ACIDE PHOSPHORIQUE
verse dans une capsule de platine où on le concentre, jusqu'à ce qu'il ne perde plus de son poids. On ajoute au résidu la quantité d'eau nécessaire pour qu'il marque 1,45 au densimètre. — C'est là l'acide médicinal. (Codex.)
Act. phys. — L'ac. phosphorique est peu usité; cependant ses propriétés particulières, par rapport aux matières protéiques, seraient de nature à le faire préférer dans certains cas aux autres acides, comme acidulé et antiphlogistique; il est moins irritant et plus assimilable. On l'a employé contre la gravelle phosphatique (1 à 5 gtes diluées dans Q. S. d'un liq, approprié), les catarrhes des muqueuses, la jaunisse, l'hystérie, l'impuissance virile (Gubler); dans le rachitisme et la carie osseuse, comme reconstituant du squelette. 11 est stimulant du système nerveux et un peu aphrodisiaque. — Introduit pur dans les veines des animaux, il les tue rapidement; dans l'estomac, il agit comme corrosif.
Chim. etToxic. — L'acide phosphor. peut présenter 4 états : 1° L'acide anhydre ; = PhO5 ; solide, blanc, déliquescent, qu'on obtient en brûlant du posphore dans de l'air sec. 2° L'acide métaphosphorique ; = PhOs,HO ; s'obtient en décomposant le phosphate d'ammon. par la chaleur ; il coagule l'albumine, précipite en blanc les sels de baryte, de chaux et d'argent. 3° L'acide pyrophosphorique ; = Ph05,2HO ; s'obtient en calcinant le phosphate de soude, décomposant le pyrophosphate de soude formé par l'acétate de plomb, et le pyroph. de plomb par HS. Il est vitreux, blanc, comme le précédent, ne précipite ni l'albumine ni la baryte, mais étant saturé par un alcsli, précipite en blanc le nitrate d'argent. 4° L'acide phosphorique trihydraté;= PhOs,3HO. C'est celui qui, à l'état de dissolution, constitue l'acide médicinal. Nous avons donné sa préparation. Il précipite en jaune le nitrate d'argent, en blanc la baryte, et dissout l'albumine. Il empêche même la coagulation de cette substance par la chaleur.
Les phosphates ont des réactions variables suivant que leur acide est à l'un de ces trois derniers états ; mais les pyrophosphates et les métaphosphates passent à l'état de phosphates ordinaires, quand on les fond avec du carbonate de soude. Chauffés au chalumeau dans la flamme extérieure, après avoir été humectés d'un peu d'ac. sulfuriq. cencentré, ils donnent une coloration vert-bleuâtre ; leur solution précipite en blanc le chlorure de baryum; le précipité est sol. dans l'acide chlorhyd. ou nitrique. Le sulfate de magnésie produit, dans leurs sol. concentrées, un précipité de phosphate de magnésie ; si la sol. de phosphate a été préalablement add. d'amm., on obtient dans les liq., même très-étendues, un précip. de phosphate ammo- 7iiaco-magnésien cristallin, insoluble dans l'amm. et le chlorhyd. d'amm., mais soluble dans les acides, même dans l'ac. acétique. — Le nitrate d'argent précipite les phosphates neutres, en jaune clair ; les pyrophtes et les métaphosphtes, en blanc ; l'acétate de plomb donne avec les phosphates neutres un précipité blanc fusible au chalumeau, sur le charbon, en une perle trans-
Limonade phosphorique.
Pr. Acide phosphorique à 1,45. 2 gr.
Eau 900
Sirop de sucre 100
parente qui prend en se refroidissant des facettes dodécaédriques. — Le molybdate d'ammon., dans une sol. chlorhyd. ou nitrique d'un phosphate portée à l'ébullition, donne une coloration jaune vif, et un précip. jaune quand les liqueurs sont concentrées.
En cas d'empoisonnement, la recherche de l'acide phosphorique serait aisée; on détruirait les mat. organiques par le chlorate de potasse : on retrouverait dans le résidu Tac. phosphorique avec ses réactions caractéristiques; il y aurait à tenir compte de l'ac. phosphor. normal. — Comme contre-poisons : l'eau de chaux, le lait de magnésie, les étnollients, etc.
Fais, etmél. — Peut contenir acide phosphoreux : odeur alliacée, réduction du bichlorure de mercure à l'état de protochlorure; acide sulfurique: saturer par chlorure de baryum; le précipité est incompl1 soluble dans l'acide azot.; ac azotique : en saturant par chlorure de baryum, l'ac. azotique reste dans la liq.; sels calcaires: par l'oxalate d'amm. ; arsenic : saturer l'acide, faire passer HS, qui précipitera à la longue du sulfure d'arsenic.
Sirop d'acide phosphorique.
Pr. Acide phosph. méd. ... 15
Sirop simple 1000
(Guib.) Soubeiran, à l'exemple de Niémann, remplace le sirop simple par celui de framboises. (Dorv )
ACIDE PICRIQUE. Acidum picricum; acide carbazotique ; acide trinitrophénique; amer de Welter, amer dHndigo. = C12H302,3AZ04.
Prép. — On l'obtient en faisant réagir l'acide azot. sur l'acide phénique ou l'indigo; beaucoup de substances traitées de la même manière sont aptes à donner de l'acide picrique : la soie, la laine, le benjoin, l'aloès, etc. Il cristallise en lamelles rectangulaires allongées, brillantes, d'un beau jaune ; il est peu soluble dans l'eau qu'il teint fortement; soluble dans l'alcool et l'éther. Tl tache la peau en jaune. Il est fort usité en teinture, fort peu en médecine.
Act. phys. — Son usage est très-restreint; son excessive amertume l'a fait employer cependant comme fébrifuge avec quelque succès, soit pur, soit à l'état de sel. Il a l'inconvénient de donner une teinte jaune générale à la peau des malades et d'être explosible à chaud, ainsi que ses sels, comme l'a trop malheureusement prouvé une catastrophe récente. On dit que les picrates de quinine et de cinchonine n'ont aucune action fébrifuge, ce qui paraît invraisemblable. — Les picrates s'emploient à la dose de 2 millig. à l centig. en pilules.
acide SUCCINIQUE. Acidum succinicum; = G8H305,3HO.
On employait autrefois, sous le nom de sel essentiel de succin ou sel volatil de succin, l'acide succinique empyreumatique qui
se dépose dans le col et l'allonge de l'appareil qui sert à la distillation du succin. — 0,20 àl gr. 20, comme antispasmodique et sudorifique.
Prép. — Pour obtenir l'ac. succinique pur, on fait fermenter à | 30°, une bouillie de malate de chaux additionnée d'une petite q. de fromage pourri ; quand le dégagement d'acide carbonique cesse, on décompose le tout à chaud par un excès d'ac. sulfuriq. étendu. On concentre pour séparer le sulfate de chaux; on fait cristalliser plusieurs fois. — On peut l'obtenir encore par l'action de Tac. azotiq. sur la cire.
Chim. — Saturé par l'amm., l'ac. succinique donne un réactif précieux, qui permet de séparer le manganèse du fer; le succinate d'ammoniaque précipite les sels neutres de sesquioxyde de fer en brun ; le précipité calciné est entièrement composé de sesquioxyde de fer.
ACIDE SULFHYDRIQUE. Acidum sulfhy dricum ; acide hydrosulfurique ; hydrogène sulfuré; = HS.
Prép. — On traite 1 partie de sulfure d'antimoine pulv. par 4 parties d'acide chlorhydrique, dans un ballon à deux tubulures, muni d'un tube de dégagement. Si on veut l'obtenir en solution, on adapte à ce tube un premier flacon laveur qui retient l'ac. chiorhyd. entraîné, puis une série de flacons de Woolf, et enfin un flacon contenant un lait de chaux. Les flacons seront remplis aux 3/4 d'eau dist. froide et récemment bouillie. (Codex.) — L'eau dissout plus de 2 vol. d'acide sulfhydrique.
Un moyen économique consiste à décomposer le sulfure de fer par l'ac. sulfuriq.
Act. phys. et usages. — Pris à l'intérieur, ce gaz produit les effets stimulants et altérants du soufre ; il peut causer des nausées et des vomissements, quand la dose a été exagérée; c'est qu'alors une partie est portée par la circulation jusque sur les muqueuses pulmonaires, où elle gêne momentanément l'hématose. Une partie passe à l'état de sulfure alcalin, et est rejetée avec l'urine. — Introduit dans le sang, il ne paraît pas avoir d'action toxique propre; ses effets sont plutôt chimiques et paraissent se résumer dans l'obstacle qu'il oppose à l'oxygénation du sang. Aussi sont-ils beaucoup plus prompts et redoutables quand il est inspiré en quantité un peu considérable ; après qques inspirations, l'animal tombe foudroyé. A moindre dose, il provoque des nau sées, des faiblesses, céphalalgies, convulsions suivies d'insensi bilité et de coma.
On emploie l'acide sulfhydrique principalement sous la forme d'eaux minérales, contre les affections chroniques des poumons,
les maladies de peau, la goutte, le rhumatisme, les blessures de guerre. On l'utilise aussi en inhalations et comme contre-poison du plomb.
La solution du Codex s'emploie de 1 cuillerée à une demiverrée, étendue de lait ou d'une infusion, dans les cas que nous venons d'indiquer. Elle s'altère rapidt au contact de l'air; l'addition de 1/10 de glycérine la rend plus stable.
Incomp. — L'administration de l'ac. sulfhydrique en solution aqueuse ou sous forme d'eau minérale, exclut celle des alcalins et des bases métalliques; de même les toniques sédatifs, les astringents amers ont une action opposée, dont on doit se préoccuper.
Asphyxie. — C'est à ce gaz que l'air des lieux d'aisances, des égouts, doit ses propriétés délétères. — Porter la victime au grand air, la déshabiller ; mettre sou? les narines un nouet de chlorure de chaux mouillé d'un peu de vinaigre (agir avec précaution) : frictions sèches, aspersions d'eau vinaigrée au visage, sinapismes aux extrémités.
Chim. — L'ac. sulfhydrique est gazeux, incolore, d'une odeur d'œufs pourris, brûlant avec une flamme bleue, en dégageant l'odeur d'acide sulfureux. L'eau en dissout 2 à 3 vol.. à la temp. ordinaire. — Les sulfures alcalins et terreux seuls sont solubles dans l'eau. Les autres se dissolvent soit dans l'ac. chlorhydrique, soit dans l'ac. azotique, soit dans l'eau régale; le sulfure de mercure (HgS) est volatil sans décomposition. — Par le grillage à l'air, ils donnent tantôt de l'acide sulfureux, tantôt un sulfate. — La solution aq. des sulfures précipite en noir le nitrate d'argent et l'acétate de plomb. — Au chalumeau, dans la flamme d'oxydation, beaucoup de sulfures brûlent avec une flamme bleue et dégagent de l'ac. sulfureux. Les sulfures alcalins et terreux, et ceux de fer, de manganèse et de zinc, traités par un acide minéral étendu, dégagent de l'HS, qui noircit un papier imprégné d'acétate de plomb. — Les sulfures insolubles, fondus avec du carbonate de soude, donnent une masse qui, mouillée et placée sur une pièce d'argent, la tache en noir.
acide sulfureux. Acidum sulfurosum. = SO2.
A peu près inusité en médecine; on en a fait usage cependant sous forme de bains gazeux, comme parasiticide et antiherpétique; sous forme de sol. aqueuse, contre les cryptogames de la bouche. (Jenner.)
Chim. — On prépare l'acide sulfureux, soit en brûlant du soufre, soit en décomposant l'acide sulfurique, à chaud, par la sciure de bois, le charbon , le cuivre, ou le mercure. La figure i 8 représente la disposition de l'appareil propre à préparer la solution saturée d'acide sulfureux. Le ballon est chauffé au B. de sable : le premier flacon contient un peu d'eau pour laver le gaz, il est suivi de un ou plusieurs flacons de Woolf contenant de l'eau privée d'air. L'eau en dissout jusqu'à 50 fois sans volume. Il peut être liquéfié et
solidifié à l'aide de mélanges réfrigérants. — Il est impropre à la combustion et à la respiration; son odeur irritante, caractéristique, irrite les poumons et provoque la toux. — Les sulfites alcalins sont sol. dans l'eau; ils se transforment en sulfates en absorbant l'oxygène de l'air; la calcination les
Fig. 18.
Appareil pour la préparation de la solution saturée d'acide sulfureux.
transforme en sulfates et en sulfures. Les acides sulfurique et cblorhydrique décomp. les sulfites avec dég1 d'ac. sulfureux, sans dépôt de soufre, et production d'une vive effervescence dans les sol. concentrées. L'ac. azotique les convertit en sulfates avec prod. de vap. nitreuses.
ACIDE SULFURIQUE. Acidum sulfuricum; huile de vitriol;
=r SO3 + HO.
Prép. — L'acide sulfurique est préparé sur une vaste échelle dans l'industrie, en faisant condenser dans de grandes chambres de plomb de la vapeur d'eau mélangée aux gaz provenant du grillage du soufre et du nitre. Le produit est concentré dans des chaudières de plomb jusqu'à 60° au pèse-acide, puis chauffé dans des cornues de platine ou de verre, jusqu'à ce qu'il marque 66°. — Pour les usages pharmaceutiques, on purifie l'acide du commerce par la distillation, opération qui doit se faire avec des précautions particulières décrites dans tous les ouvrages de chimie ; les principales consistent dans l'addition à l'acide de quelques spirales de platine et dans le chauffage circulaire; pour éviter autant que possible les soubresauts, on arrête l'opération quand les 2/3 de l'acide ont distillé. — On trouve aussi dans le commerce un acide sulfurique, dit de Nordhausen, qui ne contient qu'un demi-équivalent d'eau. Il est fumant, généralement coloré
en noir par des matières organiques qui se sont carbonisées à son contact; on le prépare par la distillation du sulfate de fer; il n'a que des usages industriels. — Enfin on peut obtenir l'acide sulfurique anhydre, soit en combinant directement l'acide sulfureux et l'oxygène au moyen de la mousse de platine légèrement chauffée, soit en distillant avec ménagement l'acide de Nordhausen, soit enfin en distillant l'acide monohydraté sur de l'acide phosphorique anhydre. Il est solide, blanc, en aiguilles soyeuses et molles, ressemblant à l'amiante. Il n'altère pas la peau et ne rougit pas le papier de tournesol sec. Il fond à -f- 25° et bout à 30°. (Bussy.)
Act. phys. — Très-dilué, l'acide sulfurique agit à la manière des acides végétaux, comme réfrigérant, antiphlogistique et légèrement styptique, bien qu'à l'inverse de ces derniers, il rende les urines acides, et paraisse traverser l'économie sans subir d'altération. Dans l'urine, il déplace les acides normaux, urique et lactique, qui, mis en liberté, manifestent leur acidité. En somme, administré dans ces conditions, il paraît diminuer l'hématose, ralentir la circulation, et abaisser la température, en même temps qu'il produit localement sur la muqueuse de l'estomac un effet général de contraction qui favorise le fonctionnement de cet organe. Tien résulte un accroissement de l'appétit et des digestions plus faciles.
Plus concentré, c'est un astringent aclif, qui rétracte et pâlit les tissus avec lesquels il est mis en contact. — Pur, c'est un caustique des plus violents, qui détruit toutes les matières organiques par suite de sa grande avidité pour l'eau. Il coagule instantanément l'albumine et carbonise toutes les mat. hydrocarbonées en leur enlevant, à l'état d'eau , tout l'H et l'O qu'elles contiennent ; aussi , appliqué sur les tissus, il les désorganise rapidement à une certaine profondeur, et forme une eschare qui, d'abord blanche, devient ensuite noire et dure. Ingéré dans l'estomac, il produit sur son passage des effets analogues. Immédiatement une douleur atroce se fait sentir sur tout le trajet de l'œsophage, dans la gorge et dans l'estomac ; le patient pousse des cris, et est pris d'une angoisse, d'une anxiété inexprimables. Les vomissements arrivent rapidement, mais sans apporter de soulagement; les matières vomies font effervescence sur le carreau. Le pouls est petit, convulsif, la face pâle et anxieuse, souvent couverte de taches et d'eschares produites par l'acide; le corps se refroidit rapidt, les forces diminuent, le patient s'agite; enfin l'affaiblissement fait de rapides progrès, et la mort survient. Pendant cet atroce supplice, Pin-
telligence reste entière. — La durée de l'empoisonnement est variable suivant la dose, la concentration de l'acide ingéré, l'état de vacuité ou de plénitude de l'estomac, lors de l'ingestion. Il y a des exemples de mort en 2 ou 3 heures; quelquefois la terminaison se fait attendre plusieurs jours; parfois encore, les effets rapides de l'acide ont été enrayés par les secours administrés avec promptitude, mais les désordres produits, presque toujours irréparables, mènent au bout de quelques mois la victime au tombeau. (Tardieu.)
Usages. — Comme rafraîchissant, astringent et hémostatique. on fait usage de limonade sulfurique composée de : eau, 1000 ; acide suif., 2. On remplace fréquemment l'acide pur par l'alcool sulfurique ou eau de Rabel, 8 gr. Cette préparation est utile dans les affections fébriles et bilieuses, les hémorrhagies, certaines dyspepsies et diarrhées; contre l'intoxication saturnine. — On l'emploie aussi sous forme de collutoires et de gagarismes dans les stomatites scorbutiques et gangreneuses. — A l'intérieur, Comme révulsif dans la sciatique et les névralgies lombaires; comme caustique, pour détruire les tumeurs cancéreuses, sous forme de pâte avec le safran ou le charbon.
Chim. et Toxic. — L'acide sulfurique ordinaire (SO3, HO) est un liquide huileux, incolore, inodore, plus pesant que l'eau. Son mélange avec celle-ci donne lieu à une grande élévation de température. Il charbonne le bois, le papier, et la plupart des matières organiques. — Un grand nombre de sulfates sont solubles dans l'eau ; les sulfates métalliques sont tous insolubles dans l'alcool ; les sulfates à base alcaline ou terreuse, et le sulfate de plomb, sont indécomposables par la chaleur, les autres dégagent de l'ac. sulfurique ou de l'acide sulfureux et de l'oxygène. Calcinés avec du charbon, ils donnent un sulfure ou dégagent de l'acide sulfureux. Chauffés à la flamme intérieure du chalumeau sur du charbon, en présence du carbonate de soude, ils donnent naissance à du sulfure de sodium, qu noircit l'argent humecté d'eau, et dégage de l'HS au contact d;un acide. — Les sulfates insolubles sont décomposés par les carbonates alcalins, à la température de fusion, et donnent du sulfate alcalin soluble. Tous les sulfates solubles produisent dans le chlorure de baryum ou l'acétate de plomb un précipité blanc ; le sulfate de baryte est insoluble dans l'eau et les acides dilués; le sulfate de plomb, peu soluble dans l'ac. azotique, se dissout au contraire dans l'acide HC1 bouillant, en se transformant en chlorure.
Empoisonnements. — Quand la mort est survenue à lasuite de l'absorption d'acide sulfurique, le tube digestif, la bouche, les lèvres présentent ordinairement des eschares noirâtres qui marquent le passage de la substance corrosive ; souvent toutes les ulcérations sont colorées en bleu, parce que la victime a fait usage de bleu en liqueur, qui n'est autre chose qu'une dissolution d'indigo dans l'acide sulfurique fumant. A l'autopsie, on retrouve les mêmes traces dans l'œsophage, dans l'estomac qui s'est fortement rétracté; quelquefois le liquide
a pénétré dans la trachée et détruit en partie les poumons; ou bien il a perforé l'estomac et atteint les organes voisins, le foie, la rate, le mésentère, l'aorte. L'absorption fait pénétrer l'acide dans des régions assez éloignées ; le cœur et quelques vaisseaux, les veines iliaques, contiennent de gros caillots sanguins, qui se sont formés sous son influence.
La recherche du poison ne présente pas de difficulté sérieuse ; cependant quand les symptômes notés indiquent qu'il s'agit d'un acide, il est bon de se hâter de commencer l'opération, pour que la fermentation putride des matières organiques, en donnant naissance à de l'ammoniaque, ne vienne pas saturer l'acide qu'il est important de retrouver en liberté. Le tableau suivant, emprunté à MM. Amb. Tardieu et Roussin, indique très-nettement la voie à suivre, et permet de déterminer l'acide auquel on a affaire.
Les liqueurs filtrées et limpides provenant du lavage des organes et des vomissements sont introduites dans une| cornue munie d'un récipient refroidi et distilllées à siccité à une température qui ne dépasse pas 110°.
Pas de vapeurs rutilantes.
A la fin de la distillation, la cornue se remplit de vap. rutilantes et le résidu est de
couleur jaunâtre Acide azotique.
On constate la production d'acide sulfureux et le résidu
devient noir Acide suLfurique.
Le produit distillé précipite par l'azotate d'argent. Ac. chlorhydriqus.
Pas de précipité par l'azotate d'arent; le résidu de » cornue traité Pas d'acide /par l'alcool, filsulfureux. \tré, puis additionné d'acétate de haux, donne un précipité soluble dans l'acide chlorhydrique, insoluble dans l'acide acétique Acide oxalique.
Les essais faits suivant les données de ce tableau suffisent pour indiquer la nature de l'acide ; il s'agit de l'isoler des autres substances auxquelles il est mêlé. Plusieurs procédés ont été indiqués, qui présentent tous des causes d'erreurs graves. 1° Laver les matières, filtrer, précipiter par le chlorure de baryum ; décomposer le précipité par la calcination avec le charbon. Le résidu, traité par HC1, donnera de l'hyd. sulfuré; mais s'il existait des sulfates sol. dans les mat., le résultat sera le même. — 2° Les liq. provenant du lavage des mat. sont évap. à consistance sirupeuse, puis chauffées dans un tube à expérience avec de la limaille de cuivre- S'il y a de l'ac. sulfurique, il se dégage des vap. d'acide sulfureux qui sont reconnaissables à l'odeur, et rougissent un papier amidonné mouillé d'un peu d'acide iodique. — Or, il se dégage en même temps des vap. empyreumatiques, et la réaction sur le papier amidonné peut se produire sans qu'il y ait eu préexistence d'ac. sulfu-" rique. (Roussin.) — 3° Distiller les matières à feu nu jusqu'au rouge ; la liq, distillée doit contenir tout l'ac. sulfurique à l'état d'ac. sulfureux. On fait barboter dans la liq. un courant de chlore qui reproduit de l'ac. sulfurique, précipitable par la baryte. Mais la liq. est chargée de produits goudronneux; une notable partie de l'acide alfureux se dégage, enfin il peut passer
à la distillation des sulfates ou sulfites d'ammoniaque, provenant de sulfates préexistants. Ce procédé est impraticable avec de faibles traces d'acide. — 4° Enfin on a fondé un procédé sur la propriété de cet acide, de noircir le sucre à une température inférieure à 100°. Il serait excellent, si les liq. de lavage ne contenaient pas constamment des mat. organiques colorées, qui masquent la réaction.
La difficulté tout entière réside dans la séparation de l'acide libre des sulfates qui l'accompagnent. L'alcool offrirait un véhicule commode, s'il n'avait pas l'inconvénient de transformer l'acide sulfuriq. en acide sulfo-vinique, qui n'est plus précipitable par les sels de baryie. — Toutes ces raisons ont conduit M. Roussin, à qui nous empruntons cette discussion, à instituer un procédé fondé sur la solubilité du sulfate de quinine dans l'alcool, à l'exclusion des autres sulfates : on précipite par l'ammoniaque une solution limpide de sulfate acide de quinine ; le précipité est longuement lavé jusqu'à ce qu'il ne contienne plus aucune trace de sulfate d'ammon. Cette quinine est employée à saturer complètement les eaux de lavage des organes et matières. On évapore au B.-M. à consistance d'extrait fluide, et on traite à plusieurs reprises par l'alcool absolu, qui dissout seulement le sulfate de quinine et non les autres sulfates. La sol. est évaporée, l'extrait redissous dans l'eau dist. bouillante, et la sol. filtrée immédiatement. Si la quantité de sulfate est assez abondante, il cristallise par refroidissement, sinon l'acétate de plomb, le chlorure de baryum permettront aisément de reconnaître la présence de l'ac. sulfurique.
La sol. peut encore être évaporée, et le résidu, mélangé avec du charbon et du carbonate de soude, calciné sur une lame de platine ; il y aura formation de sulfure de sodium.
Les objets tachés par l'acide, les linges, les étoffes portent des traces visibles et contiennent de petites quantités du corps de délit, que les eaux de lavage enlèveront aisément. Le tissu est en général désorganisé, noirci; les couleurs sont détruites ou modifiées ; le bleu de Prusse et l'indigo seuls éprouvent peu de changement.
Quand les contre-poisons dont on a gorgé la victime ont enlevé aux organes et aux matières toute réaction acide, on esttouj'ours renseigné d'abord par les indications de ceux qui les ont administrés, par la nature des lésions produites et ensuite par une analyse comparative faite d'une part avec les organes, etc., et d'autre part, avec des mélanges de substances organiques se rapprochant autant que possible par leur composition de ces organes et de ces matières. On trouve dans ce cas un excès tel de sulfate, que le doute n'est pas possible.
Contre-poisons. — Le but qu'on doit se proposer tout d'abord doit être de saturer l'acide, de manière à lui enlever toute propriété caustique ; on administrera donc rapidement de la magnésie délayée dans l'eau, du carbonate de chaux ou de baryte, de l'eau de savon, des sol. étendues de carbonate de soude ou de potasse ; de l'albumine, du lait, etc.
Fais, et mélanges. — Il doit marquer 66° Baume, D = 1,842. Il peut contenir des composés azotés ou de Vacide azotique : il colore diversement, du rose au brun, suivant la proportion et la nature du composé nitreux, une solution de sulfate de fer versée à sa surface ; il colore «n vert le
bichromate de potasse ; il décolore le sulfate d'indigo ; il rougit la narcotine ; du sulfate de plomb : il précipite par son mélange avec l'eau ; de la magnésie, du fer, de la chaux , de la soude : ces différentes bases restent à l'état de sels, quand on évapore à siccité un peu de l'acide suspect ; de V arsenic : l'acide ayant été à peu près saturé, laissera précipiter par l'HS, du sulfure d'arsenic jaune.
On a signalé dans ces derniers temps la présence, dans certains acides sulfuriques du commerce, d'une notable proportion de sulfate de soude ajouté pour lui donner une densité fictive : l'évaporation à siccité permet de découvrir aisément cette fraude.
Acide sulfurique dilué.
Pr. Acide sulfurique pur à 1,84. 100 Eau distillée 900
Versez l'acide dans l'eau peu à peu en agitant.
Acide sulfurique alcoolisé. Eau de
Babel.
Pr. Ac. sulfurique pur à 1,84. 100
Alcool à 90" . 300
Pétales de coquelicot . . 4
Versez peu à peu l'acide dans l'alcool contenu dans un matras et agitez fréquemment. Après refroidissement, ajoutez les pétales de coquelicot ; filtrez au bout de quatre jours.
Limonade sulfurique.
Pr. Ac. sulfurique pur à 1,84. 2
Gargarisme détersif. (Cod.)
Pr. Miel rosat 60
Alcool sulfurique 2
Décoct. d'orge mondé . . 250 Mêlez.
Aqua vulneraria acida Thedenii. Aqua Thedenii. (Pharm. Austr.)
Pr. Vinaigre 1260
Alcool rectifié 630
Ac. sulfurique dilué à 1/7. 210
Miel blanc 420
Sirop d'acide sulfurique. S. vitriolique,
S. sulfurique.
Pr. Acide sulfurique. .... 60
Sirop simple 940
Mêlez à froid. (Moucb.) Les pharmacopées de Wurtzbourg et de Leipsick remplacent le sirop simple par celui de framboises ou de coquelicots, au choix. (Dorv.) Sirop d'acide sulfurique alcoolisé.
(Puche.) S. de. Rabel.
Pr. Eau de Rabel 30
Sirop de sucre 375
Une ou deux cuillerées à café dans un verre d'eau froide , comme adjuvant
dans le traitement de la gonorrhée. (Foy.)
Elixir vitriolique. (Mynsicht.) Alcoolé sulfurique aromatique, Elixir acide aromatique, Teint, aromatique sulfurique du Codex de 1837.
Pr. Acore 30
Galanga 30
Camomille 15
Sauge 15
Absinthe 15
Menthe crépue 15
Girofle 12
Cannelle 12
Cubèbes 12
Muscades 15
Gingembre 15
Bois d'aloès 4
Ecorce de citrons .... 4
Sucre 90
Alcool à 80» 1000 ,
Acide sulfurique 125
Laissez macérer pendant deux jours clans une partie de l'alcool, ajoutez l'acide, laissez macérer de nouveau pendant deux jours, ajoutez le reste de l'alcool, laissez encore macérer quatre jours , passez, exprimez et filtrez.
Préparation jadis célèbre comme stomachique et hémostatique. 30 à 50 gouttes dans un véhicule approprié. (Dorv.)
Baume contre les engelures.
Ess. de térébenth. ... 4,0 Acide sulfurique .... 1,0 Huile d'olive 10,0
Mêlez. (Cap.)
En frictions, matin et soir, sur les engelures imminentes.
Caustique dit Pâte caustique. (Rust) Caustique sulfurique au safran ou sulfosafrané, de Velpeau.
On ajoute 10 de safran à Q. S. d'acide sulfurique concentré (15 à 20) pour former une pâte un peu molle. Le safran est carbonisé par l'acide, et il en résulte une pâte noire comme du cirage. Cette pâte est versée dans un petit pot, le chirurgien en prend avec une spatule,
et l'étalé sur la région malade en cou- Ce caustique doit être conservé dans
che épaisse de 2 à 4 millimètres plus un flacon à l'émeri à large ouverture,
ou moins; il en arrondit les bords, et il Dang j camtiue mlfocarbonique de
la lais?e appliquée jusqu a ce quelle ^ rf j fa ^ 'substitué au sa-
seche. Une croûte se forme bientôt, on ' conserve mieux. (Dorv.)
la couvre alors d'une compresse que v ' l'on maintient avec une bande.
ACIDE TANNIQUE. — Acidum tannicum; tannin; = GHH22034.
Prép. — Exposez 3 ou 4 jours à la cave de la poudre de noix de galle; introduisez-la dans un flacon et versez assez d'éther à 54° Bé, pour obtenir une pâte molle : laissez en contact 24 h. Exprimez à la presse dans un coutil serré. Le résidu est mélangé d'éther contenant 6/100 d'eau, et exprimé de nouveau. Les deux liquides sont étendus au pinceau sur des assiettes, et mis à l'étuve chauffée à -|- 45°. Le tannin se boursoufle et se présente sous forme de feuillets légers composés de petites aiguilles lég1 colorées en jaune verdâtre. — Pour le purifier on l'agite avec P. E. d'eau et d'éther; il se forme trois couches; l'inférieure est du tannin pur. (Codex.)
Act. phys. — C'est un puissant astringent. Sa propriété de précipiter les matières protéiques et de former avec les tissus animaux des composés imputrescibles, explique son action styptique sur les muqueuses. Cependant il est absorbé et passe dans le sang; on a pu constater que, chez des chevaux, l'ingestion de cent grammes de tannin en 5 jours avait rendu leur sang imputrescible. (Gubler d'après H. Bouley.) Il augmente la sécrétion urinaire, lorsque celle-ci est raréfiée par une congestion des reins. — Ses propriétés toniques et astringentes le font employer fréquemment dans les hémorrhagies , les écoulements, l'hydropysie, l'albuminurie, les sueurs profuses; topiquement contre la chute du rectum., l'allongement de la luette, les angines, etc. On en a fait des crayons avec l'aide de gomme adrag. et de mie de pain, contre les maladies de l'utérus. C'est un contre-poison des alcaloïdes, de l'opium et de la noix vomique.
Doses. — A l'intérieur de 0,10 à 1 gr. sous différentes formes; en injections, collyres, gargarismes : de 1 à 2 gr. pour 50 à 200 gr. de véhicule.
incomp. — On ne doit l'associer ni aux alcaloïdes végétaux, ni aux sels métalliques, ni aux substances qui contiennent de l'albumine ou des mucilages.
Chim. — Le tannin est soluble dans l'eau, l'alcool et Péther aqueux; sa solution abandonnée à l'air dépose de l'acide gallique, qui passe ensuite à l'état d'acide ellagique. Il forme avec presque toutes les bases et les alcaloïdes des composés insolubles ; il précipite en noir les persels de fer. Etant