle. Les parois se recolleront.

S'il se fait du pus dans la poche, incisions, curage, nettoyage, désinfection. Pansements antiseptiques humides, pulvérisations phéniquées, bains.

En cas de broiements complets, amputation dans les parties saines, dès que l'état général le permet.

2° Plaies contuses des parties molles. — a) Érosions et éraflures par bords des éclats de gros projectiles arrivés obliquement. De largeur minime, et ne présentant rien de particulier à signaler ; souvent produites, non seulement par les éclats de gros projectiles, mais

(i) Chauvel, loc. cit., y. 243.

encore par le bris et la chute de poutres dans les casemates, la chute de murs, de toitures ; dans ces cas, ces plaies contuses sont accompagnées de fractures comminutives les plus graves, avec schock, qui compromettent les jours du blessé.

b) Sillons, gouttières, de dimensions insignifiantes ou énormes ; à bords frangés, renversés au dehors, ecchymoses ; à fond gris rougeàtre avec couche noire souvent, résidus de poudre. Débris de tissu cellulaire, de tendons pendant au dehors.

c) Pénétrations. — Ouverture plus petite que les gros éclats qui l'ont produite. Ces éclats agissent par le mécanisme de la distension. Arrivés dans la profondeur des tissus, ils s'encastrent dans une gaine de tissu mâché, et leur ablation présente de grandes difficultés; c'est avec un instrument tranchant qu'il faut aller les énucléer dans la profondeur.

Les bords de l'ouverture sont un peu mâchés, enfoncés, ecchymoses, ou réguliers, nets, sans contusion appréciable, si le projectile, coupant nettement la peau, s'est enfoncé par une de ses arêtes tranchantes.

Au-dessous de la plaie cutanée, les tissus mous, comprimés, écartés, déchirés, forment un canal toujours irrégulier dans sa forme et dans sa largeur. Otis a vu un obus de 12 livres logé sous les fessiers; le blessé vécut encore 48 heures après son enlèvement.

D'une plaie de 4 centimètres de longueur de la cuisse droite, on retira chez un de nos marins du siège de Paris, après incision de 3 ou 4 centimètres de long, et deux autres incisions, un fragment de la chappe en plomb d'un obus ayant une forme irrégulière, contourné sur lui-même, pesant 8b0 grammes et ayant 10 centimètres de longueur, 6 de largeur, 1 d'épaisseur. Il fallut introduire la main dans la plaie pour retirer avec effort ce projectile du fond de la blessure,

•où il était fortement enclavé dans les muscles et autour du fémur (partie inféro-interne du tiers supérieur de la cuisse droite). Blessé le malin, ce marin qui provenait du bastion 17(Point-du-Jour), mourut le soir.

d) Perforations. Sétons. — Sont produits par des éclats de moyen volume, animés d'une grande puissance. Delorme a mentionné des sétons par obus entiers dans les parties très charnues (fesses, racines des cuisses).

Dimensions variables, orifices irréguliers, parfois linéaires ; sortie plus large, moins régulière, à lèvres déchirées et renversées en dehors, à lambeaux flottants ou accolés sur l'orifice qu'ils obstruent ; aponévroses fendues, muscles déchirés, destinés à être •éliminés après mortification.

Douleur assez vive, si le choc traumatique ne la masque pas ; moins intense dans les perforations que dans les longues éraflures. Hémorragies immédiates, plus fréquentes que dans les coups de feu par balles ; plus communes aussi sont les hémorragies consécutives.

Le schock traumatique, la stupeur locale sont des accidents fréquents. Nous en parlerons plus loin.

Traitement. — Conserver ou amputer immédiatement; — dans le premier cas, immobilisation, enveloppement avec légère compression. Dans le second cas, s'il y a attrition complète et étendue, fracas de l'os, inciser largement et antiseptiquement pour se rendre exactement compte de l'état des parties, et achever l'amputation. Si elle n'est pas nécessaire, traiter antiseptiquement, désinfecter largement la plaie ainsi faite.

3° Larges plaies avec enlèvement d'une partie trop considérable pour espérer la réparation, ablation d'un membre, destruction des vaisseaux et des nerfs principaux avec fracas osseux.

riser le moignon, dès qu'il n'y a pas la contre-indication du schock traumatique. Si l'on peut conserver,, que la plaie soit petite, sans fracas osseux, disposée à se réunir: occlusion antiseptique et immobilisation.

4° Plaie vaste, trèscontuse, avec fracture à occlusion dangereuse. — Pansement antiseptique ouvert, humide, irrigations continues alcooliques, pulvérisations phéniquées.

Contre les hémorragies secondaires, fréquentes : — ligature des 2 bouts dans la plaie.

D'autres engins furent employés pendant la guerre de Sécession ; citons entre autres le feu grégeois, barbare, délaissé bientôt ; des fragments de rails, desmorceaux de fer (rares).

Des balles explosibles furent utilisées en quelques circonstances. On en saisit entre les mains des troupes indiennes (Hurtington) ; 130 cas de lésions très étendues et très graves furent rattachés aux traumatismes produits par ces balles ; mais il est certain que le plus grand nombre de ces blessures furent le résultat déballes ordinaires de gros calibre animées d'une vitesse d'impulsion considérable.

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