ARTICLE III. — HÉMORRHAGIE ARTÉRIELLE TRAUMATIQUE
§ 1. Anatomie chirurgicale des artères.
Les artères sont formées par trois tuniques qui ont chacune une structure propre.
I. Tunique interne. — C’est la membrane la plus essentielle du vaisseau; elle s’étend du cœur aux capillaires les plus déliés qui sont exclusivement formés par elle. Son épaisseur est uniforme partout; elle ne ressemble ni à l’épiderme, ni aux muqueuses, ni aux séreuses; on n’y a trouvé ni vaisseaux, ni nerfs, ni traces d’organisation. Elle a de l’analogie, au point de vue de son mode de formation, avec la croûte calcaire qu’on rencontre dans les vieux tuyaux de fontaine. Il faut remarquer toutefois que cette tunique, qui à l’état normal, ressemble à un vernis déposé par le sang sous forme de membrane, ne s’encroûte de sels calcaires que dans un âge avancé. Elle est transparente comme du verre dépoli, dure, cassante, peu extensible, susceptible de s’ossifier par les progrès de l’âge. Son ossification est presque constante audelà de soixante ans. Sa face interne est veloutée, enduite d’une sérosité onctueuse destinée à faciliter la marche du sang. Sa face externe adhère à la tunique moyenne, par un tissu particulier sans analogie avec le tissu cellulaire.
IL Tunique moyenne. — ( Tunique fibreuse , tunique élastique, jaune, albuginéc, musculaire). Elle est en rapport, par sa face concave, avec la tunique
interne à laquelle elle est très-adhérente, et, par sa Tare convexe, à la tunique externe. Jaune à l’aorte , d’un jaune plus pille dans les divisions secondaires, elle prend une teinte rosée dans les petites artères, où elle est relativement plus épaisse que dans les gros troncs. Elle est ferme, dure, sèche, cassante, élastique par la nature môme de son tissu. C’est la plus épaisse des trois membranes artérielles, et d’elle dépend la force considérable des artères.
M. Mance dit qu’elle est formée par une série de fibres de 1 à 2 millim. de longueur, unies entr’elles par un tissu cellulaire rare et très-court. Ces fibres sont courbes, concentriques, transversales; les plus profondes sont les plus courtes , et toutes viennent se fixer, par leurs extrémités recourbées en crochets parallèles à l’axe du vaisseau, sur la face externe de la tunique interne. La partie moyenne de la face convexe de ces fibres, adhère à la tunique externe.
III. Tunique externe celluleuse. — La tunique externe est fortement unie à la face externe de la tunique moyenne, de laquelle elle ne se distingue que par la différence de structure. Elle est formée par un tissu cellulaire filamenteux qui se condense vers la face concave. Elle est épaisse, solide, plus extensible que la tuniquo moyenne, surtout dans le sens de 1 axe du vaisseau.
IV. Gaine des artères. — En dehors de ces trois tuniques, existe, pour les troncs artériels de 2e et de 3e ordre, une gaine propre, formée par du tissu cellulaire condensé du côté de la face interne, et qui dexicnl
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de plus en plus lâche en dehors, jusqu à ce qu il se confonde avec le tissu cellulaire environnant. L’absence de cette gaine, pour les artères qui ont le volume de la radiale, rend compte de la difficulté qu’on éprouve à les isoler. Par sa face interne, cette gaine est humectée de sérosité, ce qui favorise l’ampliation transversale , et le glissement en longueur, de l’artère dans sa cavité. Elle est blanchâtre, assez épaisse, et peut conserver sa forme, même après qu’on en a retiré le vaisseau.
Les allemands admettent dans un vaisseau parfait, six tuniques, parmi lesquelles ils distinguent une tunique à fibres annulaires, qui représente le feuillet interne de la membrane moyenne, et une tunique élastique qui forme son feuillet externe. La couleur jaunâtre ou grisâtre de l’artère et la propriété qu’elle a de rester béante, sont dues à la première de ces deux membranes ; de la seconde provient en grande partie l’élasticité du vaisseau.
D’après llenlc, lorsque la tunique interne et la tunique moyenne sont rompues par une ligature, il reste encore, outre la tunique celluleuse, la membrane élastique résistante, dont nous venons de parler.
§ 2. Propriétés des artères.
Outre l’élasticité de tissu , les artères sont douées, pendant la vie’ d’une élasticité propre; c’est la tonicité qui les fait se rétracter et se resserrer, plus qu’elles ne le font sur le cadavre. Les artères collatérales sc dilatent au bout de quelques semaines,
quand le tronc principal est lié. Les artères se rétrécissent ou s'effacent, quand la circulation y est suspendue ou abolie.
L’étincelle électrique, l’ammoniaque, l’impression de l’air, déterminent des contractions dans les artères et arrêtent quelquefois une hémorrhagie. Le sel commun en favorise la dilatation, c’est pourquoi l’eau salée, vulgairement employée dans les plaies récentes, entretient l'écoulement du sang. Quand une artère est coupée en travers, les deux bouts s’éloignent de la plaie, ils se retirent dans les tissus qui les compriment, et quelquefois cette compression et la contraction artérielle suffisent pour arrêter l'hémorrhagie, ou bien le sang s’infiltre entre les tuniques et les épaissit. Quelquefois même, pendant une syncope, un caillot se forme dans la lumière du vaisseau, et arrête définitivement l’hémorrhagie; c’est pour ce motif que les anciens donnaient le conseil de compléter la section partielle d’une artère. Quand rien n’obstrue la lumière du vaisseau artériel , le sang s’en écoule jusqu’à la mort, lors même que le calibre de l’artère ne dépasserait pas celui de l’artère dentaire.
La tunique externe des artères reçoit des nerfs et des vaisseaux sanguins. Ceux-ci émanent de l'artère elle-même et des artères voisines; ils sont nécessaires à la nutrition du vaisseau, aussi faut-il. quand on lie une artère, s’abstenir de la distendre sur la sonde cannelée , ou d'ouvrir la gaine commune dans une grande étendue, sous peine de rompre ces filamens vasculaires cl de déterminer la mortification des tuniques artérielles.
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§ 3. Blessures des artères.