‹ Aide-mémoire de l'opérateur, comprenant les opérations élémentaires, les ligatures d'artères, les amputations dans la contiguité et dans la continuité des membres, et les résections des extrémités articulairesChapitre 45 sur 64 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Des résections en général.

On appelle du nom de résection , l’action de retrancher une portion ou la totalité d’un ou de plusieurs os, en conservant les parties molles ou les membres que ces os sont destinés à soutenir.

Cette opération a pour but d’épargner aux malades les grandes mutilations qui résultent de l’amputation des membres, et de conserver à ceux-ci , une partie de leurs fonctions. La résection d’un os est tantôt un moyen accessoire d’une opération chirurgicale ultérieure, comme dans les luxations et les fractures compliquées de l’issue d’un os qu’on ne peut réduire; tantôt elle constitue à elle seule toute l’opération.

On divise les résections en celles qu’on pratique dans la continuité ou sur les extrémités articulaires des os longs. Les os larges sont quelquefois aussi soumis aux résections ; mais il est à remarquer qu’alors ces opérations ont moins souvent pour but l’extraction de parties osseuses malades, que de fournir les moyens de pénétrer à travers l’ouverture qu’on fait à l'os ; ces sortes de résections ne diminuent pas la longueur de l’os et n’entraînent pas une solution complète dans la continuité.

Nous ne nous occuperons que des résections appliquées aux os longs.

Au point de vue historique, qu’il nous suffise de

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dire que les résections n’ont pris rang dans la médecine opératoire que depuis les travaux de Chaussier, de Parck, de Vermandois, quoiqu’on attribue des opérations de ce genre à Galien , Paul d’Égine, etc.

Malgré les travaux dont les résections ont été l’objet, ces opérations ne peuvent être soumises à des règles aussi précises que les amputations ; parce que le manuel opératoire est subordonné à la nature et à l'étendue de l’altération des tissus.

ARTICLE 1er.

§ 1er. Indications et contre-indications. — Les lésions qui motivent les résections sont traumatiques ou organiques.

T. Lésions traumatiques. — 1° Fractures comminutives • A Quand on ne peut réduire, même en débridant la plaie, un fragment osseux qui a traversé les chairs, ou qu’on ne peut en espérer la conservation , parce qu’il est dépouillé de son périoste; on pratique la résection avec la scie , en mettant les chairs voisines à l’abri de l’instrument, au moyen d’une plaque de bois ou de carton. B. Les fractures comminutivcs des extrémités articulaires, produites par des projectiles , fournissent de fréquentes occasions de pratiquer cette opération.

2o Luxation avec déchirure des parties molles et des téguments, et saillie de l'extrémité articulaire.

3 o Saillie de l’os après l’amputation d’un membre.

■fo Fractures non consolidées et pseudarthroses

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lorsque, par aucun moyen, on ne peut obtenir la formation (lu cal, ou restituer artificiellement au membre, sa rectitude et sa solidité, à l’aide d’un cuissard ou d’un brassard ; on peut tenter la résection: celle-ci consiste à faire sortir successivement à travers une incision les deux fragments osseux, pour en réséquer l’extrémité avec la scie. On réduit ensuite et on se comporte comme dans un cas de fracture compliquée de plaie.

II. Lésions organiques. — Celles qui motivent les résections, sont : la carie, le cancer des os, le spinaventosa, la nécrose, les tumeurs blanches, etc. Une constitution épidémique, un âge avancé, une affection scorbutique, cancéreuse ou siphylitique sont des contrc-indications, indépendantes de celles qui se tirent de la nature de la maladie et des dangers de l'opération.

§ 2. Avantages ctinconvénients desrésections, comparés à ceux des amputations. — Les indications qui précèdent étant communes aux amputations, il est utile d'examiner comparativement les avantages et les inconvénients qui sont propres aux amputations et aux résections, au point de vue de l'exécution, des dangers qui les accompagnent et des avantages qui en résultent pour le malade.

I. Exécution. — • Les résections sont des opérations toujours longues et difficiles , laborieuses pour l’opérateur et très-douloureuses pour les malades. On ne saurait prévoir les difficultés du manuel opératoire, et l’on ne peut avoir une idée des obstacles qu'on est

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exposé à rencontrer, par les manœuvres d’amphithéâtre. Il est extrêmement facile de dire à priori; il faut éviter de léser les nerfs et les vaisseaux principaux, conserver certaines insertions musculaires; lorsqu’en pratique il est souvent impossible de savoir d’avance s’ils pourront être ménagés, si les désordres ne sont pas plus étendus qu’on ne le suppose, lorsqu’on ne peut rien distinguer au fond d’une plaie, où le sang donne à tous les organes une couleur uniforme ; lorsqu'enfin plus d’un chirurgien habile s’est vu obligé d’interrompre l’opération, pour pratiquer l'amputation du membre.

On oublie trop souvent que les résections auxquelles on s’exerce dans les amphithéâtres, se pratiquent sur des parties saines et sur des os intacts; tandis que sur le malade , ce peut être une tête osseuse broyée en une multitude de fragments qu'il faut péniblement chercher et isoler un à un, dans la plaie; ce sont des ligaments, des tendons qu’il s'agit de couper ou de ménager, selon qu ils retiennent ou non les esquilles qu’on doit extraire.

Les amputations, au contraire, sont des opérations réglées, l’exécution en est facile, tout peut être prévu d’avance et le manuel opératoire est susceptible de modifications, pendant qu’on opère. La douleur cesse avec l’opération , la pluie est régulière, il n'y a ni tiraillement des tissus, des nerfs, ni déchirure des parties. En un mot, il y a , au point de vue de 1 exécution , entre les amputations et les résections, celle différence capitale, que les premières se pratiquent

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sur des parties saines et les résections sur des organes altérés dans leur structure ou dans leur disposition anatomique.

II. Dangers de V opération. — Par cela même que les incisions qui précèdent les résections, sont rarement régulières, ces opérations entraînent à leur suite des suppurations parfois intarissables, des trajets fistuleux, la nécrose, etc. pour la terminaison ou la guérison desquelles, toute l’énergie de la meilleure constitution suffit à peine. Il s’ensuit que le chirurgien doit tenir grand compte de l’état physique et moral du malade, avant d’entreprendre une résection. Si ce dernier est déjà épuisé par une maladie antérieure, ou par la maladie actuelle , mieux vaut recourir à l'amputation. Si les résections ont été regardées par quelques chirurgiens, au nombre desquels figure Jœgcr, comme des opérations moins graves que l'ablation des membres , et jugés défavorablement par Syme; cela lient au point de vue auquel ils se sont placés. Les premiers n’ont compté que les résections pratiquées pour des lésions traumatiques ; Syme a noté les insuccès dans des cas de lésions organiques.

On trouve, dans les leçons orales de Dupuytren , un relevé de quarante-huit résections pratiquées par divers chirurgiens , sur les grandes et sur les petites articulations, et pour des affections diverses; le nombre des succès est de trente-quatre , celui des insuccès de quatorze; la résection de la tête de l’humérus est celle qui a le plus souvent réussi , huit fois

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sur dix; celle de l’articulation tibio-fémoralc compte cinq insuccès sur sept.

Les accidents qui accompagnent les amputations sont les mêmes que pour les résections; mais ils ont dans ces dernières un degré de gravité de plus. Ces accidents sont: l’hémorrhagie, l’inflammation, la carie, la nécrose, la gangrène, le croupissement du pus, les fusées purulentes, les fistules, la phlébite et le tétanos qui s’observe plus particulièrement à la suite des résections.

Sans doute, quand on pratique la résection d'une extrémité articulaire, on fait de la chirurgie conservatrice, et comme le dit M. Pétrequin , chaque empiètement que feront les résections sur les amputations , doit être considéré comme un progrès de Part; d’ailleurs, l’Académie de chirurgie avait raison de signaler le volume de la partie qu’on retranche, comme un danger de plus pour l’opération.

Cependant, si l’on veut apprécier comparativement les conséquences des amputations et celles des résections, par le nombre de guérisons obtenues, de part et d’autre, il faut remarquer, que les résections sont des opérations qui ne s’appliquent qu'à des cas choisis et exceptionnels, et qu'il serait injuste de mettre en regard, d'une manière absolue, les résultats qu’elles ont fournis, avec ceux qui sont la conséquence des amputations qu’on pratique dans les conditions les plus défavorables.

III. Avantages gui en résultent. — Le malade qui échappe, après une résection, aux dangers que nous

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avons signalés, a, comme dédommagement, l’avantage immense de conserver un membre qu’il eût fallu retrancher , quelquefois aussi la guérison est trèsprompte. C’est surtout quand il s’agit des membres supérieurs, que ce mode opératoire trouve plus particulièrement son application. Il nJen est pas de même pour les membres inférieurs; ici, non-seulement le danger est grand et l'indication plus rare, mais il s’agit d’organes destinés à la sustentation. Si le raccourcissement estconsidérableaprès l’opération, le membre est inutile et gênant. Si l’on aborde une grande articulation, comme celle de la hanche et du genou ; les dangers et les complications se multiplient. Encore une fois, la santé et la vigueur de la constitution sont des considérations d'une grande valeur pour déterminer le chirurgien à se prononcer sur l’opportunité d’une résection ; tandis que l’état de faiblesse et de marasme est une indication d’amputation.

§. 3. Instruments et appareil. — Les instruments nécessaires pour les résections sont: les bistouris droits., courbes, boutonnés, une sonde cannelée, les pinces à dissection et à torsion, les tenailles incisives de Liston, des scies de diverses formes, mais surtout une petite scie cultcllaire et celle de JelTray, un maillet de plomb, des ciseaux, des gouges, des couteaux courts et forts. L’appareil consiste en compresses, bandes, attelles flexibles, éponges et ligatures.

I. Tenailles incisives. — La manière d’agir de ces instruments est la même que celle des ciseaux qui sont destinés à couper des parties molles. II y a seulement

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une différence dans la forme , dans la solidité et dans la longueur des leviers, par rapport aux lames qui agissent par double pression. Les tenailles de Liston sont les plus fortes de toutes, elles peuvent servir à couper des côtes, des phalanges et des métacarpiens. PL. XIV. Fig. 9. Page 200.

II. Scies. — Les petites scies dont on se sert quelquefois pour les résections ont des dents disposées sur un tranchant convexe. Elles sont assez difficiles à manier; car il faut les diriger de manière à ne pas engager les dents du milieu plus que celles des extrémités. PL. XIV. Fig. 0 et 7. Page 200.

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